Les chansons de Claude

Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 17:42

« Eloïse » est une chanson « pittoresque » qui m'a toujours fasciné dans le répertoire de Claude François. Dans cet article, je vais m'amuser à comparer l'orchestration musicale ainsi que l'interprétation vocale en essayant de garder une certaine objectivité malgré mon attachement à l'idole éternelle. La deuxième partie est consacrée à une brève biographie de Barry et Paul Ryan 

L'introduction est similaire pour les deux versions sur le plan de la durée (11 secondes); au niveau de l'orchestration, l'utilisation des cuivres est légèrement différente. Sur la version française, la résonance est plus limpide, plus claire alors que sur l'originale, elle paraît moins transparente. Les deux chanteurs commencent sur une tessiture identique. Mais là encore, la voix de Cloclo est plus cristalline que celle de Barry, légèrement plus grave. La conduite instrumentale est différente dans la deuxième partie du premier couplet. A nouveau, la basse est bien perceptible derrière la voix de Claude tandis qu'elle est plus discrète dans l'autre version.  Le refrain est vocalement très intéressant : sur « Eloïse », la voix de Cloclo est parfaitement bien placée, accompagnée de « vibratos » bien réguliers. Barry, quant à lui, surprend en chantant la troisième syllabe du prénom sur une note très aigue, très « haut perchée », digne d'un castrat ! Cependant, il « assure » beaucoup moins bien dans la suite du refrain et c'est encore plus flagrant à la fin de la chanson... Au point de vue instrumental, les percussions sont mieux mises en valeur dans la version française avec des « reprises » de batterie beaucoup plus spectaculaires. Le deuxième couplet est abordé de la même façon que le premier avec toujours une perception différente des sons instrumentaux : des cuivres plus présents pour marquer les « coupures » dans la version française alors que dans l'originale, ce sont les cymbales, plus que les cuivres, qui les martèlent. Avant le pont musical du milieu qui brise le rythme, et, pendant que Claude François garde une bonne maîtrise vocale, Barry Ryan, de son côté, prône la puissance au détriment du lyrisme, à la limite de la cassure nette. Au cours de ce fameux « pont », les deux chanteurs sont sur un même pied d'égalité pour la « pose » de leur voix. Leur conduite est parfaite et je dirais même que la couleur de la voix de Barry sied un peu mieux dans cette portion de chanson que celle de Claude qui, lui, est beaucoup plus à l'aise dans les refrains. Mais c'est encore une fois au niveau instrumental que l'adaptation se montre supérieure à l'original, surtout dans le crescendo qui amène la reprise de batterie avant le début du troisième et dernier couplet. La note qui s'échappe de la basse et les deux coups « secs » de caisse claire qui clôturent le pont sont plus marquants, plus cinglants dans la version française. La tension vocale monte d'un cran dans le troisième couplet, les deux artistes veulent tout donner; Cloclo se démène physiquement tel un beau diable et la voix suit avec, plus « énervée »; Barry, de son côté, fait montre d'un stoïcisme de bon aloi, avant le « rush » final.  Et voilà qu'arrive la différence flagrante : Claude François s'engage à fond dans ce dernier refrain en décuplant ses capacités vocales pour se situer un octave plus haut que son « concurrent » qui choisit sagement de rester dans la première tierce de la gamme. Ce dernier frôle même l'implosion alors que Cloclo s'évertue à gravir les échelons de la gamme supérieure avec une étonnante sûreté, même s'il lui aussi atteint ses limites. 30 secondes avant la fin de la chanson, Barry ne sait plus que crier pour garder, un temps soit peu, un contrôle désuet qu'il perd finalement pour ne plus émettre aucun son du tout !

Au terme de cette analyse, vous allez peut-être penser : « Ça ne m'étonne pas qu'il préfère l'adaptation française puisqu'il est un inconditionnel de Claude François ! ». C'est parfaitement votre droit. Notez que je n'ai absolument émis aucune critique négative sur la version originale. C'est une question de goût, tout simplement et je connais des personnes autour de moi qui opte plutôt pour celle de Barry Ryan... C'est normal ! A mes yeux, l'adaptation surclasse l'originale par deux critères essentiels : la prestation vocale et l'arrangement musical.
Je m'explique :

1°) Même quand elle se place sur des notes aigues, la voix de Claude reste mélodieuse avec des vibratos, elle devient éraillée lorsqu'elle atteint le point culminant mais elle conserve toute sa maîtrise. Ce n'est pas le cas de celle de Barry Ryan : lorsqu'il prend conscience que sa voix ne peut atteindre les notes que la ligne mélodique lui impose, il n'a plus qu'une seule et unique solution : il crie... Je peux choquer les personnes qui aiment Barry Ryan mais dans pareille circonstance, pour l'audition, il vaut mieux qu'il garde le silence et qu'il laisse aller la musique !

2°) Parlons maintenant des arrangements musicaux : sans dénigrer l'orchestration de la version originale, celle de son homologue français est de meilleure qualité. Les instruments sont mieux mis en valeur : les cuivres ont plus de « clarté », les cordes ont une harmonie plus fine et les percussions sont plus expressives. Quand on découvre le nom du directeur musical, Lou Warburton, sur le verso du 45 tours de Cloclo, tous les nostalgiques de la pop anglaise de la fin des années 60 savent qu'il est entre autre, au même titre qu'Arthur Greenslade (qui a également travaillé avec Claude François sur « Toute la vie » et « N'est-ce pas étrange ») à la base du succès et de la fulgurante ascension du groupe Genesis !

ELOÏSE : L'ALBUM

Tracklist :
1.    AVEC LA TÊTE, AVEC LE CŒUR
2.    ELOÏSE
3.    LES PETITES SOURIS
4.    TE FATIGUE PAS
5.    CHUT ! PLUS UN MOT
6.    RESTE
7.    DANS LES ORPHELINATS
8.    LES MAJORETTES
9.    LE MAGICIEN
10. TU N'AS PAS TOUJOURS DIT ÇA
11. MONSIEUR LE BUSINESSMAN

Outre « Eloïse », quatre autres chansons dominent cet album : « Avec La Tête, Avec Le Cœur » qui est la première collaboration fructueuse du chanteur avec le fidèle Jean-Pierre Bourtayre, « Reste » pour sa formidable puissance rythmique, « Dans Les Orphelinats » qui aurait mérité un meilleur retentissement pour son texte, sa brillante interprétation et sa couleur très « soul », et, enfin, « Monsieur Le Businessman » qui, également, aurait pu revendiquer plus d'attention dans le répertoire de Claude François pour sa richesse instrumentale et ses sonorités pop/rock.
 

PAUL et BARRY RYAN

 

Barry et Paul Ryan sont nés frères jumeaux le 24 octobre 1948, à Leeds dans le Yorkshire. Leur mère, Marion Ryan, était une chanteuse populaire qui fut célèbre durant les années 50. Ils ont commencé très tôt leur carrière à l'âge de 15 ans et à peine deux ans plus tard, ils signent chez la prestigieuse maison de disques « Decca ». 3 singles les propulsent sur le devant de la scène avec « Don't Bring Me Your Heartaches » (1965), « Have Pity On The Boy » (1966) et « Missy Missy » (1967).

"Don't Bring Me Your Heartaches"

"Have Pity On The Boy"

Dépassé par le tourbillon du succès, Paul frise la dépression nerveuse et n'étant plus capable de gérer son stress, il propose à son frère de se retrancher dans la composition et de lui laisser ainsi poursuivre une carrière en solo. En 1968, ils émigrent chez « MGM Records » et créent une chanson qui deviendra un hit international : « Eloïse ». Cette nouvelle forme de collaboration fera naître d'autres tubes tels « Love Is Love » (1968) dont la conception musicale rappelle fortement « Eloïse », « The Hunt » (1969) et « Kitsch » (1970).

"Love Is Love"

"The Hunt"

"Kitsch"

Barry
sera également très populaire en Allemagne dans le début des seventies où il enregistrera plusieurs chansons dont la plus célèbre est « Die Zeit macht nur vor dem Teufel halt ».

« Die Zeit macht nur vor dem Teufel halt »

Peu de temps après, il décide cependant de ne plus faire aucune apparition en public sous prétexte qu'il aurait subi de graves brûlures au visage dans un studio d'enregistrement. Son retour médiatique ne se fera qu'à l'occasion de la sortie d'une compilation avec Paul, décédé entretemps en 1992, à la fin des années 90. Dernièrement, Barry est revenu à la demande de Patrick Sébastien pour son émission « Les Années Bonheur » interpréter « Eloïse » en signalant qu'il avait embrassé une carrière de photographe professionnel. Voilà le parcours d'un chanteur éminemment sympathique qui aurait pu rêver d'un autre destin d'artiste beaucoup plus valorisant mais qui a su, et c'est en fin de compte le plus important, rester humble sans oublier l'importance de la contribution de son frère Paul dans la conquête de la gloire même si celle-ci fut éphémère...
Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : Nos années vinyles oubliés
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 21:51

ALEXANDRIE ALEXANDRA

  

Après « Magnolias For Ever », le trio Bourtayre-François-Roda Gil se remet au travail sur une base musicale inspirée d'une chanson composée par Lamont Dozier, « Going Back To My Roots ». Ce dernier est de passage en France pour la promotion de ce disque et, évidemment, Claude François ne loupe pas l'occasion de rencontrer cette légende vivante de la « Tamla Motown » et charge l'un de ses directeurs artistiques, Guy Floriant, d'organiser un rendez-vous. Un premier contact s'établira au cours d'une émission « Musique And Music » de Jacques Martin où les deux protagonistes interprèteront leurs tubes communs, Claude, bien entendu, en français et Lamont, dans sa langue natale. Immédiatement, les deux hommes sympathisent et Claude, flairant le bon coup, l'invite à dîner au Moulin. Il profitera de l'occasion pour qu'il fasse la connaissance de Jean-Pierre Bourtayre. Pendant le repas, il n'est question que de musique, et, après quelques verres de vin millésimé, Claude suggère à Lamont de s'asseoir au piano. Tout de suite, le compositeur américain se laisse aller à jouer l'introduction de « Going Back To My Roots ». Cloclo est subjugué et laisse libre cours à son imagination créatrice. Il rêve d'une semblable intro pour un titre dont le texte rappelle son enfance en Egypte. Voilà donc comment est née « Alexandrie Alexandra » ! Si vous écoutez l'introduction de la chanson de Dozier et que vous la comparez à celle du titre qui immortalisera Cloclo, c'est quasi du pareil au même. Bourtayre et François l'affineront de telle façon que l'on pourra la qualifier de « variante » par rapport à l'original afin qu'on ne les accuse pas de plagiat.

Le début de la chanson laisse augurer de la suite : c'est du bon disco, incisif, ingénieux, digne des grosses productions d'outre-Atlantique. 16 secondes riches en percussions accompagnées d'un piano électrique très séduisant qui précède une salve de cuivres, de cordes et les légendaires « Raah... Aah ». Il existe deux versions enregistrées de ces interjections : la première, gravée sur vinyle, sans écho et la deuxième sur CD, amplifiée. Et ce n'est pas tout : la durée est plus longue sur le premier support (4'33˝) que sur le second (4'25˝). Une mesure radicale s'impose, amis fans de Cloclo : ne vous débarrassez donc pas de vos vinyles ! L'orchestration de Raymond Donnez est impeccable : les cordes, les cuivres et les percussions se mélangent harmonieusement pour donner une floraison de sons tout bonnement incroyable. Cloclo aurait pu rentabiliser plus lucrativement son dernier 33 tours en sortant le 45 tours d' « Alexandrie Alexandra » avec une version instrumentale en face B ! Il n'est pas étonnant que ce morceau reste encore incroyablement jeune 30 ans après sa fabrication. Le son est moderne, admirablement bien fignolé et mixé dans les studios de Bernard Estardy. Ce travail parfait a fait qu'il reste indémodable et incontournable : il est l'un des rares discos français à encore être joué dans les discothèques. Si vous organisez une boum et qu'elle tarde à s'enflammer, vous connaissez la recette pour que tout le monde se lève de sa chaise : en apéritif : « Cette-année là », en entrée « Je vais à Rio », en plat consistant « Magnolias For Ever » et en dessert « Alexandrie Alexandra » !   Voici une version joliment interprétée par Indra lors d'une spéciale "Stars 90" en 1992 :

 

Avant de passer au titre suivant de cet album, soulignons l'importance des chœurs dans le succès de la chanson : sans eux, il n'y aurait pas ce petit grain de folie, de déraison dont les jeunes d'aujourd'hui raffolent, s'amusant comme des larrons en foire à imiter ces fameux « gimmicks »...

RUBIS (GUAVA JELLY) 

Cette chanson, habilement adaptée par Etienne Roda-Gil, est tirée d'un original de Bob Marley & The Wailers sorti en 1972. C'est du pur reggae, courant musical que le chanteur affectionne tout particulièrement après ses formidables reprises, par ordre chronologique, de « Beautiful World, Beautiful People » (« Le monde est grand, les gens sont beaux », 1970), « Reggae Like It Used To Be » (« C'est le reggae », 1976) et « I Can See Clearly Now » (« Toi et le soleil », 1977). Guitare et orgue électriques, subtiles percussions avec un tambourin dominant, cuivres « jamaïcains » et parfaite direction d'orchestre de Slim Pezin : voilà les ingrédients de ce morceau qui souligne à nouveau l'innovation apportée à la structure générale de cet album. En plus, le texte, bien qu'irréaliste, s'imbrique parfaitement à la mélodie. En ce qui concerne l'interprétation vocale, elle est irréprochable, une fois de plus, la voix éraillée de Claude seyant à merveille.  Le fait de la sortir en 45 tours après la disparition de Claude est une séduisante démarche du distributeur (Carrère, pour ne pas le nommer) afin de rester dans la « texture » Roda-Gil. Le succès ne sera bien sûr pas aussi foudroyant qu' « Alexandrie, Alexandra » mais il ne sera pas négligeable non plus. Il ne fera que prolonger le formidable succès de cet album qui, jusqu'en juin 1978, se vendra à plus d'un million d'exemplaires !

Bob Marley est le « pape » du reggae. Verseau comme Claude François, il est né à la Jamaïque le 6 février 1945. Il meurt à l'âge de 36 ans à Miami, victime d'un cancer. C'est le goût pour la musique et la rencontre primordiale avec Peter Tosh qui le sortira de la misère et du ghetto. C'est en 1962 (encore un point commun avec Cloclo !) qu'il enregistre ses premières chansons, à tendance « ska » qui n'auront pas le succès espéré (tiens, tiens... une coïncidence supplémentaire !). De galère en galère, Bob est obligé d'aller travailler, de nuit, dans une usine automobile afin de subvenir à ses besoins et ceux de sa petite famille. Marié depuis 3 ans et père de deux enfants (Cedella et... Ziggy qui, par après, suivra ses traces, parmi les... 13 qu'il reconnaîtra plus tard de ses différentes unions !), « il court, comme dit la chanson de Charles Aznavour, le cachet de porte en porte, prêt à faire n'importe quoi ». Bob ne se décourage pourtant pas, il continue à enregistrer des dizaines de chansons et soudain, le déclic se produit suite au départ de Peter Tosh en 1973. Bob, désormais délaissé, décide alors d'appeler ses choristes « The Wailers » (en français, ceux qui gémissent) qui lui seront à tout jamais indissociables. Les tubes vont s'enchaîner : « Get Up, Stand Up », « Soul Rebel » et l'immense « I Shot the Sheriff » (repris plus tard par Eric Clapton). En 1975, « No Woman, No Cry » sera leur premier hit international et son album « Rastaman Vibration » sorti un an plus tard sera le plus vendu de son vivant et aura un succès considérable aux Etats-Unis. Le 3 décembre 1976, peu avant un concert en plein air à Kingston, il échappe miraculeusement à une fusillade. Blessé au bras, à la poitrine et à la cuisse (en tout, il reçoit six balles !), il remonte sur scène deux jours après ! Le mauvais sort s'acharne pourtant sur Bob Marley. C'est suite à une blessure à l'orteil encourue lors d'un match de football que les médecins diagnostiquent un mélanome malin. Sachant que ses jours sont comptés, Bob Marley ne va plus s'arrêter. En 1978, il fait un concert triomphal à Paris, à la Porte de Pantin et enregistre un nouvel album au titre prémonitoire « Survival » qui sera un nouveau gros succès. Mais la maladie le ronge implacablement : en 1980, il perd connaissance au cours d'un jogging et est transporté d'urgence à l'hôpital. Les analyses révèlent la présence de cinq tumeurs : trois au cerveau, une au poumon et une à l'estomac. Il choisit de ne rien dire à son entourage et effectue même un dernier concert enregistré à Pittsburgh. Sa vie ne sera prolongée qu'au prix de pénibles souffrances et c'est finalement à Miami qu'il rendra son dernier souffle, le 18 mai 1981 alors que son souhait était de finir ses jours dans son pays natal. Son inestimable aura, sa voix et son style unique font qu'aujourd'hui, Bob Marley incarne à lui seul le reggae. On n'est pas prêt de l'oublier.

POURQUOI TOI

Voici, sans nul doute, LA chanson injustement oubliée de l'album, celle qui aurait pu, à juste titre, sortir en face A d'un 45 tours. Le texte écrit par la paire François-Marnay est de haute facture, la musique, quant à elle, est superbe de bout en bout. C'est la plus longue introduction de l'album : 33 secondes qui nous transposent dans une ambiance orientale grâce à des envolées splendides de violons entourés de cuivres saillants (trompettes et saxophones). Les paroles ne sont pas porteuses de bonheur : c'est la tristesse d'un amour perdu à tout jamais. En tout cas, Claude le chante très consciencieusement avec beaucoup de conviction et d'émotion dans la voix, comme s'il vivait intensément la situation. Il y a certainement encore une part autobiographique dans cette interprétation puisqu'au bout de son existence, Claude n'aura jamais trouvé l'amour absolu...

Martial Carceles, l'auteur de la musique, n'est pas un inconnu dans l'univers de Claude François puisqu'il était également à l'origine, avec le concours de Jean-Pierre Bourtayre, de la partition musicale du « Chanteur malheureux ». Il sortit même un 45 tours chez Flèche en 1976 sous son prénom avec, en face A, « La musique ancienne » et, en face B, « Béni soit le verbe aimer ». Martial Carceles a aussi composé, entre autres, pour Sylvie Vartan. Il fait actuellement partie de la Commission des Variétés au sein de la SACEM.





ECOUTE MA CHANSON (SO NEAR AND YET SO FAR)

Claude-Fran-ois-45-T-Ecoute-ma-chansonBon! C'est ici que je vais peut-être recueillir des commentaires contradictoires. Pourquoi pas, après tout, puisque c'est aussi le but dans un blog d'apporter des opinions divergentes. Personnellement, je trouve que c'est la chanson qui ne devait pas figurer sur un tel album bourré de qualités. C'est l'intrus, si vous voulez. Avec un texte de Claude François et Yves Dessca qui ne raconte pas grand-chose et une musique style gnangnan de Cutugno et Pallaviccini (qui nous ont déjà habitués à beaucoup mieux), cette chanson est en quelque sorte un retour aux sources dites « populaires », si vous voyez ce que je veux dire : le bon vieux procédé qui consiste à placer le refrain dès le début de la chanson et qui nous agace les tympans après 2 minutes 35 jusqu'à son terme ! Résultat, les deux couplets (je dirais plutôt un et demi) prennent à peine 57 secondes sur les 218 ! Un peu plus de 25 % si vous préférez, l'énervant refrain se payant le reste. Claude aurait dû se satisfaire amplement de la version anglaise et nous épargner de la reprendre en français.  

Pour Claude François, Yves Dessca a participé à l'élaboration des titres suivants : « Avec la tête, avec le cœur » (1968), l'inoubliable « Parce que je t'aime mon enfant », « Jamais un amour » (1970), « Je te demande pardon », « Plus rien qu'une adresse en commun », « Et je cours, je cours » (1971), « Je t'embrasse », « Fille sauvage », « Immortelles sont les filles » (1973), « Six jours sur la route », « La vie d'un homme » (1975),  et « Savoir ne rien savoir » (1976). Quand je vous dis qu'il avait déjà eu beaucoup plus d'imagination ! Il a également écrit « Le rire du sergent » (1971) et « La maladie d'amour » (1973), entre autres, pour Michel Sardou. Yves Dessca est également le seul compositeur français à avoir gagné, deux années consécutivement, le Grand Concours Eurovision de la Chanson avec « Un banc, un arbre, une rue » pour Séverine (1971) et « Après toi » pour Vicky Léandros (1972). Il a aussi travaillé pour Richard Anthony, Nicole Croisille, Hugues Aufray, Jacques Dutronc, Michel Delpech, Stone et Charden, France Gall et Nicoletta pour citer les plus connus. En 1990, Yves Dessca contribuera à l'organisation à Rome du premier concert des Trois Ténors, José Carreras, Placido Domingo et Luciano Pavarotti. Son dernier grand succès remonte à 1999 lorsqu'il donne « Tu m'oublieras » à Larusso qui se vendra à 1.500.000 exemplaires.    

Toto Cutugno et Vito Pallavicini sont deux auteurs-compositeurs italiens très appréciés des chanteurs français. Tout d'abord, le premier a créé d'énormes tubes pour Dalida (« Monday, Tuesday ») et Michel Sardou (« En chantant »,  « Musica »). Il a aussi écrit pour Mireille Mathieu (« Cia, Bambino, Sorry »), Johnny Hallyday (« Derrière l'amour »), Hervé Vilard (« Nous », « Reviens », « Méditerranéenne »), Gérard Lenorman (« Voici les clés ») et, surtout, il s'est associé au second pour donner un second souffle à la carrière de Joe Dassin (« L'été indien », « Il était une fois nous deux », « Salut », « Ça va pas changer le monde », « Et si tu n'existais pas »). Cutugno a remporté le Grand Concours Eurovision de la Chanson avec « Insieme » en l'honneur de l'unification de l'Europe en 1992. Pour Claude François, Vito Pallavicini était à l'origine de « Petite mèche de cheveux » en 1964 et de la fabuleuse « Deborah » en 1968, chanson injustement méconnue de son répertoire. Vito Pallavicini a également beaucoup travaillé pour Adriano Celentano. Il est décédé le 16 août 2007 à l'âge de 83 ans.

DISCO MÉTÉO

5ème et dernier morceau « disco » de l'album, cette chanson résume en 4'19˝ le fantasme de beaucoup d'hommes : chaque jour de la semaine consacré à une maîtresse différente et le dimanche passé auprès de la femme de sa vie... Belle mentalité, messieurs, qui n'aurait certainement pas déplu à Claude François ! Que dire au sujet de cette chanson ? Ma foi, on prend les mêmes instruments (cordes et cuivres pour la plupart), on crée une harmonie différente avec une petite touche de fantaisie par-ci, par-là (les bruits de pluie, de vent et d'orage) afin de varier les couleurs musicales et on arrive à un résultat somme toute très valable, de bon niveau.

En dehors de l'inséparable duo François-Bourtayre qui signe la composition musicale de cette chanson, signalons l'originalité du texte de Jean Schmitt qui associe chaque jour de la semaine à un prénom féminin différent. Jean Schmitt a été appelé quelquefois au cours de la carrière de Claude pour lui fournir des textes, reprenons-les ci-après chronologiquement : « Une fille et des fleurs », « Celui qui reste » (1972), « Sur ton visage un sourire », « Pour un peu de bonheur » (1973), « Quelqu'un pleure pour quelqu'un », « Combien de temps faut-il donc ? » et « Elles sont jolies en Angleterre » (1975). Jean Schmitt a commencé sa carrière d'auteur aux Editions Barclay et ses premiers textes ont été pour Michel Fugain. Il a ensuite écrit pour Dalida, Mireille Mathieu. Danseur, il soignera les chorégraphies de Sheila pour qui il écrira plus de quarante chansons; il travaillera également pour son époux d'alors, Ringo. Pour la petite histoire, il a signé « Nue au soleil » en 1970 pour Brigitte Bardot.

Ouf ! Voici cet article clos qui, je ne vous le cache pas, m'a demandé énormément de travaux de recherche et de vérification. Il fallait bien ça pour célébrer, à ma façon, ce 30ème anniversaire. Mais ce fut surtout un plaisir et je souhaite qu'au terme de cette fastidieuse lecture, vous l'aurez partagé. Pour terminer, voici mon classement personnel des titres composant cet album, du meilleur au moins bon :

•1.    POURQUOI TOI

•2.    MAGNOLIAS FOR EVER

•3.    ALEXANDRIE ALEXANDRA

•4.    SACRÉE CHANSON

•5.    ÈVE

•6.    ET JE T'AIME TELLEMENT

•7.    RUBIS

•8.    L'AMOUR VIENT, L'AMOUR VA

•9.    DISCO MÉTÉO

•10.  ÉCOUTE MA CHANSON

Qualitativement, les neuf premières se tiennent de très près, la dernière étant complètement larguée par rapport aux autres surtout au point de vue innovateur.   

Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : Toutes les musiques
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  • : 28/10/2007
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  • : Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
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