Samedi 7 avril 2012 6 07 /04 /Avr /2012 21:52

De "Je suis moi" à "Un coup de rouge, un coup de blues"

PR2

PR JE SUIS MOI

Après la sortie anecdotique de deux 45 tours (les derniers à sortir sous la marque Atlantic) fin 1976 (« Si on s’en allait », une ballade acoustique, et « Boogaloo », un instrumental) et courant 1977 (« J’ai perdu l’Amérique » et « On aura tout inventé »), le chapitre « WEA » se termine pour Pierre avec un nouveau défi à relever chez RCA. Le 3ème album de Pierre s’intitule « Je suis moi » avec une pochette qui donne le ton : RAPSAT est écrit en très grandes majuscules, comme pour mieux encore affirmer son identité, surplombant une photo avec, à gauche, Pierre qui allume une clope (il avait déjà la cigarette en main sur le verso de « Musicolor ») et un projecteur de cinéma à droite. Si Eric Van Hulse en assure toujours la direction artistique, Pierre s’entoure de nouveaux musiciens : Christian Boissard à la basse et aux percussions, Christian Willems à la batterie ainsi qu’aux percussions, André Delvigne à la guitare « lead » et à la guitare « Bottleneck » (pour info, son appellation vient du petit tube, le plus souvent en métal, que le guitariste place sur un doigt afin de produire un son plus métallique, spécifique au blues), Alain Wintquin au synthétiseur et au « String ensemble » (un autre type de clavier pouvant moduler le son de différentes façons) et Jean-François Maljean au piano acoustique et au « String ensemble ». Pierre tient toujours à apporter sa contribution instrumentale en jouant de la guitare électrique et de la guitare 12 cordes (guitare où chaque corde d’une guitare standard est doublée. Un couple de cordes est appelé « chœur », les quatre chœurs de cordes graves sont accordés à l’octave et les deux chœurs de cordes aigues sont accordés à l’unisson). Si l’on fera l’impasse sur la chanson d’ouverture « L’oiseau de malheur » (très bonne sur le plan musical avec une excellente rythmique, des guitares et un piano très présents; par contre, au niveau du texte, on peut se montrer moins satisfait), la seconde plage la fait oublier facilement, « Les artistes d’eau douce » comporte une superbe partition musicale et le texte l’est tout autant : ça commence fort avec « Vivent les artistes qui n’ont pas de nom… ». La suite est fabuleuse et il est vraiment frustrant de n’en retenir que la fin : « Il faut, Messieurs-Dames, se casser les reins sur un brise-lames d’efforts quotidiens, faire un même geste des années durant, pour que d’une veste sorte un lapin blanc… La tarte à la crème contient du génie : c’est tout un poème quand les enfants rient ! Vivent les artistes qui, sans prétention, font trois tours de piste, et puis… qui s’en vont… ». C’est certainement l’une des plus belles chansons du répertoire de Rapsat. Les mots sonnent justes et la mélodie est parfaite de bout en bout. Respect.  « Les chauves-souris du métro » nous font vraiment rappeler la première plage de « New York » avec, toutefois, beaucoup plus de torpeur et de sinistrose, le métro n’est finalement qu’un interminable tunnel entrecoupé de quais mal famés qui font « froid dans le dos »…

Rapsat enfonce encore plus loin le clou avec « L’enfant du 92ème » initialement destinée à Jeanne-Marie Sens mais qu’il se réapproprie majestueusement. Le texte est criant de vérité et de sensibilité, on peut facilement s’imaginer ce que ressent cet enfant qui « nage dans l’océan de sa baignoire, l’émail est du sable blanc… Il part au Sahara quand un soleil rare sur le balcon se répand… » Voilà à quoi se résume l’univers que cet enfant du 92ème réinvente incessamment… Ce morceau accompagnera Pierre durant toute sa carrière et constituera l’un des moments les plus privilégiés qu’il se fera un devoir de partager sur scène avec ses admirateurs. «Les machines » nous interpellent et nous font prendre conscience que sans elles, l’homme est non seulement perdu mais il perd également son identité voire, plus grave, son humanité. D’un point de vue instrumental, c’est un grand morceau : les guitares et string ensembles se font bien entendre dans un univers musical apocalyptique. Les textes ne manquent pas de surprendre et certains passages sont plutôt hard : « Y’a la machine à te laver le slip ou bien le cerveau… Et la machine a son bec et ses dents, son pied, ses boyaux… Sous la rouille, elle tire une drôle de bobine… Il faut l’entretenir comme une ballerine… Lui mettre un piston… La lubrifier… Qu’elle vibre en douceur !... ». Tout un programme ! Dans cet album, deux hommages sont rendus : l’un à « Gauguin » ou l’exil d’un peintre qu’on a beaucoup de peine à se souvenir (« Que rêvais-tu pauvre Gauguin, là-bas, dans l’île de lumière ? Comme un génie qui crie en vain dans une lampe d’Aladin… Qui se souvient ?... Du vagabond plein de colère et de vin qui se mourrait sous le soleil tahitien, abandonné par tous les siens… »), l’autre aux quatre gars de Liverpool avec « Nous, les Beatles » où les paroles font ressurgir quelques grands standard de ces génies (« Yesterday… Souviens-toi… Quand c’était le temps des Beatles : Liverpool… Penny Lane… Abbey Road… » et puis, plus loin, « Lucy dans le ciel des diamants » est évoqué tout comme « Let it be », « All you need is love »).

Enfin, l’autre grande chanson après « L’enfant du 92ème », c’est bien évidemment « Je suis moi » qui donne le titre à l’album et qui le clôture magistralement. Rapsat revendique sa personnalité, sa chair toute entière : « J’ai mes cheveux, mon cerveau… Mes qualités, mes défauts… Mais je suis seul dans ma peau… On est tout seul dans sa peau !... ». Il assume ses choix : « Lancé dans la bagarre, au lieu d’un emploi qui m’parlait pas, j’ai choisi la guitare et ses aléas… ». Ce qui l’intéresse au plus haut point et ce qui le préoccupe, c’est de rester lui-même avant tout : « Je me fous d’être un mythe… Je me fous d’être un roi… Mes amours, mes limites, sont à moi !... Mes pensées, mon langage, qu’on m’en laisse le choix… Je suis mon personnage !... Je suis moi !... ». Van Hulse s’est surpassé dans l’écriture de ce morceau et Pierre en a fait un emballage musical de toute beauté. C’est incontestablement l’un des morceaux les plus « forts » qui figure dans sa discographie. Bien qu’ayant de nombreuses qualités, l’album ne décolle pas dans les ventes car presqu’au même moment, Barclay sort, avec une campagne publicitaire « monstre », le nouvel album de Brel qui envahit les vitrines des disquaires… et Pierre se résout à ne pas pouvoir encore percer en France. Qu’à cela ne tienne, il est déjà heureux de sa popularité en Belgique et en septembre 1978, un 4èmealbum voit le jour sous le titre « Gémeaux ».

PR GEMEAUX

Pierre s’entoure de la même équipe : le bassiste Christian Boissard, le guitariste André Delvigne, Alain Wintquin aux claviers et Christian Willems à la batterie. Il confie une fois de plus la direction artistique de ce nouvel opus au fidèle Eric Van Hulse qui signera tous les textes excepté pour « Country Boy » dont les paroles sont de Léonil Mac Kormick. Le contingent musiciens s’enrichit de la présence de Serge Perathoner (piano Fender, piano acoustique et synthétiseurs) et de l’excellent violoniste David Rose habitués à évoluer aux côtés d’Yves Simon. Alors que la plage initiale « Gémeaux » s’impose comme un single évident et inévitable (fabuleuse intro et plusieurs passages musicaux astucieusement répartis dans la mélodie, ayant carrément une orientation symphonique, ornée d’un texte émaillé d’originales trouvailles syntaxiques : « Le monde est un chapiteau où j’install’ mes tréteaux, mon flippeur de sal’ rêveur qui rit, qui pleure dans son vertigo… C’est pas facile de s’appuyer mon style un peu Hyde, un peu Jeckyll…  », « Souvent j’me trompe, je m’offre un coup de pompe, je marche à côté de mes pompes… »), c’est plutôt « Country Boy » qui est choisi et exploité par sa maison de disques pour sortir en 45 tours… On ne comprend vraiment pas cette décision quand on constate, d’un point de vue musical, une très nette différence d’envergure entre les deux chansons…

On se consolera avec « Soleil », une petite merveille de 5’04 avec de très beaux passages instrumentaux dominés par un remarquable piano et une guitare électrique scintillante. « Qui » débute également par une superbe intro et tout le morceau est rythmé par un beat rondement mené, essentiellement composé de percussions et de synthétiseurs ravageurs. Côté texte, Pierre se faufile dans la peau d’un valeureux combattant qui saute dans l’horreur de la guerre et qui en oublie sa propre identité. Après « Soleil », « Tout ça » est la seconde grande fresque musicale de cet album. La guitare 12 cordes et le violon impriment au morceau un étrange climat sur l’issue inéluctable de la vie, de l’enfance à la vieillesse…

Des autres titres, on retiendra le caractère « progressif » du champ musical dans « Les mots » avec de formidables sons vocaux (excellent travail des chœurs), l’amour de Pierre pour les films mythiques dans « Cinémathèque » dont les paroles sont empreintes de titres inoubliables formant une surprenante continuité grammaticale, la fascinante composition musicale d’ « Avanti la musica » à mi-chemin entre le rock et le disco, sans négliger le 34ème petit tour de sillon pour la dernière plage, en guise de générique de fin agrémenté de quelques sifflements guillerets… On a tout passé en revue ?... Non, n’occultons surtout pas « Poupée mécanique », la seconde plage, qui raconte la triste destinée d’une « fille de joie » avec des mots qui claquent comme une paire de gifles : « La poupée mécanique dans sa boîte à musique… Comme un rêve érotique, elle attend le déclic : le mec bourré de fric… Le baron dans son frac… Les aveux romantocs : Hello… Hello… Hello… Hello… I love you… » et puis, plus loin, « La poupée mécanique a des amours en stuc… Il suffirait d’un choc pour que tout se détraque… Dans ce monde en plastique, le lit n’est qu’un paddock, le bonheur est un mac… Hello… Hello… Hello… Hello… I love you… ». Grandiose. C’est avec ce titre que Pierre fera la promotion de son album le 4 août 1979 au cours de l’émission « Numéro 1 » de Maritie et Gilbert Carpentier consacrée à Louis Chédid et Daniel Balavoine. Belle et méritée promotion qui permettra à Pierre, malgré un affligeant play-back, de se mettre joliment en évidence dans une émission à succès, qui plus est, sur une chaîne française ! Finalement, « Gémeaux » se révèle être un album majeur dans la discographie de Pierre d’autant plus que la plage titulaire sera fréquemment sollicitée par les radios belges et… françaises avec, à la clé, le prix « Fnac ». Si c’est loin d’être la consécration, Pierre s’affirme dans l’hexagone et ses apparitions aux côtés d’Alain Souchon et Laurent Voulzy, les fers de lance de la nouvelle chanson française, sont loin de passer inaperçues…

PR 1980

Après une tournée qui s’attachera à défendre les titres principaux de cet album mais qui, malheureusement, ne se limitera qu’à quelques dates en Belgique, Pierre réfléchit déjà au concept de son futur disque qui sortira exactement un an après le précédent. En effet, « 1980 » est publié en septembre 1979. Cette fois-ci, Pierre est bien décidé à conquérir Paris et il veut déjà le montrer avec un des fameux couloirs du Centre Georges Pompidou qui est en toile de fond sur la photo recto de l’album. Pierre a choisi un décor futuriste et pour marquer encore plus le contraste d’avec la couleur blanche des caisses de contrebasse, il apparaît bien sûr de lui, les mains dans les poches d’un veston rouge vif de la même couleur que les lettres de son nom qui se juxtaposent sur l’un des montants soutenant le plexiglas de la galerie. « 1980 » est la plage qui ouvre l’album, c’est un morceau que l’on peut qualifier de « fort », à l’instar de « Gémeaux » sur l’opus précédent. Malgré que cette nouvelle décennie s’accompagnera d’inévitables changements, le texte se veut rassurant, les valeurs fondamentales ne seront pas modifiées pour autant : on vivra comme avant mais avec une vision encore plus moderne du monde qui s’offre à nous. Des paroles d’Elisabeth Anaïs se dégagent un doux parfum d’énergie et de dynamisme : on est prêt pour le grand départ afin de passer sans encombre au travers du zéro de 1980, bien calé dans nos « starting-blocks ». Le piano et le synthétiseur sont les instruments les plus représentatifs mais les reprises à la batterie ne sont pas à dédaigner, au contraire, elles sont très précises et excellemment assurées. La fin est admirable aussi, comme si l’on se sentait transporté dans une autre galaxie, à la vitesse de l’éclair, avec cette formidable envolée « symphonique » !

Rayon « pépite », on épinglera l’excellent « Vie en scope » : on explore les grands espaces, c’est très aérien, on fait le point sur la vie, on fait un flash-back sur ce qu’on a entrepris et on se dit que l’on pourrait resonger à ce que l’on aurait pu réellement faire de sa vie… Avoir le contrôle du temps et surtout ne pas s’emprisonner dans des attitudes stéréotypées… Voilà le message qui s’en dégage. En plus, la musique et les chœurs sont superbes, la voix de Pierre semble caresser les notes de musiques… Après « 1980 », c’est la seconde grande chanson de cet album. « Quarante degrés », c’est l’alcool qui se glisse sous la peau et qui nous fait perdre la raison. On divague, on voit les choses et les gens d’une autre façon, les réflexes sont émoussés… La chanson est très agréablement rythmée, à tendance reggae et les mots sont judicieusement choisis pour bien se calquer sur la ligne mélodique. « Paul cow-boy » est joliment mis en musique, c’est une ballade qui met en exergue la virilité du cow-boy comme on les trouve dans les westerns… Mais c’est aussi l’apanage de la cigarette que Pierre chercherait aussi désespérément lorsqu’il sort de scène ? On peut penser que Pierre s’identifie à ce mystérieux Paul, et que, dans son for intérieur, il voudrait bien être à la place de John Wayne avec le Grand Canyon comme paysage… « Délire animé » fait référence à plusieurs personnages de bande dessinée : Lucky Luke, Achille Talon, les Pieds Nickelés,… Pour la mélodie, Pierre a replongé dans son passé musical car elle est conçue sur les bases d’un morceau intitulé « Far away » que Tenderfoot Kids, le groupe pour lequel il avait travaillé lors de ses débuts de compositeur, avait enregistré en 1969. Musicalement, « Casseurs de raison » est très réussi. Une intro « tambourinée » de percussions qui claquent comme des battants de fenêtres au grand vent et d’habiles synthés qui se mêlent aux guitares : une recette qui a très bon goût pour ce morceau qui relate les faits et gestes de ces troubleurs d’ordre prêts à tout pour se faire entendre… « S.O.S. (Tu prends ton téléphone) », sur fond de reggae, met en valeur cet objet incontournable et indissociable de l’humain qu’est devenu le téléphone : « Tu composes, ça décroche, t’es sauvé… », le synopsis de cette chanson est résumé en ces quelques mots. Le téléphone, c’est indispensable, on ne sait plus s’en passer quelle que soit la situation… Gros travail de chœur également, haut perché et d’une grande justesse. Dans « À projeter », c’est l’univers du cinéma qui surgit à nouveau. Sur une musique de manège à chevaux de bois, Pierre nous envoie quelques images de films qui l’ont certainement marqué : « Le Pont de la Rivière Kwaï », « L’exorciste »… Il prend la place du réalisateur : « Je tourne… », il est derrière la caméra mais n’y a-t-il pas aussi les images de sa propre vie ? En fait, il tourne sur un manège qui n’arrête pas de tourner et on doute que son film à lui ait une fin… Avant une « Épilogue » très brève qui fait songer à un joyeux signal de satellite ou d’engin spatial mais qui constitue une terminaison logique au concept de cet album, « Transplanet Express », au son très Supertramp, nous emmène dans un voyage interplanétaire pour fuir la Terre appelée à devenir un vestige, faire un pique-nique dans les champs de Jupiter ou fêter la Noël sur Vénus… Résolument destiné au marché français, l’album est mis en boîte au célèbre studio Davout à Paris sous la supervision de Claude Ermelin. Très finement réalisé par l’excellent Jean-Michel Clerc (qui a participé, depuis, en 2006, au talentueux projet « Musique Klezmer – Odessa » chez Air Mail Music avec la complicité de Pierre Levi, Ronald Grun et José Navas), l’album est soutenu musicalement par la même équipe que pour le précédent, exceptés André Delvigne et David Rose mais avec, cette fois-ci, l’arrivée de Christian Wagemans à la basse. De plus, le groupe de musiciens se voit affublé d’un nom : « Transfert » pour mieux encore affirmer leur identification. Désormais, Pierre se produira en concert sous l’appellation « Pierre Rapsat et Transfert ». Comme pour « Gémeaux », tout ce joli monde est soigneusement « coaché » par Serge Perathoner, le fidèle collaborateur d’Yves Simon, encore très significatif au piano et synthétiseur, sans qui l’album ne serait pas aussi musicalement réussi. Pour le choix des deux morceaux devant constituer le 45 tours, les responsables du marketing chez RCA choisissent logiquement « 1980 » et ne reproduisent plus l’erreur flagrante commise lors de la sortie de « Gémeaux » : c’est bien le titre le plus emblématique qui l’emporte avec « S.O.S. » en face B (on aurait quand même préféré « La vie en scope »). Soit. « 1980 » est fréquemment diffusé par la majorité des radios libres, l’accueil est très prometteur en Belgique et fait naître en Pierre une reconnaissance tant attendue de l’autre côté de la frontière… L’espoir se mue en réalité puisque du 9 au 12 octobre 1979, Pierre a l’opportunité de se produire à Bordeaux dont le public local est immédiatement conquis par sa musique et son énergie. Il revient au pays avec un moral gonflé à bloc et enchaîne les prestations à Charleroi, Verviers, Namur pour finir à Ottignies. Entre-temps, il avait fait la 1ère partie d’Alain Souchon au Cirque Royal, lequel avait constaté que Pierre suscitait un engouement extraordinaire dans la capitale belge…

PR DONNER TOUT SON COEUR

Fort de cette fin d’année très positive, Pierre planche déjà sur un nouvel album. Exit Elisabeth Anaïs, Eric Van Hulse désormais voué aux oubliettes, Pierre est aux commandes pour les paroles et musiques. Accompagné de la même équipe musicale que pour « 1980 », « Transfert » salue le retour de Jean-François Maljean au piano et aux synthétiseurs. Disons-le tout de suite, « Donner tout son cœur » n’est pas d’une grande réussite artistique. Heureusement, 3 voire 4 titres sur les 9 valent la peine de s’y attarder et sauvent l’album du naufrage. En tête des suffrages, « ‘Tention les yeux » tient le haut du pavé. La musique comme le texte incite à la méfiance de ce que l’on peut trouver dans le regard de chacun : « Les yeux, toujours regarder droit dans les yeux, pour savoir ce qu’il y a dans les yeux : attention, attention aux lunettes noires ». En seconde position, on épinglera l’excellent « Brouillard » qui fait certainement office de titre « le plus fort » de l’album. Très rock, le morceau est taillé pour la scène, pour sautiller les bras au ciel… Côté texte, c’est très noir : un noctambule solitaire qui va de bar en bar, qui traîne sur les boulevards à la recherche de sa propre identité. Et la fin accentue encore plus la déprime : « Et quand l’électricité illumine toute la cité, t’es toujours tout seul à t’bourrer la gueule pour oublier ton cercueil »… Gloups ! Ne nous laissons pas aller ! « Bizarre hostile à bizarostyl » mérite également notre attention : solidement rythmée, la mélodie enveloppe une drôle d’histoire : celle d’un gars justement sans histoire qui arrive dans une ville ou plutôt un bidonville où « y’a que les rats qui n’ont pas quitté la ville »… Et ça baigne vraiment dans une atmosphère lourde : devant le paysage qui se dresse devant lui, notre compagnon d’infortune a la chair de poule : « Comme si j’arrivais au pays de Walt Disney et que Donald et Mickey devenaient dingos, qu’animaux, châteaux feraient qu’un vieux zoo où on joue du couteau »… Effectivement, ça fait froid dans le dos que de s’imaginer impliqué dans ce cauchemar où ces sympathiques personnages de dessin animé se transforment soudainement, sans aucune raison, en machines à tuer ?! Enfin, le dernier titre à pouvoir tenir la route est « Time is not money ». Sur fond de piano très mélancolique, au début et à la fin, le texte, très bon au demeurant, certainement le mieux inspiré de l’album, narre l’ultime revendication que tout humain puisse faire avant d’en finir, celle de pouvoir encore être heureux, « d’avoir quelqu’un qui donne la main, qui t’fait du bien ». Il ne veut pas croire que la vie n’est finalement qu’un petit livret avec quelques zéros, que c’est plus qu’du business… Non, la réussite d’une vie est d’avoir le temps de pouvoir faire un enfant et l’regarder de temps en temps devenir grand… Business, quand tu nous tiens ! L’argent nous domine depuis des lustres et on en oublie l’essentiel… À méditer profondément. On s’attardera brièvement sur les autres chansons. « Donner tout son cœur », qui donne le titre à l’album, est un bien piètre morceau d’ouverture. Certes, l’intention est louable mais si la partie musicale est digérable, Pierre nous a déjà habitués à beaucoup mieux traduire ses sentiments… C’est vrai aussi qu’il est orphelin d’un auteur et que, courageusement, il s’est chargé de cette délicate mission que de coucher des mots sur une feuille de papier en essayant qu’ils « s’accordent » de la meilleure façon qui soit. Sur un rythme de style Madness, Pierre narre plutôt maladroitement les péripéties d’une équipe en tournée. Passons. « Où vas-tu tous les soirs » assure une certaine continuité… dans la morosité car le morceau n’est pas plus inspiré : dialogue entre frère et sœur qui errent dans l’inconnu sans savoir que faire ni où ils vont... : « Allez, dis-moi mon frère, si t’es bien sur la terre ? », « Et toi la petite sœur, c’est quoi ton grand malheur ». Si les mots sont bien reliés à la ligne mélodique, il faut les lire et les relire, presque les assembler pour voir à quoi ressemble cet étrange puzzle… Après « ‘Tention les yeux » qui nous réconfortent sur la créativité de l’ami Pierre, on peut être à nouveau surpris à l’écoute de « Pas d’électricité (mais on a des idées) ». On ne classera certainement pas cette chanson parmi les meilleures de Rapsat mais faut faire avec. Apparemment, ici, c’est lui qui est à court d’idées. Panne électrique. Panne totale, tout se déglingue : « Faites l’amour, faites l’amour y’a rien d’autre à faire youpiiiiiiiie »… L’amour dans le noir ? Mais l’auteur aussi est dans le noir ou broie du noir… Allez savoir ! Pierre nous confie son désarroi dans « Musique sans paroles », il a même « perdu son Rock’n’roll » ! Faute avouée à demi pardonnée… « Tous les mots s’décollent, nicotine, alcool, la musique devient folle »… On devine Pierre la clope au bec, un verre à la main en train de chercher ses mots… Mauvaise passe. Heureusement, la face B ravive la flamme avec « Bizarre hostile », « Brouillard » et « Time is not money » évoqués plus haut. Enfin, Pierre, « T’as pas été sympa » de faire un album comme ça… « J’suis tout cahin-caha, que c’est qu’ce blabla, j’suis tout raplapla, arrête ton cinéma »… Justement, arrêtons le blabla sur cet album pour lequel on ne va pas faire tout un plat… Quoique ! Bon ou mauvais, il faut toujours assumer et même si l’album ne décolle pas et qu’une fois de plus, sa major s’est fourvoyé en sortant le titre « Donner tout son cœur » en 45 tours plutôt que d’orienter son choix sur « ‘Tention les yeux », Pierre refuse de capituler… Surtout que plusieurs dates en France se profilent à l’horizon : du 12 janvier au 14 février 1981 dans différentes petites salles à Paris; ensuite à Thionville, Bordeaux et Angoulême; enfin, le 5 avril dans le cadre du 5ème Printemps de Bourges. Malheureusement, ces concerts en France n’auront pas l’impact et l’écho souhaités et, une nouvelle fois, Pierre rentre bredouille dans sa Belgique natale. Nullement déstabilisé par le fait que sa popularité ne puisse s’accroître chez nos voisins français, Pierre se remet courageusement au travail en se disant qu’il finira un jour à l’avoir, cette consécration !

PR SEUL DANS LA METROPOLE

Entre-temps, par l’intermédiaire de Michel Perrin, employé à la Télévision Belge d’expression francophone, une émission est concoctée et destinée à représenter la Belgique dans la catégorie Musique du célèbre Festival de la Rose d’Or à Montreux. Michel songe immédiatement à Pierre car non seulement il le considère comme le meilleur artiste belge du moment mais surtout, c’est un grand ami… Le show baptisé « Bizarostyl », qui est diffusé le 29 avril 1981 sur la RTBF, comprend plusieurs chansons de Pierre : « Brouillard », « ‘Tention les yeux », « Tout ça » ainsi qu’une inédite, « Seul dans la métropole ». Très efficace, cette dernière, mi-reggae, mi-rock, éclate littéralement et grâce à ce subtil mix, l’émission parvient à décrocher un prix qui lui permet d’être visionnée sur les chaînes étrangères : en France, bien sûr, et pour Pierre, c’est le plus important, mais aussi en Allemagne, Finlande et l’ex-Yougoslavie. Les spécialistes musicaux dans ces pays reconnaissent le Rapsat de l’Eurovision ’76 mais le redécouvrent sous un autre jour : Pierre est désormais une vedette confirmée en son pays mais il s’est aussi aguerri sur le plan de l’écriture musicale et cette reconnaissance peut également constituer un fameux tremplin à sa carrière pour être enfin apprécié ailleurs qu’en Belgique
PR UN COUP DE ROUGE
Loin de croire que la voie déjà tracée s’offre ainsi à lui, Pierre repart à la conquête de son fidèle public avec un album flambant neuf : « Un coup de rouge, un coup de blues ». Si les textes ne se révèlent pas encore d’une qualité absolue, on constate une amélioration flagrante dans les compositions musicales par rapport au décevant « Donner tout son cœur ». Conscient des faiblesses qui résidaient dans cet album, Pierre s’est attaché à apporter un nouveau souffle à ses partitions. Et la différence se remarque dès l’audition de la première plage qui donne le titre à l’album : la mélodie est empreinte d’un beat au rythme aussi régulier qu’un métronome. Désormais, Pierre tient en cette nouvelle rythmique la savoureuse recette de ses futurs tubes que seront « Illusions » et « Elle m’appelle ». Il sait qu’il lui suffit d’inclure quelques variantes pour définir le style des chansons qui composeront ses prochains albums. Dans les morceaux qui garnissent la face A du 33 tours, on accordera une mention spéciale à « C’est parfois l’Eldorado » où l’on songe inévitablement à Marilyn et à cette « rivière sans retour » qui l’a, entre autres, immortalisée au cinéma… Soulignons l’impeccable prestation de Jean-François Maljean aux synthétiseurs et la sobriété du texte dont se dégagent un respect et une admiration sans bornes à l’icône du 7èmeArt. Petit détail croustillant au passage pour déceler l’habile montage sur le légendaire cliché de Marilynau-dessus de la bouche de métro dans « 7 ans de réflexion », à droite du flipper sur les verso et recto de la pochette de disque : c’est bien le visage de Pierre, au sourire sarcastique, qui apparaît au lieu de celui de l’acteur Tom Ewell…  Si l’on veut s’amuser à établir un comparatif entre les faces A et B du vinyle, il faut bien dire que c’est cette dernière qui recèle encore plus de qualités au niveau du son : « La revanche » est encore un titre inévitable pour la scène et on verra que l’ensemble de cet album a été conçu pour du « live ». « La revanche » est certainement autobiographique : dans le doute, il faut que tu avances, sans baisser les bras, il y aura toujours quelqu’un pour t’aider… Voilà en gros ce qu’il faut retenir du message que Pierreveut faire passer. La ligne mélodique a du charisme et tout ce qu’il faut pour que le public communie avec l’artiste. Ensuite, on s’attardera sur la « musculature » de « Radio Hara-Kiri » dans laquelle Pierre se déchaîne dans une débauche de guitares (excellent jeu de Christian Boissard). C’est l’oreille dans tous ses états : Pierre désire nous faire jouir musicalement et c’est très réussi. Au passage, « Radio Hara-Kiri » est dédicacée à Pierre Guyaux, l’animateur de l’émission radio « Impédance », qui balançait son fameux « Amis du soir et de la guitare, bonsoir », en guise de présentation, que Pierre reprend d’ailleurs dans le début de sa chanson.
Mais le meilleur, que dis-je, le sublime est pour la fin avec « John » dédié à John Lennon dont la perte est insoutenable pour Pierre qui n’hésite pas à jurer sur les fous en général et plus particulièrement sur ce dément qui a abattu froidement l’ex-Beatlesde « cinq balles dans la peau »… Pierre crie sa tristesse et sa révolte contre ce geste inexplicable et le morceau se termine dans un chassé-croisé superbe de claviers et guitares. Sur la pochette, on distingue également un song-book des Beatles, posé sur la table, que Pierre regarde mélancoliquement en grillant une cigarette… Passons brièvement en revue les cinq autres titres de cet album : « Mais où est passé le Président Rosko » qui fait référence au célèbre DJ devenu animateur de radio sur RTL à partir de 1966 et qui la quitta après les évènements de mai 1968 sans plus jamais y revenir; « Luna-Park » où l’on s’amuse à des jeux de guerre en écoutant les juke-box « dans des odeurs d’hamburger » (florilège de synthétiseurs adroitement maîtrisés par Jean-François Maljean); « Emmène-moi » ou la projection suppliée dans le futur, « dans les villes de l’an 2000 », dans le monde de l’ordinateur, du virtuel; « Chevauchée fantastique », qui n’a rien à voir avec une ambiance « western », on « virevolte » dans un drôle d’univers où Rapsat s’amuse à faire des rimes avec des mots se terminant par « ique »; « Flash-back (C’est dimanche) » ou la nostalgie du cinéma le dimanche, en chemise blanche, Pierre regardait les actualités et fantasmait sur la beauté de Bardot… depuis, le cinéma a perdu de sa magie avec la disparition du dessin animé, des actualités et du chocolat glacé… Comme précisé ci-avant, l’album sera bien mis en valeur lors des concerts avec pas moins de 7 titres sur 10, seuls « Emmène-moi », « Chevauchée fantastique » et « John » seront évités (on peut légitimement regretter l’absence du dernier dont la richesse instrumentale et l’émotion du texte auraient pu faire merveille). Dernier détail navrant au niveau de la pochette : le concepteur a délibérément ignoré de reproduire les textes des chansons ! En ce qui concerne les musiciens, Pierre a choisi de se passer des services d’Alain Wintquin et de Serge Perathoner tout en maintenant sa confiance aux fidèles Boissard, Wagemans, Maljean et Willems. Enregistré au studio ICPà Bruxelles, l’album ne sera même pas distribué en France par RCA… dont les choix douteux et les manquements conduisent Pierre à changer de cap : le choix d’une nouvelle maison de disques s’avère d’ores et déjà difficile et délicat…

À suivre…

Par BERNIE - Publié dans : Made in Belgium - Communauté : Toutes les musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 22:07

De "LAURELIE" à "JUDY"

rapsat 1

Du haut de ses 13 ans, Pierre n’a qu’un seul désir : faire de la musique. Mais à son âge, il n’a pas trop le choix : il doit aller à l’école. Il aime trop ses parents que pour les décevoir. Pourtant, ce mot de 7 lettres qui rime comme magique ne le quitte pas, il y pense tout le temps et grâce à l’argent qu’il a économisé, il se décide à orienter son destin en achetant une guitare. En donnant cet argent pour acquérir sa guitare, Pierre se forge un serment : elle lui servira pour gagner sa vie, pour concrétiser son rêve et pour en donner à ceux qui écouteront sa musique. Pierre est fou des Beatles et des Rolling Stones, il est attentif au son de ces groupes et il a une folle envie de faire comme eux… Mais il faut qu’il aille au bout de ses études et patiemment, il attend le temps de la délivrance en écrivant des mélodies. Fin novembre 1964, Pierre intègre, au pied levé, la formation « Les Tricheurs » pour tenir la guitare rythmique. Ce sera sa première et… dernière apparition au sein de ce groupe prié par le patron, excédé par leur musique, de déguerpir le plancher de la salle où il se produisait !  Le 28 mai 1966, Pierre fête ses 18 ans et son seul et unique objectif n’a pas changé; la musique le hante, le berce, le saoule continuellement. Il écrit et compose sans cesse, fréquente les milieux branchés où baigne le rock progressif en espérant faire des rencontres déterminantes qui lui permettront de faire reconnaître son travail. L’une d’entre elles sera capitale, le jour où il rencontrera, à la terrasse d’un café à Verviers (bien que natif d’Ixelles, Pierre vit désormais à Verviers où ses parents se sont définitivement fixés après plusieurs déménagements et il s’est très attaché à cette ville ainsi qu’à sa région), le compositeur et producteur Eric Van Hulse mieux connu à l’époque sous le nom d’emprunt d’Eric Vion (inspiré de l’accouplement des noms de François Villon et Boris Vian). Pierre fait partie, avec Francis Geron (patron du désormais légendaire Spirit of 66, café-concert situé Place du Martyr 16 à Verviers où le rock est roi avec une moyenne de 200 concerts par an !) d’une formation appelée « Les Ducs » qui s’amuse à animer bals et thés dansants dans la région de Verviers.

rapsat les ducs

Pierre (à l'extrême gauche) au sein des "Ducs"

Eric écrit des textes et est conquis par la personnalité de Pierre qui lui soumet une de ses musiques. Tout de suite, le courant va magnifiquement bien passer entre les deux hommes qui se découvrent des talents communs. Eric se laisse convaincre par une des compositions de Pierre et enregistre « Une poignée de neige ». C’est une ballade sans prétention et la chanson ne captera pas les esprits. En 1969, le récent duo concrétise son association en signant les deux morceaux, « The bird and the hunter » et « Tomorrow, the moon », issus du premier 45 tours d’un groupe belge verviétois, Tenderfoot Kids. Sur la pochette, en découvrant les crédits, on s’aperçoit que Pierre se fait appeler Peter Raepsaet (Raepsaet est son véritable nom, issu de l’origine flamande de son père et Peter, provenant de l’imaginaire d’un journaliste, sera rejeté plus tard au profit de son véritable prénom). D’autres singles pour cette formation seront signés des deux compères qui composent également en parallèle pour un autre artiste : Paul Simul avec, notamment, le très remarquable 45 tours composé des titres « Light the light » et « Sadist ». S’il n’a pas encore connu le véritable succès, « Pierrot », comme ses amis intimes le surnomment, est au comble du bonheur : il FAIT de la musique et il est persuadé qu’un jour, sa ténacité sera récompensée. En 1970, il propulse Tenderfoot Kids dans le top 5 des meilleures ventes en Belgique avec « Time is up ». Le morceau est séduisant aussi bien d’un point de vue orchestral qu’auditif; qualitativement, la ligne mélodique rivalise avec ce qui se fait de mieux dans le même style musical de l’autre côté de la Manche. Mais Pierrot ne désire pas musarder en chemin, il veut franchir une nouvelle étape et sortir de l’ombre.

rapsat laurelie

rapsat laurelie 2

 De haut en bas : Pierre Rapsat, Yvan Hubert, Christian Boissart, Francis Dozin et André Marquet 

 

"Deborah, Jane and Laurelie"

La même année, il fait officiellement partie du projet d’Eric Van Hulse qui produit une nouvelle formation appelée « Laurelie » où il apparaît en premier plan sur la pochette de l’album avec Christian Boissart (guitare et chant), Yvon Hubert (piano, orgue et chant), Francis Dozin (flûte et chant) et André Marquet (batterie). Outre son travail d’écriture (il se charge de la composition musicale de la quasi-totalité des titres, à l’exception de deux morceaux), sa participation vocale et son jeu impeccable de guitare basse sont d’une importance capitale dans la qualité générale de cet album éponyme. La sortie de l’album (sous le label Triangle, une sous marque de Barclay) n’échappe pas à l’attention de Piero Kenroll, grand spécialiste de l’histoire du rock en Belgique (il est régulièrement invité aux « Classiques » de Marc Ysaye sur l’excellente chaîne de radio belge Classic 21) et, à l’époque, journaliste au magazine Télé Moustique. Le chroniqueur fait la connaissance de Pierre par l’intermédiaire de Francis Dozin, le chanteur de Laurelie. Piero Kenroll côtoie également à cette époque un certain Friswa qui se fait d’ailleurs appeler Big Friswa eu égard à son physique impressionnant. Les membres du groupe Laurelie se séparent après cet unique album qui, pourtant, méritait un prolongement. Pierre ne va pas tarder à faire partie d’un autre groupe.

rapsat well cut

Jenghiz Khan06 Christian Servranckx, Pierre, Tim Brean et "Big Friswa"

"Pain"
Avec Friswa, à la guitare et au chant, qui provient de la formation Les Partisans, Tim Brean, aux claviers et au chant, Christian « Chris Tick » Servranckx, à la batterie et au chant, issus tous deux du « Tim Brean Group », il prend la place du bassiste Rémi Bass parti vers d’autres horizons musicaux pour participer à la brève mais ô combien exaltante aventure de Jenghiz Khan, nom sorti de l’imagination de Piero Kenroll en s’inspirant de la stature terrifiante de Friswa ! Kenroll et Vion s’associent pour produire l’album « Well Cut » qui, d’emblée, fait un ravage en Belgique. De plus, on s’y intéresse hors de nos frontières : l’album séduit en France et en Angleterre où il reçoit un fervent accueil et d’élogieuses critiques ! Si la sauce « Laurelie » avait bien pris avec ce mélange de pop psychédélique et de rock progressif (où les morceaux, sur le plan instrumental, étaient dominés majoritairement par la flûte élégante de Francis Dozin) « Well Cut » de Jenghiz Khan frappe par sa maturité, la puissance de ses compositions ainsi que par sa multiplicité stylistique : acid-rock, blues-rock et même hard rock ! Musicalement, on en prend plein les oreilles ! Ce disque qui, malheureusement, n’aura également aucune suite est devenu un album culte, une référence 5 étoiles dans le rock belge au même titre que le premier enregistrement de Machiavel !

"Campus  A" et "Campus B"

C’est Kenroll qui se charge d’écrire les paroles des morceaux dont les musiques sont composées par Friswa (renseigné « Frisma », à cause d’une faute d’orthographe, sur la pochette illustrée par Jamic, le caricaturiste « maison » du magazine belge Télé Moustique) pour « Pain » (sublime plage d’ouverture), les fantastiques « Campus A » et « Campus B » ainsi que pour l’immanquable « Hard working man » et par le claviériste Tim Brean pour le somptueux « The moderate », l’acoustique et très beau « Mad Lover » ainsi que pour la gigantesque fresque musicale qui clôt l’album, « Trip to paradise ». Enfin, Kenroll signe les paroles et musique de « The Lighter », morceau doté d’une impressionnante palette musicale (le son fabuleux des instruments, d’une incroyable modernité) ornée de judicieux chœurs.

"The Lighter"

Et Pierre dans tout cela ? Eh bien, il aurait dû être à l’origine d’un des titres qui, faute de temps, n’a pu être achevé avant l’enregistrement de l’album. N’empêche, sa présence au sein du groupe éclate par son indéniable talent et par son incomparable énergie. En concert, l’alchimie se produit et le public est conquis dès leur apparition : d’août 1970 à août 1971, Jenghiz Khan fait des ravages sur scène dont les prestations sont saluées par une foule en transe comme lors de leur passage au 10ème Festival annuel de la Guitare d’or à Ciney le 11 juillet 1971. Hélas, mille fois hélas, le groupe se disloque suite au départ de Friswa pour le Wallace Collection (déjà sur le retour, alors que « Daydream » n’est plus qu’un merveilleux souvenir et qu’il ne reste plus qu’un membre de la formation initiale, le batteur Freddy Mieuland). C’est d’autant plus dommage que Pierre avait beaucoup travaillé à la composition du nouveau titre qui devait sortir en single : « It’s my way ». La vie est un éternel recommencement… Pierre doit se remettre en question et décide d’intensifier son travail vocal et… son anglais. S’il veut se faire un nom, il n’a plus comme seule alternative que d’envisager une carrière solo. Pierre s’arme de patience et sait que son heure viendra. Fidèle parmi les fidèles, Eric Van Hulse est toujours à ses côtés, prêt à décrocher la moindre opportunité de contrat. Pierre croit en Eric et c’est réciproque. Alors que le duo bosse sur des textes (qu’Eric signera sous le pseudonyme de Lowery) et des musiques qui devraient bientôt voir le jour, Eric parvient à obtenir un rendez-vous avec les Editions Warner. Songeant déjà à une infiltration sur le marché étranger, le disque intitulé « New York » sort d’abord en anglais avant la version française.

rapsat new york

"Music man", "New York" (Fondation et Civilisation)

Ce premier album est une réussite sur la qualité de son enregistrement. La prise de son est remarquable, la tonalité des instruments est parfaitement réglée et la voix de Pierre est extrêmement bien mise en valeur. Réalisé en mars 1973, Pierre a bénéficié du confort des studios Frémontel, là même où Johnny Hallyday s’est fixé pour graver plusieurs chansons. C’est dire si Pierrot n’a pas lésiné sur les moyens. De plus, il peut compter sur d’excellents preneurs de son : Claude Sahakian a collaboré notamment avec Michel Jonasz tandis que Michel Roy a été également sollicité à de maintes reprises pour sa précision. Le mixage a été effectué au studio Europasonor par Jean-Pierre Orfino (le mari de Jeanne-Marie Sens dont je reparlerai plus tard) qui fit partie des Pirates auprès de Dany Logan, le tout magnifiquement supervisé par un des maîtres en la matière, Roger Roche, ingénieur du son pour plusieurs albums de Claude François. Au rayon des musiciens, citons Patrice Tison aux guitares, basse et claviers (Jean-Jacques Goldman, Bernard Lavilliers,…); Albert Marcoeur à la batterie, aux percussions et instruments à vent (multi-instrumentiste, appelé le « Zappa » français, il eut plusieurs albums à son actif et travailla avec Dick Annegarn); le batteur belge Jean-Pierre Onraedt apporte aussi son concours (collabora avec Marc Moulin pour le projet « Placebo ») et les chœurs exclusivement féminins sont assurés par Madeline Bell (avec Freddie Mercury et Montserrat Caballé sur l’album « Barcelona » ainsi qu’avec Johnny Hallyday sur « Rock’n’Slow » et « Flagrant Délit »), Kay Garner (Johnny Hallyday, mais aussi Lou Reed et Serge Gainsbourg) et Joan Wilson (qui fera un hit « Dance » en 1996 avec « Celebrate (The Love) » dans le cadre du projet éphémère Zhi-Vago). Bref, comme on peut le constater, Pierrot est entouré d’une équipe talentueuse et même si ce premier essai n’accroche pas véritablement le grand public, il faut reconnaître qu’il regorge de morceaux très intéressants comme « Music Man », « Bon Appétit » (« Sammy The Bee » en anglais) et, bien sûr, « New York » divisé en deux plages nommées « Fondation » et « Civilisation ». La démarche créatrice de ce premier album solo est intéressante à plus d’un titre, Pierre nous invite à découvrir son paysage musical, pas forcément optimiste, loin de là.  La plage d’ouverture « Introduction (voyage) » est comparable à un début de semaine banal comme les autres où des voyageurs, sans vie et sans âme, s’engouffrent dans un métro où « des mômes se cament, des psychodrames se trament… ». Ensuite, à la vitesse de la lumière, on subit une « transportation » dans un monde futuriste où le dernier vestige d’une nature saine est… une dernière jonquille (clin d’œil à Hugues Aufray qui chantait « Des jonquilles aux derniers lilas » ?). « Music Man » est une mini révolte en soi, Pierre déplore ces « marchands de musique » « qui t’écoutent sans entendre ». La dernière strophe est vraiment révélatrice de sa rébellion :

Ce n’est pas une chanson mais le trac

D’être un jour consommé dans les produits en vrac…

Le travail… Le talent… des clous !

Ça, coco, le public s’en fout !

La promotion, un point c’est tout !

« La clé » propose des interrogations successives sur notre existence… Sommes-nous seuls au monde et « rien que le fruit du hasard » ?... « Le Géant » évoque la puissance d’un être surhumain, immortel qui sommeille en chacun de nous… Dans « Bon Appétit », ce sont les années de galère pendant lesquelles Pierre a mangé son pain noir. Le texte est très bien fait et sa continuité traduit parfaitement le titre de la chanson; en voici quelques bons passages choisis : « J’en ai soupé de toujours déguster », « souvent j’ai gobé des histoires à dormir debout », « On se nourrit d’illusions », « j’ai digéré des affronts », « Il faut apprendre à bouffer à tous les râteliers »… Jolis jeux de mots ! « Trois roses froides » tissent le portrait peu flatteur de trois filles finalement peu recommandables… Pierrot les a-t-il connues ? La tromperie ne serait-elle que presqu’exclusivement féminine ? « Sans histoire » conte l’histoire d’un homme qui traîne son ennui dans un bar enfumé lorsqu’il aperçoit une fille qu’il désirerait connaître au point de lui dire « tu » alors que c’est la première fois qu’il la voit… Enfin, la fresque « New York » est un bien piètre tableau de la ville dont la noirceur des tours cache un ciel qu’on voudrait qu’il soit bleu; on n’aimerait pas y vivre, ni s’y promener dans cette « ville-araignée », « un corps malade qui tousse et geint, par tes rues étouffé ». Bien triste constat d’une ville où ne règnent que « des flics, des gangs et des poubelles »… Si la guitare est le « maître » instrument (superbe dans « Music Man »), on saluera la présence de cuivres dans « Bon Appétit », « Trois roses froides » (à la fin, où les sonorités saccadées laisseraient croire à un langage codé comparable au morse) et, bien évidemment, oserait-on dire, dans « New York » où la diversité instrumentale est de mise (cordes, piano, percussions, effets sonores...).

rapsat musicolor

"L'ombre et la lumière", "Chanson à ma femme",

"Adieu, les clowns !", "Le brochet"

1975… La chanson française accueille de nouveaux talents et surtout de nouveaux textes. Johnny Hallyday et Claude François, les deux champions des 60’s, doivent désormais compter avec Souchon, Jonasz, Sheller et Berger (lequel n’est pas un jeune blanc bec puisqu’il figurait déjà sur la photo mythique de Salut les copains !). De son côté, Pierre veut également pointer le bout de son nez et il est impatient de sortir son deuxième album « Musicolor », toujours sous le label Atlantic (distribué par WEA filipacchi music). Étant dans la même maison de disques que Véronique Sanson et Jeanne-Marie Sens, Pierre ne veut pas faire figure de « petit nouveau » ou de « bon dernier ». Désireux de s’entourer des meilleurs, il recrute Michel Bernholc pour la direction d’orchestre. Qui plus est, Michel est l’un des chefs les plus demandés et il s’occupe d’ailleurs des arrangements pour Véronique Sanson et Michel Berger (également pour Sardou, Goldman, Jonasz, etc…, il dirigera aussi les enregistrements de Starmania). D’autre part, Michel apportera une contribution importante à l’accompagnement musical puisqu’il jouera les partitions de piano aux côtés d’Albert Marcoeur (batterie, percussions, pipeau et clarinette), Patrice Tison aux guitares (tous deux déjà présents sur « New York »), Pascal Arroyo à la basse et François Bréant aux claviers. En accompagnement vocal, on trouve le duo « Darras et Desumeur » issus du groupe rock éphémère « Présence » qui comptait en ses rangs un certain Daniel Balavoine. Roger Roche et Georges Blumenfeld mixent le tout avec l’assistance de Jean-Pierre Pouret. Si l’on ne présente plus le premier, Blumenfeld sera l’ingénieur du son de « La déclaration d’amour » pour France Gall en 1974 et Pouret compose la musique d’ « En plein cœur » pour Jeanne-Marie Sens en 1973 avant de s’orienter plus tard dans la musique de films… pornos. A la supervision générale, on retrouve Jean-Pierre Orfino qui avait déjà réalisé un excellent travail sur « New York ». Quant aux paroles et musiques de « Musicolor », elles sont toujours signées Eric Van Hulse et Raepseat, Pierre souhaitant garder son identité originale pour les crédits des chansons. Si le 45 tours « Faut pas grand’ chose pour être heureux » avec, en face B, « Chanson à ma femme » est censé être la « locomotive » de l’album, on aurait pu rêver choix plus judicieux.  Il est incontestable que cette dernière, mélodiquement parlant, surclasse la face A que Jonasz ou Sheller n’aurait pas renié. On peut même carrément dire que c’est « la » meilleure chanson de l’album. « Chanson à ma femme » est on ne peut plus explicite sur la « transformation » que Pierrot a subi lorsqu’il a rencontré la femme qui allait devenir son épouse. Il avait envie de lui dire tous ces « mots-fleurs » qui lui tenaient tant à cœur. Bref, c’est une ode à la femme de sa vie. « L’ombre et la lumière » est musicalement très plaisante; la ligne mélodique est souple, les instruments sont bien à leur place et les chœurs judicieusement posés en prolongement de « L’ombre et la lumière » comme pour encore mieux souligner le contraste des mots : c’est un délicieux vent de fraîcheur qui nous caresse les tympans… « Musicolor » (qui décrit un pays idyllique où tout le monde se sent heureux, « où l’on chante sous la pluie ») est savoureusement country, « Un jour, les couleurs » (c’est la révolte des couleurs avec l’arrivée d’une nouvelle espèce « les caméléons » dans un monde en ruine !) et « Adieu les clowns » (Van Hulse jongle avec les mots : « Charlie Brown part à Hong Kong, Mireille Mathieu épouse King Kong ») sont les chansons « rock » de l’album. Passons brièvement aux quatre chansons restantes de « Musicolor » : « Djumbo, l’Averick » ou la tendre histoire d’un cheval libre et fou devenu bête de cirque jusqu’un soir où il s’évade pour ensuite finir sous « la flamme bleue d’un fusil »; « Le Brochet » qui conte un pêcheur mort d’ennui après la prise d’ « un vieux brochet »; le déjanté « Rapsatus vulgaris » qui présente « un oiseau rare de la famille des bêtes de scène » sur une musique survoltée (Pierrot a-t-il composé ce morceau un soir de « défonce » ?) et « Buster Keaton », un hommage à « l’homme qui n’a jamais ri ». Au bout de plusieurs écoutes, l’album se révèle particulièrement audacieux et franchement bon mais, néanmoins, se situant en deçà de son prédécesseur attirant dès sa première audition. Quelques très bons passages musicaux sont à mentionner : les riffs ravageurs de guitares dans l’intro d’ « Un jour, les couleurs », l’excellente orchestration sur « L’ombre et la lumière » avec un très joli touché de guitare sèche, les magnifique terminaisons musicales de « Djumbo l’Averick » (de 2’20" à 3’52") et d’ « Adieu, les clowns » (de 3’12" à 3’34" avec une superbe trompette solo dont le son s’extrait peu à peu d’un ensemble instrumental pour finir toute seule en apothéose, de 3’34" à 3’55"); enfin, épinglons la jolie fresque musicale qui entoure le septain dans « Le Brochet » avec une très belle et longue intro (1’36") où le son d’une guitare n’a jamais été aussi beau et, enfin, l’ultime plage « Buster Keaton », la plus longue du disque (4’32"), qui renferme un style musical bien caractéristique dont nous retrouverons des variantes dans d’autres compositions de Pierre. En ce qui concerne les versions anglaises de ces deux premiers albums, j’accorderai une préférence à celle de « New York » où la langue semble mieux adhérer aux musiques que dans le second où on privilégiera plutôt la version française.

rapsat judy 2

rapsat judy

6 avril 1976, la tension est à son comble dans les coulisses de l’immense complexe du Congresgebouw à La Haye (Pays-Bas) où se déroule le Grand Prix Eurovision de la Chanson. Pierrot se demande bien ce qui lui a pris d’accepter l’offre de la RTB de représenter la Belgique… N’empêche, quoi qu’on en dise, l’Eurovision, c’est une fameuse vitrine devant des centaines de millions de téléspectateurs. Et il a foi en sa chanson « Judy et Cie », une petite perle qu’il défendra du mieux qu’il le pourra. Il la chantera simplement et naturellement, sans tralala, sans songer un seul instant qu’il gagnera la compétition. Non, son objectif de prime abord, c’est de se démarquer de cette « mixture » musicale à laquelle chaque pays semble adhérer afin de remporter le précieux trophée… Pierre est prêt, la guitare à la main, il scrute les derniers instants de l’interprétation de « Chansons pour ceux qui s’aiment » de Jürgen Marcus qui défend les couleurs du Luxembourg. Dans sa tête résonnent les premières notes de « Judy et Cie », il sait qu’il ne doit pas être trop haut, ni trop bas et qu’il devra être parfaitement en phase avec l’orchestre dirigé par Michel Bernholc. La présence de ce dernier rassure Pierre puisqu’il s’est occupé des arrangements de « Musicolor ». Tout va donc bien se passer, il est en confiance… La prestation peu convaincante du représentant luxembourgeois se termine (c’est une piètre chanson à boire !) et Pierre se prépare à entrer en scène. Il sait que la mélodie de sa chanson n’a absolument rien à voir avec le style musical propre au Concours comme celle du morceau interprété en lever de rideau par le futur vainqueur de la compétition, le groupe britannique Brotherhood of Man avec le titre racoleur « Save your kisses for me ». Malgré le trac qui lui fait presque rater sa première mesure, Pierre parvient peu à peu à se décrisper pour finalement livrer une interprétation toute en finesse et sobriété. Au bout du compte, c’était une excellente idée, cette chanson hors format dont le texte brillant d’Eric Van Hulse convenait très bien à l’écriture musicale de Pierre. Un petit bijou… qui, au terme des votes, ne se classera qu’à une huitième place imméritée juste après le couple italien Al Bano et Romina Power. Pour Pierre, ce résultat n’a aucune importance, il a marqué ce Concours de son empreinte en y imposant une chanson qui ne laissera pas quelques jurys indifférents comme ceux des pays repris ci-dessous :

Finlande : le maximum, soit 12 points !

Italie, Portugal et Monaco : chacun 8 points

Royaume-Uni : 7 points

Suisse et Norvège : chacun 6 points

France : 5 points

Pays-Bas : 4 points

Autriche : 3 points

Israël : 1 point

Allemagne, Luxembourg, Irlande, Grèce, Espagne et Yougoslavie ne lui accordant aucune unité…

Toutefois, « Judy et Cie » sera unanimement appréciée par les spécialistes et bénéficiera de multiples pressages étrangers ainsi que son insertion, par sa maison de disques WEA, dans une compilation (de ses deux premiers albums « New York » et « Musicolor » !) intitulée du titre de la chanson et agrémentée de trois titres inédits : « Harold et Maude », « Rien qu’une vie » et « Doc Holyday ». Pierre n’approuve vraiment pas la sortie de cette compilation et il n’hésite pas à le faire savoir aux responsables de WEA. Une inévitable rupture s’ensuit mais grâce aux qualités de ses deux premiers albums et à l’aura de l’Eurovision, il est en pourparlers avec une autre célèbre firme de disques qui est déjà prête à l’enrôler… Ce sera RCA

À SUIVRE… 

Par BERNIE - Publié dans : Made in Belgium - Communauté : Nos années vinyles oubliés
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : 28/10/2007
  • : LA MUSIQUE POUR TOUJOURS
  • : Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
  • : Rock Pop Jazz Blues Soul Musique
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Profil

  • BERNIE
  • LA MUSIQUE POUR TOUJOURS
  • Homme
  • MUSIQUE Rock Jazz Pop DVD
  • La musique fait partie intégrante de ma vie...

QUELLE HEURE ?

 

 



Recommander

Créer un Blog

Recherche

PROCHAINEMENT

Musiques à Gogo

le 3ème numéro du seul article sur le net à être présenté

comme une véritable émission de télé !

Et puis...

MADE IN BELGIUM

PIERRE RAPSAT

DISCOGRAPHIE

(3ème partie)

De "Lâchez les fauves" à

"J'ouvre les yeux" 

pierre rapsat

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

LA MUSIQUE POUR TOUS/LIENS


RETROUVEZ MARC YSAYE
DU LUNDI AU VENDREDI
DANS LE "MAKING OF"
DE 15 H À 15 H 30
ET CHAQUE DIMANCHE DANS
"LES CLASSIQUES" DE 9 H À 12 H
SUR

link


link

FLECHE RADIO

link

link

link

ANDRÉ TORRENT
LES SAMEDI ET DIMANCHE
DE 4 H 30 À 7 H
"UN TORRENT DE MUSIQUE"
SUR

link

LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

EST UNE

toute la culture sur ulike

LES CD

ALAIN CHAMFORT

"ELLES & LUI"

(MERCURY RECORDS)

ALAIN.jpg

      

SANTANA

"SHAPE SHIFTER"

(EPIC)

SANTANA.jpg 

LES DVD

CENDRILLON

(MASSENET)

JOYCE DIDONATO

(VIRGIN CLASSICS)

CENDRILLON.jpg

    

DALIDA

3 CONCERTS INÉDITS

OLYMPIA 71 - QUÉBEC 75 -

PRAGUE 77

(BARCLAY)

DALIDA.jpg

 

 

S'INFORMER SUR LA MUSIQUE


PLATINE
LE MAGAZINE
DE LA VARIÉTÉ
Platine

JUKE BOX MAGAZINE

juke-box.jpg

      

OPÉRA MAGAZINE

opera.jpg

                       

 

DIAPASON

diapason-copie-2.jpg

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés