"La Dona E
Mobile" dans "Rigoletto"
Après une tournée qui le
mène jusqu'en Australie, il dépose à nouveau ses valises à Milan pour y jouer, le 26 mars 1966, Tebaldo dans l'œuvre de Bellini « I Capuleti e i
Montecchi ». Le 2 juin, le public londonien a le plaisir de le retrouver dans « La Fille du Régiment » de Donizetti où il campe le rôle de
Tonio. Les critiques sont unanimes : Pavarotti est au sommet de son art et domine « outrageusement » le monde de l'opéra ! En 1968, il conforte sa renommée
au Metropolitan Opera de New- York ainsi qu'à l'Opéra de San Francisco. Les Américains en sont fous ! Un an plus tard à Rome, le 20 novembre, il remporte à
nouveau un formidable succès dans « I Lombardi alla prima crociata » (Les Lombards à la première croisade), une œuvre de Giuseppe Verdi qui
fait l'objet de son premier enregistrement discographique. Au cours des années 70 et 80, Pavarotti va ajouter d'autres opéras à son palmarès : « Aïda »
de Verdi et « Madame Butterfly » de Puccini vont alterner avec « La Bohème » et « Rigoletto » qu'il
ne se lasse pas de jouer.
« Celeste Aïda » dans « Aïda » en 1984 à l'Opéra de Vienne
C'est en 1972 que son
immense talent est consacré aux Etats-Unis pour son interprétation sans précédent de « La Fille du Régiment » au Metropolitan Opera de New-York où
il réussit à gravir les neuf contre-uts du fameux air « Ah ! mes amis, quel jour de fête ! ». Cette performance lui vaut de revenir 17 fois
sur scène, un record jamais égalé depuis !
« Ah ! mes amis, quel jour de fête ! » dans « La Fille du Régiment » -
Enregistrement « Live at The Met » en 1972
En mars 1977, un « Live from The
Met » est retransmis sur le câble et cette diffusion réalise la plus grande audience jamais obtenue pour un opéra télévisé. De nombreux Grammy Awards et disques d'or
lui sont attribués parallèlement à ce succès qui s'inscrira comme la référence la plus marquante dans son répertoire. Luciano Pavarotti est un homme comblé. Toutefois, dans son for
intérieur, il le serait encore plus s'il pouvait donner un petit coup de pouce à de jeunes chanteurs. C'est ainsi qu'il fonde, au début des années 80, « The Pavarotti International
Voice Competition » qui permet à quelques- uns d'entre eux d'accéder à la notoriété. De plus, les lauréats ont le privilège, à la fin de chaque concours, d'interpréter des extraits
d'opéras les plus connus en compagnie de leur Maître. En 1982, après une brève et unique incursion cinématographique qui passera inaperçue (« Yes, Giorgio » en 1981,
une histoire d'un ténor qui perd sa voix !), Pavarotti emmène ses protégés dans une tournée à travers le monde qui les conduit jusqu'en Chine à Pékin, applaudis par 10.000
personnes qui assistent, médusés, à l'interprétation déconcertante des neuf contre-uts qui ponctuent « Ah ! mes amis quel jour de fête » de
« La Fille du Régiment » ! Le récital comprend aussi, inévitablement, des airs de « La Bohème ». Le troisième concours ne se déroulera
que sept ans plus tard avec des extraits de « L'Elisir d'Amore » (L'élixir d'amour) de Donizetti et « Un ballo in
Maschera » (Un bal masqué) de Verdi.
« L'Elisir
d'Amore » avec Ruth Ann Swenson au Metropolitan Opera en 1998
« Un
ballo in Maschera » à la Scala en 1978
La même année, il joue
« Aïda » de Verdi pour la toute première fois de sa carrière. En 1986, il retourne en Chine pour une série de concerts et l'année suivante, il conquiert pour
la première fois de sa carrière le public de Buenos Aires qui lui réserve un accueil exceptionnel. D'autres projets germent dans la tête de Luciano Pavarotti. Il veut rendre l'opéra
« populaire », il désire faire accepter ce genre musical par le plus de monde possible (une hérésie pour des personnes qui se disent « puristes » et qui, en vérité, ne le
sont pas du tout !). En 1990, il est convié à chanter l'hymne officiel de la Coupe du Monde de Football dans son pays natal. Il n'hésite pas une seule seconde et choisit
« Nessun Dorma » de l'opéra « Turandot » de Puccini. Un air qui l'accompagnera jusqu'à ses derniers récitals et qu'il chantera avec
toujours autant de fougue et de parfaite maîtrise vocale. Un air qui lui sied magnifiquement, unanimement et personnellement. C'est sa carte de visite, en quelque
sorte.
« Nessun Dorma » à Paris en
1998
Pendant les
années 90, Pavarotti multiplie les représentations « en plein air » : devant 150.000 personnes dans le prestigieux Hyde Park de Londres pour ses 30 ans de
carrière et, en juin 1993, devant plus de 500.000 spectateurs dans le Central Park de New- York. Ce dernier concert sera retransmis à la télévision et sera suivi par plus d'un
million de téléspectateurs ! C'est également durant cette décennie qu'il se joint à Placido Domingo et à José Carreras pour former « Les 3
Ténors ». Cette réunion commence le 7 juillet 1990 sous la baguette de Zubin Mehta pour un concert devant les anciens « Thermes de Caracalla » à Rome
pour se poursuivre lors de l'édition de 1994 à Los Angeles (avec encore Zubin Mehta au pupitre) et se terminer à Paris en 1998 devant la Tour Eiffel sous la direction du
pianiste et chef d'orchestre James Levine.
Les 3 Ténors à Los Angeles en
1994
"My Way "
En 1992, Pavarotti a
une nouvelle et grande idée : organiser sur la « Piazza Grande » de sa ville natale à Modène un grand concert de charité pour venir en aide aux enfants qui sont
plongés dans l'atrocité des guerres. « Pavarotti & Friends » aura la particularité de réunir un grand nombre d'illustres artistes issus de différents styles
musicaux qui s'associeront au ténor le temps d'une chanson. Luciano aura la courtoisie de se mettre au diapason de ses invités qui choisiront une chanson de leur répertoire pour
l'interpréter en duo avec lui. Ce concert exceptionnel connaîtra sept éditions de 1992 à 2002 qui accueilleront, entre autres, Andrea Bocelli, Elton John, Joe
Cocker, Stevie Wonder, Bono, Céline Dion, Zucchero, Sting, James Brown, Barry White, Anastacia et même les Spice
Girls !
« Live Like Horses » avec Elton John
A l'aube du nouveau
millénaire, Pavarotti prend une lourde décision : il vire son manager Herbert Breslin qui s'occupait de son planning depuis 36 ans. Ce dernier mène alors une campagne afin
de ternir complètement l'image de Pavarotti en révélant, dans un livre intitulé « Le Roi et Moi » ses difficultés à lire la musique et à suivre le chef d'orchestre.
Souhaitant remettre les pendules à l'heure, le ténor réfute les accusations dans une interview sur les antennes de la BBC, le 12 septembre 2005. Cependant, il avoue avec complaisance avoir de
temps en temps quelques difficultés à s'incurver dans le rythme défini par le chef d'orchestre lorsqu'il interprète certains rôles. Fin 2003, Luciano défraye la chronique et alimente
les colonnes des magazines à sensations en épousant son assistante et secrétaire Nicoletta Mantovani avec qui il aura une petite fille,
Alice.
Avec sa seconde épouse Nicoletta Mantovani et leur fille
Alice
A près de 69 ans,
Pavarotti entend tout doucement sonner l'heure de la retraite. Mais avant de se retirer définitivement, il veut entreprendre comme baroud d'honneur une longue tournée d'adieu qui
devrait s'achever en 2006. Le 13 mars 2004, il fait ses adieux à l'opéra en interprétant le rôle du peintre Mario Cavaradossi dans « Tosca » de
Puccini au Metropolitan Opera. A la fin de la représentation, le public debout l'ovationne pendant douze
minutes !
« Recondita Armonia » dans « Tosca » en
1978
Début décembre, il met sur
papier le nom des quarante villes par où il passera lors de sa dernière tournée. Malgré sa ferme intention de raccrocher, les propositions affluent toujours. Ainsi, il répond présent le 10
février 2006 pour interpréter « Nessun Dorma » pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver de 2006 organisés à Turin. Ce sera son ultime
apparition sur scène. En juillet 2006, Luciano Pavarotti est contraint de se faire hospitaliser pour de sérieux problèmes de santé. Les médecins découvrent une tumeur maligne au
pancréas et décident de pratiquer l'opération. Malgré le succès de l'intervention chirurgicale, le pronostic des médecins est très réservé et prescrivent au ténor une longue période de repos.
Ce dernier feint de les écouter mais il n'a qu'une seule envie : reprendre le cours de sa tournée d'adieu. Néanmoins, il veut se montrer raisonnable et fixe au début 2007 la reprise de
ses activités. Malheureusement, son état ne s'améliorera pas au point de remonter sur scène. La plupart du temps, la star se déplace en fauteuil roulant. Pourtant, il garde un moral à toute
épreuve et envisage même le prochain enregistrement d'un disque de musiques sacrées. En août 2007, le ténor est obligé une fois de plus d'entrer à l'hôpital de Modène pour une forte fièvre.
Deux semaines plus tard, il reçoit le feu vert pour réintégrer son domicile mais des soins continueront à lui être administrés. Début septembre, son état se dégrade suite à des complications
rénales. Le ténor perd connaissance à plusieurs reprises. Malgré son courage et sa volonté de se battre jusqu'au bout, la maladie aura raison de lui et l'emportera pour un sommeil éternel le
6 septembre à 5 heures du matin. L'annonce de son décès plongera le monde de la musique dans le désarroi et la tristesse. Ses obsèques du 8 septembre ont des relents de deuil national et sont
célébrées en la cathédrale de Modène devant 800 personnes. Des personnalités politiques dont l'ancien secrétaire-général de l'ONU, Kofi Annan, sont présentes ainsi que de grands
artistes venus saluer une dernière fois leur ami : Andrea Bocelli (qui interprétera, à la fin de l'office, l' « Ave Verum Corpus »
de Mozart), la soprano Mirella Freni mais aussi, entre autres, Bono et Zucchero. Luciano Pavarotti incarnera toujours le ténor populaire par excellence,
celui qui voulait se faire accepter par tout un chacun. Il y sera parvenu grâce à sa voix exceptionnelle, son extraordinaire générosité, son immense talent, son émotivité et sa sensibilité.
Le plus bel hommage qui lui a été rendu est celui du chef d'orchestre Carlos Kleiber qui avait déclaré : « Quand Luciano Pavarotti chante, le soleil se lève sur le
monde ». Afin de poursuivre cet hommage, je vous donne rendez-vous dans une deuxième partie avec un « album » photos et une troisième partie suivra avec quelques CD et
DVD indispensables agrémentés d'autres vidéos.
"Quand Luciano Pavarotti chante, le soleil se lève sur le
monde"
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