Les musiques de films

Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 20:37

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Question facile : quel est le point commun entre John Barry et James Bond, le héros d’Ian Fleming ? Ils ont les mêmes initiales, pardi ! Rien que par cette banale coïncidence, le destin du compositeur était irrémédiablement lié aux aventures de l’agent 007 ! Même s’il a dû mettre le fameux thème de Monty Norman à toutes les sauces, il faut bien avouer que Barry a joué un rôle considérable dans le succès de la saga. L’orchestration des scènes d’action était rondement menée et il était aussi palpitant d’assister aux divers exploits de Bond que d’écouter la musique… John Barry est donc crédité au générique de 11 James Bond :

JB DR NO

1962 : « Dr No » (« James Bond contre Dr No ») uniquement pour l’orchestration de la scène finale, le reste de la bande originale ayant été attribuée à Monty Norman (John Barry et Monty Norman se retrouveront même, à deux reprises, devant la Cour de Justice pour la reconnaissance et le partage de leurs droits respectifs dans le thème créé par Norman et maintes fois arrangé par Barry);

JB-RUSSIA.jpg

1963 : « From Russia with Love » (« Bons Baisers de Russie ») avec une nomination aux Golden Globe Awards pour la meilleure chanson de film composée par Lionel Bart et interprétée par Matt Monro);

JB GOLDFINGER

1964 : « Goldfinger » (chanson interprétée par Shirley Bassey sur une musique de Barry avec des paroles d’Anthony Newley et Leslie Bricusse, des auteurs ayant travaillé, entre autres, pour Sammy Davis Jr et Tony Benett);

JB THUNDERBALL

1965 : « Thunderball » (chanson interprétée par Tom Jones sur une musique de Barry et des paroles de Don Black qui collaborera aux travaux de Barry sur « Out Of Africa » et « Dances With Wolves », j’y reviendrai);

JB YOU ONLY LIVE

1967 : « You Only Live Twice » (« On ne vit que deux fois », chanson interprétée par Nancy Sinatra sur une création du duo Barry/Bricusse);

JB AU SERVICE SECRET

1969 : « On Her Majesty’s Secret Service » (« Au Service Secret de Sa Majesté »);

JB DIAMONDS

1971 : « Diamonds Are Forever » (« Les diamants sont éternels », chanson interprétée par Shirley Bassey sur une composition de la paire Barry/Black);

JB THE MAN

1974 : « The Man With The Golden Gun » (« L’homme au pistolet d’or », chanson interprétée par Lulu, co-gagnante du Concours Eurovision en 1969, sur un travail signé à nouveau par Barry et Black);

JB MOONRAKER

1979 : « Moonraker » (3ème chanson à être finalement interprétée par Shirley Bassey alors qu’elle était préalablement destinée à Johnny Mathis, ce dernier l’ayant refusée après que les producteurs aient songé à Kate Bush voire même Frank Sinatra ! C’est un texte d’Hal David qui a été posé sur la musique de Barry);

JB OCTOPUSSY

1983 : « Octopussy » (la chanson thème intitulée « All Time High », sur une musique de Barry et des paroles de Tim Rice, est interprétée par Rita Coolidge);

JB A VIEW

1985 : « A View to a Kill » (“Dangereusement Vôtre”, nominations aux Golden Globe Awards pour la meilleure musique de film et la meilleure chanson par le groupe Duran Duran qui cosigne la composition avec Barry);

JB THE LIVING

1987 : « The Living Daylights » (« Tuer n’est pas jouer », chanson interprétée par le groupe A-ha et coécrit avec le guitariste de la formation, Paul Waaktaar-Savoy).

Impressionnant, n’est-il pas ! Et pourtant, personnellement, c’est vers l’âge de 10 ans que j’ai véritablement découvert John Barry lorsque la série « The Persuaders ! » (« Amicalement Vôtre ») a été diffusée pour la toute première fois à la RTB ! Quel subtil habillage musical pour le générique condensant le chemin parcouru par Danny Wilde et Brett Sinclair depuis leur plus tendre enfance jusqu’à leur rencontre !  Mon frère et moi nous identifiions à ces deux personnages opposés par leurs origines : j’avais une nette préférence pour le rôle de Tony Curtis et mon frère, logiquement selon moi, puisqu’il était l’aîné, se parait de celui de Roger Moore…  Et cette musique que nous connaissions sur le bout des doigts était le détonateur de nos aventures improvisées… Mais revenons à ce qui nous occupe. Avant de faire plus ample connaissance avec John Barry, voici ce fameux générique accompagné de deux pochettes de 45 tours sous le label CBS : le pressage hollandais, avec le titre original, paru en 1972, avec le sticker « Indicatif Amicalement Vôtre » apposé sur le recto, et le pressage français sorti en 1974 :

JB AMICALEMENT JB AMICALEMENT 2  

De son vrai nom John Barry Prendergast, John naît le 3 novembre 1933 à York en Angleterre. Sa mère est une talentueuse pianiste classique et son père gère plusieurs salles de cinéma. L’équation, dès son tout jeune âge, est évidente : Musique + Cinéma = John Barry. Très intéressé par l’apprentissage de la musique, il débute tout naturellement par le piano en combinant l’étude de la trompette. John a neuf ans et il adore vraiment ça. Ce qui ne gâte rien, il est extrêmement doué. Désirant intensifier ses explorations musicales, il s’oriente vers la musique classique jusqu’à son 15ème anniversaire. Il déniche un boulot comme projectionniste de cinéma avant d’entrer sous les drapeaux pour intégrer bien évidemment la formation musicale de son camp d’affectation. Sitôt débarrassé du service militaire, il signe ses premiers arrangements pour des groupes anglais emmenés par Ted Heath (il fut à la tête du plus célèbre big band anglais, après la Seconde Guerre, enregistra plus d’une centaine d’albums et vendit plus de vingt millions de disques. Durant sa carrière, il eut la possibilité de côtoyer de nombreux grands artistes comme Nat King Cole, Count Basie, Marlène Dietrich, Johnny Mathis, Tony Benett, Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald, entre autres.  Il décéda en 1967 mais sa formation lui survécut jusqu’en 2000 !) et Johnny Dakworth, formidable jazzman, un excellent clarinettiste et saxophoniste qui fut à l’origine du générique des trois premières saisons de « Chapeau Melon et Bottes de Cuir ». Au crépuscule des années 50, John n’a qu’un désir : les imiter et posséder sa propre formation. Avec l’aide de trois camarades qu’il a gardés de sa période de service militaire et de trois musiciens recrutés dans le Yorkshire, sa région natale, il fonde le groupe « The John Barry Seven » et se met directement au travail pour composer quelques instrumentaux qui rencontreront un assez bon succès.

JB JOHN BARRY SEVEN

JB THE JOHN BARRY SEVEN

Cette reconnaissance leur permet de partir en tournée dans le Royaume-Uni et ils réussissent à capter l’intérêt de la fameuse firme EMI. Leur signature au bas d’un contrat les conduit à l’enregistrement d’un premier disque intitulé « The Big Beat » qui leur ouvre les portes des studios de télévision afin de se produire dans plusieurs émissions de variétés. Mais John a d’autres objectifs. Ce groupe, il le considère plus comme un tremplin pour aboutir à ce qu’il veut vraiment : la composition de musiques de films.

C’est avec « Beat Girl » (« L’aguicheuse ») d’Edmond T. Gréville que John signe sa première musique de film en 1960 dans lequel apparaît notamment Christopher Lee. La même année, il s’occupe de la partition de « Never Let Go » de John Guillermin avec Peter Sellers. L’année suivante, c’est Chloe Gibson qui fait appel à lui pour accompagner « Girl on a roof » interprété surtout par des acteurs de séries télévisées dont Ivor Dean qui a joué dans « Regrets éternels », un épisode de la série « Amicalement Vôtre ». Mais tout à coup, le destin de John va prendre une toute autre dimension dès 1962 : il a tapé dans les oreilles d’Albert R. Broccoli et d’Harry Saltzman, deux producteurs associés avides d’adapter au grand écran le célèbre James Bond, l’agent 007 des romans d’Ian Fleming. Pourtant, sa musique ne s’exprimera que sur un court passage de « James Bond contre Dr No » mais elle aura un impact suffisant pour lancer définitivement sa carrière.

JB STRINGBEAT

Malgré ce succès, John n’abandonne pas sa formation « The John Barry Seven » et sort un second album « Stringbeat ». Toujours en 1962, il s’occupe de la bande originale de « La chambre indiscrète », un drame de Bryan Forbes produit par Richard Attenborough avec Leslie Caron. Mais voilà que Broccoli et Saltzman viennent à nouveau le solliciter pour « Bons Baisers de Russie » de Terence Young, le second James Bond, en 1963. Vous connaissez la suite et John se sépare logiquement de ses six compères pour se consacrer définitivement à sa vocation de compositeur de musiques pour le cinéma.

En 1963 et 1964, il est nommé responsable musical pour EMI et sera l’heureux producteur du célèbre tube « Yesterday’s Gone » de Chad & Jeremy, enregistré dans les studios d’Abbey Road, qui paraîtra en septembre 1963. Après avoir travaillé pour des documentaires (« Elisabeth Taylor in London », 1963, « Sophia Loren in Rome », 1964), il écrit pour des séries télévisées parmi lesquelles, « The Human Jungle » (1963-1964) et surtout « Vendetta » (1966 – 1968) pour son magnifique « The Danny Scipio Theme ».

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Entre-temps, il est sollicité pour « Zoulou » en 1964, un excellent film de guerre de Cyril Endfield avec Michael Caine, « Le rideau de brume » de Bryan Forbes, toujours en 1964, avec Richard Attenborough et « Ipcress, danger immédiat » de Sidney J. Furie, en 1965, avec Michael Caine. Il se jauge dans la comédie avec « Le Knack et comment l’avoir » de Richard Lester avec Rita Tushingham, Ray Brooks et Michael Crawford ainsi qu’en 1966 dans « Un mort en pleine forme » de Bryan Forbes avec Michael Caine.

Toutefois, la même année, sa carrière prend un essor gigantesque avec la récompense de 2 Oscars (meilleure musique et meilleure chanson)  pour « Born Free » (« Vivre Libre ») de James Hill avec Virginia Mc Kenna. Le thème principal est une pure merveille avec de superbes envolées de cordes qui montent somptueusement en puissance sur un imposant fond de cuivres. La mélodie se termine doucement et subtilement sur un lit de cordes comme elle a commencé. Très joli et bourré d’effets musicaux à vous donner des frissons dans le dos… Dès lors, le carnet de commandes de notre ami va se remplir à une vitesse vertigineuse. La même année, il travaille pour « Le secret du rapport Quiller » de Michael Anderson avec George Segal, Max Von Sydow et Alec Guiness. À peine une partition finie, il en commence une autre pour « La poursuite impitoyable », encore en 1966, un film remarquable d’Arthur Penn avec Marlon Brando, Robert Redford et Jane Fonda.

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1968 est prolifique avec trois films : « Le chat croque les diamants » du fidèle Bryan Forbes avec toujours son acteur préféré, Michael Caine, en tête d’affiche; « Boom » de Joseph Losey avec les amants terribles qu’étaient Elisabeth Taylor et Richard Burton; et « Petulia » de Richard Lester avec Julie Christie, Richard Chamberlain et George C. Scott. Tout en restant au « service secret de l’agent 007 », John est de plus en plus accaparé et fait face, avec succès, à toutes les demandes : après un nouvel Oscar pour la très belle musique d’« Un lion en hiver » d’Anthony Harvey avec une distribution prestigieuse réunissant Peter O’Toole, Katharine Hepburn et Anthony Hopkins, il signe, en 1969, le très célèbre thème de « Midnight Cowboy » de John Schlesinger avec Dustin Hoffman et Jon Voight ainsi que la composition du long métrage de Sidney Lumet, « Le rendez-vous », avec Omar Sharif et Anouk Aimée.

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Le début des années 70 va débuter par un très gros succès avec le générique d’« Amicalement Vôtre » qui, à lui seul, fera la propagande de la série. Pour la petite histoire, signalons que c’est Ken Thorne qui écrit la musique accompagnant différentes scènes dans les feuilletons et qu’une chanson, « Gotta Get Away », de Tony Hatch et Jackie Trent est utilisée dans l’épisode « pilote », durant la course poursuite entre la Ferrari de Danny Wilde et l’Aston Martin de Lord Brett Sinclair. Durant cette décennie, John écrit pour une autre série (« L’aventurier », 1972-1973, avec Gene Barry) et il va partager son travail entre la télévision et le cinéma. Il travaille pour une dizaine de téléfilms mais la qualité de sa composition du générique d’ « Amicalement Vôtre » ne sera pas égalée.

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En ce qui concerne les musiques de films, le rythme ne faiblit pas : en 1970, William A. Fraker lui commande d’accompagner la réalisation de son film « Monte Walsh » qui met en vedettes Lee Marvin et Jack Palance. Puis viennent successivement « La vallée perdue » de James Clavell avec Michael Caine et Omar Sharif, « La guerre de Murphy » de Peter Yates, en 1971, avec Peter O’Toole et, en 1972, la version musicale d’ « Alice au pays des Merveilles » de William Sterling avec Peter Sellers et Ralph Richardson. La même année, « Mary queen of Scots » de Charles Jarrott (avec Patrick Mc Goohan, Vanessa Redgrave et Timothy Dalton) lui vaut une nomination pour l’Oscar de la Meilleure Musique de Film. En 1974, il se charge de la musique de « Top secret », une comédie du regretté Blake Edwards, décédé récemment le 15 décembre 2010, avec Julie Andrews et Omar Sharif. En 1975, John Schlesinger fait à nouveau appel à lui pour « Le jour du fléau » avec Donald Sutherland.

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Ensuite, il est crédité de musiques pour des films qualifiés « à grand spectacle » avec, en 1976, « King Kong », le pâle remake du chef-d’œuvre de 1933 réalisé par John Guillermin avec Jessica Lange et Jeff Bridges, « La rose et la flèche » de Richard Lester avec Sean Connery et Audrey Hepburn, « Le bison blanc », en 1977, de Jack Lee Thomphon avec son « justicier » Charles Bronson et « Les grands fonds » de Peter Yates avec Robert Shaw, Nick Nolte, Jacqueline Bisset, Louis Gossett et Eli Wallach.

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Il s’oriente dans d’autres genres de films tels « Le jeu de la mort » de Robert Clouse et Bruce Lee, en 1978, avec le King des Arts Martiaux, et se laisse attirer, en 1979, par le domaine de la science-fiction avec « Le choc des étoiles » de Luigi Cozzi avec Christopher Plummer et Caroline Munro, et « Le trou noir » de Gary Nelson avec Anthony Perkins, Ernest Borgnine, Yvette Mimieux et Maximilian Schell. Dans les années 80, ses activités ne déclinent pas et, en moins de 5 ans, il composera une vingtaine de musiques de films, parmi les plus appréciées, citons « Quelque part dans le temps » (nomination aux Golden Globes) de Jeannot Szwarc, le réalisateur de « Jaws 2 », en 1980 avec Christopher « Superman » Reeves et Jane Seymour, « La fièvre dans le corps » de Lawrence Kasdan, en 1981, avec William Hurt, Mickey Rourke et Kathleen Turner, « Les aventuriers du bout du monde » de Brian G. Hutton, en 1983, avec Tom « Magnum » Selleck et « Cotton Club » de Francis Ford Coppola, en 1984, avec Richard Gere, Nicolas Cage et Diane Lane.

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JB OUT

En 1985, il obtient une reconnaissance supplémentaire pour son génie créatif avec la formidable musique d’ « Out of Africa », le magnifique film de Sydney Pollack avec Robert Redford, Meryl Streep et Klaus Maria Brandauer, pour laquelle il reçoit un nouvel Oscar et un Golden Globe. Le lyrisme de la mélodie est très envoûtant, les cordes et les cuivres se juxtaposent harmonieusement avec une intensité musicale très émouvante dans la dernière minute du thème principal : c’est du très grand art, c’est divinement beau, sacrément bien dirigé et orchestré ! Il serait difficile de faire mieux… Et pourtant ! Après « Peggy Sue s’est mariée » de Coppola, en 1986 avec Nicolas Cage et Kathleen Turner, « Masquerade » de Bob Swaim, en 1988, avec Rob Lowe, et après avoir terminé sa collaboration avec la saga des Bond par un ultime « Tuer n’est pas jouer » en 1987, Kevin Costner le convie à travailler avec lui pour son premier film « Danse avec les loups » en 1990.

JB DANSE

Très inspiré, John concocte un petit bijou qui lui rapporte un dernier Oscar ainsi que des nominations aux Golden Globes et aux Grammy Awards. Barry a beau utiliser la même recette mais c’est admirablement bien ciselé : les cordes sont d’une précision dantesque dans un ensemble harmonique de grande éloquence. C’est vraiment irréprochable et d’une musicalité de haut vol. En 1992, il est à deux doigts de réitérer le même exploit aux Oscars avec la bande originale de « Chaplin », le film de Richard Attenborough, en 1992, avec Robert Downey Jr et Anthony Hopkins, mais il devra se contenter d’une nouvelle nomination ainsi qu’aux Golden Globes.

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Il réalisera encore une excellente performance sur « Proposition indécente » d’Adrian Lyne, en 1993, avec Robert Redford et Demi Moore ainsi qu’en 1994 sur « Les experts » de Luis Llosa avec Sylvester Stallone et Sharon Stone. Ses dernières compositions marquantes sont à relever sur « Les amants du nouveau monde » de Roland Joffé, en 1995, avec Gary Oldman, Demi Moore et Robert Duvall, « Code Mercury » d’Harold Becker, en 1998, avec Bruce Willis et Alec Baldwin, et, enfin, « Enigma » de Michael Apted, en 2001, avec Kate Winslet.

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30 janvier 2011… John Barry s’éteint, foudroyé par une crise cardiaque… Au moment où je commençai à rédiger cet article dans le dernier tiers du mois de janvier, je ne m’imaginais pas qu’il devait être finalement le prélude à un hommage… Funeste coïncidence ! Alors voilà, cet article est et restera au présent comme s’il était toujours parmi nous.

John fut le premier époux de Jane Birkin et de leur union naquit la photographe Kate Barry.

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John et Jane lors de leurs retrouvailles à Auxerre en 2007

Il devait être de passage chez nous le 21 octobre 2010 pour un concert unique à l’occasion du Festival du Film de Gand. Très malade et très diminué physiquement, il fut contraint d’y renoncer et fut remplacé par Nicholas Dodd. C’est David Arnold, son successeur dans la composition des musiques des James Bond, qui reçut le Lifetime Achievement Award en son nom.

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Par BERNIE - Publié dans : Les musiques de films - Communauté : Toutes les musiques
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 20:34

Avec la récente disparition de Maurice Jarre, le 29 mars 2009 à l'âge de 84 ans, le cinéma a perdu l'un de ses plus grands compositeurs de musiques de films. En février, il était encore apparu au Festival de Berlin qui lui avait décerné un Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière. Très affaibli par la maladie, il avait encore trouvé la force de sourire en brandissant son trophée devant le parterre de photographes... Maurice Jarre était le compositeur de films le plus « oscarisé » puisqu'il reçut trois statuettes pour « Lawrence d'Arabie » de David Lean (1962), « Docteur Jivago » encore de David Lean (1965) et « La Route des Indes » toujours de David Lean (1984). Il est l'auteur de plus de 150 musiques de films; parmi celles-ci, citons « Le Président » d'Henri Verneuil (1961), « Paris brûle-t-il ? » de René Clément (1966), « Jésus de Nazareth » de Franco Zeffirelli (1976), « Witness » de Peter Weir (1985), « Gorilles dans la brume » de Michael Apted (1988), « Le Cercle des Poètes Disparus » de Peter Weir (1989), « Ghost » de Jerry Zucker (1990) et « Les Vendanges de Feu » d'Alfonso Aarau (1995).
Reconnaissant envers les réalisateurs qui l'ont sollicité, Maurice Jarre avait déclaré : « J'ai eu la chance de travailler avec les plus grands dont David Lean qui m'a donné le goût de la perfection ». Il expliquait aussi : « Pour Lawrence d'Arabie, j'avais six semaines pour composer deux heures de musique. Du coup, j'ai travaillé par tranches de cinq heures espacées de vingt minutes de sommeil. J'ai mis un an pour m'en remettre ! ». La preuve, par ce témoignage, que c'était un artiste méticuleux et professionnel jusqu'au bout de sa baguette... En fait, comment concevait-il une bonne musique de film ? Il la définissait comme suit : « Les trois premières notes d'une mélodie, puis le rythme et l'harmonie. Après, tout est question d'équilibre, de liant comme en cuisine, de fluidité comme chez Mozart. Je ne crois pas à l'improvisation. On ne se lève pas comme ça le matin avec toute une partition dans la tête. Stravinski disait : « Un musicien est comme un bureaucrate qui doit se lever tôt le matin pour travailler ». L'inspiration vient ensuite ». Il y a quelques années, il confiait encore : « Dans un film, le compositeur est le dernier maillon d'une lourde chaîne. Souvent, il se retrouve face au producteur quand ce dernier enrage de sortir son film. Alors tout va très vite ». Comme on peut le deviner à travers ces confidences, Maurice Jarre était très soucieux de la qualité de son travail afin qu'il soit le meilleur possible. En tout cas, il nous laisse des œuvres grandioses dont vous découvrirez quelques vidéos à la fin de cet hommage. Né le 13 septembre 1924 à Lyon, Maurice Jarre est attiré très tôt pour la musique : encore enfant, il est littéralement séduit par la Rhapsodie Hongroise n° 2 de Franz Liszt dirigée par le chef d'orchestre britannique d'origine polonaise, Léopold Stokowski (qui a, notamment, composé les arrangements pour le dessin animé musical « Fantasia » (1940) de Walt Disney). Durant l'Occupation, il apprend la musique par correspondance et devient percussionniste-timbalier. En 1946, il s'associe à Pierre Boulez (autre grand compositeur classique et chef d'orchestre français, toujours bon pied, bon œil et en activité à 84 ans... son agenda est rempli jusqu'au 13 août 2009 !) pour la compagnie du Théâtre Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault. En 1951, l'acteur et metteur en scène Jean Vilar lui demande de s'occuper de la partition musicale de la pièce « Le Prince de Hombourg » d'Heinrich von Kleist à l'affiche du Festival d'Avignon avec Gérard Philipe et Jeanne Moreau. C'est le début d'une longue collaboration de 12 ans où il se verra nommé Chef musical du Théâtre national populaire. Maurice Jarre a un profond respect pour Jean Vilar dont il dira qu'il a passé « les plus belles années de sa vie, des années d'inspiration, d'amitié, de bonheur avec un homme qui faisait un théâtre populaire et non pas populiste ». Désormais, les engagements s'enchaînent à grande vitesse pour Maurice Jarre : en 1952, il signe sa première musique de film pour le court-métrage « Hôtel des Invalides » de Georges Franju, pamphlet antimilitariste tourné dans le sanctuaire des souvenirs guerriers, le musée des Invalides, avec pour récitant Michel Simon. En 1956, il écrit les musiques pour le ballet « Notre-Dame de Paris » ainsi que la partition de « La Mémoire du Monde » d'Alain Resnais et, l'année suivante, c'est Jacques Demy qui le contacte pour « Le Bel Indifférent », ces deux dernières réalisations s'inscrivant dans la même catégorie que celle de Georges Franju. Mais Maurice désire beaucoup plus et c'est logiquement qu'il lorgne désormais vers les longs-métrages. C'est à nouveau Georges Franju qui, par l'intermédiaire de son film « La Tête Contre Les Murs » (1958), lui permet de franchir ce cap. Les deux compères décident de faire un bout de chemin ensemble et cette association se retrouve dans « Les Yeux Sans Visage » (1959), « Pleins Feux Sur l'Assassin » (1961), « Thérèse Desqueyroux » (1962) et « Judex » (1964). C'est le début de la célébrité pour Maurice Jarre en qui les critiques reconnaissent son fantastique talent de création ainsi que la souplesse et l'universalité de ses musiques. Justement, la particularité de sa musique se résume à sa simplicité, à son efficacité sur le développement du thème du film, afin que le spectateur puisse ressentir l'émotion voulue au moment où la musique l'accompagne. Cette conception judicieuse de l'art de composer le conduit à une renommée mondiale en 1962 avec « Lawrence d'Arabie » de David Lean et « Le Jour Le Plus Long » de David Zanuck. Les plus grands réalisateurs frappent désormais à sa porte : Richard Brooks pour « Les Professionnels » (1966), Luchino Visconti pour « Les Damnés » (1969), Alfred Hitchkock pour « L'Etau » (1969), Elia Kazan pour « Le Dernier Nabab » (1976), Volker Schlöndorff pour « Le Tambour » (1979). Au début des années 90, il se fait plus discret mais il compose toujours et en 1996, il s'occupe de la musique du premier film de Bernard-Henri Lévy, « Le Jour Et La Nuit ». Bien que cantonné dans la musique de films, Maurice Jarre a également composé des œuvres symphoniques : « Armide » un opéra-ballet (1953) et « Passacaille à la mémoire d'Honegger » (1957), la Passacaille étant un genre musical pratiqué aux XVIIème et XVIIIème siècles. Il signe aussi la musique de la série TV « Shogun » (1980) réalisée par Jerry London d'après le roman de James Clavell avec Richard Chamberlain dans le rôle principal.
Côté vie privée, Maurice Jarre épouse en 1965... la future Madame Drucker, Dany Saval avec qui il a une fille, Stéfanie qui deviendra décoratrice (photo ci-dessus). Il aura également un fils adoptif, Kevin, avec l'actrice Laura Devon, qui sera scénariste et, enfin, le plus connu d'entre tous, Jean-Michel, le créateur d' « Oxygène » (ci-dessous).
Maurice Jarre adorait les Etats-Unis où il s'installa dans les années 60 pour ensuite habiter la Suisse et revenir enfin à Los Angeles couler paisiblement ses derniers jours. Il laisse derrière lui un palmarès éloquent : 3 Oscars, 4 Golden Globe, 5 Nominations aux Oscars et 7 Nominations aux Golden Globe ainsi que de multiples autres récompenses : un 7 d'Or en 1985 pour « Au Nom de Tous les Miens » de Robert Enrico, un César d'Honneur en 1986, le British Academy Award en 1989 pour « Le Cercle des Poètes Disparus », l'American Society of Composers, Authors and Publishers pour « Ghost » en 1991, le Prix SACD en 1997, l'Hommage du Festival du Cinéma Américain de Deauville en 1999 et, enfin, l'Ours d'Or à Berlin pour sa carrière exceptionnelle, un mois avant de tirer sa révérence...


À écouter, cette double compilation reprenant les plus célèbres musiques de films composées par Maurice Jarre

et ce  DVD « Maurice Jarre : A Tribute To David Lean » paru en février 2006 où vous pourrez le voir, en 1992, en concert à Barbican Centre à Londres, diriger le Royal Philarmonic Orchestra sur les musiques pour lesquelles il a été récompensé de 3 Oscars.

   

"Lawrence d'Arabie"

 

"Docteur Jivago"

 

"La Route Des Indes"

 

"Le Cercle des Poètes Disparus"

 

"Ghost"
Par BERNIE - Publié dans : Les musiques de films - Communauté : Musiques
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