« Eloïse » est une chanson « pittoresque » qui m'a toujours fasciné dans le répertoire de Claude François. Dans cet article, je vais m'amuser à comparer l'orchestration musicale ainsi que l'interprétation vocale en essayant de garder une certaine objectivité malgré mon attachement à l'idole éternelle. La deuxième partie est consacrée à une brève biographie de Barry et Paul Ryan.
L'introduction est similaire pour les deux versions sur le plan de la
durée (11 secondes); au niveau de l'orchestration, l'utilisation des cuivres est légèrement différente. Sur la version française, la résonance est plus limpide, plus claire alors que sur
l'originale, elle paraît moins transparente. Les deux chanteurs commencent sur une tessiture identique. Mais là encore, la voix de Cloclo est plus cristalline que celle de
Barry, légèrement plus grave. La conduite instrumentale est différente dans la deuxième partie du premier couplet. A nouveau, la basse est bien perceptible derrière la voix de
Claude tandis qu'elle est plus discrète dans l'autre version. Le refrain est vocalement très intéressant : sur « Eloïse », la voix
de Cloclo est parfaitement bien placée, accompagnée de « vibratos » bien réguliers. Barry, quant à lui, surprend en chantant la troisième
syllabe du prénom sur une note très aigue, très « haut perchée », digne d'un castrat ! Cependant, il « assure » beaucoup moins bien dans la suite du refrain et
c'est encore plus flagrant à la fin de la chanson... Au point de vue instrumental, les percussions sont mieux mises en valeur dans la version française avec des « reprises » de
batterie beaucoup plus spectaculaires. Le deuxième couplet est abordé de la même façon que le premier avec toujours une perception différente des sons instrumentaux : des cuivres plus
présents pour marquer les « coupures » dans la version française alors que dans l'originale, ce sont les cymbales, plus que les cuivres, qui les martèlent. Avant le pont musical du
milieu qui brise le rythme, et, pendant que Claude François garde une bonne maîtrise vocale, Barry Ryan, de son côté, prône la puissance au détriment du lyrisme,
à la limite de la cassure nette. Au cours de ce fameux « pont », les deux chanteurs sont sur un même pied d'égalité pour la « pose » de leur voix. Leur
conduite est parfaite et je dirais même que la couleur de la voix de Barry sied un peu mieux dans cette portion de chanson que celle de Claude qui, lui, est
beaucoup plus à l'aise dans les refrains. Mais c'est encore une fois au niveau instrumental que l'adaptation se montre supérieure à l'original, surtout dans le crescendo qui amène la reprise de
batterie avant le début du troisième et dernier couplet. La note qui s'échappe de la basse et les deux coups « secs » de caisse claire qui clôturent le pont sont plus marquants, plus
cinglants dans la version française. La tension vocale monte d'un cran dans le troisième couplet, les deux artistes veulent tout donner; Cloclo se démène physiquement tel un beau
diable et la voix suit avec, plus « énervée »; Barry, de son côté, fait montre d'un stoïcisme de bon aloi, avant le « rush » final. Et voilà qu'arrive
la différence flagrante : Claude François s'engage à fond dans ce dernier refrain en décuplant ses capacités vocales pour se situer un octave plus haut que son
« concurrent » qui choisit sagement de rester dans la première tierce de la gamme. Ce dernier frôle même l'implosion alors que Cloclo s'évertue à gravir les échelons de
la gamme supérieure avec une étonnante sûreté, même s'il lui aussi atteint ses limites. 30 secondes avant la fin de la chanson, Barry ne sait plus que crier pour garder, un temps
soit peu, un contrôle désuet qu'il perd finalement pour ne plus émettre aucun son du tout !
Au terme de cette analyse, vous allez peut-être penser : « Ça ne m'étonne pas qu'il préfère l'adaptation française puisqu'il est un inconditionnel de Claude
François ! ». C'est parfaitement votre droit. Notez que je n'ai absolument émis aucune critique négative sur la version originale. C'est une question de goût, tout
simplement et je connais des personnes autour de moi qui opte plutôt pour celle de Barry Ryan... C'est normal ! A mes yeux, l'adaptation surclasse l'originale par deux
critères essentiels : la prestation vocale et l'arrangement musical.
Je m'explique :
1°) Même quand elle se place sur des notes aigues, la voix de Claude reste mélodieuse avec des vibratos, elle devient éraillée lorsqu'elle atteint le point culminant
mais elle conserve toute sa maîtrise. Ce n'est pas le cas de celle de Barry Ryan : lorsqu'il prend conscience que sa voix ne peut atteindre les notes que la ligne mélodique
lui impose, il n'a plus qu'une seule et unique solution : il crie... Je peux choquer les personnes qui aiment Barry Ryan mais dans pareille circonstance, pour l'audition, il
vaut mieux qu'il garde le silence et qu'il laisse aller la musique !
2°) Parlons maintenant des arrangements musicaux : sans dénigrer l'orchestration de la version originale, celle de son homologue français est de meilleure qualité. Les instruments sont mieux
mis en valeur : les cuivres ont plus de « clarté », les cordes ont une harmonie plus fine et les percussions sont plus expressives. Quand on découvre le nom du directeur musical,
Lou Warburton, sur le verso du 45 tours de Cloclo, tous les nostalgiques de la pop anglaise de la fin des années 60 savent qu'il est entre autre, au même titre
qu'Arthur Greenslade (qui a également travaillé avec Claude François sur « Toute la vie » et
« N'est-ce pas étrange ») à la base du succès et de la fulgurante ascension du groupe Genesis !
ELOÏSE :
L'ALBUM
Tracklist :
1. AVEC LA TÊTE, AVEC LE CŒUR
2. ELOÏSE
3. LES PETITES SOURIS
4. TE FATIGUE PAS
5. CHUT ! PLUS UN MOT
6. RESTE
7. DANS LES ORPHELINATS
8. LES MAJORETTES
9. LE MAGICIEN
10. TU N'AS PAS TOUJOURS DIT ÇA
11. MONSIEUR LE BUSINESSMAN
Outre
« Eloïse », quatre autres chansons dominent cet album : « Avec La Tête, Avec Le Cœur » qui est la première
collaboration fructueuse du chanteur avec le fidèle Jean-Pierre Bourtayre, « Reste » pour sa formidable puissance rythmique,
« Dans Les Orphelinats » qui aurait mérité un meilleur retentissement pour son texte, sa brillante interprétation et sa couleur très
« soul », et, enfin, « Monsieur Le Businessman » qui, également, aurait pu revendiquer plus d'attention dans le répertoire de Claude
François pour sa richesse instrumentale et ses sonorités pop/rock.
PAUL et BARRY RYAN
Barry et Paul Ryan sont nés frères jumeaux le 24 octobre 1948, à Leeds dans le Yorkshire. Leur mère, Marion Ryan, était une chanteuse populaire qui fut célèbre durant les années 50. Ils ont commencé très tôt leur carrière à l'âge de 15 ans et à peine deux ans plus tard, ils signent chez la prestigieuse maison de disques « Decca ». 3 singles les propulsent sur le devant de la scène avec « Don't Bring Me Your Heartaches » (1965), « Have Pity On The Boy » (1966) et « Missy Missy » (1967).
Dépassé par le tourbillon du succès, Paul frise la dépression nerveuse et n'étant plus capable de gérer son stress, il propose à son frère de se retrancher dans la composition et de lui laisser ainsi poursuivre une carrière en solo. En 1968, ils émigrent chez « MGM Records » et créent une chanson qui deviendra un hit international : « Eloïse ». Cette nouvelle forme de collaboration fera naître d'autres tubes tels « Love Is Love » (1968) dont la conception musicale rappelle fortement « Eloïse », « The Hunt » (1969) et « Kitsch » (1970).
Barry sera également très populaire en Allemagne dans le début des seventies où il enregistrera plusieurs chansons dont la plus célèbre est « Die Zeit macht nur vor dem Teufel halt ».
Peu de temps après, il décide cependant de ne plus faire aucune apparition en public sous prétexte qu'il aurait subi de graves brûlures au visage dans un studio d'enregistrement. Son retour médiatique ne se fera qu'à l'occasion de la sortie d'une compilation avec Paul, décédé entretemps en 1992, à la fin des années 90. Dernièrement, Barry est revenu à la demande de Patrick Sébastien pour son émission « Les Années Bonheur » interpréter « Eloïse » en signalant qu'il avait embrassé une carrière de photographe professionnel. Voilà le parcours d'un chanteur éminemment sympathique qui aurait pu rêver d'un autre destin d'artiste beaucoup plus valorisant mais qui a su, et c'est en fin de compte le plus important, rester humble sans oublier l'importance de la contribution de son frère Paul dans la conquête de la gloire même si celle-ci fut éphémère...
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Bon! C'est ici que je vais
peut-être recueillir des commentaires contradictoires. Pourquoi pas, après tout, puisque c'est aussi le but dans un blog d'apporter des opinions divergentes. Personnellement, je trouve que c'est
la chanson qui ne devait pas figurer sur un tel album bourré de qualités. C'est l'intrus, si vous voulez. Avec un texte de Claude François et Yves Dessca qui ne
raconte pas grand-chose et une musique style gnangnan de Cutugno et Pallaviccini (qui nous ont déjà habitués à beaucoup mieux), cette chanson est en quelque
sorte un retour aux sources dites « populaires », si vous voyez ce que je veux dire : le bon vieux procédé qui consiste à placer le refrain dès le début de la chanson et qui nous
agace les tympans après 2 minutes 35 jusqu'à son terme ! Résultat, les deux couplets (je dirais plutôt un et demi) prennent à peine 57 secondes sur les 218 ! Un peu plus de 25 % si vous
préférez, l'énervant refrain se payant le reste. Claude aurait dû se satisfaire amplement de la version anglaise et nous épargner de la reprendre en français.






















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