Joe Cocker est une personnalité et,
j’oserais même dire, un phénomène à part entière dans l’histoire du rock. Ray Charles disait de lui qu’il a des larmes dans la voix… C’est le plus beau compliment qu’il ait
reçu et, qui plus est, d’un « monstre » du spectacle… Une gestuelle incomparable, une voix unique et graveleuse, voilà les principales caractéristiques qui le différencient des autres
artistes. Sa véritable identité est John Robert Cocker. Né à Sheffield en Angleterre le 20 mai 1944, il s’intègre, dès l’âge de 15 ans, dans plusieurs groupes musicaux locaux qui
jouent la nuit tout en accomplissant un dur travail de plombier spécialisé dans les installations de gaz. Très vite, il abandonnera cette fonction, un an plus tard, pour se consacrer
exclusivement à la musique et, plus particulièrement au rock, genre dans lequel il veut désormais évoluer. Il devient le leader du groupe « The Cavaliers » dans lequel
il joue de la batterie et de l’harmonica. Cette formation changera de nom pour s’appeler « Vance Arnold And The Avengers ».
Joe
Cocker (assis) à 15 ans avec son groupe « The Cavaliers ».
En 1963, il enregistre sous « Joe Cocker Big
Blues » un premier single « I’ll Cry Instead », une reprise des « Beatles ». Ce ne sera pas
une réussite et il devra attendre 1969 pour saluer son premier gros succès avec « Marjorine », qu’il compose avec son fidèle complice Chris
Stainton, né comme lui à Sheffield, qui l’accompagnera pendant de nombreuses tournées. Ce titre figure sur le tout premier album de Joe qui contient la reprise d’une
autre chanson des Beatles, « With A Little Help From My Friends » extraite de « Sgt Pepper’s Lonely
Heart Club Band », et qui constituera l’un des plus gros hits de sa carrière. Celui-ci fera sa renommée au cours du Festival de Woodstock, la même
année.
« With A Little Help From My Friends »
(1969)
Cet album comprend également, entre autres, un très bon
morceau de Dave Mason, « Feeling Alright », deux titres de Bob Dylan :
« Just Like A Woman » et « I Shall Be Released »; une autre reprise géniale,
« Don’t Let Me Be Misunderstood » ainsi que « Bye Bye Blackbird » (voir « Le lien avec Claude
François ! ») de Ray Henderson et Mort Dixon. Par ces excellentes interprétations, Joe Cocker se
distinguera comme un authentique champion de « covers » (reprises de chansons d’autres artistes), il en deviendra même le « recordman » absolu. Pour la petite
histoire, signalons la participation sur ce disque de « grosses pointures » telles Jimmy Page de Led Zeppelin, Keith Moon des
Rolling Stones et de Steve Winwood.
“With A Little Help From My
Friends”
Toujours en 1969, Joe Cocker sort un
deuxième album appelé tout naturellement et tout simplement « Joe Cocker ! » avec trois chansons qui, encore aujourd’hui, font parties intégrantes de son
tour de chant : « She Came In Through The Bathroom Window » de Lennon et Mc Cartney, le génial
« Hitchkock Railway » et « Delta Lady » de Leon Russell.
« Joe Cocker ! »
(1969)
En 1970, il effectue une “méga” tournée aux Etats-Unis qui est le prélude à la
sortie d’un double album live exceptionnel : « Mad Dogs And Englishmen », enregistré les 27 et 28 mars au « Fillmore East » de
New-York, qui regroupe essentiellement des « covers » dont, outre les trois titres déjà précités, « Cry Me A River »
d’Arthur Hamilton et « The Letter » de Wayne Carson Thompson.
« Mad Dogs And Englishmen »
(1970)
Malheureusement, 1970 marque le début d’une lente mais
progressive descente aux enfers pour Joe Cocker. Il se réfugie dans la drogue et l’alcool et cette dépendance aura un effet néfaste sur sa popularité au Royaume-Uni. Malgré
tout, il parvient à rester célèbre aux Etats-Unis et durant les années 70, il sort 3 albums moyens avec l’une ou l’autre chanson qui retiendra l’attention. Il s’agit
de :
« I Can’t Stand A Little Rain »
(1974)
avec la formidable ballade “You Are So
Beautiful” de Billy Preston :
“Stingray”
(1976)
et “Luxury You Can Afford”
(1978)
qui inclut 2 « covers » qui afficheront
parfaitement les préférences musicales de Joe : « A Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum et « I Heard
It Through The Grapevine » composé par Norman Whitfield pour Marvin Gaye.
Au début des années 80, Joe décide
courageusement de reprendre sa carrière en main et de devenir un tout autre homme. Mais, pour atteindre cet objectif, il doit inévitablement passer par une sévère cure de désintoxication. Cette
volonté exemplaire qu’il affichera durant deux longues années le conduiront à sortir méritoirement du tunnel. Après un nouvel album cette fois applaudi par la critique intitulé
« Sheffield Steel » qui paraît en 1982 (avec, parmi les 14 titres qu’il contient, les excellentes reprises de « Ruby Lee »
de B.B. King, « Many Rivers To Cross » de Jimmy Cliff et « Inner City Blues » de
l’éternel Marvin Gaye), Joe Cocker enregistre, en fin d’année, une chanson avec Jennifer Warnes qui fera le tour de la Terre :
« Up Where We Belong ». Cette nouvelle ballade sirupeuse servira de thème pour le film « Officier et Gentleman » avec
Richard Gere.
"Sheffield Steel"
(1982)
« Up Where We
Belong » (1982)
Une autre chanson connaîtra le même succès en 1984 :
« You Can Leave Your Hat On » qui constituera la bande originale du film culte « Neuf semaines et
demie » avec Mickey Rourke et la sensuelle Kim Basinger. Avec ces deux gros succès coup sur coup, Joe Cocker renaît de ses
cendres ! Par la suite, il enchaîne quelques très bons albums dont
« Civilized Man »
(1984)
« Cocker »
(1986)
« You Can Leave Your Hat
On »
avec deux
« locomotives » : « Shelter Me » de Nick Di Stefano que Joe ne manquera pas d’interpréter très fréquemment en concert
et l’incontournable « You Can Leave Your Hat On » de Randy Newman;
"Unchain My Heart" (1987)
"Unchain My
Heart"
avec la chanson « phare », du même titre,
empruntée au « Genius » Ray Charles;
« One Night Of Sin »
(1989)
avec le fabuleux
“When The Night Comes” de Jim Vallance, Bryan Adams et Diane Warren;
« Joe Cocker Live » (1990)
que tout amateur de bonne musique doit absolument posséder
dans sa « cédé thèque », un « live » d’envergure, sans temps mort, où Joe se dépense sans compter, pour notre plus grand plaisir; tous ses tubes s’y trouvent,
en outre, il est accompagné de la « crème » des musiciens emmenés principalement par le multi instrumentiste Deric Dyer (aux Ténor Sax, clavier et percussions),
Steve Holley à la batterie, son inséparable complice Chris Stainton au piano et l’hyper doué « T.M. » Stevens à la basse; apportons,
en outre, une mention spéciale pour le titre « High Time We Went » (plus de 7 minutes de pur bonheur) signé Joe
Cocker et Chris Stainton;
« The Letter »
« Night Calls »
(1992)
dont 4 chansons extraordinaires se dégagent nettement par
rapport aux autres pourtant, elles aussi, de bonne qualité : « Night Calls », qui sert de titre à l’album, composé par le leader d’Electric Light
Orchestra, Jeff Lynne, le fantastique « I Can Hear The River » de Don Dixon où
Joe s’évertue à faire étalage de toute sa puissance vocale; « Now That The Magic Has Gone » du talentueux mais trop méconnu, à mon goût,
John Miles (l’interprète du splendide « Music ») et, enfin, la très bonne reprise de « Don’t Let The Sun Go Down On
Me » d’Elton John et de Bernie Taupin pour les paroles;
« Have A Little Faith »
(1994)
superbe album, certainement l’un de ses meilleurs, composé
de 13 chansons aussi bonnes les unes que les autres, où il est très pénible d’effectuer un choix tellement les titres ont été brillamment travaillés; on peut néanmoins se risquer à
« sortir » parmi ceux-ci : la chanson d’ouverture « Let The Healing Begin » du génial Tony Joe White, la
somptueuse reprise de « Summer In The City » de J. Sebastian, S. Boone et M. Sebastian,
« Angeline » que Joe a écrit en compagnie de Tony Joe White et le formidable « Hell And
Highwater » de John Miles et M. Pratt;
« Organic »
(1996)
qui aura moins de retentissement que ses prédécesseurs;
toutefois, deux morceaux méritent de retenir notre attention : « Into The Mystic » de Van Morrison que Johnny Rivers
avait déjà chantée auparavant et l’indémodable « Don’t Let Me Be Misunderstood » qui fut composé par Bennie
Benjamin, Gloria Caldwell et Sol Marcus pour Nina Simone;
« Across From
Midnight » (1997)
dont s’extraient
« Tonight », la première chanson de l’album, de Greg Sutton et Max Carl, « Could You Be
Loved » de Bob Marley, avec une rythmique à faire danser un cul-de-jatte et la sensationnelle « N’oubliez Jamais » de
Jim Cregan et Russ Kunkel qui nous fait rappeler ce très beau clip où Joe Cocker se promène dans les rues de Paris avec Madame Catherine
Deneuve !
A présent, une parenthèse pour vous confier mes
impressions à propos du concert auquel j’ai eu la chance d’assister en compagnie de mon épouse sur la plage de Zeebruges en juillet 1998. Un festival musical auquel participaient
« The Corrs » (groupe folk irlandais composé de quatre membres de la famille « Corr » : les trois sœurs et le frère, tous excellents chanteurs et
musiciens) qui passaient en première partie à 18 heures, suivi du récital d’Axelle Red vers 20 heures pour enfin terminer avec la venue de Joe
Cocker sur le coup de 22 heures. J’avoue que je trépignais d’impatience afin de voir, pour la toute première fois de ma vie, cet immense artiste pour lequel j’ai une profonde admiration.
Je n’ai pas été déçu, loin de là : plus de 2 heures de spectacle, Joe délaissant déjà le veston à partir de la deuxième chanson malgré le vent assez fort. Il faut dire qu’il
avait débuté sur les chapeaux de roues avec, en lever de rideau, la reprise de « Could You Be Loved ». Joe annonçait
la couleur comme quoi on n’allait pas s’ennuyer et pour montrer qu’il était en grande forme… vocale à faire fuir le ban de mouettes qui avait eu l’audace de s’approcher ! Les tubes se
succédèrent : « Unchain My Heart », « You Can Leave Your Hat On », « Feeling
Alright », « The Letter », « You Are So Beautiful », « With A
Little Help From My Friends » (inoubliable), « High Time We Went »… mais aussi deux autres titres issus de son album le plus récent
“Across From Midnight” : “Tonight” et le savoureux “N’oubliez Jamais” ! Impressionnant de puissance vocale avec une
gestuelle rythmique qui n’appartient qu’à lui, Joe Cocker fit 3 rappels avant de prendre définitivement congé d’un public totalement dévolu à sa cause qui l’ovationna encore
longtemps après sa sortie en coulisses…
Reprenons la suite de sa riche discographie
avec
« No Ordinary World » (1999)
duquel se dégagent « First We Take
Manhattan » de l’énigmatique Leonard Cohen, « She Believes In Me » de Bryan Adams et
Eliot Kennedy et… « On My Way Home » de, excusez du peu, Jean-Jacques Goldman et Michael
Jones;
« Respect Yourself »
(2002)
avec lequel Joe Cocker célèbre ses 40 ans
de carrière, il s’offre les reprises de « Never Tear Us Apart » d’Andrew Farriss et du regretté Michael
Hutchence, leader du groupe INXS,et de « Respect Yourself », un très bon « rhythm’n’blues » qui fut jadis interprété par
« The Staple Singers » en 1972;
« Heart & Soul »
(2004)
qui contient d’autres excellents
« covers » tels « What’s Going On » d’Al Cleveland, Marvin Gaye et Renaldon
Benson, « One » de U2, « I Put A Spell On You » de J.
Hawkins déjà repris auparavant par Bryan Ferry, « Jealous Guy » de John Lennon et « Everybody
Hurts » de R.E.M., de plus, cet album fera l’objet d’une nouvelle longue tournée pour le désormais sexagénaire.
Seconde pause dans cet article avec la venue de
Joe Cocker à Forest National en juillet 2005. Un concert que nous n’avons pas manqué, mon épouse et moi, afin de revivre cette chaleureuse et folle ambiance dans laquelle nous
nous étions fondus, quelques 7 années auparavant… Un tour de chant de même qualité. Joe avait pris 7 ans de plus mais sa voix était toujours la même, bien solide avec tout ce qu’il faut pour
interpréter, comme il se doit, ses grands « standards ». Le show était bien sûr axé sur la promotion de son album « Heart & Soul » dans lequel il
puisa généreusement. Il eut la bonne idée de ne pas omettre ses « classiques » et il reçut un fervent accueil d’un public nombreux composé de « fidèles » et de personnes de
tous âges.
Terminons
sur :
« Hymn For My Soul »
(2007)
dernier disque à ce jour pour ce dinosaure, pas encore
repu, loin de là; un opus optimiste et coloré dans lequel Joe nous fait partager son amour pour la soul et le gospel, avec deux titres qui valent le
détour : « You Haven’t Done Nothin’ » de Stevie Wonder (1974) et « One Word (Peace) » de John
Magnie et Tommy Malone.
Joe Cocker n’est pas encore décidé à
jeter l’éponge. A près de 64 ans, il effectue actuellement une tournée en Australie et à partir du 26 février, il mettra le cap sur l’Afrique du Sud. Son cri légendaire n’est pas prêt de
s’éteindre…
DEUX COMPILATIONS DE
DERRIÈRE LES FAGOTS !
« JOE COCKER : THE GREATEST HITS » (1999)
SUMMER IN THE CITY/COULD YOU BE LOVED/THE SIMPLE
THINGS/
N’OUBLIEZ
JAMAIS/HAVE A LITTLE FAITH IN ME/
WHAT BECOMES OF THE BROKEN-HEARTED/
DON’T LET ME BE MISUNDERSTOOD/
DELTA LADY/YOU ARE SO BEAUTIFUL/THAT’S ALL I NEED TO KNOW/
LET THE HEALING BEGIN/TONIGHT/NIGHT CALLS/
DON’T YOU LOVE ME ANYMORE/
WHEN THE NIGHT COMES/YOU CAN LEAVE YOUR HAT
ON/UNCHAIN MY HEART/
WITH A LITTLE HELP FROM MY
FRIENDS
A la fin de la lecture de cet article, vous aurez peut-être l’envie de prolonger
votre plaisir en achetant une compilation. Celle-ci a toutes les raisons de vous satisfaire, elle contient de grands tubes mais fait malheureusement l’impasse sur de très bonnes chansons telles
« The Letter », « Shelter Me », « I Can Hear The River », « Cry Me A
River », « Night Calls » et surtout « Up Where We Belong ».
Vous pouvez la compléter par celle-ci,
sortie 7 ans plus tôt :
« THE BEST OF JOE COCKER »
(1992)
UNCHAIN MY HEART/YOU CAN LEAVE YOUR HAT ON/WHEN
THE NIGHT COMES/
UP
WHERE WE BELONG/NOW THAT THE MAGIC HAS GONE/
DON’T YOU LOVE ME ANYMORE/I CAN HEAR THE RIVER/
SORRY SEEMS TO BE THE HARDEST WORD/SHELTER ME/
FEELS LIKE FOREVER/NIGHT CALLS/
DON’T LET THE SUN GO DOWN ON ME/NOW THAT YOU’RE GONE/
CIVILIZED MAN/
WHEN A WOMAN CRIES/WITH A LITTLE HELP FROM MY FRIENDS
(LIVE)
Le lien avec Claude François !
« Bye Bye Blackbird »
figure dans la maquette que Claude François présenta lors de sa première audition chez Philips le 16 septembre 1961. Trois autres chansons furent également présentées :
« Vous Les Copains », « Hic » et « Si Le Cœur t’en Dit ».
Pour le 30ème anniversaire de la disparition de l’idole, « Bye Bye Blackbird » sera proposé en CD aux fans avec l’ouvrage « Collection
Privée » ci-dessous qui paraîtra le 6 mars et qui regroupe de nombreux documents ayant trait à la vie privée et professionnelle de Claude
François.
« Bye Bye Blackbird » est un standard de 1926
qui fut enregistré initialement par Gene Austin (photo ci-dessous).
Plus tard, ce titre sera repris par de nombreuses grandes vedettes dont
Nina Simone, Judy Garland et, bien sûr, Frank Sinatra. En 1981, le grand artiste de jazz John Coltrane reçut même un
« Grammy Award » pour la meilleure performance jazz instrumentale de cette chanson. En France, c’est surtout Sacha Distel qui l’a
popularisée.
Déjà avant qu’il ne soit connu, Claude François était très attiré
musicalement par ce style de chanson. Il n’a jamais caché qu’il aurait bien voulu être un véritable « crooner », un « entertainer » comme disent les Américains… Son physique
et sa voix ne lui permirent pas d’évoluer dans ce registre. Ce n’est qu’à la fin de sa trop courte existence qu’il y fit une brève incursion qui se révéla être, d’emblée, une totale
réussite : il adapta « And I Love You So » de Don Mc Lean qui devint « Et Je t’aime
Tellement »… Comme pour « Alexandrie Alexandra », la boucle était bouclée…
"Bye Bye Blackbird" par Toots
Thielemans
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