Pour le retour
d’ « INTERMEZZO » en ce début
2012, je souhaite dédier ce nouvel article àKen Thorne, compositeur britannique de musiques de films pour le cinéma et la télévision. Né le 26 janvier 1925,Thornecommence véritablement sa carrière en 1948 mais ce n’est qu’à
partir de 1961 et de la comédie « Three on a Spree » deSidney J. Furiequ’il sera régulièrement sollicité. L’année suivante,Richard
Lesterle choisit pour la musique de son long métrage « It’s Trad, Dad » et sera à l’origine de sa renommée puisqu’il
s’occupera également des compositions additionnelles d’ « Help ! » en 1965 avec lesBeatles, film pour lequel il sera nominé auxGrammy Awards.Thornesera continuellement dans l’ombre de son réalisateur fétiche; son nom est crédité pour « How I Won the War » (1967) avecMichael CrawfordetJohn Lennon. En 1968, il écrit le « score » pour « Inspector Clouseau » (« L’infaillible Inspecteur Clouseau »), troisième et seul film de
la série qui ne fut pas dirigé parBlake Edwards(c’estBud Yorkinqui se trouve effectivement derrière la caméra et l’inspecteur gaffeur est campé parAlan Arkin). Le coupleLester-Thornese reforme en 1969 pour « The Bed Sitting Room » (« L’ultime garçonnière »). En 1971, son travail est largement
apprécié pour « Un colt pour trois salopards » deBurt Kennedyavec, dans les rôles principaux,Raquel Welch,Robert Culp,Ernest BorgnineetChristopherLee. Ensuite, c’estRobert S. Baker, le célèbre producteur du «Saint », qui l’allie àJohn Barrypour la musique de la fameuse
série « Amicalement Vôtre » avec
les inoubliablesTonyCurtisetRoger Moore. SiJohn Barry (voir l'article
BARRY, MY NAME IS JOHN BARRY... IN
MEMORIA) se charge des génériques de début et de fin des épisodes, c’estKen Thornequi écrit les musiques de transition ou d’accompagnement
des scènes d’action qui les alimentent. Malheureusement, sa remarquable contribution sera occultée par le thème, il est vrai, très efficace, deBarry. Néanmoins, afin de réparer à ma façon cette ignorance et
cette injustice, je désirerais quelque peu m’attarder sur les splendides compositions deKen Thornepour « Amicalement Vôtre ».
Formidable organiste (il a étudié l’orgue pendant cinq ans à Londres), Thorne délivre un fabuleux morceau pop et psychédélique pour une des scènes principales de l’épisode « Un risque calculé » où BrettSinclair et DannyWilde (qui est confondu avec un dangereux criminel du nom de Lomax)
sont censés se retrouver dans une discothèque.
Dans « Minuit moins huit kilomètres », pour la scène qui voit Brett Sinclair s’introduire dans l’appartement de Joan « Sidonie » Collins, il signe encore une partition parfaite, trèspop,
où l’orgue et la guitare électrique sont prédominants.
Citons également, entre autres, deux morceaux très réussis : celui qui
accompagne la démarche deDanny Wilde(en « général Cooley ») qui essaie d’emboîter le pas deJune« Charlie »Ritchiealors qu’il est pris, avecBrett, dans un engrenagepour se rendre sur une base aérienne américaine afin d’intercepter un chargement d’or (à
nouveau dans « Un risque calculé » où lespercussions(bongooucongadrums) et lescuivres(flûteettrombone) se juxtaposent admirablement) et celui du mémorable combat à l’épée deDannyaffublé en majordome hongrois (!) contre l’un des sbires d’Hassockx(interprété parAndrew Keir) à la fin d’ « Un rôle en or » (meublé majoritairement par unpiano qui martèle comme despercussionset une section decuivresqui intensifie efficacement la densité de l’action).
Richard Lesterle convie à nouveau, en 1974, à participer à l’aventure de « Terreur sur le Britannic » (avec une pléiade de vedettes parmi lesquellesRichard HarrisetOmar Sharif) et plusieurs autres films du même réalisateur s’ajouteront à son palmarès :
« Le froussard héroïque » (1975, avecMalcolm Mc Dowell), « The Ritz » (1976, avecJackWestonetRita Moreno), « Superman II » (1980 où il doit faire valoir sa composition en regard du légendaire thème écrit
parJohn Williams,voir l'article "JAWS" WILLIAMS) et « Superman III » (1983 où il réitère le même exploit de mêler sa propre écriture tout en essayant
de ne pas s’écarter du thème principal !) après avoir fait une incursion dans le film d’horreur avec « La maison des spectres » (1982, deKevinConnoravecEdward Albert,Susan GeorgeetDoug Mc Clure).
Après avoir composé les musiques de « Signé : Lassiter »
(1984, de Roger Young, avec TomSelleck) et « L’enfer de la violence » (1984, de Jack Lee Thompson,
avec Charles Bronson), Richard Lester et Ken Thorne se retrouveront une dernière fois pour l’anecdotique
« Cash-Cash » (1984). À partir de 1985 et jusqu’en 2007, à l’une ou l’autre exception près, Ken Thorne se consacrera exclusivement à la musique de
films destinés à la télévision. En écoutant très attentivement les partitions qu’il a écrites pour les 2ème et 3ème films de la saga « Superman »,
il est évident que Thorne n’a pas eu la reconnaissance à laquelle il aurait pu prétendre; d’autres se seraient certainement découragés en devant composer avec le travail de
Williams. Il n’a pas hésité à relever le défi en respectant scrupuleusement le thème de Williams et en l’incrustant judicieusement dans ses compositions. Rien
que pour ces deux films et, bien évidemment, pour la qualité des morceaux apportés aux épisodes de la série « Amicalement Vôtre », Ken Thorne a pu
largement justifier son incroyable talent et démontrer qu’il était digne de figurer parmi les plus grands compositeurs de « soundtracks »...
Bernie : A quand remonte ta première expérience musicale
et cette attirance pour la cornemuse en particulier ?
Michel Massinon : C’est à l’âge de 7 ans que j’ai vécu ma première
expérience musicale et mes parents voulaient que je fréquente l’Académie de Musique. Ils étaient soucieux que je puisse acquérir une culture musicale suffisamment développée et vaste. Par contre,
en ce qui concerne la cornemuse, c’est venu plus tard alors que c’était toujours un instrument auquel je pensais… J’avais commencé par la clarinette à l’Académie de Musique de
Châtelineau mais la cornemuse, c’était beaucoup plus un rêve qu’autre chose, un instrument qui paraissait inaccessible car on n’en trouvait pas en magasin, il n’y avait pas de
cours de cornemuse, on n’en parlait pas non plus à la radio à l’exception d’un morceau de cornemuse que l’on entendait de temps en temps… C’est vers 1973/1974, lorsque
Nicole, mon épouse, a découvert un article dans « Femmes d’Aujourd’hui » qui parlait d’un luthier qui faisait des cornemuses dans la région de
Verviers, que tout a commencé. Et voilà, ce n’est plus du tout devenu inaccessible car Verviers, en fin de compte, ce n’est pas l’Ecosse et, d’ailleurs, la
cornemuse ne se limite pas uniquement à l’Ecosse, c’est beaucoup plus vaste. Donc, j’ai commencé à faire des stages et comme c’était très difficile d’acquérir un instrument, je
l’ai d’abord emprunté pour ensuite finir à en avoir un personnellement.
B : C’est le son de l’instrument plutôt que l’instrument
en lui-même qui t’a séduit ?
MM : Oui, au départ ce n’était pas l’instrument en lui-même, c’était le son
qu’il produisait, un son qui fait réagir pas mal de gens d’ailleurs, surtout par ce florilège d’harmoniques que l’on ne rencontre pas nécessairement dans d’autres instruments.
B : Evoquons maintenant, si tu veux bien, l’Atelier de
Cornemuses que tu diriges; en quoi consiste-t-il, quand a-t-il été conçu; le point de départ de cet Atelier a-t-il été de faire renaître cet instrument qui a été « oublié » et même
négligé et est-ce aussi l’aboutissement de ce que tu aurais bien voulu toujours faire : l’apprentissage de la musique folk ?
MM : Par rapport à l’enseignement, je suis enseignant de métier et de
formation. La cornemuse, c’est venu tout doucement. Et quand j’eus la possibilité d’avoir un instrument, je faisais déjà partie d’un cercle assez restreint car on n’était pas du tout
nombreux en Wallonie à l’époque mais il y avait une multitude d’informations qui circulaient et qui nous rapprochaient en fin de compte. J’eus la possibilité de participer à des stages
annuels ou biannuels à différents endroits, cela faisait donc 7 à 8 stages par an qui se déroulaient à Verviers, à Namur et dans sa région, à Lille ainsi que dans
d’autres localités en France. Petit à petit, le cercle s’est épuré et j’ai reçu des sollicitations de la part de personnes de plus en plus compétentes et l’idée m’est venue donc de
vouloir transmettre à d’autres ce que j’ai pu apprendre. J’avais vraiment envie que la cornemuse revive chez nous car j’avais lu que la cornemuse était un instrument très ancien
en Wallonie et comme tu l’as signalé, c’était un instrument qui avait été fort négligé et oublié à cause de Napoléon et des musiques militaires qui mettaient plus en valeur des
instruments nouveaux dont la façon d’en jouer était différente. Les instruments culturels sont passés au second plan et ont disparu; par conséquent, la cornemuse n’avait plus sa place
dans les bals traditionnels, styles bals « à musette ». Le dernier sonneur de cornemuse, à ma connaissance, est décédé dans les années 1930 et les dernières manifestations, les
derniers bals, datent du début du 20ème siècle. Il y a donc eu une longue période sans cornemuse chez nous et puis elle a pu retrouver peu à peu ses lettres de noblesse avec
des personnes comme, par exemple, Rémy Dubois qui est un formidable confectionneur d’instruments, un luthier hors pair et de par la qualité de son travail, la cornemuse
est redevenue un instrument « sérieux » faisant partie de notre vie musicale culturelle actuelle. Il existe beaucoup de personnes qui composent pour la cornemuse dont
Jean-Pierre Wilmotte et moi-même qui avons écrit spécialement pour la cornemuse. On s’intéresse donc beaucoup plus à la cornemuse qui n’est plus un instrument
relégué comme il l’a été jadis.
B : Combien de personnes ont-elles rejoint l’Atelier et
comment les cours se donnent-ils ? Comment vous êtes-vous organisés pour les instruments ?
MM : Le nombre dépend d’une année à l’autre, il fluctue entre 20 et 25
élèves, le but de l’Atelier étant, régionalement parlant, de faire renaître la cornemuse dans la région de Mons et ses environs. Les cours couvrent la même période que dans le
système scolaire traditionnel, de septembre à fin juin. C’est une école qui se différencie de la structure officielle car ses activités continuent durant les mois de juillet et août. En dehors du
réseau de l’enseignement, je suis certainement l’un des premiers à avoir initié l’apprentissage de la cornemuse et depuis, des cours se donnent dans le réseau officiel à Liège,
Eghezée, Ixelles et il y a aussi maintenant d’autres personnes qui enseignent cet instrument, ce qui n’existait pas auparavant. Au départ, cela n’a pas été facile car il a fallu
s’approprier des instruments. Actuellement, ce problème ne se pose plus car Rémy Dubois et Olle Geris ont fabriqué toute une série d’instruments d’étude, qui
tout en étant moins travaillés, présentent les mêmes qualités musicales de par la similitude de leurs chalumeaux et bourdons, ce qui représente une économie de moyens et de temps pour la
fabrication et la diffusion de ce remarquable instrument.
B : Tu as cité deux noms importants qui ont compté pour
beaucoup dans l’enseignement que tu prodigues…
MM : Il y a très longtemps qu’Olle est entrée en contact
avec Rémy Dubois, ça remonte déjà à très loin que je ne serais plus te dire quand exactement. Elle a fait une partie de ses études à Anvers dans une école d’ébénisterie
et la cornemuse était son instrument de prédilection. Elle était donc la personne toute indiquée pour pouvoir commencer à confectionner des cornemuses. Olle a
fait d’abord un stage chez RémyDubois pour la fin de ses études et ensuite elle est devenue son apprentie. Rémy lui a transmis tout son
savoir-faire et elle est devenue comme lui une personne de référence incontournable dans ce domaine. La qualité remarquable de leur travail et leurs connaissances leur ont même valu des
sollicitations internationales !
B : Comment t’est venue l’idée de « La
Mouchafou », l’appellation de ton atelier de cornemuses ?
MM : « La Mouchafou » (link), c’est un terme picard que l’on trouve dans un document de Naast, à proximité de
Soignies. C’est le nom patois de la cornemuse, une désignation bien de chez nous ! On croit toujours que la cornemuse a ses origines en Ecosse… C’est
faux ! Nous avons eu des cornemuses chez nous avant qu’il y en ait en Ecosse car pour créer une cornemuse, il faut de la peau d’une bête pour faire la poche, il
faut un imperméabilisant, il faut bien sûr du bois mais il faut également du roseau avec une certaine largeur que l’on trouve dans la région du Var autour de la Méditerranée.
Malgré que la cornemuse soit un instrument très ancien en Ecosse, elle ne vient pas de là-bas. D’ailleurs, il y a un texte du premier siècle après Jésus-Christ de
Suétone qui retrace la vie des douze Césars et qui mentionne par ailleurs que Néron aurait bien voulu devenir sonneur de cornemuse… Donc, la cornemuse
existait déjà du temps de Néron ! Et elle est certainement venue chez nous de par les échanges avec Rome…
1. Polkas d'Arc-Ainières
2. La belle se sied au pied de la tour
3. Suite de Wandembrile
4. La rallye Ardenne
5. Le deuil d'amour
Les béguines
6. Les misères du mariage
Rosette
7. La violette
La Tétèche
8. O nui, heureuse nuit
Bondjou wèsène
9. Non, pas mes cerises
10. Rossignolet
Les moustaches du sergent
11. Matin bleu
12. Le violoneux
Maclotte de Coo
13. O dé dé a dou
14. Marche de pèlerinage
Danse en rond
15. Amoureuse de Jean-Henry
Maclotte de Vieuxville
16. Jean de Nivelles
17. Marche le réveil
18. Valse de la Chandeleur
Extrait d'une durée de 30 secondes de chacun des 18 titres
B : Abordons maintenant les
enregistrements auxquels tu as participé. Tu as fait un CD au sein des « Muchards » et tu fais partie d’une autre formation, « Berwette »…
Quelles sont les origines de ces associations ? Comment avez-vous pu vous procurer les partitions pour les différents CD auxquels tu as prêté ton concours ?
MM : Oui, effectivement, j’ai enregistré sous « Les
Muchards » le CD « Violette & Cerise, La cornemuse en Wallonie » et nous avons collaboré sur le CD « Rues de Namur
(1778-2006) » dédié à Wandembrile, un recueil de partitions d’airs populaires. Puis, j’ai enregistré avec « Sergent Benoît » (ex
Berwette) pour le projet « Elles dansent nos racines » et « Sergent Benoît » est redevenu
« Berwette ». Tu sais, le projet des Muchards n’est pas venu de rien. Jean-Pierre Wilmotte, avec qui j’ai formé
« Les Muchards », et moi aimons bien la culture wallonne et la cornemuse. Avant de commencer cette aventure ensemble, nous possédions déjà
une culture de la musique wallonne dans laquelle on trouve des manuscrits que des ménétriers ont rédigé avec de la littérature musicale. On ne peut pas dire que ces derniers aient été
les initiateurs de cette musique; ils l’ont plutôt reprise et ils en ont fait des manuscrits. Nous avons profité de ces travaux et sur cette base, nous avons développé notre projet.
Personnellement, je me suis également orienté vers les musiques flamande et française qui ont de très jolies harmonies pour la cornemuse. La musique allemande
propose aussi de bonnes partitions pour la cornemuse et Jean-Pierre, de par sa connaissance de l’anglais, a pu trouver des partitions provenant
d’Angleterre et d’Irlande. Son intérêt pour cette culture musicale traditionnelle et les recherches historiques qui en découlent ont été très importants dans l’élaboration de
notre concept comme, par exemple, les travaux de John Playford qui avait édité un recueil consacré à la musique anglaise ainsi qu’à l’histoire de la danse au XVIIème
siècle.
De gauche à droite : Christian D'Huyvetter, Jean-Pierre
Wilmotte,
Michel Massinon et Jean-Pierre Lombet
B : Le répertoire de votre CD « Violette &
Cerise » est composé, entre autres, de polkas, d’airs et de chansons du XIXème siècle et du début du XXème siècle; vous avez même repris un air du XVème siècle comme, par exemple,
« La belle se sied au pied de la tour »…
MM : Oui, effectivement, tu sais, « La belle se sied au
pied de la tour » que tu cites est une chanson européenne, on la rencontre en Wallonie mais également en France, du côté de la Bourgogne et dans
d’autres régions comme « La blanche biche » qui est un thème récurrent en Europe Occidentale…
B : Ce ne sont donc pas des morceaux qui sont apparentés
exclusivement à des régions bien définies mais qui ont des ramifications aussi bien dans le Nord de la France qu’ailleurs…
MM : Bien évidemment ! Les gens voyageaient beaucoup, malgré qu’ils ne
pouvaient bénéficier des moyens de communications que nous utilisons tous actuellement et nous savons, par exemple, qu’au XVIème siècle, certains airs de danses étaient joués à la Cour de
Madrid et étaient véhiculés jusque dans les Cours Suédoise et Norvégienne ainsi qu’en Russie… Quand tu te rends compte que le compositeur Roland de
Lassus est né à Mons et qu’il a fait une grande partie de sa carrière à Rome, c’est bien la preuve que les musiciens ne restaient pas confinés chez eux…
B : Ce magnifique CD regorge également de compositions
originales… Outre celles de Jean-Pierre (« Les Béguines », « La violette »/« La Tétêche »,
« Les moustaches du sergent » et « Matin Bleu »), tu as écrit « Non, pas mes cerises » et « Valse de
la Chandeleur »… D’où vient ton inspiration ?
MM : L’inspiration peut venir à partir d’un fait banal comme par exemple à
mon retour de Shangaï. J’étais à la Gare du Midi à Bruxelles avec mes trois valises et j’attendais le train. Au moment où le train arriva, je trouvai une assez jeune
dame devant moi qui boitait. Je la suivais donc pour monter dans le train et j’eus l’idée de composer une marche intitulée tout bêtement « La Boiteuse » que j’ai interprétée
d’ailleurs à Estaimpuis au mois de septembre… Je peux également être influencé par les bruits externes ou le sifflement d’un oiseau lorsque je travaille au jardin et instinctivement, il
y a une mélodie qui vient… En somme, la composition, c’est une orientation de l’esprit et elle est alimentée par les événements de la vie. D’autre part, j’ai aussi composé une dizaine de morceaux
sur la Ducasse du Doudou et plus particulièrement sur les scènes du fameux combat entre Saint-Georges et le Dragon.
B : Au niveau de l’interprétation, vous utilisez des
« deuxièmes voix » pour la couleur sonore des cornemuses… En quoi consiste exactement cette technique ? Est-ce une modulation, une variante du premier
instrument ?
MM : Ça peut être les deux. Dans la pratique de lacornemuse, nous, musiciens, sommes
tenus par lebourdon.
Tu as toujours deuxsolqui font partie du morceau et que tu entendras pendant toute sa durée; ça, ce sont lesbourdons. Ils sont à
l’octavel’un de
l’autre et puis au-dessus, tu as lesolduchalumeauqui est uneoctaveplus haute que le petitbourdon. En quelque sorte, ton champ
d’harmonies est limité car tu dois rester dans les mêmes accords, dans une tonalité bien définie. Lacornemusen’est pas un instrument
chromatique, c’est-à-dire qu’elle ne peut produire tous lesdièseset tous lesbémolsmais il n’empêche que l’on peut aboutir à de très jolies sonorités harmoniques.
B : Parlons maintenant de votre travail à partir des partitions aussi bien pour les morceaux que vous avez composés que
pour ceux dont vous vous êtes inspirés pour l’interprétation… Est-ce que vous avez ajouté des instruments qui n’étaient pas prévus au départ; avez-vous réarrangé ou remodelé certains morceaux ou
vous en êtes-vous tenus exclusivement à ce que la partition contenait ?
MM : D’abord, au niveau de la partition, la ligne mélodique ou ce qui est écrit, pour moi, ce n’est pas ça la musique. En
fait, ce qui est écrit constitue l’aide-mémoire et on a des partitions d’un même morceau qui sont parfois un peu différentes mais la ligne mélodique fondamentale, ce que l’on appelle l’organum du
morceau, doit être identique ou sinon, on n’a plus affaire au même morceau… À partir de cette considération, quand on travaille le morceau, on le travaille en jouant. Il ne nous arrive jamais
d’être devant une partition et de dire « voilà, je joue la 2ème, la 3èmevoix et ainsi de suite… »… Cette pratique relève plutôt d’une personne qui a fait des études d’harmonies au
Conservatoire. Dans la musique traditionnelle, on ne fonctionne pas comme ça : on joue le morceau quitte à s’y reprendre 20 ou 30 fois et puis, il y a des idées harmoniques ou de
contrechants qui viennent, des passages qui vont moins bien et que l’on supprime, des rajouts, etc… et quand on a fini ce travail, on l’écrit. Nous accordons également une grande part à
l’improvisation car il nous arrive de jouer un même morceau pendant ¾ d’heure tout en permutant les voix et en se laissant aller à quelques « élucubrations » personnelles… Musicalement,
c’est très jouissif. En langage plus « technique », nous utilisons le procédé de ladiminution, c’est-à-dire que nous
jouons ce que nous ressentons (Définition source Universalis : « Il s’agit d’un groupe de notes de
courte durée exécuté dans l’intervalle de deux notes de la mélodie, remplissant ainsi un espace originellement uniforme par une variation mélodique »).
B : J’ai encore écouté le CD très récemment et je tiens une nouvelle fois à le préciser : la prise de son lors de
l’enregistrement est remarquable et la restitution sonore des instruments est tout bonnement fantastique… Dans quelles conditions l’enregistrement s’est-il déroulé ? Le livret du CD indique
que l’enregistrement a été effectué en l’Eglise de Bolland Saint-Apollinaireconstruite entre 1714 et 1717 et située dans lepays de Herve… Comment s’est fixé ce
choix ? Est-ce par l’entremise de l’Ingénieur du Son namuroisManuel Mohinoqui, répétons-le, a accompli un remarquable travail ? Est-ce lui qui s’est chargé de faire distribuer le disque par le
label classiqueARSIS ?
MM : L’enregistrement du CD a vraiment été effectué dans des conditions optimales, premièrement, par le choix définitif de
l’Eglise deBolland Saint-Apollinaireoù nous avons pu profiter d’un calme et d’une sérénité de travail absolus, malgré le bruit d’un avion qui est venu
interrompre une séance d’enregistrement ! Au départ,Manuel Mohinoavait choisi plusieurs sites susceptibles de nous accueillir dont l’Eglise deFranc-Waret (Fernelmont) qui en faisait également partie, des sites qu’il connaissait et qu’il voulait pour des questions de qualité de
restitution du son. En outre, l’apport de la compétence deManuel Mohinoa été d’une indéniable efficacité dans la réalisation de notre projet. Il est excessivement sollicité pour la précision et la
qualité de son travail et nous avons eu énormément de chance de pouvoir compter sur son remarquable professionnalisme pour la distribution de notre CD parARSIS. Dès sa sortie, nous avons
diffusé notre CD un peu partout et, bien évidemment, à l’attention des médias. C’est ainsi que notre CD a abouti chezDidier Mélonqui nous a invité à
en parler au cours de son émission « Le Monde est un Village » sur laPremière à la RTBF. Grâce à cette
promotion, le disque s’est bien vendu et plus encore dans le milieu de lacornemuse puisqu’il lui est exclusivement dédié.
Jean-Pierre Wilmotte
B : Signalons tout spécialement que le CD a reçu le label « Bravos » de
« Trad magazine » et qu’il a reçu une critique très élogieuse sur le prestigieux site anglais de
musiques traditionnelles à travers le monde (www.mustrad.org.uk) ! Je suppose que tu en as retiré une grande satisfaction !
MM : Oui,Jean-Pierreet moi avons été très fiers que notre travail soit reconnu et apprécié par des professionnels de la musique. Je
dois aussi insister sur le fait que nous avons enregistré le CD dans les mêmes conditions qu’un « live ». Les morceaux n’ont pas été remixés en studio et quand nous n’étions pas bons au
moment de l’enregistrement, eh bien, nous n’avions qu’à recommencer !Manua été très intransigeant pour atteindre un tel degré de perfection et il n’y a qu’à entendre le résultat… Je me souviens que
nous étions dans cette église pendant un week-end et ça a été un travail de longue haleine puisque nous n’avons pas arrêté de jouer la nuit de samedi à dimanche !
B : Oui, d’ailleurs, on entend bien les effets d’un enregistrement « live » par la finition sonore
dubourdonqui, à la
fin du morceau, prend une dimension spectrale fantastique… Même à la fin, lorsque lebourdonlâche le dernier son, la qualité acoustique est telle que celui-ci parvient encore à se prolonger dans
l’espace !
MM : Tu as mieux écouté le CD que moi… L’acoustique dansl’Eglise de Bolland Saint-Apollinaireétait vraiment prodigieuse et pour nous, musiciens, c’est le summum, nous avons pu travailler dans la plénitude de nos
moyens.Jean-Pierre et moi avons gardé de merveilleux souvenirs de ces séances d’enregistrement et nous sommes bien conscients que ça ne peut
arriver qu’une fois dans la vie…
B : Dans le dernier volet de cet entretien, évoquons maintenant ta participation à de magnifiques CD :
« Rues de Namur (1778-2006), Les Musiciens de Folknam Musique Trad jouent Wandembrile, Violoneux
namurois » (2006) dans lequel tu apportes une généreuse contribution artistique sur pas moins de 5
morceaux sur les 13 qui garnissent ce CD (Les Muchardsinterprètent un titre inédit : « La sauterelle-Colonne »)
ainsi que le double CD « Elles dansent nos racines » paru en 2004 avec des morceaux desMuchards(« Menuet de
Wandembrile » et « Matelotte de la Fange »/Matelotte de Houssa ») et deSergent Benoît(« Le service du
Roy/Aredje à Vito », cette dernière étant une composition deJean-Pierre Wilmotte, et
« Menuet de la Chaîne de Wandembrile »). Encore une fois, la musique deJoseph Gaspard Wandembrileoccupe
une place prépondérante dans le choix des morceaux interprétés… Qui les a déterminés ?
MM :Joseph Gaspard
Wandembrileétait un garde-champêtre et on ne sait pas trop bien ce qu’il a composé mais il a eu le
mérite de faire un document avec toute une série de morceaux qui étaient joués à son époque et qu’il jouait d’ailleurs lui-même, ce qui constitue un témoignage extraordinaire. Il a vraiment
occupé une place très importante dans la diffusion de ces morceaux. En ce qui concerne ma participation au CD « Rues de Namur », j’y joue de
plusieurs instruments : différentescornemuses,clarinette basseetflûte. Dans le titre « La
sauterelle-Colonne » que nous interprétons, « La Colonne » est une
danse et nous avons choisi « La sauterelle » pour donner un titre à la mélodie. Pour ce CD, j’ai également composé des deuxième et troisième voix. Sur
« Elles dansent nos racines », j’ai apporté mon concours à d’autres formations sur le plan harmonique de l’interprétation. Ce CD inclut
effectivement deuxMenuetsdeWandembrileque j’affectionne tout particulièrement. C’est un pur bonheur que ces morceaux aient pu être choisis en parfaite
collaboration avec les groupes qui ont apporté leur contribution à ce CD. Chacun est venu avec ses titres mais avant de les choisir, les mélodies ont été données et jouées et puis seulement après
mûre réflexion, un choix a été déterminé.
Avec le groupe "Suarez"
B : J’ai appris que tu avais joué avec le groupe belge « Suarez » dont le dernier
album, au moment de sa sortie, a été dans les 10 meilleures ventes enBelgique… À quelle occasion s’est déroulée cette rencontre ?
MM : Cette rencontre n’a pas été le fruit du hasard… Tu sais, je donne des cours à laMaison des Ateliers. Pour ouvrir une
petite parenthèse, laMaison des Ateliersest une ASBL et elle est hébergée aux anciensBains Douchesde la Ville deMons. À l’occasion de son
10èmeanniversaire, une
« Carte Blanche » a été organisée avec la participation de tous les ateliers musicaux etSuarezy figurait tout simplement.
Et c’est tout naturellement que nous avons eu l’occasion de jouer ensemble.
Berwette au grand complet, de gauche à droite : Michel Massinon, Philippe
Luyten, Jean-Pierre Wilmotte et Jean-Pierre Lombet
B : Pour le bal de laSt-PatrickàSaint-Symphorienle 18 mars 2011, tu
t’es produit avec « Berwette » (toujours avecJean-Pierre
Wilmotte mais aussi avec leviolonistePhilippe
Luyten) qui est devenu ensuite « Sergent Benoît »… Pourquoi
avoir repris l’ancienne appellation et pourquoi n’avez-vous pas plutôt choisi « Les
Muchards » ?
MM : C’est vrai qu’actuellement, je me sens très bien avec la nouvelle mouture de « Berwette ». J’avais intégré
« Sergent Benoît » alors que la formation initiale existait depuis déjà 10 à 15 ans ! Le premier groupe a commencé en 1980 et donc,
l’année dernière, nous avons célébré le 30èmeanniversaire ! J’aurais bien voulu prolonger l’aventure avec « Les Muchards » mais je me
rends compte seulement maintenant que c’était plus compliqué qu’il n’y paraissait. Avec « Les
Muchards », lacornemuseétait omniprésente mais nous
avions constatéJean-Pierreet moi, au fil des concerts, que le public avait envie d’entendre d’autres instruments. C’est ainsi que, finalement, avec les
anciens membres de « Berwette », nous avons « ressuscité » le groupe car il y avait un désir commun de revenir à l’appellation d’origine.
C’est d’ailleurs sous ce nom qu’ils s’étaient produits auJaponcomme représentant du folklorewallon. C’est un groupe qui a acquis
ses lettres de noblesse et ce n’est que logique d’avoir repris ce nom. D’ailleurs, « Berwette » est unanimement
apprécié dans la région namuroise.
B : Quelles ont été les manifestations auxquelles tu as participé dernièrement ?
MM : Nous avons eu un concert à l’Eglise deChâtelineauavec laChorale de Châteletle dimanche 19
juin 2011 puis, bien sûr, nous avons joué à laDucasse de Monsle dimanche suivant et nous avons été invités auxFêtes Médiévales de Vannesles 12, 13
et 14 juillet 2011. Ce fut un immense plaisir de se produire au cours de ces festivités pour la deuxième année consécutive. En effet, il est rare que les organisateurs invitent les mêmes groupes
deux années de suite; c’est la preuve qu’ils avaient apprécié ce que nous avions joué l’année passée et nous leur avons d’ailleurs proposé un programme tout à fait différent de celui de notre
précédente prestation.
B : À quand un nouveau CD avec ta participation ?
MM : J’ai terminé un nouvel enregistrement pourFolknam Musique Tradet le CD
devrait sortir en cette fin d’année…
B : MerciMichelde m’avoir accordé cet entretien très enrichissant et… bon vent avec tacornemuse !
:
Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
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