Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 22:22

Michmass

Bernie : A quand remonte ta première expérience musicale et cette attirance pour la cornemuse en particulier ?

Michel Massinon : C’est à l’âge de 7 ans que j’ai vécu ma première expérience musicale et mes parents voulaient que je fréquente l’Académie de Musique. Ils étaient soucieux que je puisse acquérir une culture musicale suffisamment développée et vaste. Par contre, en ce qui concerne la cornemuse, c’est venu plus tard alors que c’était toujours un instrument auquel je pensais… J’avais commencé par la clarinette à l’Académie de Musique de Châtelineau mais la cornemuse, c’était beaucoup plus un rêve qu’autre chose, un instrument qui paraissait inaccessible car on n’en trouvait pas en magasin, il n’y avait pas de cours de cornemuse, on n’en parlait pas non plus à la radio à l’exception d’un morceau de cornemuse que l’on entendait de temps en temps… C’est vers 1973/1974, lorsque Nicole, mon épouse, a découvert un article dans « Femmes d’Aujourd’hui » qui parlait d’un luthier qui faisait des cornemuses dans la région de Verviers, que tout a commencé. Et voilà, ce n’est plus du tout devenu inaccessible car Verviers, en fin de compte, ce n’est pas l’Ecosse et, d’ailleurs, la cornemuse ne se limite pas uniquement à l’Ecosse, c’est beaucoup plus vaste. Donc, j’ai commencé à faire des stages et comme c’était très difficile d’acquérir un instrument, je l’ai d’abord emprunté pour ensuite finir à en avoir un personnellement.

B : C’est le son de l’instrument plutôt que l’instrument en lui-même qui t’a séduit ?

MM : Oui, au départ ce n’était pas l’instrument en lui-même, c’était le son qu’il produisait, un son qui fait réagir pas mal de gens d’ailleurs, surtout par ce florilège d’harmoniques que l’on ne rencontre pas nécessairement dans d’autres instruments.

B : Evoquons maintenant, si tu veux bien, l’Atelier de Cornemuses que tu diriges; en quoi consiste-t-il, quand a-t-il été conçu; le point de départ de cet Atelier a-t-il été de faire renaître cet instrument qui a été « oublié » et même négligé et est-ce aussi l’aboutissement de ce que tu aurais bien voulu toujours faire : l’apprentissage de la musique folk ?

MM : Par rapport à l’enseignement, je suis enseignant de métier et de formation. La cornemuse, c’est venu tout doucement. Et quand j’eus la possibilité d’avoir un instrument, je faisais déjà partie d’un cercle assez restreint car on n’était pas du tout nombreux en Wallonie à l’époque mais il y avait une multitude d’informations qui circulaient et qui nous rapprochaient en fin de compte. J’eus la possibilité de participer à des stages annuels ou biannuels à différents endroits, cela faisait donc 7 à 8 stages par an qui se déroulaient à Verviers, à Namur et dans sa région, à Lille ainsi que dans d’autres localités en France. Petit à petit, le cercle s’est épuré et j’ai reçu des sollicitations de la part de personnes de plus en plus compétentes et l’idée m’est venue donc de vouloir transmettre à d’autres ce que j’ai pu apprendre. J’avais vraiment envie que la cornemuse revive chez nous car j’avais lu que la cornemuse était un instrument très ancien en Wallonie et comme tu l’as signalé, c’était un instrument qui avait été fort négligé et oublié à cause de Napoléon et des musiques militaires qui mettaient plus en valeur des instruments nouveaux dont la façon d’en jouer était différente. Les instruments culturels sont passés au second plan et ont disparu; par conséquent, la cornemuse n’avait plus sa place dans les bals traditionnels, styles bals « à musette ». Le dernier sonneur de cornemuse, à ma connaissance, est décédé dans les années 1930 et les dernières manifestations, les derniers bals, datent du début du 20ème siècle. Il y a donc eu une longue période sans cornemuse chez nous et puis elle a pu retrouver peu à peu ses lettres de noblesse avec des personnes comme, par exemple, Rémy Dubois qui est un formidable confectionneur d’instruments, un luthier hors pair et de par la qualité de son travail, la cornemuse est redevenue un instrument « sérieux » faisant partie de notre vie musicale culturelle actuelle.  Il existe beaucoup de personnes qui composent pour la cornemuse dont Jean-Pierre Wilmotte et moi-même qui avons écrit spécialement pour la cornemuse. On s’intéresse donc beaucoup plus à la cornemuse qui n’est plus un instrument relégué comme il l’a été jadis.

B : Combien de personnes ont-elles rejoint l’Atelier et comment les cours se donnent-ils ? Comment vous êtes-vous organisés pour les instruments ?

MM : Le nombre dépend d’une année à l’autre, il fluctue entre 20 et 25 élèves, le but de l’Atelier étant, régionalement parlant, de faire renaître la cornemuse dans la région de Mons et ses environs. Les cours couvrent la même période que dans le système scolaire traditionnel, de septembre à fin juin. C’est une école qui se différencie de la structure officielle car ses activités continuent durant les mois de juillet et août. En dehors du réseau de l’enseignement, je suis certainement l’un des premiers à avoir initié l’apprentissage de la cornemuse et depuis, des cours se donnent dans le réseau officiel à Liège, Eghezée, Ixelles et il y a aussi maintenant d’autres personnes qui enseignent cet instrument, ce qui n’existait pas auparavant. Au départ, cela n’a pas été facile car il a fallu s’approprier des instruments. Actuellement, ce problème ne se pose plus car Rémy Dubois et Olle Geris ont fabriqué toute une série d’instruments d’étude, qui tout en étant moins travaillés, présentent les mêmes qualités musicales de par la similitude de leurs chalumeaux et bourdons, ce qui représente une économie de moyens et de temps pour la fabrication et la diffusion de ce remarquable instrument.

B : Tu as cité deux noms importants qui ont compté pour beaucoup dans l’enseignement que tu prodigues…

MM : Il y a très longtemps qu’Olle est entrée en contact avec Rémy Dubois, ça remonte déjà à très loin que je ne serais plus te dire quand exactement. Elle a fait une partie de ses études à Anvers dans une école d’ébénisterie et la cornemuse était son instrument de prédilection. Elle était donc la personne toute indiquée pour pouvoir commencer à confectionner des cornemuses. Olle a fait d’abord un stage chez Rémy Dubois pour la fin de ses études et ensuite elle est devenue son apprentie. Rémy lui a transmis tout son savoir-faire et elle est devenue comme lui une personne de référence incontournable dans ce domaine. La qualité remarquable de leur travail et leurs connaissances leur ont même valu des sollicitations internationales !

B : Comment t’est venue l’idée de « La Mouchafou », l’appellation de ton atelier de cornemuses ?

MM : « La Mouchafou » (link), c’est un terme picard que l’on trouve dans un document de Naast, à proximité de Soignies. C’est le nom patois de la cornemuse, une désignation bien de chez nous ! On croit toujours que la cornemuse a ses origines en Ecosse… C’est faux ! Nous avons eu des cornemuses chez nous avant qu’il y en ait en Ecosse car pour créer une cornemuse, il faut de la peau d’une bête pour faire la poche, il faut un imperméabilisant, il faut bien sûr du bois mais il faut également du roseau avec une certaine largeur que l’on trouve dans la région du Var autour de la Méditerranée. Malgré que la cornemuse soit un instrument très ancien en Ecosse, elle ne vient pas de là-bas. D’ailleurs, il y a un texte du premier siècle après Jésus-Christ de Suétone qui retrace la vie des douze Césars et qui mentionne par ailleurs que Néron aurait bien voulu devenir sonneur de cornemuse… Donc, la cornemuse existait déjà du temps de Néron ! Et elle est certainement venue chez nous de par les échanges avec Rome

Les Muchards 4

1. Polkas d'Arc-Ainières

2. La belle se sied au pied de la tour

3. Suite de Wandembrile

4. La rallye Ardenne

5. Le deuil d'amour

    Les béguines

6. Les misères du mariage

    Rosette

7. La violette

    La Tétèche

8. O nui, heureuse nuit

    Bondjou wèsène

9. Non, pas mes cerises

10. Rossignolet

      Les moustaches du sergent

11. Matin bleu

12. Le violoneux

      Maclotte de Coo

13. O dé dé a dou

14. Marche de pèlerinage

      Danse en rond

15. Amoureuse de Jean-Henry

      Maclotte de Vieuxville

16. Jean de Nivelles

17. Marche le réveil

18. Valse de la Chandeleur

Extrait d'une durée de 30 secondes de chacun des 18 titres

B : Abordons maintenant les enregistrements auxquels tu as participé. Tu as fait un CD au sein des « Muchards » et tu fais partie d’une autre formation, « Berwette »… Quelles sont les origines de ces associations ? Comment avez-vous pu vous procurer les partitions pour les différents CD auxquels tu as prêté ton concours ?

MM : Oui, effectivement, j’ai enregistré sous « Les Muchards » le CD « Violette & Cerise, La cornemuse en Wallonie » et nous avons collaboré sur le CD « Rues de Namur (1778-2006) » dédié à Wandembrile, un recueil de partitions d’airs populaires. Puis, j’ai enregistré avec « Sergent Benoît » (ex Berwette) pour le projet « Elles dansent nos racines » et « Sergent Benoît » est redevenu « Berwette ». Tu sais, le projet des Muchards n’est pas venu de rien. Jean-Pierre Wilmotte, avec qui j’ai formé « Les Muchards », et moi aimons bien la culture wallonne et la cornemuse. Avant de commencer cette aventure ensemble, nous possédions déjà une culture de la musique wallonne dans laquelle on trouve des manuscrits que des ménétriers ont rédigé avec de la littérature musicale. On ne peut pas dire que ces derniers aient été les initiateurs de cette musique; ils l’ont plutôt reprise et ils en ont fait des manuscrits. Nous avons profité de ces travaux et sur cette base, nous avons développé notre projet. Personnellement, je me suis également orienté vers les musiques flamande et française qui ont de très jolies harmonies pour la cornemuse. La musique allemande propose aussi de bonnes partitions pour la cornemuse et Jean-Pierre, de par sa connaissance de l’anglais, a pu trouver des partitions provenant d’Angleterre et d’Irlande. Son intérêt pour cette culture musicale traditionnelle et les recherches historiques qui en découlent ont été très importants dans l’élaboration de notre concept comme, par exemple, les travaux de John Playford qui avait édité un recueil consacré à la musique anglaise ainsi qu’à l’histoire de la danse au XVIIème siècle.

Les Muchards 1

De gauche à droite : Christian D'Huyvetter, Jean-Pierre Wilmotte, 

 Michel Massinon et Jean-Pierre Lombet

B : Le répertoire de votre CD « Violette & Cerise » est composé, entre autres, de polkas, d’airs et de chansons du XIXème siècle et du début du XXème siècle; vous avez même repris un air du XVème siècle comme, par exemple, « La belle se sied au pied de la tour »…

MM : Oui, effectivement, tu sais, « La belle se sied au pied de la tour » que tu cites est une chanson européenne, on la rencontre en Wallonie mais également en France, du côté de la Bourgogne et dans d’autres régions comme « La blanche biche » qui est un thème récurrent en Europe Occidentale

B : Ce ne sont donc pas des morceaux qui sont apparentés exclusivement à des régions bien définies mais qui ont des ramifications aussi bien dans le Nord de la France qu’ailleurs…

MM : Bien évidemment ! Les gens voyageaient beaucoup, malgré qu’ils ne pouvaient bénéficier des moyens de communications que nous utilisons tous actuellement et nous savons, par exemple, qu’au XVIème siècle, certains airs de danses étaient joués à la Cour de Madrid et étaient véhiculés jusque dans les Cours Suédoise et Norvégienne ainsi qu’en Russie… Quand tu te rends compte que le compositeur Roland de Lassus est né à Mons et qu’il a fait une grande partie de sa carrière à Rome, c’est bien la preuve que les musiciens ne restaient pas confinés chez eux…

B : Ce magnifique CD regorge également de compositions originales… Outre celles de Jean-Pierre (« Les Béguines », « La violette »/« La Tétêche », « Les moustaches du sergent » et « Matin Bleu »), tu as écrit « Non, pas mes cerises » et « Valse de la Chandeleur »…  D’où vient ton inspiration ?

MM : L’inspiration peut venir à partir d’un fait banal comme par exemple à mon retour de Shangaï. J’étais à la Gare du Midi à Bruxelles avec mes trois valises et j’attendais le train. Au moment où le train arriva, je trouvai une assez jeune dame devant moi qui boitait. Je la suivais donc pour monter dans le train et j’eus l’idée de composer une marche intitulée tout bêtement « La Boiteuse » que j’ai interprétée d’ailleurs à Estaimpuis au mois de septembre… Je peux également être influencé par les bruits externes ou le sifflement d’un oiseau lorsque je travaille au jardin et instinctivement, il y a une mélodie qui vient… En somme, la composition, c’est une orientation de l’esprit et elle est alimentée par les événements de la vie. D’autre part, j’ai aussi composé une dizaine de morceaux sur la Ducasse du Doudou et plus particulièrement sur les scènes du fameux combat entre Saint-Georges et le Dragon.

Michel mass1

B : Au niveau de l’interprétation, vous utilisez des « deuxièmes voix » pour la couleur sonore des cornemuses… En quoi consiste exactement cette technique ? Est-ce une modulation, une variante du premier instrument ?

MM : Ça peut être les deux. Dans la pratique de la cornemuse, nous, musiciens, sommes tenus par le bourdon. Tu as toujours deux sol qui font partie du morceau et que tu entendras pendant toute sa durée; ça, ce sont les bourdons. Ils sont à l’octavel’un de l’autre et puis au-dessus, tu as le soldu chalumeau qui est une octave plus haute que le petit bourdon. En quelque sorte, ton champ d’harmonies est limité car tu dois rester dans les mêmes accords, dans une tonalité bien définie. La cornemusen’est pas un instrument chromatique, c’est-à-dire qu’elle ne peut produire tous les dièses et tous les bémols mais il n’empêche que l’on peut aboutir à de très jolies sonorités harmoniques.

B : Parlons maintenant de votre travail à partir des partitions aussi bien pour les morceaux que vous avez composés que pour ceux dont vous vous êtes inspirés pour l’interprétation… Est-ce que vous avez ajouté des instruments qui n’étaient pas prévus au départ; avez-vous réarrangé ou remodelé certains morceaux ou vous en êtes-vous tenus exclusivement à ce que la partition contenait ?

MM : D’abord, au niveau de la partition, la ligne mélodique ou ce qui est écrit, pour moi, ce n’est pas ça la musique. En fait, ce qui est écrit constitue l’aide-mémoire et on a des partitions d’un même morceau qui sont parfois un peu différentes mais la ligne mélodique fondamentale, ce que l’on appelle l’organum du morceau, doit être identique ou sinon, on n’a plus affaire au même morceau… À partir de cette considération, quand on travaille le morceau, on le travaille en jouant. Il ne nous arrive jamais d’être devant une partition et de dire « voilà, je joue la 2ème, la 3ème voix et ainsi de suite… »… Cette pratique relève plutôt d’une personne qui a fait des études d’harmonies au Conservatoire. Dans la musique traditionnelle, on ne fonctionne pas comme ça : on joue le morceau quitte à s’y reprendre 20 ou 30 fois et puis, il y a des idées harmoniques ou de contrechants qui viennent, des passages qui vont moins bien et que l’on supprime, des rajouts, etc… et quand on a fini ce travail, on l’écrit. Nous accordons également une grande part à l’improvisation car il nous arrive de jouer un même morceau pendant ¾ d’heure tout en permutant les voix et en se laissant aller à quelques « élucubrations » personnelles… Musicalement, c’est très jouissif. En langage plus « technique », nous utilisons le procédé de la diminution, c’est-à-dire que nous jouons ce que nous ressentons (Définition source Universalis : « Il s’agit d’un groupe de notes de courte durée exécuté dans l’intervalle de deux notes de la mélodie, remplissant ainsi un espace originellement uniforme par une variation mélodique »).

michel mass

B : J’ai encore écouté le CD très récemment et je tiens une nouvelle fois à le préciser : la prise de son lors de l’enregistrement est remarquable et la restitution sonore des instruments est tout bonnement fantastique… Dans quelles conditions l’enregistrement s’est-il déroulé ? Le livret du CD indique que l’enregistrement a été effectué en l’Eglise de Bolland Saint-Apollinaire construite entre 1714 et 1717 et située dans le pays de Herve… Comment s’est fixé ce choix ? Est-ce par l’entremise de l’Ingénieur du Son namurois Manuel Mohino qui, répétons-le, a accompli un remarquable travail ? Est-ce lui qui s’est chargé de faire distribuer le disque par le label classique ARSIS ?

MM : L’enregistrement du CD a vraiment été effectué dans des conditions optimales, premièrement, par le choix définitif de l’Eglise de Bolland Saint-Apollinaire où nous avons pu profiter d’un calme et d’une sérénité de travail absolus, malgré le bruit d’un avion qui est venu interrompre une séance d’enregistrement ! Au départ, Manuel Mohino avait choisi plusieurs sites susceptibles de nous accueillir dont l’Eglise de Franc-Waret (Fernelmont) qui en faisait également partie, des sites qu’il connaissait et qu’il voulait pour des questions de qualité de restitution du son. En outre, l’apport de la compétence de Manuel Mohino a été d’une indéniable efficacité dans la réalisation de notre projet. Il est excessivement sollicité pour la précision et la qualité de son travail et nous avons eu énormément de chance de pouvoir compter sur son remarquable professionnalisme pour la distribution de notre CD par ARSIS. Dès sa sortie, nous avons diffusé notre CD un peu partout et, bien évidemment, à l’attention des médias. C’est ainsi que notre CD a abouti chez Didier Mélon qui nous a invité à en parler au cours de son émission « Le Monde est un Village » sur la Première à la RTBF. Grâce à cette promotion, le disque s’est bien vendu et plus encore dans le milieu de la cornemuse puisqu’il lui est exclusivement dédié.

Les Muchards 3

Jean-Pierre Wilmotte

B : Signalons tout spécialement que le CD a reçu le label « Bravos » de « Trad magazine » et qu’il a reçu une critique très élogieuse sur le prestigieux site anglais de musiques traditionnelles à travers le monde (www.mustrad.org.uk! Je suppose que tu en as retiré une grande satisfaction !

MM : Oui, Jean-Pierre et moi avons été très fiers que notre travail soit reconnu et apprécié par des professionnels de la musique. Je dois aussi insister sur le fait que nous avons enregistré le CD dans les mêmes conditions qu’un « live ». Les morceaux n’ont pas été remixés en studio et quand nous n’étions pas bons au moment de l’enregistrement, eh bien, nous n’avions qu’à recommencer ! Manu a été très intransigeant pour atteindre un tel degré de perfection et il n’y a qu’à entendre le résultat… Je me souviens que nous étions dans cette église pendant un week-end et ça a été un travail de longue haleine puisque nous n’avons pas arrêté de jouer la nuit de samedi à dimanche !

B : Oui, d’ailleurs, on entend bien les effets d’un enregistrement « live » par la finition sonore du bourdon qui, à la fin du morceau, prend une dimension spectrale fantastique… Même à la fin, lorsque le bourdon lâche le dernier son, la qualité acoustique est telle que celui-ci parvient encore à se prolonger dans l’espace !

MM : Tu as mieux écouté le CD que moi… L’acoustique dans l’Eglise de Bolland Saint-Apollinaire était vraiment prodigieuse et pour nous, musiciens, c’est le summum, nous avons pu travailler dans la plénitude de nos moyens. Jean-Pierre et moi avons gardé de merveilleux souvenirs de ces séances d’enregistrement et nous sommes bien conscients que ça ne peut arriver qu’une fois dans la vie…

michel mass elles dansent  michel mass Wandembrile

B : Dans le dernier volet de cet entretien, évoquons maintenant ta participation à de magnifiques CD : « Rues de Namur (1778-2006), Les Musiciens de Folknam Musique Trad jouent Wandembrile, Violoneux namurois » (2006) dans lequel tu apportes une généreuse contribution artistique sur pas moins de 5 morceaux sur les 13 qui garnissent ce CD (Les Muchards interprètent un titre inédit : « La sauterelle-Colonne ») ainsi que le double CD « Elles dansent nos racines » paru en 2004 avec des morceaux des Muchards (« Menuet de Wandembrile » et « Matelotte de la Fange »/Matelotte de Houssa ») et de Sergent Benoît (« Le service du Roy/Aredje à Vito », cette dernière étant une composition de Jean-Pierre Wilmotte, et « Menuet de la Chaîne de Wandembrile »). Encore une fois,  la musique de Joseph Gaspard Wandembrile occupe une place prépondérante dans le choix des morceaux interprétés… Qui les a déterminés ?

MM : Joseph Gaspard Wandembrile était un garde-champêtre et on ne sait pas trop bien ce qu’il a composé mais il a eu le mérite de faire un document avec toute une série de morceaux qui étaient joués à son époque et qu’il jouait d’ailleurs lui-même, ce qui constitue un témoignage extraordinaire. Il a vraiment occupé une place très importante dans la diffusion de ces morceaux. En ce qui concerne ma participation au CD « Rues de Namur », j’y joue de plusieurs instruments : différentes cornemuses, clarinette basse et flûte. Dans le titre « La sauterelle-Colonne » que nous interprétons, « La Colonne » est une danse et nous avons choisi « La sauterelle » pour donner un titre à la mélodie. Pour ce CD, j’ai également composé des deuxième et troisième voix. Sur « Elles dansent nos racines », j’ai apporté mon concours à d’autres formations sur le plan harmonique de l’interprétation. Ce CD inclut effectivement deux Menuets de Wandembrile que j’affectionne tout particulièrement. C’est un pur bonheur que ces morceaux aient pu être choisis en parfaite collaboration avec les groupes qui ont apporté leur contribution à ce CD. Chacun est venu avec ses titres mais avant de les choisir, les mélodies ont été données et jouées et puis seulement après mûre réflexion, un choix a été déterminé.

Michel2

Avec le groupe "Suarez"

B : J’ai appris que tu avais joué avec le groupe belge « Suarez » dont le dernier album, au moment de sa sortie, a été dans les 10 meilleures ventes en Belgique… À quelle occasion s’est déroulée cette rencontre ?

MM : Cette rencontre n’a pas été le fruit du hasard… Tu sais, je donne des cours à la Maison des Ateliers. Pour ouvrir une petite parenthèse, la Maison des Ateliers est une ASBL et elle est hébergée aux anciens Bains Douches de la Ville de Mons. À l’occasion de son 10ème anniversaire, une « Carte Blanche » a été organisée avec la participation de tous les ateliers musicaux et Suarez y figurait tout simplement. Et c’est tout naturellement que nous avons eu l’occasion de jouer ensemble.

Berwette

Berwette au grand complet, de gauche à droite : Michel Massinon, Philippe Luyten, Jean-Pierre Wilmotte et Jean-Pierre Lombet

 

B : Pour le bal de la St-Patrick à Saint-Symphorien le 18 mars 2011, tu t’es produit avec « Berwette » (toujours avec Jean-Pierre Wilmotte mais aussi avec le violoniste Philippe Luyten) qui est devenu ensuite « Sergent Benoît »… Pourquoi avoir repris l’ancienne appellation et pourquoi n’avez-vous pas plutôt choisi « Les Muchards » ? 

MM : C’est vrai qu’actuellement, je me sens très bien avec la nouvelle mouture de « Berwette ». J’avais intégré « Sergent Benoît » alors que la formation initiale existait depuis déjà 10 à 15 ans ! Le premier groupe a commencé en 1980 et donc, l’année dernière, nous avons célébré le 30ème anniversaire ! J’aurais bien voulu prolonger l’aventure avec « Les Muchards » mais je me rends compte seulement maintenant que c’était plus compliqué qu’il n’y paraissait. Avec « Les Muchards », la cornemuse était omniprésente mais nous avions constaté Jean-Pierre et moi, au fil des concerts, que le public avait envie d’entendre d’autres instruments. C’est ainsi que, finalement, avec les anciens membres de « Berwette », nous avons « ressuscité » le groupe car il y avait un désir commun de revenir à l’appellation d’origine. C’est d’ailleurs sous ce nom qu’ils s’étaient produits au Japon comme représentant du folklore wallon. C’est un groupe qui a acquis ses lettres de noblesse et ce n’est que logique d’avoir repris ce nom. D’ailleurs, « Berwette » est unanimement apprécié dans la région namuroise.

B : Quelles ont été les manifestations auxquelles tu as participé dernièrement ?

MM : Nous avons eu un concert à l’Eglise de Châtelineauavec la Chorale de Châtelet le dimanche 19 juin 2011 puis, bien sûr, nous avons joué à la Ducasse de Mons le dimanche suivant et nous avons été invités aux Fêtes Médiévales de Vannes les 12, 13 et 14 juillet 2011. Ce fut un immense plaisir de se produire au cours de ces festivités pour la deuxième année consécutive. En effet, il est rare que les organisateurs invitent les mêmes groupes deux années de suite; c’est la preuve qu’ils avaient apprécié ce que nous avions joué l’année passée et nous leur avons d’ailleurs proposé un programme tout à fait différent de celui de notre précédente prestation.

B : À quand un nouveau CD avec ta participation ?

MM : J’ai terminé un nouvel enregistrement pour Folknam Musique Trad et le CD devrait sortir en cette fin d’année…

B : Merci Michel de m’avoir accordé cet entretien très enrichissant et… bon vent avec ta cornemuse !

MM : Merci à toi..

Les Muchards 2

Par BERNIE - Publié dans : La cornemuse en Wallonie - Communauté : Toutes les musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 22:06

José Todaro photo

1972… Nous habitons, mes parents, mon frère et moi, chez ma grand-mère qui tient un café sur la Place du Manège à Charleroi, devant le Palais des Beaux-Arts. Nous sommes venus la rejoindre début 1968, au lendemain du décès de mon grand-père. En cette année, le temple carolorégien de l’Opérette accueille, entre autres, José Todaro dans « Gipsy », la nouvelle création de Francis Lopez. Depuis qu’elle a été jouée pour la toute première fois le 18 décembre 1971 au Théâtre Sébastopol de Lille, « Gipsy » fait les beaux soirs du Châtelet à Paris depuis le 19 février 1972… La prestance et la splendide voix de José Todaro contribuent au succès sans cesse croissant d’une œuvre appelée à s’exporter dans les pays limitrophes dont la Belgique pour commencer… Charleroi est une étape inévitable car le public carolorégien est friand d’opérettes et est reconnu pour être l’un des plus connaisseurs dans cette spécialité. Mon père et ma mère assistent au spectacle et, au terme de celui-ci, décident d’aller prendre un verre dans l’établissement « La Terrasse » situé à proximité de l’entrée des artistes qui conduit aux coulisses et aux loges du Palais des Beaux-Arts. Quelle n’est pas leur surprise quand ils aperçoivent le talentueux ténor franchir le pas de la porte, suivi de plusieurs membres de l’équipe du spectacle ! Malheureusement, la salle est comble et devant la désolation du patron de « La Terrasse », José Todaro fait signe à ses camarades de rebrousser chemin. Embêté par la déception de l’artiste à pouvoir passer un bon moment avec sa troupe avant un repos bien mérité, mon père invite ma mère à se lever afin qu’ils s’effacent au profit du ténor et de ses collègues. Il s’empresse donc d’avertir José Todaro que des sièges sont désormais libres mais, très poliment, en le remerciant vivement pour son geste, ce dernier décline sa proposition en lui confiant qu’il ne reviendra pas de sitôt dans cet établissement. Mon père a alors une brillante idée et lui dit :

Si vous le voulez, je suis disposé à vous accueillir au Café « Le Manège » où je travaille, de l’autre côté de la place…

Touché par cette aimable proposition, le chanteur accepte mais devant le périple de traverser la place à pied, il choisit sagement de reporter sa venue au lendemain soir après la dernière représentation. Mes parents reviennent et annoncent à ma grand-mère l’arrivée de Todaro demain en fin de soirée. Elle n’en croit pas ses oreilles et dit à mon père que le ténor lui a lancé des promesses en l’air… Le soir venu, nous sommes tous réunis dans le café et nous regardons les minutes s’écouler à l’horloge au-dessus du comptoir. Le marchand de sable est passé depuis longtemps et devant l’heure avancée, nous ne nous faisons plus aucune illusion quand soudain, nous voyons deux grosses voitures noires s’arrêter devant le café. José Todaro et Maria-Hélèna de Oliviera, son épouse à la ville, sortent du premier combi, imité par d’autres artistes membres de la troupe qui s’extraient du second et qui les accompagnaient déjà la veille lorsqu’ils avaient voulu s’installer à « La Terrasse ».  Très ému par le respect de leurs engagements, mon père les salue très chaleureusement et les invite à prendre place. Du haut de mes 10 ans, je contemple cette venue avec des étoiles plein les yeux, des yeux émerveillés qui ne quittent pas le ténor et sa jolie épouse. Jus d’orange pour tout le monde et le jeu des dédicaces peut enfin débuter… On sort les disques que la vedette se fait une joie de signer au gros marqueur noir. Ces instants magiques passent malheureusement trop vite et la vedette doit partir. Comme pour sceller une amitié qui vient de naître, mon père lui demande s’il veut bien nous adresser un petit bonjour lorsqu’il passera à la télévision… Le ténor lui répond alors que c’est difficilement concevable mais qu’en revanche, il fera un clin d’œil uniquement à notre attention… Ce qu’il fera lors d’un passage dans « Midi Magazine », l’émission présentée par Danièle Gilbert ! Depuis ce soir inoubliable où il nous a rendu visite, les rencontres se sont succédé : à sa sortie des loges à la fin de la revue « Charleroi Tout Ring » élaborée pour la mise en service de la petite ceinture autoroutière de Charleroi en 1976 et pendant laquelle il interpréta, avec beaucoup d’émotion, « La Fanette » de Jacques Brel; au terme de « Pêcheur d’étoiles » (une opérette d’Alain Vanzo), de « La Belle de Cadix », d’ « Andalousie » et du « Chanteur de Mexico » qu’il reprit également au Palais des Beaux-Arts. Nous le vîmes également dans « Le Pays du Sourire » au Palais Opéra Royal de Wallonie à Liège et la dernière fois, ce fut à nouveau dans « Gipsy » à Charleroi pendant le week-end des 17 et 18 novembre 2007 pour ce qui constitue l’avant-dernière opérette à avoir été jouée au Palais des Beaux-Arts (la dernière étant « Victoria et son hussard » en janvier 2008). Outre ces formidables retrouvailles, ne négligeons pas non plus de signaler qu’il participa à un concert « 3 Ténors » avec Alain Vanzo et Carlo Di Angelo à la Basilique Saint-Christophe de Charleroi le samedi 22 juin 1996 et qu’il chanta à Lobbes pour l’ASBL « Julie et Mélissa » le dimanche 25 mai 1997. On épinglera également son passage au Théâtre de Namur les 6 et 7 novembre 2004 dans « Andalousie ». Fin 2009, je me suis rappelé à son bon souvenir en lui envoyant mes vœux pour la nouvelle année, un courrier que je réitérai l’année suivante avec, à chaque fois, une réponse sympathique et très rapide de sa part. Depuis, je suis toujours régulièrement son actualité et il animera prochainement les fêtes de fin d’année à Lamalou-Les-Bains (Département de l’Hérault, Languedoc-Roussillon) pour le 8ème Fêt’Opéret’Lamalou qui consacre son festival à l’Opérette et à José Todaro du 26 décembre 2011 au 2 janvier 2012. Le ténor présentera son spectacle « L’univers de José Todaro » le 31 décembre à partir de 19 heures en compagnie de son épouse Leina Oliviera, les Ballets Espagnols et l’Orchestre du Festival d’Opérette sous la direction de Charly Oleg. Il sera à nouveau sur la brèche pour un concert du Nouvel An le 1er janvier à 16 heures et une rencontre est organisée en sa présence le 2 janvier à 11 heures avant une dernière apparition pour le gala de clôture à 18 heures.

José Todaro 3  

José Todaro naît le 2 octobre 1940 à Tripoli de parents italiens. La famille émigre à Agrigento, sur la Côte Sud de la Sicile. Entouré de ses parents et de ses frères, l’enfance du petit Giuseppe est bercée d’airs de Bel Canto. Le plus beau récit de ces souvenirs dorés, c’est José Todaro qui le livre lui-même au dos de son plus beau disque « José Todaro chante l’Opéra » (Decca, 1975) dans l’émouvante lettre qu’il dédie à son père et que je reproduis ci-après dans son intégralité :

 

« Mon cher Papa,

C’est à toi que je dédie mon premier enregistrement d’Opéra ainsi que je t’en avais fait la promesse à Agrigento, tu t’en souviens ?

 

Si aujourd’hui je peux chanter les œuvres de ces compositeurs prestigieux, avec émotion et fierté, c’est à toi que je le dois, toi qui as su entourer mon enfance d’une chaleureuse ambiance familiale où le Bel Canto avait une grande place, toi qui m’as encouragé à développer cette vocation que tu avais décelée en moi.

 

À chaque instant de ma vie, il y a toujours un air qui me ramène à ces temps heureux d’Agrigento où nous nous réunissions entre amis pour chanter nos refrains préférés, ces souvenirs ne peuvent s’oublier et il m’est doux de penser à la joie que je t’apporte en te dédiant ce disque.

 

Dis à Maman, toujours inquiète pour la santé de ses enfants, que si je travaille beaucoup, ainsi que l’exige mon métier, elle ne doit pas se faire de soucis pour moi. Quand on a le bonheur d’exercer cet art, la fatigue ne compte pas.

 

Dis-lui aussi que ma vie professionnelle est étroitement liée à ma vie familiale et que j’ai pu fonder un foyer sur le modèle du vôtre.

 

Que ma petite Rose-Marie soit la messagère de notre affection; je lui confie la mission de vous faire, du haut de ses 2 ans ½, un collier de ses bras pour vous embrasser, Maman et toi.

José. »

José Todaro 1bis

 

Non seulement, Giueseppe est très vite attiré par la musique mais ses parents lui inculquent les vraies valeurs de la vie et le sens de la famille. Il travaillera aussi très jeune dans une aciérie dans la région de Metz, où ses frères sont installés, pour subvenir à ses besoins et envisager des études musicales qu’il effectue au Conservatoire de Metz dans la classe de Georges Genin, ténor de l’Opéra de Paris qui triompha notamment dans « Faust », « Tosca », « Carmen », « Roméo et Juliette », « La Bohème » et « Werther ». Reconnu pour sa puissance vocale et sa clarté, Georges Genin reconnaît les mêmes qualités chez son protégé et lui prédit un bel avenir s’il respecte scrupuleusement les enseignements qu’il lui prodigue avec soin et méticulosité. José croit en son destin et à 22 ans, il entre comme choriste au Théâtre de Mulhouse. Patiemment, il découvre peu à peu les facettes de son futur statut de grande vedette car de petits rôles de soliste lui sont attribués. En 1965, il tient son premier grand rôle dans « La Bohème » où il incarne le personnage de Rodolphe. Sa prestation ayant été très appréciée de la critique, il est invité à se produire à l’Opéra de Gand dans « Mireille », « La Traviata », « Manon » et « Rigoletto » où il campe un Duc de Mantoue infiniment convaincant. Alors que rien ne le prédestinait à l’Opérette, Georges Springers, le directeur des Éditions Royalty qui détenaient les droits, entre autres, de films, de musiques comme, par exemple, celle du compositeur Georges Delerue pour « Tirez sur le pianiste » et des chansons du « Chanteur de Mexico », lui propose justement de reprendre cette célèbre œuvre de Francis Lopez pour une série de 8 représentations au Grand Théâtre de Limoges pour la fin de l’année 1967.

C’est donc Springers qui est à l’origine de cette étonnante bifurcation dans la carrière du ténor qui, pourtant, ne délaissera pas l’Opéra pour autant puisqu’il est à nouveau très applaudi dans « La Bohème » à l’Opéra de Wallonie début 1968 et en mars de la même année, il décuple l’enthousiasme des spectateurs de l’Opéra de Liège dans « Le Prince Igor » de Borodine. Les contrats, ainsi que les éloges des spécialistes musicaux, s’amoncellent : de récitals en galas lyriques, en Alfredo dans « La Traviata » ou en Cassio dans « Othello » (Opéra de Marseille, 1970), José Todaro ne laisse que d’excellents souvenirs de ses passages. Il est également à l’affiche des opéras « Les Pêcheurs de perles » et « Lucie de Lammermoor » pour lequel il tiendra le rôle d’Edgar qui lui vaudra notamment de fervents applaudissements de la part du public lillois. Le 14 juillet 1970 un peu avant minuit, l’Opérette perd son Prince : Luis Mariano décède après avoir porté « La Caravelle d’Or » à bout de bras… Francis Lopez est inconsolable, il a perdu son ami, son frère et avec la disparition de Mariano, c’est le monde de l’Opérette qui vacille. Afin de faire continuer à vivre cet art pour lequel il voue un amour sans bornes et comme pour perpétuer le souvenir de Mariano, Lopez se met à la recherche de son successeur et il vient à songer à ce jeune ténor dont les brillants échos de sa prestation dans « Le Chanteur de Mexico » lui étaient parvenus. La rencontre est organisée et Lopez est enthousiasmé par le charisme et la fraîcheur de sa nouvelle recrue. Bien qu’étant un peu réticent, Todaro cède aux arguments de Lopez et réalise ainsi le vœu de Mariano qui voyait en lui son digne héritier. Motivé par cette entrevue on ne peut plus positive, Francis Lopez décide d’écrire une nouvelle opérette dont le titre sera « Gipsy ». Après des débuts prometteurs avec peu de moyens à Lille, Lopez envisage de la faire jouer dans un lieu mythique plus apte à faire ressortir son lustre : le Châtelet à Paris ! Depuis la mort de Mariano le fameux théâtre est confiné dans de sérieux problèmes financiers et il a besoin d’un nouveau souffle salvateur. « Gipsy » sera sa bonbonne d’oxygène et le Châtelet renaîtra de ses cendres puisque l’opérette sera jouée plus de 600 fois !

José Todaro 2bis

Le public est conquis par ce beau ténor au regard pétillant, au timbre clair et puissant, à l’accent savoureux et dont le seul désavantage est d’être moins grand, par la taille bien évidemment, que son illustre prédécesseur. Autour de Todaro, la distribution est éclatante : en plus du fidèle Maurice Baquet qui joue le comique de service, Jean-Marie Proslier et Max Montavon apportent leur lot de bonne humeur. Cyril Tcharenko est un brillant Rodolf et les voix féminines sont excellemment bien mises en valeur avec Nicole Briard, Jeanine Roux et Sylvia Paule. En outre, la chorégraphie du spectacle est rehaussée par la présence de Jacques Chazot dont on connaît l’efficacité en la matière. Après une tournée en province ainsi qu’en Belgique qui s’étalera sur plusieurs mois, Francis Lopez se remet à l’écriture d’un nouveau manuscrit : c’est « Volga » dont la première est jouée le 26 novembre 1976 avec la participation d’une certaine Lena Oliviera qui n’est autre que l’épouse du ténor dont le cœur fut conquis quelques années auparavant dans « Carmen » au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles… Lena avait les traits de la troublante cigarière et José campait le fougueux Don José. Malheureusement, « Volga » ne connaîtra pas le même retentissement que « Gipsy » et au bout d’un plus d’un an de représentations, Todaro décide de passer le flambeau à André Jobin qui, malgré un respectable bagage vocal, ne parviendra pas à faire oublier la chaleur du ténor sicilien qui, de son côté, est engagé par différents organisateurs de spectacles afin de faire revivre « La Belle de Cadix », « Andalousie », « Le Chanteur de Mexico » et même « Le Prince de Madrid » sur de nombreuses scènes françaises et belges.

José Todaro Volga

José Todaro volga 2

Mais José n’a jamais oublié l’art qui l’a révélé et en 1979, il répond aux sirènes du prestigieux Opéra de Paris qui le voit apparaître, entre autres, dans «  Der Rozenkavalier », « Salome », « Don Quichotte », « Pagliacci », « Boris Godounov », « Turandot »… C’est près d’une quarantaine de rôles qui s’inscriront à son impressionnant palmarès qui s’enrichira aussi d’œuvres viennoises comme « Le Baron Tzigane », « Le Pays du Sourire » et « La Chauve- Souris » pour lesquels il gravera un magnifique disque « Vienne, ville de mes rêves/Les Grands Airs d’Opérette Viennoise » paru en 1996 chez BMG et réédité en 2003 chez RCA Red Seal.

José Todaro Vienne

José Todaro opérette viennoise

Au cours du mandat qui le lie à l’Opéra de Paris, José Todaro aura toutefois le privilège de fouler la scène de l’Opéra de Rio de Janeiro où il interprétera, avec une conviction stupéfiante, le rôle de Mario Cavaradossi dans « Tosca » de Puccini. Après 11 ans de bons et loyaux services, José Todaro se consacre à nouveau à l’opérette puisqu’à peine 6 mois après avoir quitté l’Opéra de Paris, il se produit pour une représentation unique de « La Belle de Cadix » au Centre Culturel d’Auderghem le dimanche 25 avril 1993.

José Todaro affiche Mogador

Le 5 mars 1995, il est de retour dans la même salle pour une version en concert surprenante de « La Traviata » chantée en… français ! Courant 1995, il fête les 50 ans de « La Belle de Cadix » en reprenant la légendaire opérette au Théâtre « Mogador » à Paris. José Todaro aime à se produire en Belgique et les 30 et 31 août 1997, il reprend « La Belle de Cadix » à Ath avec une mise en scène de Jacques Taylès et une direction d’orchestre assurée par Jacques Grosjean, deux figures emblématiques des belles années de l’Opérette au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Cependant, José a décidé de restreindre son rayonnement artistique pour se produire plus souvent… en famille. Depuis 1998, par l’entremise de sa propre société de production Todarte qu’il a créée, José Todaro propose un spectacle intitulé « Tout l’univers de José Todaro » où il reprend, à la plus grande joie du public et accompagné de son épouse Leina Oliviera, de son frère Carlo di Angelo, et de sa fille Angelina,  des airs d’opérettes (« Gipsy », « Mexico »,…) mais aussi d’autres chansons très connues appartenant aux répertoires italien et espagnol tels « O Sole Mio », « Funiculi Funiculà » et « Granada », ainsi que des oratorios et des extraits d’opéras (« Carmen », « Il Trovatore », « Nabucco »).  En 2001, José est la grande vedette au programme du Théâtre d’Opérette de Lyon puisqu’en plus de « Gipsy » les 3 et 4 février, il est l’invité d’un gala en hommage à sa carrière le dimanche 25 février. Durant la même année, il reprend « La Belle de Cadix » au Palais des Congrès d’Antibes-Juan-les-Pins. En janvier 2002, José et son épouse se produisent au Palais des Congrès de Tours accompagné des Chorales de l’Association Bord-de-Loire. L’année suivante, le ténor répond à une nouvelle sollicitation du Palais des Congrès d’Antibes-Juan-les-Pins pour incarner encore une fois le séduisant Carlos dans « La Belle de Cadix ». Le samedi 24 mai 2003, il interprète l’ « Hymne des Nations » de Verdi au cours du Festival « Chœurs en fête » au Théâtre Municipal « Le Colisée » à Lens. Soulignons, au passage, qu’en 1992, José Todaro a enregistré sur CD une excellente version de cette œuvre ainsi que la « Messa di gloria » de Puccini avec le concours du baryton-basse Frédéric Vassar et les orchestres de Sénart et Ama-Deus sous la direction de Richard Bourdarham (Amadeus Musique Production, 1992). En 2004 et en 2006, il honore, par le biais du baryton Eric Pezon, l’invitation de la Mairie de Nuits-Saint-Georges afin de présenter son spectacle lyrique. Le 16/11/2008, José se produit à l’Auditorium du Centre des Congrès à Lyon et le 22 février 2009, il est en vedette du Concert du Printemps organisé à Sainte-Marie-aux-Chênes, près de Metz, où il est accompagné par la Chorale « Chœur de Chêne ».


José Todaro Hymne des Nations

 

Voilà donc résumés les principales dates et faits majeurs qui ont marqué la carrière exemplaire de ce formidable artiste qui nous émerveille non seulement par sa voix mais également par sa chaleur, sa gentillesse et sa générosité.

 

D’autres disques de José Todaro

Jose-Todaro-copie-1.jpg

  José Todaro chante Francis Lopez

José Todaro Francis Lopez

  José Todaro chansons napolitaines

Jose-todaro-napoli.jpg

José Todaro la voix d'or

La voix d'or de José Todaro

José Todaro ses plus grands succès

  Dernier CD "Ses plus grands succès" paru en 2000

 

Les DVD   José Todaro DVD Gipsy

Toute la magie de l'Opérette résumée dans cette captation en couleurs de "Gipsy" au Théâtre du ChâteletJosé Todaro est en grande forme vocale : il aborde chaque interprétation avec enthousiasme et concentration, sa voix est puissante et splendide, les phrasés sont d'une grande justesse et son accent apporte également sa part d'ensoleillement. Les vibratos sont bien réguliers dans les aigus et le ténor dose admirablement sa voix, très à l'aise en "piano" ou en "forte". Passons sur les décors et retenons les ballets où Jacques Chazot vient apporter une contribution chorégraphique de grande classe en compagnie de la danseuse étoile Danièle Fugere. Parmi les autres acteurs, outre le grand numéro de comique de service splendidement assuré par l'éternel Maurice Baquet, retenons la très jolie voix de Cyril Tcharenko dans "Mayerling" ainsi que les prestations plus qu'honorables de Jeanine Roux ("Zingara", "Je t'attendrai") et Nicole Briard ("Monsieur Johann Strauss"). Soulignons également le passage où José Todaro interprète "Bohémienne" en duo avec son frère Carlo Di Angelo. En ce qui concerne la direction musicale, André Martial ne maîtrise malheureusement pas les maladresses de son percussionniste qui, manifestement, était dans un mauvais... soir car il se plante magistralement dans quelques reprises....

Opérettes vol 1

Opérettes de toujours Vol. 1 aux Editions Montparnasse : José Todaro apparaît dans le thème principal de "Volga" et en duo avec Maria Candido dans un extrait du "Pays du Sourire" ("Qui dans nos coeurs fait fleurir l'amour").

Opérettes vol 2

Opérettes de toujours Vol. 2 aux Editions Montparnasse avec notamment deux extraits de "Gipsy" (le Ballet Stanislas Zmarzlik et l'interprétation de José Todaro dans "Je suis un vagabond").

José Todaro Gipsy

José Todaro dédicace

Une gentille dédicace spécialement à mon attention lors de l'entracte du "Chanteur de Mexico" au Palais des Beaux-Arts de Charleroi (décembre 1992)...

 

Cher José, je te renvoie le même compliment... Cet article, je te le dédie avec toute ma sympathie.

Par BERNIE - Publié dans : Les grands noms de l'Opérette - Communauté : Toutes les musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : 28/10/2007
  • : LA MUSIQUE POUR TOUJOURS
  • : Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
  • : Rock Pop Jazz Blues Soul Musique
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Profil

  • BERNIE
  • LA MUSIQUE POUR TOUJOURS
  • Homme
  • Belgique Hainaut Courcelles
  • MUSIQUE Rock Jazz Pop DVD
  • La musique fait partie intégrante de ma vie...

QUELLE HEURE ?

 

 



Recommander

Créer un Blog

Recherche

PROCHAINEMENT

MADE IN BELGIUM

PIERRE RAPSAT

2ème partie

De "Je suis moi" à

"Un coup de rouge, un coup de blues"  

pierre rapsat

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

LA MUSIQUE POUR TOUS/LIENS


RETROUVEZ MARC YSAYE
DU LUNDI AU VENDREDI
DANS LE "MAKING OF"
DE 15 H À 15 H 30
ET CHAQUE DIMANCHE DANS
"LES CLASSIQUES" DE 9 H À 12 H
SUR

link


link

FLECHE RADIO

link

link

link

ANDRÉ TORRENT
LES SAMEDI ET DIMANCHE
DE 4 H 30 À 7 H
"UN TORRENT DE MUSIQUE"
SUR

link

LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

EST UNE

toute la culture sur ulike

LES CD

LAURENT VOULZY

"LYS & LOVE"

(COLUMBIA)

Laurent Voulzy

      

ANDREA BOCELLI

"CONCERTO

ONE NIGHT IN CENTRAL PARK" 

(DECCA)

Andrea Bocelli 

LES DVD

FLORENT PAGNY

MA LIBERTÉ DE CHANTER

(AZ)  DVD FLORENT PAGNY

    

QUEEN

25ème ANNIVERSAIRE 

LIVE IN WEMBLEY

 (ISLAND)

Queen 

  

S'INFORMER SUR LA MUSIQUE


PLATINE
LE MAGAZINE
DE LA VARIÉTÉ
Platine

JUKE BOX MAGAZINE

juke box magazine

 


OPÉRA MAGAZINE

opéra magazine-copie-2

                       


DIAPASON

diapason-copie-1

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés