Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /Fév /2009 20:15

En 2006, Maurice André a été désigné « Meilleur Trompettiste Au Monde » par les Américains et c’est amplement mérité. C’est un musicien exceptionnel doté de qualités humaines généreuses et chaleureuses. C’est avec grand plaisir que je vous présente sa biographie ainsi que quelques enregistrements que tout fin connaisseur de musique classique se doit de posséder dans sa discothèque. Né le 21 mai 1933 à Rochebelle, Maurice André passe les premières années de sa vie dans un quartier minier d’Alès dans le département du Gard où ses parents ont élu domicile. En effet, son père exerce le dur métier de mineur de fond. Durant ses heures libres, il joue de la trompette  au sein de l’Harmonie des Mines ou dans la Fanfare d’Alès. Maurice est séduit non seulement par le son mais également par la forme de l’instrument de musique à tel point qu’il décide, à l’âge de 11 ans, d’apprendre le solfège. Toutefois, il doit attendre deux longues années avant de pouvoir en jouer, le temps que son père ait consacré une partie de son modeste salaire afin de lui offrir son premier cornet. Maurice se révèle un excellent élève, assidu, régulier et très motivé. Ses progrès sont stupéfiants et c’est Léon Barthélémy, un ancien élève de Merri Franquin (professeur de trompette au Conservatoire national supérieur de musique de Paris de 1894 à 1925 et première trompette solo de 1880 à 1901 à l’Opéra national de Paris) qui s’occupe de lui inculquer ses premières leçons. Pour financer ses études, Maurice descend aussi dans la mine à 14 ans mais suite à un grave accident qui faillit lui coûter la vie, il abandonne le travail à 18 ans pour se consacrer uniquement à ce qu’il préfère par-dessus tout : la musique. C’est le service militaire qui va le conforter dans son irrésistible ascension : il intègre la formation musicale du 8ème régiment de transmissions. A l’automne 1951, Maurice s’inscrit au Conservatoire de Paris et entre dans la classe de Raymond Sabarich qui fit partie de 1940 à 1942 du célèbre orchestre de Raymond Legrand et joua notamment aux côtés d’Aimé Barelli. En 1952, Maurice reçoit le Premier Prix d’honneur de cornet à pistons et l’année suivante, il est « Premier Prix de Trompette ». D’emblée, il est engagé dans l’Orchestre Symphonique de la Société des Conservatoires où évolue Louis Menardi qui a eu le privilège de pouvoir côtoyer le célèbre guitariste de jazz Django Reinhardt.
En 1953,
Maurice est trompette solo des Concerts Lamoureux et obtient un engagement dans l’Orchestre Philharmonique de l’ORTF. L’année suivante, il remporte le Premier Prix du Concours international d’interprétation musicale de Genève qui est le point de départ de sa carrière solo. Grâce à son immense talent mais aussi à sa volonté de perfectionner sans cesse son jeu, Maurice André va permettre à la trompette d’être encore mieux appréciée et mieux mise en valeur afin qu’on la découvre sous un nouveau jour et non plus comme un instrument de second plan… En 1963, alors qu’il est invité à faire partie du jury du Concours International de Munich, Maurice André s’inscrit en tant que… candidat quand il apprend que le lauréat sera mieux payé qu’un membre du jury ! Surclassant les autres musiciens, il s’empare du Premier Prix qui va le conduire de concerts en concerts. Il attaque l’interprétation du 2ème Concerto Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach
qui devient son air fétiche avec la Badinerie de la Suite en Si mineur.

"2ème Concerto Brandebourgeois" Fa Majeur (3ème Andamento) de
Jean-Sébastien Bach


Les plus grands s’intéressent à lui : Karl Richter, Karl Münchinger, Michel Plasson, Karl Böhm, Leonard Bernstein, Riccardo Muti qui sont impressionnés et envoûtés par deux traits qui caractérisent parfaitement bien sa personnalité : la simplicité et la modestie. Les prestations s’accumulent pour Maurice André qui, certaines années, accomplira jusque 250 représentations ! Ensuite, Maurice devient professeur au Conservatoire de Paris en 1964 imitant ainsi Raymond Sabarich, son maître jadis et enseigne aux côtés de Ludovic Vaillant, le successeur d’Eugène Foveau, et de Roger Delmotte, ces deux derniers ayant été également des anciens élèves de Merri Franquin.

"Sonate" de Loeillet avec Marie-Claire Alain (1970)


Sous l’égide de Maurice, un premier concours international portant son nom est organisé par la Ville de Paris. De ses élèves se démarqueront notamment Guy Touvron (à ce jour, 30 ans de carrière, plus de 3.000 concerts et 75 enregistrements), Bernard Soustrot (lauréat de plusieurs concours dont celui de Maurice André, il a joué avec les plus grands et s’est fait remarquer dans plusieurs concerts en s’associant notamment avec l’organiste François Henri-Houbart; il est à l’origine du Concours International de Quintettes de Cuivres de Narbonne depuis 1986 et occupe également le poste de directeur artistique du Concours Mondial « Prestige de la Trompette » de Guebwiller, en Alsace), Thierry Caens (fondateur, en 1976,   du "Quintette Arban" avec Jean-Pierre Leroy, professeur de trompette au Conservatoire d'Orléans et directeur artistique de la Camerata de Bourgogne, orchestre de chambre de Bourgogne, depuis 1987) et Jacques Jarmasson (professeur au Conservatoire de Musique d’Avignon et directeur du Quatuor de trompette de Provence).

"Sonate en Ré Majeur" de Georg Philipp Telemann


Maurice André éprouvera une joie immense et une fierté sans bornes lorsqu’il verra ses propres enfants le suivre dans son amour pour la musique et en l’occurrence, pour la trompette : son fils Lionel et son petit-fils Nicolas l’accompagneront désormais tandis que sa fille Nathalie, elle, marquera une nette préférence pour le hautbois. Son frère Raymond, trompettiste lui aussi, le rejoindra avec Nicolas dans plusieurs concerts. La trompette est un instrument sacré dans la famille André !  Maurice innove également dans l’évolution de son instrument favori : s’inspirant d’un prototype de trompette Couesnon, et, en collaboration avec la marque de produits Selmer, il participe à l’élaboration d’une trompette piccolo en si bémol à quatre pistons.


Maurice André
ne s’est pas limité uniquement au registre classique, il a élargi son répertoire en interprétant aussi bien des airs d’opéras que des chansons du début du XXème siècle mais aussi en « piochant » dans le catalogue de Michel Legrand ou même en suscitant des œuvres nouvelles : Arioso barocco d’André Jolivet (1968), Concerto de Boris Blacher (1971), Fluctuance-immuable de Jean-Claude Eloy (1977), Cahier pour quatre jours de Marcel Landowski (1978) et Toot Suite de Claude Bolling (1981), parmi les plus connues.

"Ave Maria" (Schubert), "Le Grand Échiquier" (Jacques Chancel, 1980)


En 1980, il est à l’apogée de son art en étant l’invité de Jacques Chancel dans « Le grand échiquier ». L’émission connaît un succès sans précédent et l’animateur le sollicitera à nouveau 8 ans plus tard. En 1987, Maurice est récompensé par les Victoires de la Musique Classique. Il le sera encore par la suite, à trois reprises.

"L'Ecole des Fans" (Jacques Martin, 1987)


Début des années 90, Maurice quitte Paris pour s’exiler dans le pays Basque. Il profite de la quiétude de la région pour se consacrer à la sculpture sur bois qu’il pratique également avec grand talent. En 2000, il reçoit la Médaille d’Or de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres.

En 2008, Maurice a fêté ses 75 ans par… un concert d’adieu à Béziers. Un malencontreux diabète l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant mais l’artiste n’a, cependant, rien perdu de sa dextérité pour séduire son auditoire, en interprétant des airs d’Haendel, Schubert, Telemann et en s’octroyant une petite incursion dans le jazz… Chapeau bas, Monsieur Maurice André !


UN PETIT COURS SUR LA TROMPETTE…


Constituée d’une embouchure, d’un tube cylindrique et d’un pavillon, la trompette est également équipée d’un mécanisme de pistons permettant de jouer des notes plus graves dont le registre courant s’étend sur deux octaves et demie, du Fa dièse grave au Do au-dessus de la portée (Contre-Ut). La plus courante est la trompette en Si bémol mais il existe des trompettes en Ut, en , Mi bémol, Sol et La ainsi que la trompette piccolo en Si bémol.

 

MON CD DE MAURICE ANDRÉ
"Baroque Trumpet Concertos" (EMI CLASSICS, Collection "Red Line")


Ce disque comprend des interprétations d’œuvres de musique baroque des compositeurs allemands Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) et Georg Philipp Telemann (1681-1767) ainsi que des compositeurs italiens Antonio Vivaldi (1678-1741) et Giuseppe Torelli (1658-1709). Maurice André est ac
compagné par l’Academy of St. Martin in the Fields sous la direction de Sir Neville Marriner (pour les titres 1 à 20) et par l’Ensemble Orchestral de Paris conduit par Jean-Pierre Wallez (pour les titres 21 à 26). Ce disque sera un ravissement pour les amateurs de baroque et pour ceux qui veulent découvrir ce style de musique qui a sévi du début du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème siècle, il constituera un excellent tremplin pour y adhérer. Sur ce CD, nous avons également l’occasion d’entendre d’autres musiciens : les trompettistes Bernard Soustrot, Guy Touvron, Thierry Caens, Jean-Paul Leroy et Jacques Jarmasson qui
ont été les élèves du « Maître », les hautboisistes Celia Nicklin, Tess Miller et Daniel Arrignon et la violoniste Iona Brown. Un pur régal, près d’une heure et quart d’intense bonheur musical !


QUELQUES ENREGISTREMENTS... 

"LES 100 CHEFS-D'OEUVRE DE LA TROMPETTE" (Coffret 6 CD)

"75ème ANNIVERSAIRE"

"Trumpet Concertos" avec Herbert Von Karajan et le Philharmonique de Berlin 

 

"TROMPETTE & ORGUE" avec Jane Parker-Smith, Alfred Mitterhofer et
Hedwig Bilgram 


"MAURICE ANDRÉ JOUE LES PLUS BEAUX NOËLS" 


"SYMPHONIES POUR LES SOUPERS DU ROY" avec Roland Douatte 


  "CONCERTS BAROQUES ITALIENS"

Par BERNIE - Publié dans : Le coin du Classique - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /Fév /2009 18:38

Prêts pour un nouveau voyage à travers les époques de la Chanson depuis 1930 ? Alors, embarquez avec moi à bord de la navette
C'est parti, accrochez-vous bien !


Rina Ketty : « J'attendrai » (1938)


Née à Sarzana, en Italie, le 1er mars 1911, elle débute à Paris en 1932 en se produisant dans les cabarets de Montmartre. C'est dans l'un d'entre eux, « Le Lapin à Gill » qu'elle se fait connaître en reprenant des chansons de Paul Delmet, Gaston Couté, Théodore Botrel et Yvette Guilbert. Son joli petit accent qui ne trahit pas ses origines plaît beaucoup et en 1936, elle enregistre « Si tu reviens », créée par Réda Caire, ainsi que « La Madone aux fleurs ». L'année suivante, c'est « Je n'ai qu'une maman » avant qu'elle ne connaisse le véritable succès avec « Rien que mon cœur » qui lui vaut le Grand Prix du Disque mais aussi surtout avec « Sombrero et mantilles » dont la musique est composée par Jean Vaissade qu'elle épousera. Tout aussitôt, elle enchaîne avec un « méga tube » : « J'attendrai », une adaptation d'une chanson italienne intitulée « Tornerai », qui sera sur toutes les lèvres durant l'Occupation. Les autres chansons qu'on retiendra d'elle ont pour titres : « Sérénade sans espoir », « Montevideo », « Rendez-moi mon cœur », « Mon cœur soupire » (l'adaptation de « Voi Che Sapete » des « Noces de Figaro » de Mozart), toutes enregistrées en 1939. Divorcée de Jean Vaissade, elle s'exile en Suisse durant les cinq années du second conflit mondial pour réapparaître à l'Alhambra en 1945. Malgré cinq mois de tournée en France, elle ne réussit pas à reconquérir son public. Pourtant, elle continue à sortir de nouvelles chansons telles « Sérénade argentine » (1948), « Je t'aimerai » et « La Roulotte des Gitans » (1950). Elle doit aussi faire face à une rude concurrence avec deux autres vedettes qui recueillent la majorité des suffrages et qui évoluent dans le même registre qu'elle : Gloria Lasso et Dalida. En 1954, elle décide de se « refaire une santé » en partant pour le Québec où elle reprend ses grands standards et triomphe avec une nouvelle chanson « Bon Voyage ». Elle revient en France en 1965 en pleine vague « Yé-yé » mais ses prestations à Nice puis au « Don Camillo » (1967) et au « Nouvel Alcazar » en 1968 ne récolteront qu'un succès mitigé. Choisissant sagement de se retirer du monde de la Chanson, elle se reconvertit dans la restauration à Cannes pour ne remonter, une toute dernière fois, sur scène qu'en mars 1996... l'année de sa disparition, l'avant-veille de Noël...


Georges Ulmer : « Pigalle » (1946)


D'origine danoise, Jorgen Ulmer grandit en Espagne avant d'arriver en France en 1939. Evidemment, il troque Jorgen pour Georges afin d'avoir un prénom à consonance française. Il trouve un premier travail en tant que caricaturiste et pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est engagé au sein de l'orchestre chantant de Fred Adison qui, de 1931 jusqu'à la fin des années 50, a fait danser la France entière sur des chansons comme « En cueillant la noisette », « Avec les pompiers », « Le petit train départemental » et « Quand un gendarme rit », parmi les plus connues. L'orchestre accompagnera des courts métrages muets ainsi que plusieurs sketches cinématographiques de Charlie Chaplin. L'éditeur musical Robert Salvet voit en lui une future vedette et le convainc à entamer une carrière solo. En 1942, il quitte donc la formation de Fred Adison et débute au Cabaret de l'Ecrin à Nice. A la fin de la guerre, il part pour Paris et trouve un engagement à l'A.B.C. et ensuite à l'Alhambra.  Son style fantaisiste et ses chansons inspirées du folklore américain lui valent un franc succès comme, entre autres, « Quand allons-nous nous marier ? » et « J'ai changé ma voiture contre une jeep ». D'autres titres très connus s'ajoutent à son répertoire tels « Casablanca », « Un monsieur attendait » et surtout « Pigalle » avec lequel il aura une renommée internationale. Il sera l'un des premiers chanteurs à interpréter une composition de Charles Aznavour et Pierre Roche : « J'ai bu ». Durant les années 50, il reste très populaire et se voit même confier la chanson du générique du film « Caroline Chérie » de Richard Pottier avec Martine Carol. Cependant, un autre chanteur évoluant dans le même registre que le sien commence sérieusement à lui faire de l'ombre : il s'appelle Yves Montand... Georges Ulmer se retire donc progressivement dans les années 60 et ne fera plus que quelques apparitions sporadiques dans des grandes émissions de variétés style « Palmarès des Chansons » de Guy Lux. On se souvient encore de lui dans les années 70 aux côtés de Danièle Gilbert dans « Midi Magazine ». Dans les années 80, on n'entendra plus guère parler de lui jusqu'à son décès en 1989 à l'âge de 70 ans. Disparu discrètement, il reste néanmoins dans la mémoire collective comme l'unique et l'irremplaçable interprète de « Pigalle », un des fleurons du Patrimoine de la Chanson Française...


Patachou : « Un  gamin de Paris » (1951)


De son vrai nom Henriette Ragon, Patachou est une vraie parisienne puisqu'elle naît le 10 juin 1918 dans le XIIème arrondissement. Elle rencontre son futur mari, Jean Billon (avec qui elle aura un fils, Pierre, qui chantera également plus tard et écrira, notamment, « J'ai oublié de vivre » pour Johnny Hallyday), au début de la Guerre et après la Libération, ils ouvrent ensemble une pâtisserie en haut de la Butte de Montmartre. Le succès est tel qu'ils doivent agrandir : ils s'approprient le local voisin pour en faire un restaurant. Au cours d'une fête, Henriette se prend à chanter quelques refrains de l'époque et parvient à se faire remarquer par un certain... Maurice Chevalier. A partir de ce moment, elle choisit de s'appeler du nom de son établissement et le restaurant transformé en cabaret devient un des endroits les plus fréquentés de Paris. C'est chez elle que débutent, en 1952, Georges Brassens puis Jacques Brel, Hugues Auffray et Michel Sardou. Charles Aznavour vient chanter également avant qu'Edith Piaf ne fasse sa dernière apparition sur une scène aux côtés de son dernier amour, Théo Sarapo. De son côté, Patachou entreprend, avec succès, une carrière internationale; d'abord au London Palladium puis au Waldorf Astoria et au Carnegie Hall de New-York. Elle effectue des récitals dans les grandes villes américaines et devient célèbre à tel point que l'on songe à elle pour donner la réplique à Burt Lancaster dans « Vera Cruz ». Préférant s'occuper de son fils, elle décline la proposition. Elle revient à Paris et se produit successivement à l'Alhambra, Bobino et l'Olympia en 1955 lui ouvre ses portes. Son répertoire s'étoffe de quelques succès tels « Le piano du pauvre », « Bal chez Temporel » (composé par Guy Béart), « Voyage de noces », « La vie en rose », « Padam, padam », « Sous les ponts de Paris », « Si j'étais pas si timide », « La belle vie » et la chanson ici présentée (de Mick Micheyl et Adrien Marès). Fin des années 60, Patachou se sépare de son mari, entraînant la fermeture du cabaret. Elle épouse ensuite un entrepreneur américain de spectacles, Arthur Lesser. A partir des années 70, elle décide de s'éloigner de la Chanson pour s'orienter vers le théâtre, le cinéma et la télévision où, durant les années 80, on la vit, entre autres, tenant un rôle terrifiant de « J.R. » au féminin en chaise roulante dans la série « Orages d'été ». Elle animera également le restaurant mythique de la Tour Eiffel. A l'aube de ses 91 printemps, elle a été décorée de la Légion d'Honneur le 9 janvier 2009.


Aphrodite's Child : « Rain and tears » (1968)


D'origine grecque, la formation est composée d'Evangelos Odysseas Papathanassiou (qui s'appellera plus tard, et plus simplement, Vangelis), Demis Roussos (qui fera la carrière que l'on sait, avec des hauts et des bas) et de deux autres membres qui feront beaucoup moins parler d'eux après la dissolution du groupe : Lucas Sideras et Silver Koulouris. Vangelis officie aux instruments suivants : orgue, piano, flûte et percussions tandis que Demis est la voix du groupe et s'accompagne à la guitare basse. Lucas est le batteur et apporte un soutien vocal supplémentaire; Silver, quant à lui, s'occupe de la section « cordes » (essentiellement des guitares) et, éventuellement, des percussions lorsque Vangelis joue d'un autre instrument (sur l'album « 666 »). La formation voulait partir pour Londres mais refoulée par les douaniers de Douvres pour non détention d'un permis de travail en bonne et due forme, elle se retrouve à Paris qui est secouée par les événements de 1968. Ils signent un contrat avec Phonogram et font la connaissance d'un jeune auteur du nom de Boris Bergman recommandé auprès d'eux par la firme de disques. « Rain and tears » sort peu après et devient rapidement un très gros tube ! Assez bizarrement, on constate que la ligne mélodique est inspirée du « Canon » de Pachelbel. Dans la foulée paraît leur premier album « End of the World ». Avec ce premier grand succès, les propositions pleuvent et la formation fait la première partie du spectacle de Sylvie Vartan à l'Olympia durant une semaine. L'année suivante, en pleine euphorie, le groupe sort un second album qui réédite un succès identique au premier : « It's Five O'Clock » se hisse en effet aux premières places des hits parades belge, hollandais, allemand, français et italien, excusez du peu ! Mais Vangelis désire faire une autre musique, proche de celle qu'il jouait avant de faire partie du groupe (car Demis, Lucas et Silver évoluaient déjà ensemble dans un groupe appelé « Idols » avant que Demis ne rencontre Vangelis durant l'été 1966 et le convainc à tenter une autre aventure avec eux sous le nom d' « Aphrodite's Child »). Ainsi naît, en 1972, un double album sensationnel « 666 » basé sur les versets de l'Apocalypse de Saint-Jean. Résolument tourné vers le Rock progressif, le concept est destiné aux marchés anglais et américain mais marque la fin du groupe suite à des dissensions entre Vangelis et Lucas. Trois albums ponctuent ce groupe certes éphémère mais que 239 apparitions télévisées rendront légendaire...


Patrick Hernandez : « Born to be alive » (1978)


De souches austro-italienne de par son père et espagnole de par sa mère, Patrick voit le jour dans la banlieue parisienne le 6 avril 1949. En 1964, il est en Angleterre pour ses études et il rêve de faire une carrière musicale au travers de sa passion pour les Beatles. Après des études tumultueuses et laborieuses, il entreprend, à l'âge de 19 ans, de voler de ses propres ailes... Mais l'amour le tiendra écarté du droit chemin et nous retrouvons notre ami quelques années plus tard dans les bureaux... de Claude François pour une audition afin de rejoindre l'écurie Flèche ! Ce jour-là, Patrick côtoie une des choristes de Claude qui lui signale qu'un groupe, « Paris-Palace-Hôtel », dont on commence beaucoup à parler, cherche un guitariste-chanteur. A la veille d'appartenir au « Groupe Claude François », Patrick change d'avis et lie son destin à « PPH ». Après 3 « 45 tours » sans succès, le groupe produit par Vanloo et Pellerin disparaît. Nullement découragé, Patrick persévère et présente à Jean Vanloo un projet musical conçu sur d'anciennes chansons de plusieurs pays ayant eu du succès. La chanson est appelée « Born to be alive » et est à tendance « rock ». Mais la vague « Disco » déferle sur cette fin d'année 1978 et Jean Vanloo souhaite modifier la base rythmique de la mélodie afin qu'elle soit « en phase » avec le mouvement musical de l'époque. C'est le « jackpot » ! Le « single » perce d'abord en Italie où son succès lui vaut un Disque d'Or avant de sortir en France l'année suivante. « Born to be alive » s'empare de la première place du hit-parade français en juin 1979 pour ne plus la quitter durant... quatre mois ! La chanson se classe également à la 10ème place des Charts anglais et demeure dans le classement pendant 14 semaines ! Sa sortie aux Etats-Unis est triomphale : les ventes sont phénoménales et permettent à l'artiste de voir son titre atteindre la 16ème position au Billboard. Le disque est vendu à plus de 500.000 exemplaires aux Etats-Unis et sera Disque d'Or ou de Platine dans une cinquantaine de pays. Plus de 25.000.000 de disques s'écouleront à travers le monde... Mais ce prodigieux succès sera sans lendemain. Les chansons suivantes, « Disco Queen » et « I give you a rendez-vous », issues du même 33 tours que « Born to be alive » ne rencontreront pas la même frénésie médiatique. Patrick tentera bien de « relancer la machine » avec « Back to Boogie » (avec son compère Hervé Tholance qui faisait partie de « Paris-Palace-Hôtel »), « Can't keep it up » et « Good bye » mais, à jamais, le « chanteur à la canne » sera et restera attaché à un seul et unique tube...


Chagrin d'Amour : « Chacun fait c'qu'il lui plaît » (1981)


Vous vous souvenez sans doute de ce « méga » tube du début des années 80 (il n'y avait pas un seul jour sans qu'on l'entende à la radio) interprété par ce duo composé de Grégory Ken (de son vrai nom Jean-Pierre Trochu) et de la chanteuse américaine Valli. Avant qu'ils ne se rencontrent, Grégory Ken était déjà « dans le métier » à la fin des années 60 puisqu'il avait enregistré des disques sous le court pseudonyme de « Grégory ». Au début des années 70, on le découvre dans les comédies musicales « Hair » et « Jésus-Christ Superstar » (1971). En 1975, il fait partie de la troupe de « Mayflower : tout va commencer » et en 1979, c'est lui qui interprète le rôle de Ziggy dans la première mondiale de l'opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon : « Starmania ». Son chemin va croiser celui de l'auteur-compositeur Philippe Bourgoin qui veut faire un « rap » sur un texte racontant les frasques d'un alcoolique, un soir de détresse, qui rencontre une « blonde platine »... Dès la sortie du disque, 35.000 45 tours se vendront par jour ! L'album intitulé tout simplement « Chagrin d'Amour » suit le single avec un autre titre qui sortira également en 45 tours : « Bonjour, v'là les nouvelles ». Des noms connus proches de... Claude François participent à l'enregistrement : Alain Chamfort apporte sa contribution sur les arrangements musicaux de 4 des 15 morceaux qui constituent l'album et Slim Pezin a collaboré sur pas moins de 12 chansons ! Un second 30 cm, « Mon Bob et moi », sort en 1984 dont seront extraits deux 45 tours : « Monte Carlo » et « Papa Scratch ». Mais la belle mécanique se grippe déjà et le duo se sépare... Valli et Grégory partent chacun de leur côté. Grégory enregistre encore 2 45 tours en solo : « Poursuite » en 1985 avec un certain... Patrick Bruel et « Prête-moi ton amour » en 1989, une adaptation française réussie du célèbre tube « Tell it like it is » des « Neville Brothers » avant de nous quitter sept ans plus tard... De son côté, Valli sort, en 1986, une jolie reprise d'un succès de Chris Montez, « The more I see you ». Trois autres 45 tours paraissent entre 1987 et 1989 : « Place de la Madeleine », « Voilà la nouvelle » (certainement un petit clin d'œil au titre passé « Bonjour, v'là les nouvelles ») et une reprise de la fameuse chanson « Light my fire » des « Doors ». Depuis, Valli a fait son chemin dans le PAF présentant des émissions sur Europe 2, Canal + pour finalement arriver sur France Inter où elle anime « Système disque » chaque vendredi de 22 h 05 à 23 h où elle tient un rôle de « modératrice » au sein d'un « club de la presse » qui passent, au peigne fin, les derniers albums sortis...


The Fugees : « Killing me softly » (1996)


The Fugees a vraiment été le groupe de l'année 1996 avec leur album "The Score" vendu à 18 millions d'exemplaires et qui s'est propulsé numéro 1 au Billboard, emmené par le gigantesque tube « Killing me softly (with his song) », une reprise de la célèbre chanson que Roberta Flack avait enregistrée en 1973. Avec un répertoire contenant des genres musicaux tels que le hip-hop, la soul et le reggae, le groupe, composé de Wyclef Jean, Lauryn Hill et Pras Michel, a récolté deux Grammy Awards en 1997 (l'année de leur séparation !) pour le meilleur album rap de l'année et le single a été récompensé pour la meilleure performance vocale rhythm'n'blues.  Avant cette consécration, les trois protagonistes avaient sorti en 1994 un premier album « Blunted on reality » dont les titres « Nappy heads » et « Vocab » s'étaient dégagés. Mais cette première « expérience » n'est rien comparée au déferlement médiatique qui a suivi la parution de « The Score », surtout grâce à la formidable reprise de la chanson de cet article mais également par la géniale réinterprétation du tube « No Woman No Cry » de Bob Marley & The Wailers. A la dissolution du groupe, les trois membres ont entrepris une carrière solo. Lauryn Hill s'est occupée de son album « The Miseducation of Lauryn Hill » qui a été très bien accueilli par la critique, Wyclef Jean a produit des disques, notamment, pour les « Destiny's Child » et Carlos Santana tandis que Pras Michel a participé, en 1998, à la chanson de la bande originale du film « Bulworth », de et avec Warren Beatty, dont la musique a été composée par Ennio Morricone. Les Fugees se sont reformés pour une tournée européenne du 30 novembre au 20 décembre 2005; ils n'étaient plus réapparus ensemble sur une scène depuis 1997. Préalablement, ils avaient sorti un nouveau single début novembre dont le titre « Take it easy » a pu même être disponible sur Internet. En février 2006, une autre chanson « Foxy » était mise en ligne mais ce retour que les fans attendaient tant ne sera en fait qu'un feu de paille, Wyclef Jean jetant l'éponge devant le comportement rébarbatif de Lauryn Hill et déclarant même qu'elle avait un besoin urgent de se faire soigner...
 


Juanes : « La Camisa Negra » (2004)


Juan Esteban Aristizábal Vásquez
est né le 9 août 1972 à Medellin, en Colombie. Son nom d'artiste provient de son premier prénom et de la première syllabe du deuxième. Il apprend la musique très tôt, à l'âge de sept ans. A 15 ans, il est le leader d'un groupe de métal, « Ekhymosis », avec lequel il enregistre cinq albums. Après 12 ans, il quitte le groupe pour entamer une carrière solo. Ses influences musicales sont multiples : de Los Visconti (folklore argentin) à... Metallica, en passant par Carlos Gardel, Led Zeppelin et Jimi Hendrix. Il arrive à Los Angeles en 1998 et fait paraître son premier album solo en 2000 : « Fijate bien » qui allie cumbia (genre musical colombien dominé par les percussions et les flûtes), salsa, rock et funk. Suite à cet album dont les thèmes principaux sont la violence, la conscience sociale et la perte d'être chers, Juanes est nominé sept fois aux « Latin Grammy Awards ». Trois récompenses lui sont décernées dont celle de « Meilleur Nouvel Artiste de l'année ». En 2002, il sort un nouvel album : « Un Dia normal » (« Une journée ordinaire »), qui évoque la famille, l'amour, la passion et la spiritualité, et dans lequel figure un duo avec Nelly Furtado sur « Fotographía ». Le premier single issu de cet album est « A Dios le pido » (« Je demande à Dieu »), une prière pour la paix qui devient numéro 1 dans 12 pays sur 3 continents différents et qui restera pendant 47 semaines dans le classement « Hot Latin Tracks » du Billboard. Dans son pays natal, la chanson sera numéro 1 pendant 4 mois consécutifs, reléguant au rang de « faire valoir » la plantureuse Shakira... « Un Dia normal » est un immense succès puisqu'il est certifié « Disque de Platine » en Colombie, au Mexique et en Espagne ainsi que sur le marché latino-américain des Etats-Unis. Dès sa sortie, il est à la deuxième place du « Top Latin Albums » du Billboard. Juanes est nominé dans trois catégories différentes aux « Latin Grammy Awards » de 2002 pour la chanson « A Dios le pido » : « Chanson de l'année », « Meilleure chanson rock » et « Meilleure vidéo musicale ». L'album suivant « Mi sangre » (2004) est celui qui va permettre à Juanes de se faire connaître hors de ses frontières, surtout avec le titre emblématique « La Camisa Negra ». 4.000.000 d'exemplaires de cet album trouveront acquéreurs de par le monde dont 300.000 rien que pour la France. Deux autres titres se démarquent également : « Sueños » et « Que pasa ? » dans lesquels il aborde la bêtise des conflits sur notre planète. Enfin, en 2007, c'est « La Vida Es un Ratico » qui aboutit dans les bacs des disquaires, un quatrième album solo plus latino-rock que jamais. Juanes aborde également un nouveau look : sa longue chevelure désordonnée fait désormais place à une coiffure mieux soignée et plus courte. L'album, quant à lui, est sans surprises, c'est la « bonne vieille recette » avec toujours des rythmes effrénés et très dansants (« Clase de amor » et « Tres »), alternés avec de gentilles ballades. 

Par BERNIE - Publié dans : COMEBACK !
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