Comme beaucoup, j'ai véritablement découvert Jacques
Brel peu après sa disparition. Je connaissais l'artiste, bien sûr, mais je n'étais pas particulièrement attiré par son univers musical. Voici plus de 20 ans, un ex collègue de travail me
prêta l'intégrale en vinyle et je l'enregistrai sur cassettes. Je fus littéralement conquis et séduit par la sensibilité, l'émotion mais aussi la colère qui se dégageaient de ses textes.
L'article que je vous propose sur Jacques Brel sera composé de deux parties. Il s'inscrit, non pas dans "Chanson Française", mais bien dans une toute nouvelle
rubrique intitulée "Made in Belgium" qui sera exclusivement destinée aux artistes belges. La première est consacrée à une
biographie résumée, année après année, aux faits les plus marquants, illustrée d'extraits de sa discographie en 33 tours qui, depuis le 25ème anniversaire, ont été réédités en CD. La
deuxième vous renseignera sur les produits qui sont sortis à l'occasion du 30ème anniversaire de sa disparition.
Jacques Brel naît à Schaerbeek, une commune de l'entité de Bruxelles, le 8 avril 1929. Ses
parents exploitent une entreprise d'emballage. Il fréquente le Collège Saint-Louis avec son frère aîné Pierre. N'ayant que peu d'enthousiasme pour les études, il est
néanmoins attiré par les cours de français et plus particulièrement par la lecture. Devant son laxisme scolaire, son père l'intègre dans sa société. Cette « promotion » ne le satisfait
pas, loin de là... Il s'initie au Théâtre par l'entremise d'une association philanthropique appelée « La Franche Cordée » au sein de laquelle il rencontrera sa future épouse,
Thérèse Michielsen, dite « Miche ». Doué pour l'écriture, il met ses textes en musique, en s'accompagnant à la guitare ou en les jouant sur le piano
familial.
Jacques se marie avec « Miche » le 1er juin 1950 et lui donne 3
filles : Chantal, le 6 décembre 1951, ensuite, France, le 12 juillet 1953 et enfin, Isabelle, en août 1958, pour laquelle il écrira une
chanson du même nom. A partir de 1952, Jacques crée ses premières chansons qu'il interprète quand la famille se réunit où lorsqu'il réussit à se faire engager pour des soirées
dans des cabarets bruxellois. En 1953, il sort un 78 tours chez Philips avec deux titres : « La Foire » et « Il y
a » qui se vendra à 200 exemplaires seulement mais qui le fera remarquer auprès de Jacques Canetti, propriétaire du célèbre cabaret « Les Trois
Baudets » qui l'encourage à partir pour Paris.
En juillet de la même année, il rencontre Georges Brassens qui lui prodigue quelques conseils et l'encourage à continuer dans la même voie. Au printemps 1954, Jacques décide de s'installer définitivement à Paris où Jacques Canetti et Patachou le font chanter dans leur établissement. Il obtient même en juillet un premier passage à l'Olympia « en supplément de programme » et impressionne tellement Bruno Coquatrix que celui-ci s'empresse de le solliciter pour une prochaine prestation.
1954, c'est aussi l'année de son premier 33 tours « 25 cm » avec « La
haine », « Grand Jacques », « Il pleut », « Le diable »,
« Il peut pleuvoir », « Il nous faut regarder », « Le fou du roi »,
« C'est comme ça » et « Sur la place ». En janvier 1955, Jacques Brel fait, pour la première fois, un
récital en vedette à l'Ancienne Belgique à Bruxelles. Le mois suivant, il fait la connaissance de Georges Pasquier qu'il surnommera affectueusement
« Jojo » et qui deviendra son meilleur ami. Au mois de mars, il emménage à Montreuil-sous-Bois avec « Miche », Chantal (4 ans) et
France (2 ans).
En mai 1956, il enregistre une chanson qui deviendra l'un de ses plus grands succès :
« Quand on n'a que l'amour ». Celle-ci fait partie d'un nouveau « 25 cm » avec, entre autres, « La bourrée du
célibataire », « J'en appelle », « Les blés », qui est récompensé par l'Académie Charles
Cros. C'est cette année-là qu'il croise le chemin du pianiste François Rauber qui l'accompagnera sur scène. Mais en 1957, ce dernier le quitte pour terminer ses études au
Conservatoire de Musique. C'est Gérard Jouannest, en novembre 1957, qui devient le pianiste attitré de Brel avant que Rauber ne revienne,
auréolé de son diplôme, afin de s'occuper des arrangements musicaux. Les deux musiciens formeront avec Brel un trio magique et seront désormais indissociables. En février 1958,
fatiguée de subir le métier exigeant de son mari, « Miche » rentre à Bruxelles tandis que Jacques garde un pied-à-terre à proximité de la place de Clichy
pour les rares fois où il doit revenir à Paris. Après une tournée au Canada où il rencontre Félix Leclerc, Jacques passe en « vedette
américaine » de Philippe Clay, en novembre, à l'Olympia.
Rayon chanson, c'est « Au printemps » qui recueille le plus de suffrages.
1959 est une grande année pour Jacques Brel. Non seulement il paraphe un nouveau contrat chez sa maison de disques, Philips, mais il compose aussi l'une des plus belles chansons de
tous les temps : « Ne me quitte pas » qui figure sur un nouveau « 25 cm » avec « La valse à mille
temps », « Les Flamandes » et « Isabelle » qu'il a écrite à l'occasion de la naissance, en août 1958,
de sa troisième fille.
Après avoir été à nouveau à l'affiche à l'Ancienne Belgique, en mars 1960, et donné un récital au Caire en octobre, Jacques enregistre un autre « 25 cm »
avec notamment « Marieke », « On n'oublie rien » et « Les singes ». Il étoffe sa
petite équipe de musiciens en engageant l'accordéoniste Jacques Corti et fait l'Olympia en « vedette » au mois d'octobre suite à la demande expresse de
Bruno Coquatrix surpris par le désistement soudain de Marlène Dietrich.
1962 représente un changement dans la carrière discographique de Jacques Brel puisqu'il s'unit
à l'empereur du Disque, Eddie Barclay avec qui il signe un contrat de 5 ans, lequel sera reconduit en 1967 pour une nouvelle période de 6 ans puis en 1971 pour une durée de...
33 ans ! En mars, Jacques se met directement au travail et enregistre de nouvelles chansons dont « Le plat pays »,
« Madeleine », « Bruxelles », « Rosa » et « Les
biches ». Suivront « Les bigotes », « Les vieux » et encore une très jolie chanson :
« La fanette ».
Le 23 juillet, Jacques Brel est au Casino de Knokke pour la 5ème Coupe
d'Europe de Tour de Chant et présente, en exclusivité, sa nouvelle chanson « Mathilde » qui devient un « classique ». 1964 est
synonyme de nouveaux gros succès pour Jacques qui prend l'apparence, bien malgré lui, d'une « machine à tubes » avec
« Titine », « Jef », « Au suivant » mais aussi et surtout l'immense, le fabuleux
« Amsterdam ». Mais 1964 est aussi synonyme de malheur avec la perte successive de son père, Romain, en janvier, et de sa mère,
Elisabeth, à peine quelques semaines après, au mois de mars. En 1965, la carrière de Jacques Brel prend une dimension internationale. Après un récital aux Pays
Bas, il fait un triomphe au Théâtre d'Estrade à Moscou en octobre avant de s'envoler, en décembre, pour les Etats-Unis, pour un unique concert au Carnegie Hall de
New-York.
Côté chansons, il termine l'année avec « Fernand », « Les
désespérés » et la magnifique « Ces gens-là ». L'année suivante, Jacques entreprend une grande tournée africaine qui le
conduit à Djibouti et à Madagascar avant de se produire à La Réunion et à l'Ile Maurice. C'est en gala à Vittel qu'il choisit le moment pour annoncer à ses musiciens son intention d'arrêter
définitivement la scène. Sa décision sera irrévocable. La fin de l'année est consacrée à ses adieux aux publics parisien, du 6 octobre au 1er novembre à l'Olympia, et
bruxellois, le 15 novembre, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Toutefois, Jacques n'arrête pas la chanson; au contraire, il ajoute de nouveaux titres à son
répertoire tels que « La chanson des vieux amants » et « Fils de... » qui paraissent en 1967. Après une dernière tournée
au Maroc ainsi qu'au Québec, Jacques donne son dernier concert à Roubaix le 16 mai. Débarrassé de la scène, il se tourne vers le cinéma et fait étalage de son énorme potentiel
de comédien dans le film d'André Cayatte, « Les risques du métier » dont il entame le tournage le 19 juillet. Encouragé par ce
premier grand succès cinématographique, Jacques joue dans « La bande à Bonnot » de Philippe Fourastié en mars 1968 avant de
reprendre les chemins du studio pour enregistrer les légendaires « Vesoul », « J'arrive » et « La
bière ».
Cependant, un autre projet mûrit dans la tête de Jacques : adapter « L'Homme
de la Mancha », une comédie musicale américaine tirée du roman « Don Quichotte » de Cervantès. Après des répétitions menées en août au
Théâtre des Champs-Elysées, la primeur est accordée au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le 4 octobre, avec Dario Moreno dans le rôle de Sancho
Pança. Malheureusement, Dario Moreno décède peu après à l'aéroport d'Istanbul et est remplacé par Robert Manuel.
En novembre, Mort Shuman crée une comédie musicale sur Jacques Brel qu'il
intitule « Jacques Brel is alive and well and living in Paris » et il choisit Londres pour la présenter. C'est le 11 décembre au Théâtre des Champs-Elysées
que le public parisien découvre « L'Homme de la Mancha » qui ne sera jamais ni filmé, ni enregistré (un comble !). Excepté les chansons qu'il interprète pour la
bande originale du dessin animé « Tintin et le Temple du Soleil », les trois années qui suivent seront donc presqu'exclusivement consacrées au cinéma avec, en
juillet 1969, « Mon Oncle Benjamin », en juin 1970, « Mont-Dragon », et, en 1971, Jacques, très actif, réalise son
premier film « Franz » (avec Barbara) avant de tourner dans « Les assassins de l'ordre » en mai et dans la super
production de Claude Lelouch, « L'aventure, c'est l'aventure » au mois de novembre, aux côtés de Lino Ventura, Charles
Denner, Charles Gérard, Aldo Maccione et un certain... Johnny Hallyday dans son propre rôle ! C'est au cours de ce film
qu'il fait la rencontre de Maddly Bamy, ancienne Clodette, qui deviendra sa future compagne jusqu'à sa mort. En 1972, après avoir assisté à New-York au gala des 5 ans
de création de « Jacques Brel is alive and well and living in Paris », Jacques Brel fait la promo de « Franz » en mars et
de « L'aventure, c'est l'aventure » en mai avant d'entreprendre le tournage du film « Le bar de la fourche » d'Alain
Levent et de faire un bref retour au disque avec la réorchestration d'anciennes chansons dont « Ne me quitte pas », « Le
prochain amour », « Je ne sais pas », « Marieke », « On n'oublie
rien », « Les Flamandes », « Les prénoms de Paris », « Le
moribond », « La valse à mille temps », « Quand on n'a que l'amour » et « Les
biches ».
En août et septembre, il se consacre à son deuxième film en tant que réalisateur : « Far West » qui, comme « Franz », ne recueillera pas le succès escompté auprès du public. En juin 1973, par contre, il retrouve Lino Ventura dans « L'emmerdeur » d'Edouard Molinaro, inspiré d'une pièce de théâtre de Francis Veber. Cette fois, la critique est unanime : Jacques Brel fait une remarquable prestation dans ce long métrage qui sera... son dernier. En novembre, il concrétise une ambition : amoureux de la mer, il effectue la traversée de l'Atlantique à bord d'un « bateau-école », « Le Korrig ». Enthousiasmé par cette expérience, il achète, fin février 1974, un voilier « L'Askoy II » avec lequel il envisage de faire le tour du monde pendant 3 ans. Deux terribles nouvelles vont pourtant obscurcir son horizon : il apprend en septembre le décès de Gérard Pasquier dit « Jojo », son ami de toujours, et, en octobre, une tumeur au poumon gauche l'oblige à subir une intervention chirurgicale. Pourtant, en décembre, il repart pour une nouvelle traversée de l'Atlantique avec son voilier amarré aux Iles Canaries. Jacques est fou de sa nouvelle vie : il passera 1975 sur les mers du globe. Après être arrivé à Fort-de-France, il met le cap sur les Antilles et le Canal de Panama avant de se fixer à Hiva Oa, dans l'archipel des Iles Marquises après 59 jours de traversée dans le Pacifique. Toutefois, ses problèmes de santé le ramènent à une dure réalité : en février 1976, il retourne à Bruxelles pour passer de nouveaux examens médicaux. Ces contrariétés à peine terminées, il repart à Atuona, sur l'île d'Hiva Oa, afin de louer une petite maison et décide de vendre son voilier. En juillet, il repasse un brevet de pilote de bimoteur pour lequel il était déjà qualifié depuis 1970 afin d'aller plus facilement d'Hiva Oa à Tahiti et rendre ainsi de nombreux services à la population locale en mal de déplacement. En 1977, c'est une bombe qui éclate dans le milieu artistique : Jacques Brel revient à la chanson avec l'enregistrement de nouvelles chansons inédites ! Le 17 novembre, les disquaires sont envahis de ce 33 tours à la pochette mythique décorée de son nom en grandes lettres transparentes aux contours blancs sur fond de ciel bleu parsemé de nuages. Le disque est un prodigieux succès et contient de sublimes chansons dont « Vieillir », « Orly », « Les remparts de Varsovie », « Voir un ami pleurer », « Jojo » et bien sûr « Les Marquises ».
"Les Marquises"
Fin 1977, Jacques repart pour les Iles Marquises mais il sait que ses jours sont comptés. En juillet 1978, il revient à Paris pour suivre un dernier traitement. Le 7 octobre,
très malade, il est contraint à être hospitalisé à Bobigny, en région parisienne. Il souffre d'une embolie pulmonaire qui l'emporte dans un dernier sommeil le 9 octobre à 4 heures 10. Il repose
sur l'île d'Hiva Oa à proximité de la tombe du célèbre peintre Gauguin. En 2003, pour commémorer le 25ème anniversaire de sa disparition, une nouvelle intégrale
sort, enfouie dans une boîte à bonbons avec, sur le dernier album, cinq chansons jamais parues jusqu'alors : « La cathédrale »,
« L'amour est mort », « Mai 40 », « Avec élégance » et « Sans
exigences » enregistrées entre le 5 septembre et le 1er octobre 1977. Aujourd'hui, 30 ans après, le mythe « Brel » reste
intact...
Le dernier portrait du vivant de Brel publié par "Match"
Le lien avec Claude François !
Evidemment, le lien entre Cloclo et Jacques Brel, c'est l'ex
« Capitaine » des Clodettes : Maddly Bamy. Maddly a rencontré Claude François par l'intermédiaire de
son frère Erick dont l'imprésario n'était autre que Paul Lederman. Pendant une courte période, Erick assura même les premières parties
des spectacles de Cloclo en s'inspirant de James Brown, ce qui ne plaisait pas du tout à Cloclo qui, également influencé par le
« Godfather of Soul » pour ses chorégraphies ainsi que le final de son show, somma Lederman de l'éjecter. Pour en revenir à Maddly,
l'engagement fut conclu rapidement au cours d'un dîner soigneusement organisé par Claude qui la désigna responsable pour le recrutement de futures danseuses.
Maddly s'acquitta très honorablement de sa tâche mais ne voulant pas subir le même sort de certaines de ses collègues qui voulait qu'elles finissent finalement dans le lit des
musiciens, elle le quitta au terme de la tournée en Italie. Elle fit donc partie de son équipe de fin 1967, un peu avant la parution de son premier album (« Comme
d'habitude ») sous le label « Flèche », jusque fin août 1969...
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
























Derniers Commentaires