Les chansons de Claude

Samedi 26 janvier 2008 6 26 /01 /Jan /2008 18:07
1975_LP_21D.jpg « Soudain il ne reste qu’une chanson » aurait pu très bien être un tube dans la discographie de Claude François. Ce titre a, néanmoins, formidablement bien marché, en face B de « Toi et moi contre le monde entier » mais il aurait certainement eu un impact encore plus important s’il avait figuré en face A d’un 45 tours… Cette chanson, extraite, n’ayons pas peur des mots, du meilleur album de l’idole (le 22ème en… 12 ans de carrière !) qui contient, outre le tube emblématique ci-dessus, « Le chanteur malheureux », « Il ne me reste qu’à partir », « Joue quelque chose de simple » et d’autres forts morceaux comme « On est qui, on est quoi », « Où s’en aller » et « Le spectacle est terminé », fut adaptée à partir d’un excellent « rhythm’n’blues » qui avait, comme titre original, « I’ll be around » interprété au départ par le très bon groupe « The Spinners ». Assez bizarrement, ces derniers étaient mieux connus sous l’appellation « Detroit Spinners » (en référence à la « Motown ») au Royaume-Uni. Cette formation qui naquit en 1954 est toujours en activité de nos jours malgré le récent décès, le 2 février 2007, de l’un de ses principaux fondateurs, Billy Henderson, à l’âge de 67 ans. Si vous faites rapidement un petit calcul, vous vous apercevrez qu’il commença à faire partie du groupe à… 15 ans à peine ! Sur la photo ci-dessous, prise en février 1997, découvrez, de gauche à droite, John Edwards, Bobby Smith, Henry Fambrough, Pervis Jackson et Billy Henderson
the-spinners.jpg
C’est au cours de la période « pré-disco », en 1972, que « The Spinners » sortent « I’ll be around » composée par Thom Bell, qui l’a également produite, et Phil Hurtt. Cette chanson figure sur le premier album que le groupe enregistre sous leur nouveau label « Atlantic Records » et, au départ, elle était en face B d’un 45 tours comprenant, en face A, « How could I let you get away ». Cette dernière va rapidement s’effacer au profit de « I’ll be around » qui va être sollicitée par les programmateurs radios à un point tel que le single se vendra à un million d’exemplaires ! La chanson se classe numéro 1 pendant 4 semaines, du 14 octobre au 11 novembre 1972, au classement « Rhythm’n’blues » du Bilboard ! 
undefined Thom Bell (ci-contre) a joué un rôle important dans le domaine de la « soul music » dans les années 70 et plus particulièrement dans celui que les spécialistes dénommaient « The sound of Philadelphia », le son de Philadelphie. C’est là que grandit Thom, originaire de Kingston en Jamaïque où il naquit le 26 janvier 1943. Au tout début de son apprentissage musical, Thom Bell suit une formation classique et il commence à chanter notamment avec le célèbre Daryl Hall (du fameux duo « Hall and Oates »). A partir de 1967 et jusqu’en 1974, il va s’occuper successivement de deux groupes avec lesquels il va démontrer ses réels talents de producteur : « The Delfonics » (qui vont connaître deux très grands succès avec « La, la Means I Love You » et « Didn’t I Blow Your Mind This Time ») et « The Stylistics » avec lesquels il concevra trois albums.
The Delfonics "La, la Means I Love You" 
The Stylistics "You Are Everything"

Par la suite, Thom Bell intègre un nouveau label : « Atlantic Records » qui accueille également sous son égide une formation, en recherche d’un « second souffle », qui va compter parmi ses plus beaux « fleurons » : « The Spinners » venus tout droit d’une autre marque prestigieuse de disques : « Motown Records ». Bell va redynamiser ce groupe en produisant cinq de leurs albums dont s’extraient : « Ghetto Child », « Could It Be I’m Falling In Love » et l’énorme hit « I’ll Be Around ». En 1976, Bell poursuit inlassablement son travail de producteur et offre ses services à Dionne Warwick pour l’album « Track Of The Cat » qui ne rencontre pas le succès espéré. Johnny Mathis, Billy Paul, Deniece Williams et James Ingram croiseront également sa route. Ensuite, il retrouvera le chemin de la gloire en 1979 avec Elton John et le fabuleux « Are You Ready For Love » (vidéo ci-dessous) auquel il contribue. En 1981, il effectue un ultime et bref retour aux sources en reprenant les destinées de « The Stylistics ». Ce sera sa dernière expérience reconnue en tant que producteur.

undefined Phil Hurtt (ci-contre), quant à lui, est natif de Philadelphie. Tout comme son confrère Bell, il s’est affirmé comme l’un des plus talentueux auteurs-compositeurs et producteurs de groupes « rhythm’n’blues » issus de « The sound of Philadelphia ». Peu après le tube « I’ll Be Around », il coproduit les deux premiers simples d’un groupe féminin qui participera à l’avènement du Disco : « The Sister Sledge » (photo ci-dessous).
undefined  Il va même pousser un brin de chansonnette comme artiste avec « Giving It Back » en 1978 qui le voit classé dans le Top 40 britannique.
phil-hurtt.jpg  Il collaborera aussi avec « The Ritchie Family » (photo ci-dessous) sur « American Generation ». De nos jours, Phil Hurtt est toujours actif puisqu’il s’est impliqué dans un vaste projet musical appelé « A Soulful Tale Of Two Cities » rassemblant plusieurs artistes « soul » issus de Detroit et de Philadelphie. 
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Soudain-il-ne-reste-qu-une-chanson.jpg Au début de l’année 1975, Claude François cherche une bonne chanson pour « meubler » le 45 tours qu’il se prépare à sortir en mars avec le dernier texte qu’Eddy Marnay vient de lui écrire et qui s’intitule « Toi et moi contre le monde entier ». Ses recherches minutieuses et son instinct infaillible à détecter la mélodie susceptible de pouvoir lui convenir le conduisent à s’approprier les droits d’adaptation d’ « I’ll be around ». Pour les paroles en français, il fait appel à Jean-Michel Rivat dont le texte va admirablement bien coller à la musique. C’est du très bon travail. Du côté de l’orchestration, tous les ingrédients sont minutieusement dosés afin d’arriver à un résultat séduisant. Et il l’est tout à fait. Raymond Donnez (alias Don Ray du temps où il menait une carrière en tant qu’artiste indépendant et lorsqu’il travaillait avec Cerrone) conduit remarquablement la partition avec beaucoup de précision. Les instruments primordiaux, à savoir la basse et la guitare électrique qui tiennent le rythme pendant toute la chanson ainsi que les percussions donnent un son « funky » d’excellente qualité. C’est ce qui explique que, 33 ans après, cette mélodie est et reste indémodable. Les techniques d’enregistrement ont évolué depuis mais Cloclo était tellement à la pointe du progrès qu’il avait pris une très nette longueur d’avance. Il n’est point difficile de s’en rendre compte quand on écoute la chanson : c’est du professionnalisme à l’état pur, à un très haut degré de finition.

Jean-Michel Rivat
Jean-Michel-Rivat.jpg Il a un point commun avec Claude François : il voit le jour en 1939. De plus, sa ville natale Vesoul sera immortalisée par Jacques Brel… Il ne pouvait que travailler dans la musique ! Fervent admirateur de Félix Leclerc qu’il découvre à la radio, il commence une carrière de chanteur en interprétant ses propres textes. Il sort un premier 45 tours chez CBS en 1963 qui comporte les titres « Plus il est indifférent » et « Voilà mon amour ». Mais très vite, il sent qu’au fond de lui-même, il n’est pas fait pour être chanteur. Désormais, il composera pour les autres. Brigitte Bardot, Marie Laforêt et Richard Anthony chanteront ses premiers textes. En 1965, il va même incarner un être étrange aux très longs cheveux, vêtu d’un long bermuda à fleurs et répondant au doux nom d’Edouard que l’on croirait sorti de l’univers de la famille « Pierrafeu »… Rivat profite de ce personnage pour diffuser des textes provocateurs envers Antoine pour qui il ressent un profond ennui : « Ton harmonica nous fatigue, Léon, si tu jouais plutôt de l’accordéon »… En fait, ce sera une parfaite caricature du créateur des « Elucubrations ». Le disque qui en résulte sera retiré de la vente pour cause de plagiat. Mais « Edouard » ne se décourage pas pour autant, il ressort un autre disque sulfureux qui révèle : « N’aies pas peur, Antoinette, tu sais bien que tu m’as saisi, toi qui est belle comme le sable, Antoinette l’in saisi sable de l’amour ». Finalement, Edouard parvient à sortir 3 45 tours mais la presse découvre bien vite l’identité de ce curieux bonhomme. Dès lors, Jean-Michel Rivat est bien obligé d’ôter sa perruque ! C’est après sa supercherie d’avec « Edouard » qu’il va accepter de travailler pour Joe Dassin qui lui avait d’ailleurs concocté quelques titres lorsqu’il chantait sous ce pseudonyme. Il adaptera pour Joe des grands standards du folk américain qui deviendront « Dans la brume du matin », « Je change un peu de vent » et « Combien de temps pour t’oublier ». Avec Frank Thomas, dès 1967, il formera un très célèbre duo d’auteurs-compositeurs. Ils composeront ensemble, entre autres, « Bip bip », « La bande à Bonnot », « Siffler sur la colline » et « Les Dalton » toujours pour Joe Dassin, « Bébé requin » pour France Gall, « 2 minutes 35 de bonheur » pour Sylvie Vartan. Toutefois, les chemins des deux compositeurs se séparent et Jean-Michel Rivat continuera à écrire, notamment pour Alain Chamfort (« Géant »), Dave et Michel Delpech.  
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Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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Dimanche 9 décembre 2007 7 09 /12 /Déc /2007 18:45
C-est-la-m--me-chanson-copie-2.jpg Février-mars 1971 : Claude François effectue une tournée triomphale au Canada où il fait un carton avec sa chanson « Un homme libre »… Assez bizarrement, ce titre passera plutôt inaperçu en France. Mais il ne veut pas revenir dans sa chère patrie sans un nouveau « hit » dans sa valise… L’artiste doit confirmer le succès de l’album précédant qui contenait « Si douce à mon souvenir », « C’est de l’eau, c’est du vent », « Fleur sauvage » et « Parce que je t’aime mon enfant ». Pas facile de faire mieux, sinon autant ! Cependant, Cloclo a plus d’un tour dans son sac… Il a réussi à réserver un studio à la mythique « TAMLA MOTOWN » ! Afin d’avoir tous les atouts dans son jeu, il s’est adjoint les services de son fidèle compère Jean-Pierre Bourtayre. Nos deux amis arrivent à Détroit, dans le Michigan, et, à peine franchi le seuil de ce domaine légendaire d’où jaillirent une quantité incroyable de tubes enregistrés par de « grosses pointures », de Stevie Wonder à Diana Ross, en passant par Marvin Gaye, les Jackson 5, Smokey Robinson, etc…, ils furent accueillis et épaulés par le producteur Henry Cosby (ci-dessous) qui supervisera les prises de « C’est la même chanson », « Bernadette » et « Réveille-moi », les 3 chansons qui, finalement, sortiront de ces séances. 
Henry-Cosby.jpg
Encore aujourd’hui, Jean-Pierre Bourtayre se souvient de ce séjour exceptionnel. Dans un témoignage de l’époque, il signale que Claude était ravi, qu’il réalisait là ce qu’aucun autre artiste français n’avait jamais fait avant lui. L’immeuble où étaient disposés ces studios était avant un hôpital dont toutes les pièces avaient été réaménagées en petits bureaux : d’un côté, on pouvait trouver les directeurs artistiques et les managers; de l’autre, les compositeurs. Dès qu’une chanson était prête, cette proximité permettait à tout le monde de se focaliser sur la sortie et la commercialisation du titre; le gain de temps était très appréciable et le disque pouvait atterrir très rapidement dans les bacs des disquaires ! Claude François raffolait de cette façon de procéder et aurait bien voulu, ainsi, disposer de nombreux compositeurs à son service ! Les musiciens travaillaient constamment dans les studios afin de définir et peaufiner les bases rythmiques de toutes les chansons « TAMLA ». Claude se permit d’aller à leur rencontre et ils en furent touchés : c’était la première fois qu’un artiste venait les saluer; les séances étant faites « à la chaîne », comme dans une véritable usine. Ils n’avaient jamais l’occasion de fréquenter les artistes… Claude François fut très satisfait des arrangements reproduisant très fidèlement le son « TAMLA » tel qu’il l’avait toujours souhaité.
 
Num--riser0003.jpg
A partir de 1971, la carrière de l’idole sera marquée par cette chanson puisque désormais elle signalera la fin de chacun de ses concerts. Tout d’abord chantée dans son intégralité (avec un rythme accéléré !), elle se verra réduite malheureusement à sa plus simple expressivité, s’enchaînant après le premier refrain de « J’attendrai »… La meilleure version sur scène demeure incontestablement celle livrée lors de son soi-disant dernier spectacle le 12 janvier 1974 à Forest National. 


Commentaires techniques 
Dès les premières mesures, la couleur « soul » est hautement mise en valeur par une dominante « basse-batterie », nous avons affaire à un accompagnement musical d’excellente qualité. L’introduction est unique par l’ajout instantané d’instruments : la basse imprime déjà un tempo annonçant que la suite ne sera pas de tout repos. En quelques secondes, un trombone « bien gras » vient s’imbriquer sur la basse, suivi de près par trois notes répétitives au piano, le tout enveloppé par une salve de cuivres avant que Claude ne vienne, superbement, déposer sa voix. Dans la deuxième moitié du premier couplet, quelques violons font leur apparition pour amener le refrain et se dissolvent dans un ensemble de cordes beaucoup plus volumineux. La voix claire et hautement perchée de Claude (il se cantonne continuellement entre le « fa » et le « la » avec même une ou deux folles et déconcertantes incursions dans le « si » !) reste admirablement bien en avant et domine l’emballage musical. Le reste est du même acabit : rondement mené sur un rythme d’enfer dont l’intensité atteint son summum quelques mesures avant la fin, un tambourin venant s’incruster subtilement dans le « contretemps » de la « basse-batterie ». Ce n’est pas étonnant que cette chanson conserve encore de nos jours toute sa fraîcheur musicale, près de 40 ans après son enregistrement, elle parviendrait, sans aucun chauvinisme « claudien » exagéré, à faire pâlir certaines productions actuelles !
  album200-10926.jpg "It’s The Same Old Song" est initialement enregistrée par « The Four Tops » le 8 juillet 1965 et figure sur leur second album. En l’espace d’une journée, cette chanson est passée du producteur au consommateur ! Eh oui, 22 heures sur 24, les auteurs bûchaient à trouver de nouvelles idées de chansons, les plus prolifiques étant certainement le trio composé par les frères Holland et Lamont Dozier. Le lendemain de la création, 1500 exemplaires furent distribués dans les radios locales et le titre se vit catapulté tout de suite à la cinquième place du Bilboard ! Il faut dire aussi que Berry Gordy (ci-dessous), le fondateur de la « MOTOWN » en 1959 était très exigeant et avait le contrôle absolu sur son empire, ne laissant jamais rien au hasard. En 1967, un litige opposera d’ailleurs ce dernier au célèbre trio souhaitant devenir indépendant et produire leurs propres compositions… (à suivre)
images.jpg
Voici la version originale par « The Four Tops » qui vous permettra de la comparer à l’adaptation française. Je pense sincèrement que cette dernière tient solidement la route par rapport à l’original et n’a rien à lui envier sur le plan de la qualité orchestrale, que du contraire…  
 
Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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