« Mais quand le matin » est, sans doute avec
« Comme d’habitude », un succès incontournable qui a eu un tel impact qu’il a marqué l’année 1967 dans le répertoire de Claude François. Non seulement,
il paraît en juin 1967 en 45 tours aux côtés de 3 autres titres (« Hip hip hip hurrah », « Dans une larme » et « Il faut être
deux »), mais il figure aussi dans l’album qui sort en décembre de la même année avec d’autres chansons d’anthologie telles « Comme d’habitude »,
« Pardon » et « L’homme au traîneau ». Claude François a le vent en poupe. Il sait, mieux que quiconque, qu’il faut faire la part belle aux musiques qui « accrochent », aux rythmes endiablés qui permettent de mettre en valeur ses jolies danseuses, désormais baptisées « Les Clodettes ».
A l’écriture du texte de cette chanson, un parolier de grand talent : Gilles
Thibaut, décédé en 2000 à l’âge de 73 ans. Il composa également pour Johnny Hallyday « Cheveux longs et idées courtes » (qui figure sur l’un
des albums mythiques du rocker « La Génération Perdue » en 1966), l’inoubliable « Que je t’aime » en 1969, l’intégralité des textes de
l’album « Hamlet », précurseur du rock progressif et injustement snobé dès sa sortie en 1976, et « Ma gueule » en 1979.
Il fit partie
du trio de choc avec Claude François et Jacques Revaux qui fut à l’origine du futur hit mondial « Comme d’habitude » qui eut la
particularité d’ouvrir le premier album de Cloclo sous son propre label Flèche; il signa également, pour ce même album, « Je veux chaque dimanche une
fleur » (avec Eric Charden à la conduite musicale), « Pourquoi », l’adaptation d’un standard de la pop de
Macauley et Mac Leod (« Baby now that I’ve found you » interprétée à l’origine par le groupe « The
Foundations », numéro 1 en Angleterre, en novembre 1967 pendant 2 semaines), « Le Martien », tiré de l’original « Flowers in the
rain » (créé par Roy Wood, un pur rock psychédélique qui sera repris par Nancy Sinatra et plus récemment en 2007 par le quatuor
anglais The Kaiser Chiefs), « La plus belle chose au monde » du célébrissime « Massachussetts » des Bee
Gees, « Pardon » avec une musique immensément émouvante de Jean Renard (qui composa aussi pour Johnny), « L’homme au
traîneau » (l’adaptation de « Carrie Ann » de Nash, Hicks et Clarke pour le fameux groupe
« The Hollies »), « Rien, rien, rien » (adapté de « I was made to love her » du génial Stevie
Wonder) et enfin « Ma fille » (dont l’original fut composé en 1964 par Smokey Robinson, un pur « soul » Tamla Motown, sous le titre
« My Guy »). L’impact lyrique de Gilles Thibaut sur cet album est indéniable : il se charge de l’écriture de dix des onze chansons qui le composent; le texte de « Ce soir je vais boire » ayant été sorti de l’imagination fatiguée de Jacques Revaux, dénué de tout charme et occulté par la qualité de « Comme d’habitude »…
En ce qui concerne la musique, c’est un jeune compositeur promis à un bel avenir qui s’en occupe : Eric Charden. Ce dernier a percé
grâce au titre « Amour, limite zéro » paru en 1965 et le style « dylanesque » plaît beaucoup à Claude. Celui-ci n’a pas son pareil pour débusquer de jeunes
loups aux dents longues. Son intuition se révèlera payante puisque cette chanson figurera désormais dans les « classiques » et tutoiera d’ autres succès, à consonance « soul »
tels que « C’est la même chanson » et « Cherche ». Par ailleurs, Eric Charden triomphera fin de l’année 1967 avec
« Le monde est gris, le monde est bleu ». A partir de 1971, il enchaînera les tubes avec son épouse Stone sous le fameux duo
« Stone et Charden », citons entre autres, « L’avventura », « Il fait du soleil sur la France », « Le
prix des allumettes » et « Made in Normadie ». En 1975, le couple se sépare alors qu’Eric triomphe en solo avec « 14 ans, les
gauloises ». La même année, il crée la comédie musicale « Mayflower » qui retrace le périple des premiers colons européens vers l’Amérique. En 1977, il
continue seul sa carrière et collabore avec Didier Barbelivien; de cette association naissent deux tubes : « Joue contre joue, 16 ans, 16
ans » et « Pense à moi ». Cependant, Stone et Eric resteront les meilleurs amis du monde et reformeront leur duo légendaire le temps de 3 chansons :
« Tous les avions sont des oiseaux » en 1978, « Carmen » et « Mon père qui chantait » en 1983. Entre-temps, Eric
composera en 1979 son plus gros succès en solo : « L’été s’ra chaud ». Pour la petite histoire, sachez enfin qu’il est également, la même année, à l’origine des
génériques des dessins animés « Albator » et « San Ku Kaï ».« Mais quand le matin » a la particularité de nous susciter des sentiments nourris de peur, d’angoisse, de mystère et de fantastique, non seulement par le texte en lui-même (qui fut retravaillé pour la sortie en disque, une première ébauche ayant été présentée en exclusivité pour l’émission « Tilt Magazine » de Michel Drucker le 29 juin 1967) mais également et surtout par la partition musicale riche en cordes (importante section de violons dès le début et omniprésente durant toute la durée du morceau), en cuivres (trompettes dans le refrain et saxophones dans la seconde partie de deux des trois couplets) et en « batterie-basse » qui avait de fortes corrélations avec la « british beat » employée en Angleterre par des groupes aussi réputés que The Beatles, The Rolling Stones, The Who, The Yardbirds ainsi que d’autres célèbres artistes tels que Rod Stewart, Paul et Barry Ryan. Soulignons pour terminer l’excellente orchestration dirigée par Reg Guest qui eut le privilège de travailler pour des sommités comme Sinatra, Sammy Davis Jr, Tom Jones et Dusty Springfield.
Voici la première version de la chanson que Claude présenta chez son ami Drucker dans « Tilt Magazine » ainsi que celle en italien, « Se Torni Tu », que Claude enregistra en 1969 et pour laquelle il fit une apparition très remarquée dans un show retransmis à la RAI :
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Une
photo inédite de Claude François à Leysin préparant un "copion" géant pour l'interprétation d'une chanson...



























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