Depuis l’article consacré à Luis Mariano, vous savez
maintenant que j’ai toujours adoré l’Opérette. La récente disparition de Paulette Merval le 21 juin 2009 m’a fait renaître à nouveau, avec nostalgie, des souvenirs de
belles soirées de spectacles au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. On le sait, les plus belles années de l’Opérette sont désormais derrière nous et seuls quelques fidèles
s’obstinent à raviver la flamme. Il est vrai que la jeune génération de nos jours est plutôt attirée par d’autres univers musicaux; vous allez évoquer Marcel Merkès et
Paulette Merval devant un parterre d’ados et un grand point d’interrogation se dessinera au-dessus de leur tête. Une partie vous traitera même d’éternels ringards… C’est un peu
normal, on ne peut pas leur demander ni même les soustraire à aimer cet art mais c’est un peu dommage aussi que la relève éprouve beaucoup de difficultés à s’assurer. Soit, nous ne sommes pas ici
pour commencer un débat mais pour rendre hommage à un couple pionnier de l’Opérette et espérer qu’à la lecture de cet article, de nouveaux adeptes viendront rejoindre les
« résistants »… On peut rêver !
« Rose-Marie », « L’Auberge du
Cheval Blanc », « Vienne Chante et Danse », « Michel Strogoff », « La Veuve
Joyeuse », « Les Amants de Venise », « Valses de Vienne », « Le Comte du
Luxembourg », « Le Pays du Sourire », « Princesse Czardas »,
« Douchka », « Les Cloches de Corneville », « Rêve de Valse » et
« Violettes Impériales »… sont les principales opérettes dans lesquelles ce couple mythique a joué et dont quelques extraits les plus connus vous sont ici
proposés avec des vidéos « faites maison ».
Dès leur naissance, les événements vont se succéder afin que nos
tourtereaux se rencontrent et unissent leur existence… Marcel naît le 7 juillet 1920 à Bordeaux, chef-lieu d’Aquitaine tandis que Paulette, elle,
patientera quelques mois pour voir le jour le 3 novembre 1920 à La Roche-Chalais… dans la même région d’Aquitaine. Ils fréquentent tous les deux le Conservatoire de Bordeaux et
c’est là que Cupidon lance ses flèches dans le cœur des deux amoureux ! Ils ne traîneront pas pour se marier : ils se passent la bague au doigt le 27 décembre 1939. C’est par
deux opéras que Marcel débute pourtant sa carrière, dans « Manon », un opéra de Jules Massenet, au Grand Théâtre de
Bordeaux en interprétant le rôle de Des Grieux et ensuite dans « Werther » du même auteur. Paulette suit les cours de chant et
de violon avec succès mais très vite, elle se rend compte que son meilleur instrument est sa voix nanti d’un très joli timbre. Nous sommes en 1945 et l’Opérette est en « plein
boum » : Francis Lopez et Luis Mariano triomphent dans « La Belle de Cadix » et Henri Varna, le
directeur du Théâtre du Mogador cherchent de jeunes talents pour concurrencer son collègue Maurice Lehmann du Châtelet. De plus, André Dassary
fait les beaux soirs de la Gaité-Lyrique avec « Chanson Gitane ».
Pour Henri Varna, soucieux de suivre la tendance, il
faut frapper un grand coup et il ne doit pas se tromper sur son recrutement dans la perspective de la reprise de « Rêve de Valse » d’Oscar
Straus. Il auditionne de nombreux candidats dont Marcel Merkès recommandé par Maurice Escande, Sociétaire à la Comédie-Française et
époux de l’actrice Mary Marquet. Le billet de recommandation va peser lourd dans la balance et le jeune Marcel convainc Varna par son assurance
et sa belle tessiture de baryton Martin (autrement dit, baryton léger; c’est une tessiture élevée et claire, la plus agile mais aussi la moins large dramatiquement de toute la
famille des barytons). Il tient donc « son » Maurice de Fontségur, le personnage principal de l’œuvre. Il ne lui reste plus qu’à trouver l’héroïne et
Marcel ne se fait pas prier pour lui présenter son épouse. Varna n’hésite pas l’instant d’une seconde; pour lui, la réalité rejoint la fiction, le couple à la
ville jouera les jolis cœurs sur scène : il jette son dévolu sur Paulette ! La première de « Rêve de Valse » est donnée le 22 mars
1947 et le succès est immédiat ! Rassuré et enthousiasmé par l’engouement suscité par cette représentation, Henri Varna envisage un nouveau projet pour son jeune
protégé.
Ce sera « Violettes Impériales » de
Vincent Scotto qui occupe l’affiche du 31 janvier 1948 au 5 février 1950. Le fait ne se produira qu’à deux reprises mais il convient de le signaler : Marcel
Merkès n’a pas à ses côtés sa fidèle épouse mais bien Lina Walls qui convient le mieux, surtout pour le teint, pour incarner Violetta. Quant à
Paulette, elle poursuit sa carrière séparément dans d’autres opérettes : « Véronique » d’André Messager
(1853-1929), « La Fille de Madame Angot » de Charles Lecocq (1832-1918) et « La Veuve Joyeuse » de
Franz Lehár (1870-1948) qui la conduisent dans de nombreuses villes de France ainsi qu’en Suisse et en Belgique. Avant de retrouver sa chère compagne, Marcel
Merkès se produit ensuite au Théâtre du Châtelet, aux côtés de Lili Fayol, dans la comédie musicale « Annie du Far West »,
adaptée de la création américaine « Annie Get Your Gun » (je trouve le titre de la version française beaucoup plus séduisant, ce n’est pas une première !)
d’Herbert et Dorothy Fields avec une musique composée par Irving Berlin (on lui doit « White
Christmas » immortalisé par Bing Crosby). Pendant ce temps, Paulette est engagée dans une reprise de
« Rose-Marie » au Théâtre de l’Empire dont la mise en scène est de Maurice Lehmann. Mais Henri Varna souhaite réunir
à nouveau les amants séparés pour une reprise de « La Veuve Joyeuse ».
« O Ma Rose-Marie » (« Rose-Marie »)
« Pour Être Un Jour Aimé De Toi » (« L’Auberge du Cheval Blanc »)
Son objectif est cependant contrarié par la naissance d’Alain Merkès et cet heureux événement consacrera Marina Hotine dans le rôle de la partenaire de Marcel. Marina Hotine se montrera à la hauteur de sa promotion, elle s’était d’ailleurs, auparavant, brillamment illustrée aux côtés d’André Dassary dans « Chanson Gitane » de Maurice Yvain (1891-1965). Néanmoins, Paulette et Marcel se retrouvent pour « Violettes Impériales » au Théâtre de l’Alhambra à Bruxelles avant de la jouer à Genève et ensuite sur les grandes scènes françaises. Henri Varna se rappelle au bon souvenir du couple vedette pour « Les Amants de Venise », la dernière opérette de Vincent Scotto (qui décède le 15 novembre 1952), d’après des romans « Le Pont des Soupirs » et « Les Amants de Venise » de Michel Zévaco, qui tient les spectateurs du Mogador en haleine pendant un peu plus de deux ans, du 5 décembre 1953 au 9 décembre 1955.
Le couple enchaîne sur « Les Amours de Don
Juan » de Juan Morata (1899-1977) dont la musique séduit immédiatement Henri Varna. Les trois coups sont donnés le 23 décembre 1955 et le
couple Merkès/Merval assure les représentations pendant 16 mois avant de passer le relais à Jacques Jansen et Jacqueline de
Bourges. Cette opérette recueille un très grand succès et les éloges de la presse. Dans les colonnes du « Monde », Claude Sarraute écrit :
« Le luxe de ce spectacle est l’un des plus somptueux qui nous aient été présentés jusqu’à ce jour au Théâtre Mogador ». En 1956, le cinéma fait les yeux doux à Marcel
Merkès qui tourne dans deux films : « Trois de la Canebière », d’après l’œuvre de Vincent Scotto, et l’année suivante,
« Trois de la Marine » pour lequel Paulette fait également partie de la distribution. Le couple vedette aborde les années 60 sans complexe malgré que
l’Opérette doive affronter la « nouvelle vague ». Merkès reprend « Violettes Impériales » seul au Mogador
avant de retrouver son épouse dans une nouvelle mouture de « Rêve de Valse », sur la même scène, à partir du 24 février 1962. Le couple ne sera plus jamais
séparé avant le dernier rideau. Ensuite, Marcel et Paulette partent pour une nouvelle tournée en province pour 150 représentations de
« Violettes Impériales » avant de reprendre « Rose-Marie » au Mogador à partir du 23 novembre 1963. Henri
Varna en est persuadé : l’Opérette n’est pas prête de s’éteindre; au contraire, il conforte la popularité de Marcel et Paulette avec une
nouvelle création : ce sera « Michel Strogoff » d’après l’œuvre de Jules Verne et dont la composition musicale est confiée à Jack
Ledru (c’est également lui qui signe la partition de « Vienne Chante et Danse » en 1967 et, auparavant, il avait créé la musique de
« Farandole d’Amour » pour Rudy Hirigoyen en 1962).
« Vienne Chante Et Danse » (« Vienne Chante Et Danse »)
« Nadia » (« Michel Strogoff »)
« Heure Exquise » (« La Veuve Joyeuse »)
La première de cette opérette est donnée le 5 décembre 1964 et tiendra
l’affiche pendant une année entière. Après ce nouveau succès, Marcel et Paulette repartent sur les routes de province avec « La Veuve
Joyeuse » avant de revenir à Mogador pour une reprise des « Amants de Venise » à partir du 26 novembre 1966. Durant une année, le
couple fait une pause afin de satisfaire aux prestations télévisées et à quelques séances d’enregistrements. Du 25 novembre 1967 au 12 novembre 1969, Marcel et
Paulette se produisent dans « Vienne Chante et Danse » qui, malheureusement, s’apparentera à un chant de cygne pour Henri
Verna qui disparaîtra quelques mois avant la fin des représentations. Aussi bien à Paris qu’en tournée, cette opérette récoltera un immense succès. Après la dernière, une nouvelle
tournée triomphale s’ensuivra sous des applaudissements très nourris sur les plus grandes scènes de France et de Belgique.
« Les Amants De Venise » (« Les Amants De Venise »)
« Désir De Rire, Plaisir d’Aimer » (« Valses de Vienne »)
« Je Vous Aime À Jamais » (« Le Comte Du Luxembourg »)
« Prendre Le Thé À Deux » (« Le Pays Du Sourire »)
« Il Est Une Femme Au Monde » (« Princesse Czardas »)
Les années qui passent ne semblent pas avoir d’emprise sur
l’enthousiasme inaltérable de notre couple vedette qui planche sur une toute nouvelle création de Charles Aznavour et Georges Garvarentz. Le 2 octobre 1973, les
fidèles spectateurs du Mogador retrouvent avec le même plaisir leurs artistes favoris dans « Douchka » dont les représentations dureront jusqu’au 31
août 1974. Le jeune Alain Merkès profitera du soutien de ses célèbres parents pour faire ses débuts dans l’Opérette. Ce nouveau succès débouche sur une nouvelle tournée
où le couple jouera les éternels amoureux pendant deux ans avant de reprendre « Vienne Chante et Danse » en 1976. Les sollicitations s’accumuleront à un tel
point que le spectacle sera joué jusqu’en 1979 ! Marcel Merkès et Paulette Merval envisagent pourtant à mettre un terme à leur carrière et souhaitant
terminer en beauté, ils choisissent de rejouer dans « Princesse Czardas » d’Emmerich Kálmán (1882-1953).
« Mon Amour, On Se Retrouvera » (« Douchka »)
« J’Ai Fait Trois Fois Le Tour Du Monde » (« Les Cloches de Corneville »)
Ce sera leur dernière grande opérette et à partir de 1984, le couple ne se produit plus que dans des récitals intitulés « Nos amours d’opérettes » à l’Olympia, à deux reprises, et en 1994 pour un ultime concert à la Salle Pleyel. Marcel et Paulette vont ensuite se retirer dans leur très jolie ferme en Aquitaine afin de goûter à un repos bien mérité. Ils ne seront pas oubliés pour autant; au contraire, ils seront honorés à de maintes reprises pour leur carrière exemplaire et pour tout ce qu’ils auront apporté à l’Opérette, un art qu’ils ont aimé et animé du plus profond de leur être. Légion d’Honneur, Arts et Lettres et Palmes Académiques les récompenseront pour leur énorme contribution artistique, leur gentillesse, leur spontanéité et leur grand talent. Marcel part pour un dernier long voyage le 30 mars 2007 et Paulette attendra avec impatience le 21 juin 2009 afin de le rejoindre sur son nuage… Marcel et Paulette comptabilisent ensemble 10.500 représentations (c’est énorme et ce sera inégalé !) pendant lesquelles ils se seront mariés 6.000 fois ! Quant à leur fils Alain, il est toujours aujourd’hui concerné par la musique et les spectacles puisqu’il est conseiller artistique en charge de la direction de scène au Grand Théâtre de Bordeaux.
« Oui, C’est Une Valse De Vienne » (« Rêve de Valse »)
« Ce Soir, Mon Amour »
(« Violettes Impériales »)
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Temporairement, Luis Mariano délaisse Francis Lopez pour
l'opérette suivante : « Chevalier du Ciel » dont la musique est écrite par Henri Bourtayre et Jacques- Henry Rys; le livret et
les lyrics, quant à eux, sont signés Paul Colline. Cette dernière ne réussit pas avoir le même engouement que la précédente; particulièrement pour la partition musicale qui
n'a pas le même charme, la même douceur que les mélodies de Lopez. Seules deux chansons se placent au-dessus du lot : « Chevalier du Ciel » et
« Seul ». Assez logiquement, Mariano retrouve Lopez pour « La canción del amor mío » fin 1957 mais cette
création est boudée par le public. Est-ce pour son titre ? Soit, le ténor ne veut pas rester sur cet échec et 1958 est l'année où il se produit pour la première fois à l'Olympia.
C'est également en 1958 qu'il tourne son dernier film : « Sérénade au Texas ». Eh oui, n'oublions pas que Luis Mariano a joué dans 21 films de
1946 à 1958; parmi les plus célèbres, citons « Andalousie » (1950), « Violettes Impériales » (1952) et « La Belle de
Cadix » (1953), tous les trois avec Carmen Sevilla pour qui les journalistes inventèrent une idylle avec Mariano; « Quatre jours à
Paris » (1953), « Le Chanteur de Mexico » (1956) avec Bourvil et Annie Cordy, et, la cerise sur le gâteau,
« Napoléon » (1954), la fresque de Sacha Guitry, lequel avait enrôlé le ténor pour tenir le rôle du chanteur Garat. Cette parenthèse faite sur
Mariano au cinéma, revenons sur la suite de sa carrière.
« Le Prince de Madrid » qui
est finalement créée au Théâtre du Châtelet le 14 mars 1967 et qui retrace une période de l'existence du peintre Francisco Goya. Ce sera le dernier livret de Raymond
Vincy qui décèdera un an plus tard... L'ouvrage est chatoyant, c'est du grand spectacle avec un Luis Mariano en forme étincelante. Sa voix est plus belle que jamais et
excellemment mise en évidence par la remarquable partition de Francis Lopez qui signe de grandes chansons telles : « España »,
« Le Prince de Madrid » (vidéo ci-après), « La Féria de Séville », « Toi mon seul
amour » et la sublime « Torero ». Aux côtés de Luis Mariano, outre Jeanine Ervil et Maria
Murano, relevons la présence de Lucien Lupi qui rehausse la distribution de cette opérette et fait un malheur avec sa chanson « Le jour où
j'aimerai ». Plus de 500 représentations couronneront le succès de cette opérette qui est également jouée courant 1969 en Belgique.
Le 20 décembre 1969, les spectateurs ont donc la joie de
retrouver Luis Mariano aux commandes de cette opérette qui contient encore de très belles mélodies telles « Soleil », « La Caravelle
d'Or », « Lisbonne » et peut-être la plus jolie d'entre toutes : « Bandeirantes ». Cependant, à la joie se mêle
l'inquiétude : Mariano est amaigri, marqué par une étrange fatigue dont personne ne connaît l'origine. Le ténor tient à rassurer ses partenaires, ce n'est qu'une mauvaise
passe et tout redeviendra comme avant... Mais au fil des représentations, Mariano se sent de plus en plus faible et devra même recourir à la médecine afin de tenir le coup.
Devant la progression de la maladie, il devra se faire souvent remplacer et même jeter l'éponge en jouant pour la toute dernière fois le 10 mai 1970. Contraint de se faire hospitaliser, l'idole
est au plus mal et tombe dans le coma. Luis Mariano s'éteint le 14 juillet 1970 à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière dans le 13ème arrondissement de Paris. Finalement,
c'est une hépatite mal soignée qui aura eu raison du chanteur. Sans femme et sans enfant, ses biens seront légués à son fidèle chauffeur et complice François Lacan, dit «
Patchi », qu'il avait engagé vers 1950 ainsi qu'à son filleul Mariano Lacan. Ils vivent toujours aujourd'hui dans la maison de Luis à Arcangues
dont il avait lui-même dessiné les plans. De nos jours, Luis Mariano demeure une valeur sûre et ses plus grands succès ont même été repris par le ténor, chanteur d'opéras,
Roberto Alagna. A jamais, il restera le « Prince de l'Opérette ».






















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