Comme promis et évoqué dans l’article sur l’album
« Lorada », voici ma critique personnelle et mes commentaires sur les chansons qui composent
le dernier opus de Johnny Hallyday : « Le cœur d’un
homme ».
Mais avant l’analyse, parcourons d’abord l’ordre des titres :
1. Monument Valley (Christian Lejalé / Yvan Cassar - Laurent Vernerey)
2. Être un homme (Marie-Laure Douce / Yvan Cassar - Laurent Vernerey)
3. Always (Didier Golemanas - Alain Goldstein / Didier Golemanas)
4. Chavirer les foules (Michel Mallory)
5. Vous madame (Jacques Veneruso)
6. Je reviendrai dans tes bras (Jean Fauque / Fred Blondin)
7. Que restera-t-il ? (Didier Golemanas)
8. T'aimer si mal (featuring Taj Mahal) (Marc Lévy / Yvan Cassar)
9. Ma vie (Bruno Putzulu / Yvan Cassar- Laurent Vernerey)
10. Laquelle de toi (Bernard Droguet / Fred Blondin)
11. Sarbacane (Francis Cabrel)
12. Ce que j'ai fait de ma vie (Bernie Taupin / Jim Cregan)
Adaptation
française : Lionel Florence
13. I am the blues (Bono - Simon Carmody)
2 autres parties suivront avec
en exclusivité l'histoire de toutes les chansons de cet album racontées par Johnny himself et la dernière reposera sur l'équipe d'auteurs-compositeurs qui ont collaboré à la
confection de ce très bon CD.
“Monument Valley”
Dès les premières notes de musique, nous plongeons vraiment dans les
racines les plus profondes du blues. « Monument Valley » est une parfaite introduction qui
donne le ton sur ce que sera, majoritairement, la suite de l’album. Une atmosphère « poussiéreuse » dans le sillage des « Harley
Davidson » qui tracent à toute vitesse dans ce fabuleux décor… Et ça sent bon le cuir et la fumée du joint fraîchement mouillé… La rythmique bien qu’étant cadencée est discrète pour
laisser la place aux guitares sèches et électriques. Celles-ci sont dominantes dans le morceau habilement maquillé de chœurs judicieux. Et l’on dirait que Johnny a chanté ça durant toute sa vie ! Très bonne chanson d’ouverture, donc, avec une parfaite réalisation musicale du Maître Yvan Cassar.
« Être un homme » est, du moins pour ma part, une meilleure chanson encore. Déjà par le rythme plus soutenu, plus martelé et qui colle bien avec la voix
de Johnny qui s’accorde admirablement. Et cet harmonica impertinent, bien présent, qui s’intercale entre les cordes… Excellent ! Yvan Cassar effectue là aussi un travail impeccable, précis, fouillé.
Par contre, je serais beaucoup moins élogieux en ce qui concerne « Always » qui flaire à coup sûr la bonne chanson de « variétoche » avec un refrain qui, dès qu’on
l’entend, ne quitte pas nos oreilles… Et on se surprend même à le fredonner ! C’est « l’intrus » de l’album, un clone à « Marie » qui, heureusement, ne dure que 2 minutes 45 !
« Chavirer les foules »
On est rapidement rassuré avec « Chavirer Les foules » qui nous permet de retremper dans ce bain de blues bien mousseux… telle une bonne
bière que l’on déguste en écoutant cette composition de qualité écrite par son bon vieux copain de toujours… Michel Mallory ! Ce dernier connaît
parfaitement la recette et c’est très réussi. Le texte ne nous déçoit pas non plus et exprime tout ce que Johnny a provoqué durant sa très longue
carrière…
« Vous Madame » est également bien charpentée sur le plan musical ; par contre, pour les paroles,
Veneruso aurait pu sincèrement trouver autre chose… Le « Revenez plus tard » est longuet et sa
répétition devient un peu lassante sur la fin… Ne retenons donc que la partition musicale qui masque les réelles faiblesses d’un texte à oublier au plus vite…
La chanson suivante est beaucoup mieux… « Je reviendrai dans tes bras » est plus solide, plus franche malgré quelques répétitions superflues. Un changement de rythme supplémentaire n’aurait
pas été non plus inutile : le refrain, statique, ne subit pas de variations transcendantes. Mais là n’est pas le plus important, ce qui est primordial dans la chanson, c’est la sensibilité
qui se dégage de son interprète et je dirais même plus : la dévotion…
« Que restera-t-il »
« Que restera-t-il » est, personnellement, la plus belle chanson de l’album. Ce n’est pas du
blues, c’est plutôt une (très jolie) ballade aux sonorités « country ». C’est très mélodieux avec beaucoup de variations aussi bien dans les couplets que dans les
refrains. Golemanas signe une partition très aérée qui permet à la belle voix de Johnny de
« vagabonder » entre les notes avec une étonnante facilité. Le texte est bien « frappé » en forme de bilan, de regrets, de questions à propos d’une fin qui s’annonce sur le
plan artistique mais aussi sur la vie dont l’horizon, au loin, rétrécit… Très beau et très émouvant à la fois.
« T’aimer si mal »
Le blues est à nouveau à l’honneur avec
« T’aimer si mal » et on retrouve les ingrédients habituels avec, toutefois, encore plus de
générosité que dans les autres morceaux de l’album. Une seule ombre au tableau : mais quelle mouche a donc piqué Taj Mahal pour chantonner
quelques mots dans un français presqu’incompréhensible ? Il aurait donc pu se passer de cette participation vocale suggestive, surtout en français ! Sur le plan musical, rien à redire;
c’est du très bon avec quelques passages savoureux notamment sur le jeu de l’harmonica.
« Ma
vie » est une variante à « Que restera-t-il » pour le texte qui évoque les
années qui passent, la perte d’amis, la crainte de la solitude… Johnny s’adresse à sa vie comme à une personne qui ne regarde pas derrière elle, qui
avance implacablement sans se soucier de quoi que ce soit. La musique, quant à elle, est du style « rock FM » comme on en balance à
longueur de journée sur des radios « U.S. »… C’est honorable sans plus mais c’est tout de même encore de l’excellent travail au niveau de
l’harmonie des instruments. Yvan Cassar est derrière la console et on sent inévitablement son empreinte. C’est très propre, très
pro.
La plage suivante est une petite perle, tant au niveau des paroles que de
la musique : un texte qui parle de deux êtres très différents qui se cachent sous les traits d’une seule et même fille. Deux personnalités très controversées, placées aux antipodes, l’une
par rapport à l’autre… et ça amuse plutôt Johnny ! En ce qui concerne l’accompagnement musical, les percussions sont subtiles, un touché de
guitare sèche bien régulier et plein d’effet qui supplante des guitares électriques toniques… Oui, « Laquelle de toi » est vraiment très agréable à écouter. A coup sûr, elle figure dans mon « top 5 » des meilleures chansons de l’album. Bravo
aux auteurs et coup de chapeau à Fred Blondin dont le talent n’a jamais été reconnu à sa juste valeur…
« Sarbacane »
Nul point de présenter « Sarbacane » pour qui connaît un tantinet la bonne chanson française…
C’est l’un des plus gros succès de Francis Cabrel que Johnny, ici, reprend avec beaucoup de panache et
d’enthousiasme. Il a voulu « se la faire » et, ma foi, c’est réussi. En langage cinématographique, c’est un bon « remake », plus dur, plus « viril » encore que la
mouture initiale; Johnny a voulu en remettre « une couche » et, en tout cas, ça accroche…
« Ce que j’ai fait de ma vie »
« Ce que j’ai fait de ma vie » est encore un récapitulatif sur le parcours d’une vie abordé dans sa dernière
tranche. Il est bien mélancolique, notre cher Johnny, comme s’il sentait le souffle de la mort dans son dos. Il ne veut pas partir ainsi sans rien
dire, il a besoin de se « confesser ». Et il est plutôt sévère dans son introspection existentielle : il se demande à quoi il a servi ! Mais notre idole se ressaisit bien
vite, il éteindra les lumières des projecteurs le cœur léger, l’esprit libre avec le sentiment du devoir accompli, malgré les erreurs et les mauvais choix. Très belle chanson qui donne la chair
de poule avec une voix du tonnerre comme si elle voulait atteindre les étoiles…
On attendait la chanson que Bono avait écrite
spécialement pour Johnny au tournant… Malgré un anglais parfait et une conduite vocale irréprochable, on est en droit de se montrer déçu. On a beau
écouter et réécouter le morceau, ça sonne trop « U2 » et ça ne convient pas forcément à Johnny
qui, pourtant, tire très honorablement son épingle d’un jeu musical désordonné, discordé, figé. « I’m The
Blues » est un très bon titre de chanson sur laquelle Johnny aurait pu complètement s’identifier mais elle aurait dû mériter une toute
autre composition musicale, beaucoup plus en phase avec le contexte de l’album. Dommage…
Pour être complet, signalons qu’un inédit figurait sur le single « Always » : « Ce
blues maudit », injustement absent sur l’album, dont la partition musicale se serait bien substituée à celle du titre qui clôt le CD. C’est un blues lent qui se traîne et qui aurait pu constituer un épilogue idéal…
MON CLASSEMENT DES CHANSONS DANS L’ORDRE DE MES PRÉFÉRENCES :
1. QUE RESTERA-T-IL
2. CE QUE J’AI FAIT DE MA VIE
3. ÊTRE UN HOMME
4. LAQUELLE DE TOI
5. MONUMENT VALLEY
6. CHAVIRER LES FOULES
7. MA VIE
8. JE REVIENDRAI DANS TES BRAS
9. SARBACANE
10.
T’AIMER SI MAL
11.
VOUS MADAME
12.
I’M THE BLUES
13.
ALWAYS
À SUIVRE...
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