Les grands opéras italiens et leurs interprètes

Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /2008 21:17

DON CARLOS
Giuseppe VERDI (1813-1901)
Extraits (chanté sur le texte français original)

Philippe II :  Ruggero Raimondi

Don Carlos :
Plácido Domingo

Rodrigue, Marquis de Posa : Leo Nucci

Le Grand Inquisiteur : Nicolai Ghiaurov

Un Moine : Nikita Storojev

Elisabeth de Valois : Katia Ricciarelli

La Princesse Eboli : Lucia Valentini Terrani

Thibault : Ann Murray

Coro e Orchestra del Teatro alla Scala : Claudio Abbado

Enregistré au C.T.C. Studio, Milan, Janvier 1983, Juin 1984.

Tracklist 

Acte I

  • 1. «Le cerf s'enfuit sous la ramure» (Chœur)
  • 2. «Fontainebleau! Forêt immense et solitaire»/«Je l'ai vue» (Carlos)

 Acte II

  • 3. «Charles-Quint, l'auguste Empereur» (Chœur, Moine)
  • 4. Chanson du voile: « Au palais des fées » (Eboli, Thibault, Chœur)
  • 5. «Je viens solliciter de la Reine une grâce» (Carlos, Elisabeth)

 Acte III 

  • 6. «Ce jour heureux est plein d'allégresse!» (Chœur) 

Acte IV

  • 7. «Elle ne m'aime pas!» (Philippe)
  • 8. «Pitié! Pardon pour la femme coupable» (Eboli, Elisabeth)
  • 9. «Ah, je ne verrai plus la Reine»/«O don fatal et détesté» (Eboli)
  • 10. «C'est moi, Carlos»/«C'est mon jour suprême» (Rodrigue, Carlos)
  • 11. «Carlos, écoute»/«Ah! Je meurs l'âme joyeuse» (Rodrigue) 

Acte V 

  • 12. «C'est elle!» (Carlos, Elisabeth)
  • 13. «Au revoir dans un monde où la vie est meilleure»/«Oui, pour toujours!» (Elisabeth, Carlos, Philippe, Inquisiteur, Moine, Chœur)

L'histoire de « Don Carlos » se passe en 1559 et c'est la forêt de Fontainebleau qui sert de décor au premier acte. Elisabeth de Valois, fille d'Henri II, Roi de France, fait son apparition aussitôt rejointe par Don Carlos, son fiancé, l'infant d'Espagne, qui s'est déplacé incognito pour la voir. Il lui déclare sa flamme mais très rapidement, il doit déchanter car, pour des raisons d'état, elle est promise au propre père de Don Carlos, Philippe II, qui a perdu son épouse. Les amoureux sont désespérés.

Le deuxième acte nous ramène en Espagne au couvent de Saint-Just. Un moine âgé, qui incarnerait bien l'empereur Charles-Quint lui-même, récite une prière sur le tombeau de l'Empereur. Pendant ce temps, Carlos se confie à son fidèle ami Rodrigue sur son chagrin d'amour. Rodrigue, marquis de Posa le convainc à partir pour les Flandres libérer les flamands de l'oppression. Carlos ne peut oublier Elisabeth et il a encore l'occasion de croiser son regard tandis que Philippe les soupçonne d'avoir toujours une liaison. A l'extérieur du couvent, la princesse Eboli distrait gaiement les dames d'honneur de la Reine en leur chantant une chanson. Rodrigue, de son côté,  parvient à remettre un pli de Carlos à la souveraine en la priant d'accorder à ce dernier une entrevue qui de formelle, au départ, se transforme, par la suite, en une déchirante déclaration d'amour. Mais tous deux se résignent devant cet amour impossible et Carlos, désemparé, s'efface. Le Roi surpris d'apercevoir la Reine seule congédie sa dame de compagnie, la Comtesse d'Aremberg, pour avoir failli à sa tâche d'être auprès d'elle. Rodrigue vient trouver le Roi et lui parle du sort des Flamands. Touché par sa franchise, le Roi fait de lui son conseiller intime et lui fait part de ses soupçons à propos de son fils et de son épouse. Il lui demande de les surveiller et de se méfier du Grand Inquisiteur.  

L'acte III se déroule de nuit, dans les jardins de la Reine. Carlos est venu à minuit à un étrange rendez-vous qu'une femme lui a donné par lettre. Il voit une femme masquée qu'il prend pour la Reine et lui proclame à nouveau son ardent amour. Mais il découvre qu'en fait, c'est la princesse Eboli qui, étonnée de la terrible déception qu'éprouve Carlos, jure de se venger. Rodrigue intervient en tentant de l'apaiser mais c'est peine perdue et elle se retire menaçante. Rodrigue somme alors à Carlos qu'il lui remette les documents compromettants concernant les Flandres. Au cours de la seconde scène de ce troisième acte, la cour et le peuple se pressent devant la cathédrale pour assister à la condamnation par l'Inquisition des hérétiques qui vont être immolés. Mais l'exécution est interrompue par l'apparition de Carlos à la tête d'une délégation de députés flamands que le Roi répudie avec véhémence. S'ensuit une altercation entre le père et le fils aussitôt désarmé par Rodrigue. Par cette arrestation, le Roi confère au Marquis le titre de Duc. Finalement, la sentence des hérétiques est accomplie dès le départ du cortège royal.

L'acte IV s'ouvre sur la plainte de Philippe II de ne pas être aimé de son épouse. Le Grand Inquisiteur arrive sur ordre du Roi qui projette de condamner son fils à mort. Le Grand Inquisiteur acquiesce et réclame la vie de Rodrigue, ce que Philippe refuse. L'Inquisiteur s'efface au moment où la Reine fait son apparition. Philippe l'accuse d'infidélité en lui tendant un écrin qui lui a été dérobé et la soustrait à reconnaître le portrait de Carlos sur un médaillon. A cette vue, la souveraine perd connaissance. Eboli se porte à son secours et avoue que c'est elle qui a volé l'écrin afin de la faire accuser d'adultère. Elle confesse également avoir été la maîtresse du Roi. Elisabeth lui laisse alors le choix entre le couvent et l'exil. Dans sa prison, Carlos reçoit la visite de Rodrigue qui se sent menacé après que l'on ait découvert les documents compromettants que Carlos lui avait remis. Soudain, des agents de l'Inquisition font irruption dans la cellule et Rodrigue est abattu. Avant de rendre son dernier souffle, il apprend à Carlos qu'Elisabeth l'attend au cloître de Saint-Just pour lui faire ses adieux.

Délivré par son père, Carlos le repousse et se rend au couvent où il aperçoit Elisabeth en train de prier devant le tombeau de Charles-Quint. C'est le dernier acte.  Carlos lui annonce son départ pour les Flandres. Au moment de l'adieu, le Roi accompagné du Grand Inquisiteur vient pour arrêter son fils et Elisabeth. Soudain, à la stupéfaction générale, un Moine surgit du tombeau, revêtu de l'apparat de Charles-Quint et entraîne Carlos dans les profondeurs du cloître...


Après la genèse, analysons maintenant le jeu des acteurs... C'est Placido Domingo qui entre en scène après un chœur d'ouverture. Il intervient dans 5 des 13 titres que comporte ce CD « extraits ». « Fontainebleau ! Forêt immense et solitaire »/ « Je l'ai vue » évoque l'amour qu'éprouve Carlos pour sa dulcinée. Malgré un français approximatif (quoi de plus normal, d'ailleurs), on sent le ténor très proche de son texte et il se tire admirablement d'affaire dans cette déclaration d'amour où l'on sent, à la conduite de son chant, qu'il y met tout son cœur et toute sa sensibilité. Démontrant une parfaite maîtrise dans les aigus, Placido alterne adroitement, ainsi qu'avec volupté, la douceur et la passion. Je ne retracerai pas ici la formidable carrière de cet immense artiste auquel je consacrerai prochainement un article dans « Les plus grands chanteurs d'opéra ».

"Fontainebleau ! Forêt immense et solitaire"/"Je l'ai vue"


Je m'attarderai plutôt sur les seconds rôles mais qui ne sont pas les moindres comme celui qu'incarne l'excellente basse russe Nikita Storojev (le Moine dans « Charles-Quint, l'auguste Empereur »). Après de brillantes études en philosophie, il entre en 1975 au Conservatoire de Musique Tchaikovsky de Moscou où il décroche 3 diplômes : Chanteur d'Opéra, Chanteur de Musique de Chambre et Professeur de Chant. En 1977, il devient le protégé de Tonini, le « coach » de Luciano Pavarotti et Nicolai Ghiaurov, décelant en lui un énorme potentiel, le prend sous son ombrelle. C'est ainsi que, pendant 5 ans, il devient principal soliste de l'Opéra Bolshoi et du Philarmonic Society de Moscou. Il remporte, l'année suivante, le Concours International Tchaikovsky à Moscou. De 1983 à 1985, il s'attaque aux répertoires italien et allemand afin de mener une respectable carrière internationale qui le mènera sur les plus grandes scènes du monde entier et qui continue de nos jours puisqu'il fut récemment l'invité de l'Opéra Royal de Wallonie à Liège dans « La Dame de Pique » de Tchaikovsky. Nanti d'un palmarès éloquent où figurent plus de cinquante rôles d'opéras ainsi que l'interprétation d'environ 300 airs classiques, Nikita Storojev campe ici un Moine bien mystérieux à qui sa plantureuse voix, chaude et solide, donne toute sa dimension.  La troublante Princesse Eboli a les traits de la regrettée mezzo soprano Lucia Valentini Terrani que l'on retrouve dans 3 airs sur ce disque dont « Au palais des fées » qui signale son arrivée dans cet opéra.

Née à Padoue le 28 août 1946, Lucia Valentini Terrani se cantonnera surtout dans le répertoire rossinien grâce auquel sa renommée deviendra internationale. C'est en 1969 qu'elle fait ses grands débuts dans « La Cenerentola », le dernier opéra comique de Rossini. Elle le reprend en 1973 à La Scala de Milan sous la direction de Claudio Abbado (qui l'accompagnera quasiment durant toute sa carrière), en remplacement de Teresa Berganza, où le public lui réserve un accueil élogieux. Toutefois, ses performances ne se limiteront pas au catalogue de Rossini. Elle joue différents personnages dans, notamment,  le « Turandot » de Busoni (car il y a bien sûr celui de Puccini), « Alcina » de Haëndel, « Cosi Fan Tutte » de Mozart et campe une séduisante « Carmen » de Bizet à Turin en 1988. Elle côtoiera fréquemment des artistes prestigieux comme Katia Ricciarelli et Ruggero Raimondi également à l'affiche du présent opéra. En 1996, elle part à Seattle pour soigner une leucémie qui, malheureusement, l'emportera le 11 juillet 1998. Cette chanson du voile qu'elle interprète brillamment avec un timbre de voix assuré, très fluide et très clair aussi, elle la partage avec Ann Murray qui joue le personnage de Thibault, jeune serviteur au service d'Elisabeth de Valois.

De nationalité irlandaise, Ann Murray s'est fait un nom pour avoir joué principalement dans les œuvres de Handel, Mozart et Richard Strauss. Elle a fait également de nombreux récitals avec, entre autres, l'Orchestre de Paris sous la direction de Raphaël Kubelik, le Philarmonic de Berlin avec Riccardo Muti et le Chicago Symphony Orchestra avec Georg Solti. Parmi les personnages qu'elle a joués, c'est surtout celui de Donna Elvira dans « Don Giovanni » de Mozart qui lui vaut le plus de succès et pour lequel elle sera régulièrement invitée à La Scala de Milan. Dans cette « mouture » de Don Carlos, il ne nous est pas possible de nous faire une opinion de son immense talent puisqu'elle se fait entendre uniquement dans ce morceau et encore, elle ne fait que poser sa voix en écho de celle de Lucia Valentini Terrani.  L'acte II se termine sur le formidable duo Carlos-Domingo et Elisabeth-Ricciarrelli sur « Je viens solliciter de la Reine une grâce ».

"Je viens solliciter de la Reine une grâce" (en duo avec Margaret Price)


La soprano Katia Ricciarrelli naît à Rovigo le 16 janvier 1946. Issu d'un milieu très pauvre, elle a galéré pour mener à bien ses études musicales. Auréolée de plusieurs grands prix, elle fait des débuts remarqués dans le rôle de Mimi dans « La Bohème » de Puccini en 1969. C'est entre 1972 et 1975 que sa carrière prend son envol puisqu'elle obtient des engagements au Lyric Opera de Chicago, à La Scala de Milan, au Royal Opera House de Londres et au Metropolitan Opera de New-York. Elle joue le rôle de Desdémone, également aux côtés de Placido Domingo, dans l'adaptation cinématographique d'Othello de Verdi réalisée par Franco Zeffirelli en 1986. Depuis 2003, elle est la responsable artistique en titre du « Macerata Opera Festival » qui, semblable aux Chorégies d'Orange, présente chaque année plusieurs œuvres classiques. L'acte III est ici représenté par l'unique mais ô combien célébrissime « Ce jour heureux est plein d'allégresse » judicieusement choisi afin d'aborder l'acte IV qui s'octroie, sur ce CD, le plus d'extraits (5 sur les 13). Soulignons au passage la parfaite symbiose entre l'interprétation du chœur et la direction orchestrale assurée par l'un des chefs les plus doués de sa génération et qui demeure une référence dans le milieu de l'Opéra : Maître Claudio Abbado dont on ne dira jamais assez l'importance qu'il a pu tenir dans l'accompagnement musical d'œuvres classiques.

Né le 26 juin 1933 à Milan, c'est à l'âge de 27 ans qu'il fait ses débuts à La Scala de Milan. Il remporte le prix « Dimitri Mitropoulos » (le plus grand chef d'orchestre grec et le plus célèbre artiste classique de son pays avec Maria Callas) de l'Orchestre Philarmonique de New-York en 1963 et sa collaboration avec le grand Leonard Bernstein lui permet d'acquérir la notoriété. C'est en 1967 que paraissent ses premiers enregistrements chez Decca et Deutsche Grammophon. A partir de 1968 et jusqu'en 1986, il assure la direction du prestigieux orchestre de La Scala de Milan. En 1986, il est nommé au poste de directeur général de l'Opéra de Vienne et devient, après Karajan, chef principal de l'Orchestre Philarmonique de Berlin en 1989. Depuis 1994, il est le directeur artistique du Festival de Pâques de Salzbourg.

"Elle ne m'aime pas"


Le premier morceau de l'acte IV située sur la septième plage de cet album est, pour ma part, l'air le plus connu de cet opéra : « Elle ne m'aime pas ! » interprétée par l'immense Ruggero Raimondi. Je ne m'étendrai pas non plus sur son parcours puisqu'un article ultérieur lui sera également dédié. Le très talentueux baryton-basse exécute ici une prestation de premier choix au cours de laquelle il fait preuve d'une maîtrise vocale irréprochable. Il est vrai que c'est une partition qui convient admirablement à sa tessiture. La tragédie se poursuit avec le duo Elisabeth-Ricciarelli et Eboli-Valentini Terrani dans « Pitié ! Pardon pour la femme coupable »; cette dernière continuant, seule, dans « Ah, je ne verrai plus la Reine »/ « O don fatal et détesté » où elle nous démontre de superbes capacités vocales embellies d'envolées puissantes qui nous font partager pleinement son grand désespoir. Les 10ème et 11ème extraits de ce CD nous font découvrir le grand Leo Nucci dans « C'est moi, Carlos »/ « C'est mon jour suprême », en duo avec Domingo, et surtout dans « Carlos, écoute »/ « Ah ! Je meurs l'âme joyeuse » terrible de vérité au moment où il rend son dernier souffle, exhortant Carlos à rejoindre une dernière fois son amoureuse.

Le baryton Leo Nucci a fait ses débuts en 1967 dans « Le Barbier de Séville » de Rossini, où il excelle dans le rôle de Figaro, qui devient son opéra fétiche. Toutefois, il change de registre à partir de 1978 pour jouer dans « Luisa Miller », le 14ème opéra de Verdi. La critique l'encense à un point tel qu'il sera désormais reconnu comme étant le plus grand baryton verdien de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. Il est également un habitué de La Scala de Milan où il se produit dans plus de 150 représentations. A 65 ans et toujours actif, Leo Nucci a toujours fait preuve d'une grande humilité et d'une grande générosité dans chacun de ses rôles, que ce soit dans celui du Conte de Luna dans « Il Trovatore » ou dans celui de « Rigoletto ». Il est également apprécié pour son legato (sa façon de « lier » les notes successives) et son ambitus (l'intervalle entre la note la plus basse et la note la plus haute) extraordinaires.

Les deux derniers airs sont consacrés au chant d'adieu qu'entonnent Elisabeth et Carlos et à l'ultime tableau de cet opéra qui voit Carlos se faire entraîner dans les abîmes du cloître. Dans « C'est elle ! », Katia Ricciarelli est sublime avec une voix éclatante et Domingo affligeant de tristesse. « Au revoir dans un monde où la vie est meilleure »/ « Oui, pour toujours ! » clôture l'œuvre avec la trop brève incursion vocale du Grand Inquisiteur-Nicolai Ghiaurov dont une bio vous avait déjà été présentée dans le premier article de cette catégorie (« Il Trovatore »).

Cet opéra évoque un beau souvenir pour moi : c'est le premier en CD qui m'ait été offert il y a un peu plus de 20 ans... A l'époque, je « perdais » mon temps dans les allées d'un magasin de disques à la rue Neuve à Charleroi qui n'existe plus. Etant un habitué des lieux, les gérantes (eh oui !) avaient remarqué mon attirance... pour ce CD et me l'avaient offert pour mon anniversaire !

Par BERNIE - Publié dans : Les grands opéras italiens et leurs interprètes - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /2007 21:30
Il-Trovatore.jpg
VERDI
IL TROVATORE
SCÈNES ET AIRS
Manrico : Luciano Pavarotti
Il conte di Luna : Ingvar Wixell
Leonora : Joan Sutherland
Azucena : Marilyn Horne
Ferrando : Nicolai Ghiaurov
 
London Opera Chorus
National Philarmonic Orchestra
RICHARD BONYNGE
1. Che più t’arresti?
2. Tacea la notte
3. Vedi ! Le fosche notturne spoglie
4. Stride la vampa !
5. Tutto è deserto
6. Il balen del suo sorriso
7. Or co’ dadi
8. Squilli, echeggi
9. Di qual tetra luce… Ah sì, ben mio
10. Di quella pira
11. Siam giunti
12. D’amor sull’ ali rosee
13. Miserere
14. Ti scosta !
 
Pour aborder cette nouvelle rubrique consacrée aux grands opéras italiens, j’ai choisi de vous parler d’ « Il Trovatore » (Le Trouvère) qui est une œuvre sublime de Giuseppe Verdi dont les péripéties se déroulent au XVème siècle, sur fond de révolte contre le Roi d’Aragon, au Nord de l’Espagne.
Ce drame fut créé au Théâtre « Apollo » à Rome le 19 janvier 1853 puis joué en version originale le 23 décembre 1854 au Théâtre Italien et, ensuite, en 1857, à l’Opéra de Paris en version française.
Très populaire, cet opéra fit l’événement le 31 juillet 2007 dans le fastueux Théâtre Antique d’Orange avec notamment Roberto Alagna dans le rôle de Manrico.
Je ne vais pas m’évertuer à vous narrer le synopsis de cet opéra qui comporte quatre actes. Vous allez vous perdre dans les méandres de la rancune vengeresse d’Azucena pour sa mère, une gitane, condamnée au bûcher pour avoir jeté un sort au plus jeune des deux fils du père d’il Conte di Luna, de l’amour impossible de Leonora  pour le troubadour Manrico, fils d’Azucena et membre de la faction opposée au Roi, que Leonora entend chanter chaque nuit dans les jardins du palais, de la terrible jalousie d’il Conte de Luna, amoureux de la belle Leonora, qui dirige l’armée du Roi à Saragosse.
Ce comte diabolique qui parviendra à ses fins en capturant et condamnant Manrico et sa mère alors qu’il ignore que ce dernier est son propre frère !
Je profite de cette première page consacrée à l’opéra italien pour rendre un vibrant hommage à l’un des plus grands ténors de tous les temps décédé le 6 septembre 2007 à l’âge de 71 ans : Luciano Pavarotti. Je lui consacrerai plus tard un article en retraçant son parcours exceptionnel.
Il excelle dans l’enregistrement de ce CD, vivement recommandable, qui reprend des extraits de cet opéra pour lesquels je vais détailler les techniques d’interprétations vocales. 

TrovatoreManricoPavarotti.jpg Commençons par Luciano Pavarotti qui incarne le trouvère Manrico et se signale dans « Stride la vampa ! », « Di qual tetra luce… Ah sì, ben mio », le très célèbre air « Di quella pira » (qui fait l’objet de la vidéo), « Miserere » et « Ti Scosta ».
Stride la vampa : son apparition quoique furtive est remarquable. Bien que son timbre soit peu sollicité dans ce morceau, il est reconnaissable entre tous par sa puissance et son assurance.
Di qual tetra luce… Ah sì, ben mio : Luciano Pavarotti est étonnant d’aisance et de facilité dans cette interprétation, sa maîtrise et ses intonations vocales sont parfaites. Et pourtant, ce n’est encore qu’un pâle prélude à ce qui nous attend dans l’extrait suivant…
Di quella pira : c’est l’air le plus connu de l’opéra par sa densité musicale, par la tension qu’il dégage et par la force vocale à pouvoir le chanter. Le ténor s’en sort à merveille car il doit absolument placer sa voix devant l’emballage musical et tenir la note sans défaillir jusqu’au terme du morceau. Luciano Pavarotti nous régale de sa capacité de respiration, du dosage subtil de sa voix et de la force qu’il imprègne à celle-ci. Il est tout bonnement déconcertant et je pense sans me tromper qu’il reste inégalé à ce jour sur le plan qualitatif dans l’interprétation de cet air.

Miserere : cette fois-ci, la voix du ténor est en retrait, elle émane en fait de la cellule dans laquelle il est emprisonné; la tension est à son comble et sentant l’heure de la sentence proche, elle a une connotation propre à l’impuissance et à la résolution; il n’y a aucun échappatoire…
Ti scosta ! : c’est bientôt la fin, Manrico et sa mère Azucena se réconfortent mutuellement; la voix est emplie de tristesse et de désespoir d’autant plus qu’il découvre que sa bien-aimée Leonora est venue à lui, en se donnant la mort par empoisonnement, pour obtenir, en vain, sa libération…
Luciano Pavarotti fait preuve d’une grande maestria vocale, une grande émotion se dégage de cet ultime morceau où il nous démontre un talent hors du commun, une amplitude et une chaleur incomparables.

Rigoletto-1983.jpg Le baryton d’origine suédoise Ingvar Wixell endosse le mauvais rôle d’il Conte de Luna et intervient dans « Tutto è deserto », « Il balen del suo sorriso » et dans le chant final « Ti scosta ! »
Faisons-lui subir le même sort en décortiquant sa technique :
Tutto è deserto et Il balen del suo sorriso : comme ces deux titres se suivent dans la chronologie des extraits ici proposés, je les englobe dans cette même critique : assurément, ce comte a de la prestance avec une voix bien « achalandée », c’est-à-dire, très riche et parfaitement à l’aise dans toutes les contraintes de l’œuvre. Excellente maîtrise aussi dans le deuxième morceau où, pendant quelques instants, la voix se retrouve seule, sans orchestre. La suite est grandiose car c’est l’un des airs les plus difficiles à interpréter et Ingvar Wixell nous livre une prestation éblouissante, sans faiblesses.
Ti scosta ! : le ton est donné, il se veut implacable, sans pardon ni remords et la voix se montre à la hauteur du drame qui se joue : non seulement par les condamnations de Manrico et Azucena mais aussi et surtout par la découverte horrifiante de l’épilogue qui l’amènent au paroxysme de la douleur et de la stupéfaction !
Dans son registre, Ingvar Wixell est impeccable de bout en bout et son palmarès est éloquent puisque ses qualités vocales lui ont valu de jouer dans le rôle du funeste Scarpia dans « Tosca » de Puccini ainsi que dans « Rigoletto » et « Falstaff » de Verdi. Il a incarné également Figaro dans « Le Barbier de Séville » de Rossini, Escamillo dans « Carmen » de Bizet et Amonasro dans « Aïda » de Verdi.
Enfin, il figure aussi dans les distributions de « Simon Boccanegra » de Verdi et « Eugène Onéguine » de Tchaïkovski.
Pour terminer, épinglons son étonnante sélection en 1965 au Concours Eurovision de la Chanson où il représenta son pays natal et termina à la 10ème place.

joan-and-luciano.jpg La grande soprano australienne Joan Sutherland, qui interprète le rôle de Leonora nous comble de sa voix majestueuse dans « Che piu t’arresti ? », « Tacea la notte », « Di qual tetra luce… Ah, sì ben mio », « Di quella pira », « Siam giunti », « D’amor sull’ali rosee », « Miserere » et « Ti scosta ! ».
Comme elle intervient dans pas moins 8 des 14 airs repris ici dans ce CD, ce sera également une appréciation d’ensemble que je livrerai. La voix est bien ronde et ample avec une aisance déconcertante. Elle atteint les notes les plus hautes sans aucune difficulté et se pose, avec une parfaite liaison, sur la musique.
Spécialisée essentiellement dans les compositions dramatiques et le rôle lui convenant à merveille dans cet opéra, Joan Sutherland est tout simplement sublime.
Sa voix est un pur joyau, un ravissement pour le plus fin des connaisseurs.
Née en 1926, elle apprend beaucoup de sa mère, mezzo-soprano, et débute l’étude du chant à l’âge de 18 ans. En 1949, nantie du Premier Prix du « Sun Aria », le plus important concours d’Australie, elle met le cap sur l’Angleterre pour entrer à l’Ecole d’Opéra du « Royal College Of Music ».  Elle se fait remarquer, en 1953, dans le rôle d’Amelia dans « Un Bal masqué » de Verdi pour enchaîner ensuite avec « Aïda ». Un an plus tard, elle se marie avec le pianiste et chef d’orchestre Richard Bonynge. Elle est de plus en plus sollicitée et interprète avec succès les rôles d’Eva des « Maîtres Chanteurs de Nuremberg » de Wagner, Agathe du « Freischütz » de Weber, Desdemona d’ « Otello », Gilda de « Rigoletto », Donna Anna de « Don Giovanni » et beaucoup d’autres. Son immense talent lui vaut de chanter « Alcina » de Händel permettant ainsi la résurgence des œuvres oubliées de la période baroque et belcantiste. Sa carrière prend un virage important en 1959 dans « Lucia di Lammermoor », à Covent Garden dans une mise en scène de Franco Zefirelli, qui fait d’elle une véritable et authentique star, « La Stupenda » (« La Prodigieuse ») comme on la surnommera, un an plus tard, à la Fenice de Venise où elle se produira, à nouveau, dans le rôle d’ « Alcina ».
En 1961, elle reprend le rôle de Lucia à la Scala et au Metropolitan Opera.
Par la suite, elle incarne Violette dans « La Traviata » de Verdi, Amina dans « La sonnambula » de Bellini, Elvira dans « I Puritani » du même compositeur ainsi que Marie de « La Fille du Régiment » de Donizetti
En 1972, elle fait la gageure d’enregistrer « Turandot » de Puccini alors qu’elle ne l’a jamais interprété sur scène. Ce sera un succès sans précédent !
Fin des années 70 et durant les années 80, ses apparitions se font plus discrètes et elle met officiellement un terme à sa brillante carrière le 31 décembre 1990 lors d’une ultime représentation de « La Chauve-souris » de Johann Strauss Jr à Covent Garden, sous la direction de son fidèle époux et en compagnie de ses grands amis Luciano Pavarotti et Marilyn Horne.
Voici une vidéo regroupant Luciano Pavarotti, Joan Sutherland et Marilyn Horne dans un extrait de "Norma" sous la direction de Richard Bonynge :
 
marilyn-Horne.jpg La mezzo-soprano américaine Marilyn Horne (Azucena) apparaît dans « Stride la vampa ! » et dans le dernier chant « Ti scosta ! ».
Stride la vampa ! : la voix est plus grave mais elle affiche une telle assurance qu’elle maintient son étendue au contre-ut.
Ti scosta ! : ce morceau confirme les dispositions ci-avant; de plus, le triomphe d’Azucena devant la terrible désolation du comte est subjugué par l’ampleur et la puissance de la voix de la chanteuse.
Née en 1934, Marilyn Horne se découvre très tôt des qualités de soprano et part pour l’Allemagne à l’âge de 24 ans où elle décroche un contrat avec l’Opéra de Geselkirchen et a l’occasion d’interpréter le rôle de Minnie dans « La Fille du Far-West » de Puccini, Mimi de « La Bohème » du même compositeur et Antonia des « Contes d’Hoffmann » d’Offenbach. Mais en 1960, sa voix la tourmente et l’oblige à se concentrer beaucoup plus sur les notes les plus graves. Désormais, elle va explorer le répertoire des mezzo-sopranos avec, toutefois, la possibilité d’aller jusqu’au contre-ut quand la partition l’exige. La rencontre avec Joan Sutherland est capitale et contribue à la reconnaissance mondiale du talent de Marilyn Horne.
En 1969, l’artiste fait ses grands débuts à la Scala dans « Le Siège de Corinthe » de Rossini et c’est en 1975 qu’elle foule les planches du Metropolitan Opera dans une œuvre très peu connue, « Rinaldo » d’Haendel. Elle est à l’origine de la renaissance de l’opéra baroque. Sa voix devenue si particulière lui vaut encore de nombreux engagements, notamment dans « Tancrède » de Rossini, œuvre pour laquelle elle devient un interprète fétiche jusqu’en 1989. Cependant, tout en gardant sa volupté, sa voix se dégrade et la contraint à mettre un terme à sa carrière en 1998.

326M.jpg L’un des basses les plus célèbres d’après-guerre, le bulgare Nicolai Ghiaurov
(Ferrando, capitaine de l’armée du Roi et sous-fifre du Comte) tient une place prépondérante sur l’échiquier d’ « Il Trovatore ». En effet, c’est lui qui permet la capture d’Azucena ; dans ce CD, il est plébiscité dans quatre extraits : « Tutto è deserto », « Il balen del suo sorriso », « Or co’ dadi » et « Squilli, echeggi ».
Tutto è deserto
 : intervention brève mais ô combien pertinente de cette voix impressionnante, admirablement et profondément sombre dans les notes les plus basses.
Il balen del suo sorriso
 : deuxième duo avec le comte, une intervention toujours aussi courte mais qui nous permet toutefois de comparer les deux tessitures et de distinguer le degré qui les sépare. 
Or co’ dadi et Squilli echeggi : deux airs qui mettent enfin en valeur la voix splendide et puissante de Nicolai Ghiaurov et en évidence sa chaleur et sa générosité en taille.
Durant sa carrière, Ghiaurov (1929 – 2004) a puisé de nombreux rôles dans le catalogue de Verdi. En 1978, il épouse la mezzo-soprano italienne Mirella Freni et les deux artistes auront l’occasion de jouer ensemble plusieurs fois dans différents opéras.
C’est en 1955 que la carrière du chanteur bulgare démarre véritablement; collectionnant les premiers prix, il débute dans le rôle de Don Basilio dans « Le Barbier de Séville » de Rossini. Mais c’est quatre ans plus tard qu’il sera apprécié unanimement pour sa prestation inoubliable dans « Boris Godounov » de Moussorgski à la Scala. C’est en 1961 qu’il croise pour la première fois le chemin de sa future compagne Mirella Freni dans « Faust » de Gounod. Elle campe le rôle de Marguerite tandis que lui incarne le diable le plus terrifiant, par son incroyable voix, de toute l’histoire de l’opéra ! En 1962, à Covent Garden, il recueille des critiques élogieuses pour sa performance dans le rôle du Père Guardiano dans « La Force du Destin » de Verdi ainsi qu’à Salzbourg pour le « Requiem » de Verdi sous la direction d’Herbert Von Karajan.  C’est dans « Faust » qu’il fait de fracassants débuts aux Etats-Unis en 1963 à l’Opéra de Chicago et en 1965, c’est le public du Metropolitan Opera qui l’applaudit dans « Mefistofele » d’Arrigo Boito. Ensuite, ses apparitions se feront malheureusement plus rares ; cependant, à la fin des années 70, il enregistre « Don Quichotte » de Massenet pour la première fois en stéréo. Sa dernière représentation se déroule en 1996 dans le rôle de Sparafucile dans « Rigoletto ». Il s’éteint en 2004 à son domicile de Modène, ville natale de son épouse,  des suites d’une crise cardiaque.

Maestro-20Bonynge-20on-20Podium.jpg Afin de rendre cet article complet, je souligne l’impeccable direction d’orchestre de Richard Bonynge qui collabora à plus de 50 opéras dans leur intégralité ainsi que le Chef du chœur Terry Edwards pour son incroyable travail de précision et de coordination.
D’origine australienne, Richard Bonynge a sillonné le monde et s’est produit à de nombreuses reprises en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et en Extrême-Orient. Il a participé également à de nombreux galas avec son épouse, la cantatrice Joan Sutherland et l’a accompagnée jusqu’à ses adieux. Dernièrement, il a dirigé, entre autres, « La Traviata » à Athènes, « Norma » et « Lucia di Larmmermoor » à la Scala, « Faust » aux Etats-Unis et « La Favorite » de Donizetti à Barcelone. En 1977, il a reçu d’Elisabeth II d’Angleterre le titre de Commandant de l’Empire Britannique et, en 1989, il a été honoré par le Gouvernement Français au grade de Commandeur National de l’Ordre des Arts et des Lettres.
Par BERNIE - Publié dans : Les grands opéras italiens et leurs interprètes - Communauté : Toutes les musiques
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