Les grands noms de l'Opérette

Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 21:12

Depuis l’article consacré à Luis Mariano, vous savez maintenant que j’ai toujours adoré l’Opérette. La récente disparition de Paulette Merval le 21 juin 2009 m’a fait renaître à nouveau, avec nostalgie, des souvenirs de belles soirées de spectacles au Palais des Beaux-Arts de Charleroi.  On le sait, les plus belles années de l’Opérette sont désormais derrière nous et seuls quelques fidèles s’obstinent à raviver la flamme. Il est vrai que la jeune génération de nos jours est plutôt attirée par d’autres univers musicaux; vous allez évoquer Marcel Merkès et Paulette Merval devant un parterre d’ados et un grand point d’interrogation se dessinera au-dessus de leur tête. Une partie vous traitera même d’éternels ringards… C’est un peu normal, on ne peut pas leur demander ni même les soustraire à aimer cet art mais c’est un peu dommage aussi que la relève éprouve beaucoup de difficultés à s’assurer. Soit, nous ne sommes pas ici pour commencer un débat mais pour rendre hommage à un couple pionnier de l’Opérette et espérer qu’à la lecture de cet article, de nouveaux adeptes viendront rejoindre les « résistants »… On peut rêver !

 « Rose-Marie », « L’Auberge du Cheval Blanc », « Vienne Chante et Danse », « Michel Strogoff », « La Veuve Joyeuse », « Les Amants de Venise », « Valses de Vienne », « Le Comte du Luxembourg », « Le Pays du Sourire », « Princesse Czardas », « Douchka », « Les Cloches de Corneville », « Rêve de Valse » et « Violettes Impériales »… sont les principales opérettes dans lesquelles ce couple mythique a joué et dont quelques extraits les plus connus vous sont ici proposés avec des vidéos « faites maison ».

Dès leur naissance, les événements vont se succéder afin que nos tourtereaux se rencontrent et unissent leur existence… Marcel naît le 7 juillet 1920 à Bordeaux, chef-lieu d’Aquitaine tandis que Paulette, elle, patientera quelques mois pour voir le jour le 3 novembre 1920 à La Roche-Chalais… dans la même région d’Aquitaine. Ils fréquentent tous les deux le Conservatoire de Bordeaux et c’est là que Cupidon lance ses flèches dans le cœur des deux amoureux ! Ils ne traîneront pas pour se marier : ils se passent la bague au doigt le 27 décembre 1939. C’est par deux opéras que Marcel débute pourtant sa carrière, dans « Manon », un opéra de Jules Massenet, au Grand Théâtre de Bordeaux en interprétant le rôle de Des Grieux et ensuite dans « Werther » du même auteur. Paulette suit les cours de chant et de violon avec succès mais très vite, elle se rend compte que son meilleur instrument est sa voix nanti d’un très joli timbre. Nous sommes en 1945 et l’Opérette est en « plein boum » : Francis Lopez et Luis Mariano triomphent dans « La Belle de Cadix » et Henri Varna, le directeur du Théâtre du Mogador cherchent de jeunes talents pour concurrencer son collègue Maurice Lehmann du Châtelet. De plus, André Dassary fait les beaux soirs de la Gaité-Lyrique avec « Chanson Gitane ».

Pour Henri Varna, soucieux de suivre la tendance, il faut frapper un grand coup et il ne doit pas se tromper sur son recrutement dans la perspective de la reprise de « Rêve de Valse » d’Oscar Straus. Il auditionne de nombreux candidats dont Marcel Merkès recommandé par Maurice Escande, Sociétaire à la Comédie-Française et époux de l’actrice Mary Marquet. Le billet de recommandation va peser lourd dans la balance et le jeune Marcel convainc Varna par son assurance et sa belle tessiture de baryton Martin (autrement dit, baryton léger; c’est une tessiture élevée et claire, la plus agile mais aussi la moins large dramatiquement de toute la famille des barytons). Il tient donc « son » Maurice de Fontségur, le personnage principal de l’œuvre. Il ne lui reste plus qu’à trouver l’héroïne et Marcel ne se fait pas prier pour lui présenter son épouse. Varna n’hésite pas l’instant d’une seconde; pour lui, la réalité rejoint la fiction, le couple à la ville jouera les jolis cœurs sur scène : il jette son dévolu sur Paulette ! La première de « Rêve de Valse » est donnée le 22 mars 1947 et le succès est immédiat ! Rassuré et enthousiasmé par l’engouement suscité par cette représentation, Henri Varna envisage un nouveau projet pour son jeune protégé.

Ce sera « Violettes Impériales » de Vincent Scotto qui occupe l’affiche du 31 janvier 1948 au 5 février 1950. Le fait ne se produira qu’à deux reprises mais il convient de le signaler : Marcel Merkès n’a pas à ses côtés sa fidèle épouse mais bien Lina Walls qui convient le mieux, surtout pour le teint, pour incarner Violetta. Quant à Paulette, elle poursuit sa carrière séparément dans d’autres opérettes : « Véronique » d’André Messager (1853-1929), « La Fille de Madame Angot » de Charles Lecocq (1832-1918) et « La Veuve Joyeuse » de Franz Lehár (1870-1948) qui la conduisent dans de nombreuses villes de France ainsi qu’en Suisse et en Belgique. Avant de retrouver sa chère compagne, Marcel Merkès se produit ensuite au Théâtre du Châtelet, aux côtés de Lili Fayol, dans la comédie musicale « Annie du Far West », adaptée de la création américaine « Annie Get Your Gun » (je trouve le titre de la version française beaucoup plus séduisant, ce n’est pas une première !) d’Herbert et Dorothy Fields avec une musique composée par Irving Berlin (on lui doit « White Christmas » immortalisé par Bing Crosby). Pendant ce temps, Paulette est engagée dans une reprise de « Rose-Marie » au Théâtre de l’Empire dont la mise en scène est de Maurice Lehmann. Mais Henri Varna souhaite réunir à nouveau les amants séparés pour une reprise de « La Veuve Joyeuse ».

 « O Ma Rose-Marie » (« Rose-Marie »)

« Pour Être Un Jour Aimé De Toi » (« L’Auberge du Cheval Blanc »)

Son objectif est cependant contrarié par la naissance d’Alain Merkès et cet heureux événement consacrera Marina Hotine dans le rôle de la partenaire de Marcel. Marina Hotine se montrera à la hauteur de sa promotion, elle s’était d’ailleurs, auparavant, brillamment illustrée aux côtés d’André Dassary dans « Chanson Gitane » de Maurice Yvain (1891-1965). Néanmoins, Paulette et Marcel se retrouvent pour « Violettes Impériales » au Théâtre de l’Alhambra à Bruxelles avant de la jouer à Genève et ensuite sur les grandes scènes françaises. Henri Varna se rappelle au bon souvenir du couple vedette pour « Les Amants de Venise », la dernière opérette de Vincent Scotto (qui décède le 15 novembre 1952), d’après des romans « Le Pont des Soupirs » et « Les Amants de Venise » de Michel Zévaco, qui tient les spectateurs du Mogador en haleine pendant un peu plus de deux ans, du 5 décembre 1953 au 9 décembre 1955. 

Le couple enchaîne sur « Les Amours de Don Juan » de Juan Morata (1899-1977) dont la musique séduit immédiatement Henri Varna. Les trois coups sont donnés le 23 décembre 1955 et le couple Merkès/Merval assure les représentations pendant 16 mois avant de passer le relais à Jacques Jansen et Jacqueline de Bourges. Cette opérette recueille un très grand succès et les éloges de la presse. Dans les colonnes du « Monde », Claude Sarraute écrit : « Le luxe de ce spectacle est l’un des plus somptueux qui nous aient été présentés jusqu’à ce jour au Théâtre Mogador ». En 1956, le cinéma fait les yeux doux à Marcel Merkès qui tourne dans deux films : « Trois de la Canebière », d’après l’œuvre de Vincent Scotto, et l’année suivante, « Trois de la Marine » pour lequel Paulette fait également partie de la distribution. Le couple vedette aborde les années 60 sans complexe malgré que l’Opérette doive affronter la « nouvelle vague ». Merkès reprend « Violettes Impériales » seul au Mogador avant de retrouver son épouse dans une nouvelle mouture de « Rêve de Valse », sur la même scène, à partir du 24 février 1962. Le couple ne sera plus jamais séparé avant le dernier rideau. Ensuite, Marcel et Paulette partent pour une nouvelle tournée en province pour 150 représentations de « Violettes Impériales » avant de reprendre « Rose-Marie » au Mogador à partir du 23 novembre 1963. Henri Varna en est persuadé : l’Opérette n’est pas prête de s’éteindre; au contraire, il conforte la popularité de Marcel et Paulette avec une nouvelle création : ce sera « Michel Strogoff » d’après l’œuvre de Jules Verne et dont la composition musicale est confiée à Jack Ledru (c’est également lui qui signe la partition de « Vienne Chante et Danse » en 1967 et, auparavant, il avait créé la musique de « Farandole d’Amour » pour Rudy Hirigoyen en 1962).


 « Vienne Chante Et Danse » (« Vienne Chante Et Danse »)

« Nadia » (« Michel Strogoff »)

« Heure Exquise » (« La Veuve Joyeuse »)

 

La première de cette opérette est donnée le 5 décembre 1964 et tiendra l’affiche pendant une année entière. Après ce nouveau succès, Marcel et Paulette repartent sur les routes de province avec « La Veuve Joyeuse » avant de revenir à Mogador pour une reprise des « Amants de Venise » à partir du 26 novembre 1966. Durant une année, le couple fait une pause afin de satisfaire aux prestations télévisées et à quelques séances d’enregistrements. Du 25 novembre 1967 au 12 novembre 1969, Marcel et Paulette se produisent dans « Vienne Chante et Danse » qui, malheureusement, s’apparentera à un chant de cygne pour Henri Verna qui disparaîtra quelques mois avant la fin des représentations. Aussi bien à Paris qu’en tournée, cette opérette récoltera un immense succès. Après la dernière, une nouvelle tournée triomphale s’ensuivra sous des applaudissements très nourris sur les plus grandes scènes de France et de Belgique.


 « Les Amants De Venise » (« Les Amants De Venise »)

« Désir De Rire, Plaisir d’Aimer » (« Valses de Vienne »)

« Je Vous Aime À Jamais » (« Le Comte Du Luxembourg »)



 « Prendre Le Thé À Deux » (« Le Pays Du Sourire »)

« Il Est Une Femme Au Monde » (« Princesse Czardas ») 

Les années qui passent ne semblent pas avoir d’emprise sur l’enthousiasme inaltérable de notre couple vedette qui planche sur une toute nouvelle création de Charles Aznavour et Georges Garvarentz. Le 2 octobre 1973, les fidèles spectateurs du Mogador retrouvent avec le même plaisir leurs artistes favoris dans « Douchka » dont les représentations dureront jusqu’au 31 août 1974. Le jeune Alain Merkès profitera du soutien de ses célèbres parents pour faire ses débuts dans l’Opérette. Ce nouveau succès débouche sur une nouvelle tournée où le couple jouera les éternels amoureux pendant deux ans avant de reprendre « Vienne Chante et Danse » en 1976. Les sollicitations s’accumuleront à un tel point que le spectacle sera joué jusqu’en 1979 ! Marcel Merkès et Paulette Merval envisagent pourtant à mettre un terme à leur carrière et souhaitant terminer en beauté, ils choisissent de rejouer dans « Princesse Czardas » d’Emmerich Kálmán (1882-1953).


 « Mon Amour, On Se Retrouvera » (« Douchka »)

« J’Ai Fait Trois Fois Le Tour Du Monde » (« Les Cloches de Corneville »)

Ce sera leur dernière grande opérette et à partir de 1984, le couple ne se produit plus que dans des récitals intitulés « Nos amours d’opérettes » à l’Olympia, à deux reprises, et en 1994 pour un ultime concert à la Salle Pleyel. Marcel et Paulette vont ensuite se retirer dans leur très jolie ferme en Aquitaine afin de goûter à un repos bien mérité. Ils ne seront pas oubliés pour autant; au contraire, ils seront honorés à de maintes reprises pour leur carrière exemplaire et pour tout ce qu’ils auront apporté à l’Opérette, un art qu’ils ont aimé et animé du plus profond de leur être. Légion d’Honneur, Arts et Lettres et Palmes Académiques les récompenseront pour leur énorme contribution artistique, leur gentillesse, leur spontanéité et leur grand talent. Marcel part pour un dernier long voyage le 30 mars 2007 et Paulette attendra avec impatience le 21 juin 2009 afin de le rejoindre sur son nuage… Marcel et Paulette comptabilisent ensemble 10.500 représentations (c’est énorme et ce sera inégalé !) pendant lesquelles ils se seront mariés 6.000 fois ! Quant à leur fils Alain, il est toujours aujourd’hui concerné par la musique et les spectacles puisqu’il est conseiller artistique en charge de la direction de scène au Grand Théâtre de Bordeaux.

 

« Oui, C’est Une Valse De Vienne » (« Rêve de Valse »)

« Ce Soir, Mon Amour » (« Violettes Impériales »)


Par BERNIE - Publié dans : Les grands noms de l'Opérette - Communauté : Toutes les musiques
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Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 21:27

J'ai grandi avec l'Opérette. Mes parents en étaient férus et inévitablement, je fus conquis. Grâce à un ami qui appartenait à la troupe de figurants et qui nous refilaient les meilleures places, j'ai donc assisté à de nombreuses représentations au Palais des Beaux- Arts de Charleroi : « Le Pays du Sourire », « Vienne Chante et Danse », « Le Chant du Désert », « Rose de Noël », « Méditerranée », « Viva Napoli », « Rose-Marie », « L'Auberge du Cheval Blanc », « Valses de Vienne », « Rêve de Valse », « Princesse Czardas », « Violettes Impériales »... mais je ne vis qu'une seule avec Luis Mariano et ce fut « Le Prince de Madrid » en 1969, un peu plus d'un an avant sa disparition. Je m'en rappelle encore car... mystérieusement, pris d'une grande fatigue, je m'endormis et donc manquai le final. Je le regrette aujourd'hui car il devait sans nul doute être grandiose... Je me souviens qu'il y avait un problème de billetterie et je me retrouvai complètement esseulé, perdu au milieu de gens inconnus, quelques rangées devant celle où mes parents avaient pu trouver place... Le fait de ne pas être à leurs côtés m'avait sans doute perturbé et le profond ennui que je ressentis fut peut-être à l'origine de mon envie soudaine de m'apaiser ! Je fus littéralement surpris de me ressaisir quand la salle se ralluma et que les spectateurs s'extirpèrent de leur siège... Les yeux encore remplis de sommeil, je réalisai que j'avais loupé la fin du spectacle... Quelle déception et quelle faiblesse coupable !  Ce fut cependant la seule et l'unique, je fus tellement marqué par ce manque cruel de tenue que je me promis et jurai que l'on ne m'y reprendrait plus !  Luis Mariano, c'est aussi et surtout l'idole de ma mère... Elle eut la chance de le voir plusieurs fois sur scène (au « Théâtre des Variétés » qui fut ensuite démoli au profit de l'actuel Palais des Beaux-Arts) ainsi que sous chapiteau au moment où le ténor était en tournée avec le célèbre Cirque Pinder...  Elle eut également la patience de l'attendre dans le hall de l'entrée des artistes afin de recueillir son autographe... Depuis cet instant magique, cette photo dédicacée trône sur un meuble de rangement dans sa chambre à coucher... face à la porte que dès qu'on la franchit, on la remarque inévitablement ! Et la dédicace « Pour Mademoiselle Roberte, avec mes meilleurs sentiments, Luis Mariano » faite soigneusement à l'encre au bas de la photo est encore parfaitement lisible malgré le léger voile qui, avec le temps, s'est posée sur l'écriture... Je ne vous étonnerai pas en vous apprenant qu'elle avait tous ses disques... dont elle eut la saugrenue idée de se séparer faute de ne plus avoir de platine pour les écouter ! Quelle hérésie, ne trouvez-vous pas ? A sa place, même sans tourne- disque, je les aurais jalousement gardés, rien que pour mon plaisir... Mais ma mère n'a pas l'âme d'une collectionneuse... Depuis, je m'efforce d'en retrouver quelques-uns dans des brocantes ou dans des magasins spécialisés ! J'ai pu ainsi retrouver « Le Chanteur de Mexico » et « Méditerranée » avec Rudy Hirigoyen (qui alternait avec Luis Mariano quand ce dernier ne jouait pas), « Chanson Gitane » et « La Toison d'Or » avec André Dassary, « Le Pays du Sourire » avec Tony Poncet, « Gipsy » et « Volga » avec José Todaro, « Le Prince de Madrid » et « La Caravelle d'Or » avec Luis Mariano. Dernièrement, j'ai pu acquérir, lors d'une convention, un coffret de 5 CD retraçant les « 40 ans d'opérettes, 40 ans de succès » du couple mythique Marcel Merkès - Paulette Merval. C'est donc avec un réel grand plaisir que j'inaugure cette nouvelle catégorie par le plus célèbre d'entre tous : Luis Mariano.

Luis-Mariano Eusebio Gonzalez naît à Irun (ville frontière entre la France et l'Espagne) le 13 août 1914. Vous remarquez qu'il gardera ses premier et deuxième prénoms pour en faire son nom d'artiste. Fils de mécanicien, il émigre en France avec sa famille alors que la guerre civile fait rage en Espagne. Il falsifie l'année de sa naissance (1920) pour échapper à l'armée. Ayant un talent inné pour le dessin, il s'inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux. Mais il a une autre grande qualité : il adore chanter et par- dessus le marché, la nature l'a doté d'un timbre de voix exceptionnel. Après avoir réussi, très facilement, l'examen d'entrée au Conservatoire de Bordeaux, il est d'emblée pris sous l'aile protectrice de la cantatrice Jeannine Micheau. 

 
La soprano le présente à Miguel Fontecha, ténor et professeur de chant, avec qui le jeune Luis va progresser. Luis décroche le rôle d'Ernesto dans « Don Pasquale » de Donizetti au Palais de Chaillot en décembre 1943. Sa prestation lui permet de multiplier les passages à la radio. Fin de l'année 1945, Francis Lopez, déjà connu comme compositeur de chansons à succès (il a écrit, entre autres, pour Lucienne Delyle, Léo Marjane, Maurice Chevalier, André Dassary, Georges Guétary et Tino Rossi), entreprend l'écriture, en compagnie de Raymond Vincy pour le livret, d'une opérette intitulée « La Belle de Cadix ». Le destin l'amène à rencontrer fortuitement Luis Mariano en qui il voit la vedette de sa création toute désignée. La première est donnée le 24 décembre 1945 au Théâtre du Casino Montparnasse et recueille un formidable succès.


Initialement programmée pour une dizaine de représentations, « La Belle de Cadix », pourtant montée avec peu de moyens, tiendra l'affiche pendant 2 ans ! Outre la chanson principale reprenant le titre de l'ouvrage, « La Fiesta Bohémienne », « Maria Luisa » et « Le Clocher du Village » sont parmi les plus populaires. Fort de ce premier triomphe, le duo Lopez- Vinçy remet le couvert avec « Andalousie » dont la générale est donnée le 25 octobre 1947 à la Gaîté Lyrique. Quatre airs principaux du ténor se dégagent de cette opérette qui est jouée pendant une année entière : « Andalousie », bien sûr, mais aussi « Santa Maria », « La Fête à Séville » et « Ole Torero » dans lesquels Luis Mariano fait étalage de toute sa maestria vocale. Au niveau de la partition musicale, on peut dire également qu'elle est plus travaillée, plus scintillante que celle de « La Belle de Cadix ».


La mise en scène parfaite, la fraîcheur des costumes et de très beaux ballets contribuent à ce nouveau succès. Signalons encore l'importance du rôle de fantaisiste tenu par Maurice Baquet qui deviendra un complice indissociable de Luis Mariano puisqu'il l'accompagnera jusque dans sa dernière opérette, « La Caravelle d'Or ». Entre-temps, fin des années 40, Luis Mariano conquiert les Etats-Unis et l'Amérique du Sud où il déchaîne les foules.  Au cours des années 50, Luis Mariano confirme son statut de star de l'Opérette, tout d'abord en dominant la distribution du « Chanteur de Mexico » en 1951 et, ensuite, celle de « Chevalier du Ciel » en 1955.

« Le Chanteur de Mexico » est jouée pour la première fois au Théâtre du Châtelet le 15 décembre 1951 et recueille des éloges de toute la critique parisienne, que ce soit dans les colonnes du « Monde », du « Figaro » ou du « Matin ». Tous reconnaissent la qualité de la réalisation, la richesse des décors (20 tableaux différents !), la beauté des costumes et l'excellente partition de Francis Lopez qui signe pas moins de sept chansons qui sont devenues immortelles. En effet, en plus de l'éternel « Mexico », tous les amateurs d'opérette se souviennent de « Rossignol » (vidéo ci-après), « Acapulco », « Il est un coin de France », « Maïtechu », « Quand on voit Paris d'en haut » et « Quand on est deux amis » ! Evidemment, la forme de Luis Mariano n'échappe pas aux observateurs avisés du Figaro qui signalent que le ténor « chante à ravir, pousse la note jusqu'à faire pâmer les spectatrices » ! En tout et pour tout, 905 représentations seront données mais cependant, Luis Mariano cède le témoin à Rudy Hirigoyen pour la seconde année.

 
Temporairement, Luis Mariano délaisse Francis Lopez pour l'opérette suivante : « Chevalier du Ciel » dont la musique est écrite par Henri Bourtayre et Jacques- Henry Rys; le livret et les lyrics, quant à eux, sont signés Paul Colline.  Cette dernière ne réussit pas avoir le même engouement que la précédente; particulièrement pour la partition musicale qui n'a pas le même charme, la même douceur que les mélodies de Lopez. Seules deux chansons se placent au-dessus du lot : « Chevalier du Ciel » et « Seul ». Assez logiquement, Mariano retrouve Lopez pour « La canción del amor mío » fin 1957 mais cette création est boudée par le public. Est-ce pour son titre ? Soit, le ténor ne veut pas rester sur cet échec et 1958 est l'année où il se produit pour la première fois à l'Olympia. C'est également en 1958 qu'il tourne son dernier film : « Sérénade au Texas ». Eh oui, n'oublions pas que Luis Mariano a joué dans 21 films de 1946 à 1958; parmi les plus célèbres, citons « Andalousie » (1950), « Violettes Impériales » (1952)  et « La Belle de Cadix » (1953), tous les trois avec Carmen Sevilla pour qui les journalistes inventèrent une idylle avec Mariano; « Quatre jours à Paris » (1953), « Le Chanteur de Mexico » (1956) avec Bourvil et Annie Cordy, et, la cerise sur le gâteau, « Napoléon » (1954), la fresque de Sacha Guitry, lequel avait enrôlé le ténor pour tenir le rôle du chanteur Garat. Cette parenthèse faite sur Mariano au cinéma, revenons sur la suite de sa carrière.  




« Le Secret de Marco Polo » (vidéo ci- dessus) marque le retour à l'opérette de Luis Mariano après sa triomphale tournée avec le Cirque Pinder. Cette nouvelle création du couple Lopez-Vincy est jouée pour la première fois au Théâtre du Châtelet le 13 décembre 1959. Les auteurs veulent frapper un grand coup et rééditer le même succès qu'ils avaient eu 8 ans auparavant avec « Le Chanteur de Mexico ». Mais Mariano semble fatigué de son long périple avec la caravane du Cirque Pinder et l'opérette est retirée de l'affiche après 368 représentations, en octobre 1960, par décision de Maurice Lehmann, Directeur du Châtelet. Mais Lopez et Vincy ne baissent pas les bras. Avec le déferlement du « yé-yé », un nouveau projet est en préparation : les auteurs ont envie de « rajeunir » leur vedette fétiche.

               Annie Cordy, Luis Mariano, Francis Lopez et Raymond Vincy

Et c'est ainsi que Luis Mariano s'offre un véritable bain de jouvence avec « Visa pour l'Amour » en 1962. De plus, Lopez et Vincy ont eu la géniale idée d'aller rechercher Annie Cordy qui ne s'est pas fait prier pour accepter de jouer aux côtés de son grand ami. Les chansons les plus plébiscitées sont : « La Vie est là », « Visa pour l'Amour », « Ah ! Qu'il fait bon » et surtout « Twist contre Twist » pendant lequel les deux artistes s'en mettent à cœur joie pour rivaliser de talent sur la célèbre danse ! Voilà un duo de choc, explosif qui redonne un coup de fouet au genre musical. L'opérette est un grand succès puisqu'après l'avoir interprétée à Paris, la troupe entreprend une grande tournée en province jusqu'en 1964. Sur sa lancée, le ténor reprend même ses classiques « Le Chanteur de Mexico » et « La Belle de Cadix » en province également pendant que Lopez et Vincy planchent déjà sur un nouveau projet dont le titre est déjà trouvé :

« Le Prince de Madrid » qui est finalement créée au Théâtre du Châtelet le 14 mars 1967 et qui retrace une période de l'existence du peintre Francisco Goya. Ce sera le dernier livret de Raymond Vincy qui décèdera un an plus tard... L'ouvrage est chatoyant, c'est du grand spectacle avec un Luis Mariano en forme étincelante. Sa voix est plus belle que jamais et excellemment mise en évidence par la remarquable partition de Francis Lopez qui signe de grandes chansons telles : « España », « Le Prince de Madrid » (vidéo ci-après), « La Féria de Séville », « Toi mon seul amour » et la sublime « Torero ». Aux côtés de Luis Mariano, outre Jeanine Ervil et Maria Murano, relevons la présence de Lucien Lupi qui rehausse la distribution de cette opérette et fait un malheur avec sa chanson « Le jour où j'aimerai ». Plus de 500 représentations couronneront le succès de cette opérette qui est également jouée courant 1969 en Belgique.


 
Après l'éreintante tournée du « Prince de Madrid », Luis Mariano, terriblement éprouvé, décide de prendre 3 mois de repos avant de commencer déjà les répétitions d'un nouveau spectacle : « La Caravelle d'Or ».

Le 20 décembre 1969, les spectateurs ont donc la joie de retrouver Luis Mariano aux commandes de cette opérette qui contient encore de très belles mélodies telles « Soleil », « La Caravelle d'Or », « Lisbonne » et peut-être la plus jolie d'entre toutes : « Bandeirantes ». Cependant, à la joie se mêle l'inquiétude : Mariano est amaigri, marqué par une étrange fatigue dont personne ne connaît l'origine. Le ténor tient à rassurer ses partenaires, ce n'est qu'une mauvaise passe et tout redeviendra comme avant... Mais au fil des représentations, Mariano se sent de plus en plus faible et devra même recourir à la médecine afin de tenir le coup. Devant la progression de la maladie, il devra se faire souvent remplacer et même jeter l'éponge en jouant pour la toute dernière fois le 10 mai 1970. Contraint de se faire hospitaliser, l'idole est au plus mal et tombe dans le coma. Luis Mariano s'éteint le 14 juillet 1970 à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière dans le 13ème arrondissement de Paris. Finalement, c'est une hépatite mal soignée qui aura eu raison du chanteur.  Sans femme et sans enfant, ses biens seront légués à son fidèle chauffeur et complice François Lacan, dit «  Patchi », qu'il avait engagé vers 1950 ainsi qu'à son filleul Mariano Lacan. Ils vivent toujours aujourd'hui dans la maison de Luis à Arcangues dont il avait lui-même dessiné les plans. De nos jours, Luis Mariano demeure une valeur sûre et ses plus grands succès ont même été repris par le ténor, chanteur d'opéras, Roberto Alagna. A jamais, il restera le « Prince de l'Opérette ». 


                                                                 
Pour terminer, voici deux vidéos qui prouvent que Luis Mariano était un chanteur complet. La première est tirée de l'émission "Palmarès de la Chanson" de Guy Lux où le ténor reprend une magnifique chanson d'Alain Barrière : "Plus je t'entends".


La deuxième est le très célèbre air "E Lucevan Le Stelle" de l'Opéra "Tosca" très brillamment interprété, et c'est un inédit, en français.


Le lien avec Claude François !


Le 13 juillet 1966 a lieu à Paris, en plein air, « Le Palmarès de la Chanson » de Guy Lux; une émission retransmise en direct et préparée en prévision des festivités de la Fête Nationale française. Claude François a même l'honneur de terminer le spectacle en interprétant son tube de l'époque : « Je tiens un tigre par la queue ». Mais avant cette fin mémorable, toutes les vedettes présentes sont invitées à venir chanter, l'une après l'autre, un court extrait de « Fleur de Paris » et... c'est ainsi qu'au cours de la même chanson, on a l'occasion de voir Luis Mariano et Claude François ! Anecdotique, évidemment, mais un lien a unit les deux artistes, un bref instant, au cours de cette émission... sûr qu'ils se sont sans doute croisés dans les coulisses !

Par BERNIE - Publié dans : Les grands noms de l'Opérette - Communauté : webzine musical
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