Johnny Hallydayet Claude
François, quoi qu’on en dise, se respectaient et s’estimaient énormément : deux styles tout à fait différents, les deux chanteurs les plus idolâtrés de la chanson
française…
Mis dos à dos par la presse et leur fan club respectif, les deux « monstres » se sont toujours battus
pour être le numéro 1… Ils l’ont été, l’un comme l’autre, d’une façon ou d’une autre… Johnny illumine encore de nos jours la scène française, il la domine outrageusement;
ses spectacles sont irréprochables, tout est réglé minutieusement. Les investissements qu’il entreprend pour la préparation et la réalisation de ses shows exceptionnels sont hors du
commun.
Aucun autre artiste, aujourd’hui, ne peut le rivaliser. Il en va de même pour la qualité musicale.
Johnny s’est continuellement attaché les services des meilleurs musiciens; les arrangements sont soignés et fignolés après de nombreuses et longues répétitions. La
perfection, c’était également le souci majeur de Claude François.
A ce propos, Johnny lui rendit un vibrant hommage le jour de sa mort :
« La chanson française a perdu avec lui un de ses plus grands artistes. Méticuleux à l’extrême,
il ne voulait jamais rien laisser passer et répétait ses shows jusqu’à ce qu’ils soient parfaits mais il était d’une exigence telle qu’il n’était même pas content lorsque c’était parfait.
Et il recommençait. »
En 1997, dans son autobiographie « Destroy », Johnny
déclare : « En 1985, quand j’interprète Le chanteur abandonné, l’un des titres forts de Rock’n’roll attitude, c’est à Claude
François que je pense. Claude que j’adorais malgré toutes nos différences. »
Il le confirme lors d’une interview; il affirme qu’il n’a jamais connu un chanteur incarner autant la
solitude, que seul lui savait ce que ce mot voulait dire…
Enfin, lors d’une dernière évocation de son éternel rival, il va même jusqu’à avouer :
« Claude était un grand artiste et un grand professionnel. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir pu le fréquenter comme je l’aurais voulu, de ne pas
avoir eu le temps d’approfondir notre amitié. J’aurais tellement aimé faire un jour, un grand spectacle ou un disque avec lui ». Je pense sincèrement que nous l’aurions
tous également souhaité !
A plusieurs reprises, les deux grands vont se croiser. C’est en 1963 lors
d’un spectacle proposé dans le majestueux temple de l’Olympia où Johnny est venu voir Sylvie Vartan qu’il rencontre Cloclo pour
la première fois.En 1966, Cloclo répond présent
à l’invitation de Guy Lux dans le Palmarès de laChanson du 7 avril qui consacre entièrement son émission à
Johnny. Comme les autres artistes, il se complaît gentiment à interpréter une chanson de Johnny et choisit « Retiens la nuit ».
Malheureusement, ils n’ont qu’un simple contact par voix interposées…
Un an plus tard, ils échangent des propos dans une même émission de télévision et, malgré de flagrantes divergences d’accoutrement, les deux chanteurs passent ensemble un très bon
moment. A tour de rôle, ils parlent de leur actualité et tout se déroule dans la bonne humeur, voire dans une étonnante et remarquable complicité !
Leurs chemins coïncident par la suite le 27 mars 1969 lorsque
Claude est venu soutenir sa « pouliche » Liliane Saint-Pierre qui chante en première partie d’Antoine que Johnny est
venu étrangement applaudir. Visiblement, ils se retrouvent avec beaucoup de plaisir et profitent pour parler musique et vie privée. Les deux stars semblent tellement proches qu’un mois plus tard, Cloclo vient assister au
show de Johnny au Palais des Sports !
En juin 1977, Cloclo participe à un grand souper à l’Elysée Matignon organisé à l’occasion de l’anniversaire de
Johnny. Les retrouvailles sont dantesques, les bouteilles de grand cru s’accumulent à leur table, d’autant plus que Michel Sardou et
Démis Roussos se joignent à eux ! Claude
François décide alors d’inviter Johnny à venir passer un week-end au moulin. Mais ce dernier ne gardera pas un grand souvenir de son séjour à
Dannemois. Alors que tout avait bien commencé (échanges mutuels de cadeaux), Cloclo s’amusa à épater Johnny de ses connaissances œnologiques
et lors de la projection du show « Elvis Aloha from Hawaii », il signala à son invité que les chœurs derrière Elvis chantaient
faux ! Ce dernier ne l’entendit pas de la même oreille et le dimanche matin, il quitta le domaine à pas feutrés sans attendre le réveil de son hôte pour le saluer…
Je vous propose deux vidéos, l’une de Johnny avec « Le
chanteur abandonné » et l’autre de Cloclo avec « Retiens la nuit ».
LORADA, du nom de l’ancienne propriété de Johnny à Ramatuelle, c’est aussi le
titre du disque sorti le 20 juin 1995 et que l’artiste dédie à Laura et David…
Assurément, le meilleur opus à ce jour avant la parution de son prochain album qui sera dans les bacs des
disquaires le 12 novembre. J’y reviendrai prochainement.
Cet album est le fruit du travail d’Erick BENZI, de Gildas ARZEL,
Jacques VENERUSO et Jean-Jacques GOLDMAN.
Les trois premiers sont issus du groupe CANADA, dissolu depuis, qui a connu ses heures de gloire
pour le single « Mourir les sirènes » en 1987. Mais, artistiquement, ils ne se sont jamais séparés. La rencontre des trois compères l’année suivante avec
Jean-Jacques GOLDMAN sera déterminante. D’Artagnan et les 3 Mousquetaires seront réunis et ils seront au service du Roi Johnny.
Cet excellent album commence par une introduction inédite : Johnny chante tous les titres qui le composent.
Elle mérite d’être reprise ci-dessous dans son intégralité :
J’avais UN RÊVE À FAIRE. AMI, je voulais RESTER
LIBRE. Mais JE L’AI CROISÉUN MATIN, DANS LE REGARD DES AUTRES. Oh ! LADY LUCILLE, TOUT FEU,
TOUTE FEMME, EST-CE QUE TU ME VEUX ENCORE QUAND LE MASQUE TOMBE. Oh ! NE M’OUBLIE PAS et AIME-MOI, je t’emmène
CHERCHER LES ANGES à LORADA.
Une petite merveille de 48 secondes. Le menu est ainsi déballé, il ne reste plus qu’à déguster. Et la sauce prend déjà dès EST-CE QUE TU ME VEUX ENCORE, c’est de la
très bonne cuisine ! C’est une entrée succulente; les guitares « slide » du fidèle Robin LE MESURIER, électrique de Gildas ARZEL et acoustique de
JacquesVENERUSO portent le mets à ébullition. Les autres ingrédients ne sont pas en reste, non plus : Ian WALLACE à la batterie,
Phil SOUSSAN à la basse, Jim PRIME à l’orgue, Erick BENZI aux claviers et percussions, Christophe DUPEU à l’harmonica et les
chœurs juteux concoctés par BENZI, VENERUSO et ARZEL sont saupoudrés de la participation généreuse de Jean-Jacques
GOLDMAN.
La deuxième entrée est une bien jolie ballade. RESTER LIBRE est très agréable à l’écoute. On ne
change pas une recette qui goûte… C’est toujours aussi bon, Johnny est en très grande forme vocale… et nous avons de plus en plus l’eau à la bouche !
LE REGARD DES AUTRESnous met en fameux
appétit ! C’est du bon blues bien saignant, pur, savoureux; bref, du premier choix. Johnny nous en met plein les tympans et on en redemande !
A peine ce plat consommé, voilà que la pièce de consistance nous est servie : LADYLUCILE sent le rock bien chaud épicé de l’incroyable puissance vocale de Johnny. Décidément, il ne nous épargne pas, celui-là. Et en plus, il en remet encore une couche à la fin.
Du très grand art.
Enfin arrive un sorbet pour faire une petite pause… UN REVE A FAIRE nous permet de digérer sans aucune difficulté. Au passage, la qualité ne change pas, les
proportions sont toujours bien respectées. On se sent admirablement bien, la vie est belle.
Mais l’optimisme est de courte durée car voilà que J’LA CROISE TOUS LES MATINS nous fait mal
comme une claque en pleine figure. Et nous en prenons une terrible, tellement le texte et la musique sont forts. La tristesse de Johnny envers la femme qu’il croise tous les jours à 5 heures 40
et qu’il ne connaîtra jamais…
Et l’émotion persiste avec CHERCHER LES ANGES. Johnny insiste pour que nous partagions sa peine.
Et on ne peut que l’écouter… Il chante si bien, il crève le plafond… Et nous prenons une deuxième claque de dimension dans la tronche. On ne se remet pas tellement il est grand dans la
détresse.
TOUT FEU, TOUTE FEMMEnous met du baume au
cœur. Johnny ne va pas nous lâcher comme ça sans nous asséner une nouvelle gifle. C’est encore du rock bien brut et le Chef dégage une telle énergie qu’il fait voler toutes les
casseroles !
Et nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. Quatre petits fours nous attendent au tournant… Le premier
est de taille, QUAND LE MASQUE TOMBE dévoile ce qui se cache au plus profond de son cœur. Et il le chante avec ses tripes. En ce qui me concerne, c’est la plus belle chanson de
cet album. Nous sommes repus…
Afin de nous soulager, Johnny nous convie à boire le verre de l’amitié avec lui. AMI nous semble
tellement proche, tellement intime qu’on croirait être tout près de lui en pleine séance d’enregistrement. C’est le titre le plus convivial qui nous fait comprendre que sans les amis, on n’est
rien du tout…
Dans AIME-MOI, cet infatigable baroudeur de Johnny est une nouvelle fois à la recherche du
parfait amour. Il le clame avec une telle délicatesse que la belle va sûrement succomber…
NE M’OUBLIE PASclôt cet album de bien belle
manière : le pousse-café est bien servi, la coupe est pleine. La reprise de ce titre de CANADA est finement exécutée. Le Chef est à la hauteur de sa réputation… Il vaut
largement les cinq étoiles ! L’addition est salée mais on se laisse facilement aller à un pourboire… et à reprendre un dernier verre ! Merci, Johnny, pour ces beaux moments de bonheur,
d’émotion et d’exception !
Voici une longue version live de CHERCHER LES ANGES en 1995 où Johnny met le feu à
Bercy :
:
Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
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