Les chansons de Claude

Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /Jan /2010 20:09

img054En décembre 1976, Claude François sort un album qui suit directement la parution en novembre d’un 45 tours avec en face A « Le Vagabond » (qui n’est pas une mauvaise chanson mais qui n’est certainement pas l’une de ses meilleures non plus et ce constat, bien sûr, n’appartient qu’à moi) et au verso, « Danse Ma Vie » (celle-ci, par contre, est parfaite tant au niveau du texte que de la ligne musicale). Ce 33 tours est agrémenté, en face B, d’un titre « Laisse Une Chance À Notre Amour » qui va apporter un changement dans l’introduction de ses nouveaux spectacles. Cette chanson, que l’on peut qualifier de style Disco, au rythme effréné, va en effet servir de « détonateur » pour le début de ses concerts. L’introduction musicale sera donc utilisée pour « amener » le chanteur sur scène après l’apparition de ses danseuses. Je considère également que ce n’est pas, à franchement parler, une idée de génie. Pendant près de 5 minutes, on a droit à une sempiternelle répétition des premiers accords sur les « Hooo-hooo-hooo-hooo » des choristes qui, sur la longueur, perdent leur justesse. Bon, je ne vais pas me répéter sur ces considérations déjà abordées dans l' article « ON STAGE : CLAUDE FRANCOIS - 2ème PARTIE  »; ici, je vais m’attacher à vous présenter d’abord la version originale ainsi que son interprète, Jimmy James & The Vagabonds. Dans la seconde partie, vous ferez connaissance avec son créateur, le producteur et compositeur indien Biddu. Enfin, comme pour « Combien De Rivières », je ferai un comparatif technico-musical entre l’original et son adaptation.

Jimmy James now is the timeJIMMY JAMES & THE VAGABONDS

Formé en 1960, « The Vagabonds » est composé de Chris Garfield à la guitare, Alan Wood à la guitare basse, Russ Courtenay aux percussions (qui a travaillé pour Tina Turner), Alan Kirk aux claviers et Rupert Balgobin à la batterie. Jimmy, quant à lui, avait déjà commencé une carrière solo avant de rejoindre ce groupe en 1964. Les joyeux drilles partent ensuite pour l’Angleterre où ils enregistrent « The New Religion » chez PYE Records en 1966. Le « LP » suivant, « Open Up Your Soul » paraît en 1968. Ensuite, la même année, ils éditent un simple, « Red Red Wine », une version de l’original sorti par Neil Diamond puis reprise avec succès par UB 40 dans les années 80. Décidément très productifs en 1968, un nouveau « LP » appelé tout simplement « This Is Jimmy James & The Vagabonds » sort avec 10 chansons. En 1970, Jimmy et ses amis (c’est bien, ça rime) enregistrent « Help Yourself » qui ne ressemble en rien au hit du même titre issu du répertoire de Tom Jones.
Jimmy James 1 Le single précède la parution d’un excellent album « Skatime » chez Decca mais assez bizarrement, sous l’appellation « Jamaica’s Own Vagabonds » (pour la petite histoire, sachez que Jimmy James est né en 1939 à la Jamaïque). Après 5 ans de disette discographique, Jimmy James revient en force avec « You Don’t Stand A Chance If You Can’t Dance », certes répétitif à souhait mais terriblement soul et dansant (le morceau est même éclaté en 2 parties sur le disque). Sur ce même disque, un autre titre se détachera : « I Am Somebody » qui n’aurait pas déplu à James Brown. L’année suivante sera l’année de la consécration, tout d’abord sur un mode mineur avec le single « Do The Funky Conga » qui sera suivi successivement par deux méga-tubes : « I’ll Go Where The Music Takes Me » et « Now Is The Time » pour lequel notre cher Cloclo flairera le bon coup. Ces deux gros succès seront repris dans de nombreuses compilations « Discos » et resteront à jamais collés à son interprète qui ne manquera pas de les reprendre lors de chaque apparition scénique. Que devient Jimmy James de nos jours ? Depuis 2007, il participe régulièrement au concept « Nothern Soul » pour lequel trois albums sont parus. De nouvelles chansons ont été enregistrées et la dernière en date s’intitule « On The Other Foot ». En 2009, Jimmy James a repris la route avec une nouvelle tournée baptisée « This Is Soul Tour » au cours de laquelle il a pu s’apercevoir qu’il n’avait rien perdu de sa popularité et que ses fans de toujours avaient généré de nouveaux adeptes prêts à s’éclater sur ses tubes des années 70 !

 


BIDDU

BidduD’origine indienne, Biddu a également composé pour Carl Douglas en 1974 (« I Want To Give You My Everything »/« Kung Fu Fighting » en face B qui fut plus plébiscité que la face A. Devant le succès de ce titre, l’ordre des chansons fut inversé sur le 45 tours) et Tina Charles en 1975 (« You Set My Heart On Fire ») et 1976 (« I Love To Love (But My Baby Loves To Dance) »/« Dance Little Lady »). Pour Jimmy James, il a donc écrit « I’ll Go Where The Music Takes Me » et « Now Is The Time » déjà cités ci-avant. En 1975, il crée « The Biddu Orchestra » dont la discographie comprend 4 albums : « Blue Eyed Soul » (1975), « Rain Forest » (1976), « Est Man » (1977) et « Futuristic Journey » (1978). En 2004, il revient sur le devant de la scène avec « Diamond Sutra » sous le nom abrégé de « Biddu », tout simplement. C’est au début des années 60 que Biddu Appaiah (plus tard, il ne gardera que son prénom) choisit sa voie professionnelle dans la pratique musicale et ses goûts initiaux s’orientent plutôt dans les domaines Rock et Pop ainsi qu’en écoutant Radio Ceylan, une des radios asiatiques les plus populaires. Il étudie la musique et apprend à jouer de la guitare, il monte un groupe et interprète des covers des Beatles et des Rolling Stones dans les bars de Bangalore où il a grandi. Mais les membres du groupe se séparent bien vite car tous ne partagent pas les mêmes goûts musicaux et Biddu s’en va tenter sa chance en Angleterre. Après avoir effectué temporairement divers petits boulots pour subvenir à ses besoins et surtout économiser pour pouvoir travailler dans la musique, il finit par réaliser son rêve et franchir les portes d’un studio d’enregistrement. Son style impressionne et on sait ce qu’il advint de ses rencontres avec Carl Douglas, Tina Charles et Jimmy James qui firent de lui un compositeur « Disco » très sollicité dans les seventies.

 

Mais sa plus grande satisfaction personnelle sera assurément « The Biddu Orchestra » et son plus gros succès « Summer of ‘42 », issu de l’album « Blue Eyed Soul » de 1975, qui se hissera à la 14è place des Charts britanniques. Cependant, au moment où ce genre musical s’essouffle à la fin des années 70 et estimant avoir fait ce qu’il y avait de mieux en Europe, Biddu décide de revenir dans son pays natal. Il s’est donc destiné à produire des artistes du cru et même à composer des musiques de films. Avec son dernier album « Diamond Sutra », il explore un nouveau style très recherché par la population occidentale en mal de bien-être : la musique spirituelle que l’on peut aussi qualifier de « relaxation ». Aujourd’hui, Biddu vit en Espagne avec son épouse et ses deux enfants.

 


L’ANALYSE « TECHNICO-MUSICALE »

Cloclo Laisse 1 Bien que les introductions musicales de la version originale et de son adaptation soient nanties d’une durée identique (15 secondes), elles recèlent déjà, en ce laps de temps très court, de nombreuses différences en ce qui concerne leur composition instrumentale. Tout d’abord, honneur à la version originale : une brève envolée de cordes (violons) précède des chœurs avec, en toile de fond musicale, violons, percussions, un xylophone presqu’inaudible (noyé derrière des violons beaucoup plus présents et des percussions que je qualifierais de simples et grossières : 1 coup de grosse caisse succède à 1 coup de caisse claire et ainsi de suite) et un accord joué sur un piano, par la technique de la main retournée, qui se signale sur la fin de l’intro avec une nouvelle envolée de violons juste avant le 1er refrain (en fait, cette mélodie est constituée d’une succession de refrains avec, pour seule variante, le seul couplet situé après le second refrain, parlé par Jimmy James mais chanté par Cloclo, j’y reviendrai plus tard).
Cloclo Laisse 3 La même texture est utilisée dans l’adaptation : envolée de violons avant les chœurs et des percussions plus « intelligentes » : le coup de caisse claire et le coup de grosse caisse se distinguent plus nettement avec l’interposition subtile d’un coup de charleston. De plus, la grosse caisse marque le tempo plus distinctement : en langage de solfège, nous avons droit à une triple double croche, c’est-à-dire trois coups de grosse caisse qui se succèdent sur « ¾ de temps », le ¼ restant étant assuré par la caisse claire. Ce « système » se produit sur les 4ème temps des 1ère et 3ème mesures. Sur le 4ème temps des 2ème et 4ème mesures, c’est une « reprise » (bref solo généralement effectué sur la caisse claire ou combinée avec les toms aigu, médium et grave qui sert de liaison entre deux mesures) qui enrichit et agrémente le contenu rythmique de la partition musicale.  En outre, l’intro de Cloclo est habilement saupoudrée d’une note de harpe à la fin des 2ème et 3ème mesures. Et n’oublions pas la guitare électrique qui se fond admirablement bien dans cet ensemble orchestral qui prouve, une fois de plus, que l’adaptation n’a rien à envier à l’original, que du contraire ! Et c’est un comble, il ne faut pas plus de la durée de l’intro pour s’en rendre compte.
Cloclo Laisse 4 Occupons-nous maintenant des deux premiers refrains qui nous mènent à 1’14" des 3’20" de la mélodie (à peine 2" de plus pour la version originale). Pour la version de Cloclo, c’est du pur bonheur de remarquer la précision et la juxtaposition des instruments sur le tempo des percussions formaté par nos trois « doubles croches » : de la 16ème à la 30ème seconde s’écoulent 4 mesures : au terme de la 2ème, ce sont les violons qui « miment » les coups de grosse caisse tandis qu’à la fin de la 4ème, ce sont les cuivres qui s’y collent. Judicieuse idée musicale que cette permutation. Après une nouvelle note de harpe, une belle continuité s’ensuit et l’ornementation musicale reste joliment en place sur un tempo clair et diablement précis; les chœurs insistent pour finalement accompagner la voix de Claude merveilleusement mise en valeur.
Cloclo Laisse 9 45" sont passées et… Jimmy James pendant ce temps-là ? Ce sont les violons et la guitare électrique qui dominent outrageusement sur un rythme lourd, voire pesant. Alors que le « Laisse » des chœurs est mixte, le « Now » de l’original est uniquement mâle, trop viril. Heureusement, la voix de Jimmy est sans reproche, d’une couleur « soul » qui sied parfaitement à la ligne musicale. Venons-en à l’unique couplet qui s’étend de 1’16" à 1’45" : pour la version originale, Jimmy ne chante donc pas, je n’irai pas jusqu’à dire qu’il « vocifère » les paroles mais on n’en est pas loin quand même. Certes, ça fait son effet avec les deux guitares électriques qui se font bien entendre, en parfait décalage sur des accords différents. Par contre, j’aurais du mal à imaginer Cloclo employer le même processus. Son couplet est d’une durée moins longue (de 1’14" à 1’28") mais est truffée d’effets percussionnistes judicieux : le bongo se mélange astucieusement avec la batterie. Cet instant de la mélodie est superbement choisi pour appuyer les percussions dont Cloclo raffole tant, d’autant plus qu’il nous les sert avec une voix solide et bien éraillée comme dans « Reste », « Dans Les Orphelinats », « Pardon », « Rien, Rien, Rien », « Sacrée Chanson » et « Rubis », les exemples ne manquent pas.
Cloclo Laisse 6 Pour la seconde moitié de la mélodie, côté original, nous retrouvons les mêmes ingrédients avec une accentuation de la rythmique soul par la guitare électrique, les violons et le xylophone beaucoup plus « sonore », l’ajout des cuivres se situant seulement à 2’49", soit à une demi-minute de la fin du morceau. Côté adaptation, le procédé alternatif violons et cuivres sur les trois doubles croches de la grosse caisse se répète avec la même précision; la voix de Claude se décale en léger fond sur « Laisse une chance à notre amour » à 2’30" et 2’59".
Cloclo Laisse 7 Que conclure sur les deux versions ? La version originale a certainement un son plus soul que l’adaptation française résolument tournée vers le disco (justifié par ces trois fameuses « doubles croches », quelle trouvaille !). La version de Cloclo est plus aérée, la diversité et l’utilisation des instruments (surtout les cuivres et les violons) sur le tempo donnent plus de « tranchant » et de consistance. L’effet disco est bien prononcé. La prestation vocale de Claude est sans failles, bien proportionnée selon les moments de la chanson et jamais noyée malgré la richesse instrumentale.
Cloclo Laisse 8 Côté textes, on n’atteint bien évidemment pas les sommets, ce n’est certainement pas le but recherché dans ce contexte musical. Eddy Marnay nous délivre des paroles simples, fraîches, subtiles même : le « Laisse » est idéal pour l’effet « chœurs », les rimes en « our », « ème » et « é » ont été choisis en fonction de la base rythmique de la mélodie et se fondent sans aucune… anicroche (pour rester dans les « croches » !). Pour la biographie de l’auteur, je vous renvoie à l’article "DISCO" CLOCLO (1ère partie)  et pour terminer, décernons une mention spéciale à l’excellent travail orchestral de Jean-Claude Petit qui a beaucoup compté dans la réussite des enregistrements de Claude François…  

Cloclo-Laisse-11-copie-1.jpg Cloclo Laisse 12  

Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : Toutes les musiques
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 22:56

Voici une superbe adaptation par Claude François du fantastique « River Deep-Mountain High », une chanson parue en septembre 1966 et tirée de l'album du même titre d'Ike et Tina Turner. Ce nouvel article des « Chansons de Claude » vous propose un historique de l'original qui a suscité de nombreuses reprises ainsi que l'analyse technique de l'interprétation par Claude François. A la création de ce morceau mythique, nous trouvons l'inventeur du « son Spectorien », le légendaire Phil Spector (qui, malheureusement, a alimenté la chronique, récemment, de bien sinistre façon mais je n'aborderai pas ce sujet, ce blog n'étant destiné qu'à la musique et non aux faits divers), Jeff Barry (qui a écrit, notamment, pour Sam Cooke, The Ronettes, The Beach Boys, Glen Campbell et Olivia Newton-John) et l'épouse de Barry à cette époque, Ellie Greenwich. Ces deux derniers furent à l'origine de nombreux hits dans les années 60 dont « Hanky Panky » pour Tommy James & The Shondells et « Do Wah Diddy  » pour Manfred Mann. Dès sa parution aux Etats-Unis, la chanson ne fait pas grand bruit; par contre, c'est un énorme succès au Royaume-Uni puisqu'elle se classe d'emblée n° 3. Elle est rééditée en 1969 et devient, désormais, une chanson à part entière dans le répertoire de Tina Turner. Au moment de l'enregistrement de la chanson, Spector se rend compte du comportement abject et incontrôlable d'Ike Turner. La chanson et l'album qui suit sont crédités aux deux noms mais seule la voix de Tina se fera entendre, Ike n'ayant pas été permis de participer aux sessions selon les termes du contrat ! Phil Spector va déployer un arsenal de moyens techniques et instrumentaux appelé « Wall of Sound » (Le mur du son) afin d'accompagner la voix puissante de Tina. La facture va s'élever à 22.000 $, un budget incroyable pour cet album qui requiert la présence de deux douzaines de chanteurs et musiciens ! Malgré tous ces efforts, « River Deep-Mountain High » est un échec aux Etats-Unis, n'atteignant qu'une pénible 88ème place au Billboard. Cependant, au Royaume-Uni, le single n'est devancé que par les Beatles et les Kinks, George Harrison déclarant même que la chanson est parfaite, du début à la fin. Le fameux magazine « Rolling Stone » reconnaît toutefois la qualité intrinsèque de la chanson puisqu'il la place en 33ème position parmi les 500 meilleures.

 

  Vidéo avec Ike Turner

Vidéo de Tina au Pays-Bas en 1971 

 

Amsterdam Arena 1996  


Au rayon des covers, c'est Harry Nilsson (plus connu sous son unique nom, Nilsson) qui, en 1967, est le premier à reprendre la chanson dans son album « Pandemonium Shadow Show ». Cet auteur-compositeur-interprète décédé le 15 janvier 1994 à l'âge de 52 ans avait collaboré avec Spector avant de triompher avec des titres comme « Without You » et « Everybody's Talkin' », le thème du film « Midnight Cowboy ». L'année suivante, c'est « Deep Purple » qui ajoute ce morceau à son répertoire au sein de son album « The Book Of Taliesyn » qui paraît en février 1969 et dont la durée dépasse les 10 minutes !

 

  La Cover de Deep Purple

 


Ensuite, Eric Burdon & The Animals (ci-dessus) l'incluent à leur album « Love Is » en 1968 et sur leur compilation de 1969 « The Greatest Hits Of Eric Burdon & The Animals ». En 1985, un enregistrement de cette chanson est captée lors d'un concert d'Eric Burdon et est sorti finalement en 1992 sur « That's Live ». Encore aujourd'hui, « River Deep-Mountain High » figure dans sa tracklist pour la scène. En 1970, « The Shadows » en réalise une version instrumentale sur « Shades of Rock » suivie de celle de Bob Seger (sous l'appellation « The Bob Seger System ») dans l'album « Mongrel ». Mais la version qui remporta le plus de succès (une 14ème place au Billboard en 1971) est à mettre au crédit des « Supremes & Four Tops » (l'association des « Supremes » après le départ de Diana Ross avec « The Four Tops ») sur leur album « The Magnificent Seven », produit par la paire Ashford et Simpson (dont je reparlerai plus tard pour une autre « Chanson de Claude ») et qui sort en septembre 1970.

 

La Cover des Supremes avec Tom Jones (Tom Jones Show)  


Dans les années 80, la chanson fut à nouveau reprise par le groupe « Erasure » sur leur album « The Innocents » en 1988. En 1992, Annie Lennox l'interprète également au cours de l'émission « MTV Unplugged » ainsi que Neil Diamond sur « Up On The Roof : Songs From The Brill Building » en 1993. Dernièrement, depuis fin 2006, Céline Dion n'a pu faire autrement que se l'approprier pour ses shows à Las Vegas mais sincèrement, elle doit encore prendre des leçons auprès de Great Mama Tina !

 

 La Cover de Neil Diamond 

 

Deuxième titre de la face B de son 15ème album paru en novembre 1971 et emmenant le titre phare « Il fait beau, il fait bon », « Combien de rivières » est une de mes covers préférées de Claude François. Inclus dans un 33 tours de bonne qualité générale avec d'autres titres forts comme « Plus rien qu'une adresse en commun », « En souvenir », « Un jardin dans mon cœur » et « Un peu d'amour, beaucoup de haine », ce disque a une connotation toute particulière pour moi : il fut le premier qui m'ait été offert et donc le premier d'une longue et belle collection ! Je le vois encore « trôner » au milieu d'autres jouets pour la Saint-Nicolas de 1971... en avant-goût du concert, le premier, aussi, auquel je pus assister, le 8 avril 1972 au Palais des Beaux-arts de Charleroi.  « En souvenir » de celui-ci, voici un montage en préambule de l'analyse technique de la chanson.

 


Tout comme l'original, l'introduction musicale est courte (cinq secondes). Elle est dominée essentiellement par les cordes (violons) avec une rythmique assurée par de timides percussions (j'opterais pour des maracas) et ponctuée par un coup de grosse caisse. La voix de Claude, bien en place, vient tout de suite après, seule, avant que la musique ne se dépose sur la deuxième syllabe de « rivières ». Avant d'aller plus loin dans cette analyse, il faut signaler que cette chanson n'a pas de véritable refrain. Elle se compose de plusieurs segments bien distincts séparés par une répétition de l'intro après 1 minute 12. De 2 minutes 24 à 3 minutes 06, la mélodie atteint son paroxysme; les accords identiques se renouvellent, chaque fois toutes les douze notes jusqu'à ce que la voix de Claude atteigne la note la plus élevée dans la partition (le do de l'octave supérieure !). Enfin, la chanson se termine par une seconde répétition de l'intro musicale. Cette chanson possède vraiment une conception inhabituelle dans le répertoire de Claude. Maintenant, en ce qui concerne l'instrumentation, le premier segment (de la 8ème seconde à la 27ème) est agrémenté principalement  d'une basse rejointe par des chœurs et une section importante de violons dans le second segment (de la 28ème seconde à la 46ème). Les cuivres (trombones et trompettes) font leur apparition dans le dernier tiers de la première partie du morceau (de la 47ème seconde à 1 minute 11). La basse couvre toujours le 1er segment de la deuxième partie mais elle se fait « chahuter » par des violons insistants donnant ainsi beaucoup plus de largeur au champ musical. Mais le plus intéressant est encore à venir... L'instant fatidique se situe à 2 minutes 24, au moment où la mélodie « monte » d'un degré avec cette répétition incessante d'accords, d'abord à la guitare, uniquement pendant 6 secondes, puis avec des percussions outrageusement dominées par une cinglante... cymbale !  L'orchestration atteint son sommet avec l'appui des cuivres sur la guitare pour amplifier la répétition des accords avec, d'abord en fond, la voix de Claude qui s'élève en crescendo pour finir, majestueuse, au dessus de cet enchevêtrement instrumental ! Sans pour autant égaler la version originale et sa dimension « Spectorienne », l'adaptation française d'Eddy Marnay est subtile : les « rivières » et « montagnes » sont évoquées pour décrire un homme soucieux de retrouver la femme qu'il désire par-dessus tout, qu'importent les obstacles qu'il doit surmonter... Les arrangements musicaux de Raymond Donnez sont précis, très travaillés, peut-être un peu trop symphoniques pour la couleur soul de la chanson; toutefois, l'instrumentation est de qualité mais elle ne devance pas, loin de là, le « mur du son » cher à son créateur...

Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : musique à Coeur..ouvert
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