Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 17:53

Comme beaucoup, j'ai véritablement découvert Jacques Brel peu après sa disparition. Je connaissais l'artiste, bien sûr, mais je n'étais pas particulièrement attiré par son univers musical. Voici plus de 20 ans, un ex collègue de travail me prêta l'intégrale en vinyle et je l'enregistrai sur cassettes. Je fus littéralement conquis et séduit par la sensibilité, l'émotion mais aussi la colère qui se dégageaient de ses textes. L'article que je vous propose sur Jacques Brel sera composé de deux parties. Il s'inscrit, non pas dans "Chanson Française", mais bien dans une toute nouvelle rubrique intitulée "Made in Belgium" qui sera exclusivement destinée aux artistes belges.  La première est consacrée à une biographie résumée, année après année, aux faits les plus marquants, illustrée d'extraits de sa discographie en 33 tours qui, depuis le 25ème anniversaire, ont été réédités en CD. La deuxième vous renseignera sur les produits qui sont sortis à l'occasion du 30ème anniversaire de sa disparition.

Jacques Brel naît à Schaerbeek, une commune de l'entité de Bruxelles, le 8 avril 1929. Ses parents exploitent une entreprise d'emballage. Il fréquente le Collège Saint-Louis avec son frère aîné Pierre. N'ayant que peu d'enthousiasme pour les études, il est néanmoins attiré par les cours de français et plus particulièrement par la lecture. Devant son laxisme scolaire, son père l'intègre dans sa société. Cette « promotion » ne le satisfait pas, loin de là... Il s'initie au Théâtre par l'entremise d'une association philanthropique appelée « La Franche Cordée » au sein de laquelle il rencontrera sa future épouse, Thérèse Michielsen, dite « Miche ». Doué pour l'écriture, il met ses textes en musique, en s'accompagnant à la guitare ou en les jouant sur le piano familial.   

Jacques se marie avec « Miche » le 1er juin 1950 et lui donne 3 filles : Chantal, le 6 décembre 1951, ensuite, France, le 12 juillet 1953 et enfin, Isabelle, en août 1958, pour laquelle il écrira une chanson du même nom. A partir de 1952, Jacques crée ses premières chansons qu'il interprète quand la famille se réunit où lorsqu'il réussit à se faire engager pour des soirées dans des cabarets bruxellois. En 1953, il sort un 78 tours chez Philips avec deux titres : « La Foire » et « Il y a » qui se vendra à 200 exemplaires seulement mais qui le fera remarquer auprès de Jacques Canetti, propriétaire du célèbre cabaret « Les Trois Baudets » qui l'encourage à partir pour Paris.

"La Foire"

En juillet de la même année, il rencontre Georges Brassens qui lui prodigue quelques conseils et l'encourage à continuer dans la même voie. Au printemps 1954, Jacques décide de s'installer définitivement à Paris où Jacques Canetti et Patachou le font chanter dans leur établissement. Il obtient même en juillet un premier passage à l'Olympia « en supplément de programme » et impressionne tellement Bruno Coquatrix que celui-ci s'empresse de le solliciter pour une prochaine prestation.

 "Grand Jacques"


1954, c'est aussi l'année de son premier 33 tours « 25 cm » avec « La haine », « Grand Jacques », « Il pleut », « Le diable », « Il peut pleuvoir », « Il nous faut regarder », « Le fou du roi », « C'est comme ça » et « Sur la place ». En janvier 1955, Jacques Brel fait, pour la première fois, un récital en vedette à l'Ancienne Belgique à Bruxelles. Le mois suivant, il fait la connaissance de Georges Pasquier qu'il surnommera affectueusement « Jojo » et qui deviendra son meilleur ami. Au mois de mars, il emménage à Montreuil-sous-Bois avec « Miche », Chantal (4 ans) et France (2 ans).

"Quand on n'a que l'amour"


En mai 1956, il enregistre une chanson qui deviendra l'un de ses plus grands succès : « Quand on n'a que l'amour ». Celle-ci fait partie d'un nouveau « 25 cm » avec, entre autres, « La bourrée du célibataire », « J'en appelle », « Les blés », qui est récompensé par l'Académie Charles Cros. C'est cette année-là qu'il croise le chemin du pianiste François Rauber qui l'accompagnera sur scène. Mais en 1957, ce dernier le quitte pour terminer ses études au Conservatoire de Musique. C'est Gérard Jouannest, en novembre 1957, qui devient le pianiste attitré de Brel avant que Rauber ne revienne, auréolé de son diplôme, afin de s'occuper des arrangements musicaux. Les deux musiciens formeront avec Brel un trio magique et seront désormais indissociables. En février 1958, fatiguée de subir le métier exigeant de son mari, « Miche » rentre à Bruxelles tandis que Jacques garde un pied-à-terre à proximité de la place de Clichy pour les rares fois où il doit revenir à Paris. Après une tournée au Canada où il rencontre Félix Leclerc, Jacques passe en « vedette américaine » de Philippe Clay, en novembre, à l'Olympia.


"Ne me quitte pas"


Rayon chanson, c'est « Au printemps » qui recueille le plus de suffrages. 1959 est une grande année pour Jacques Brel. Non seulement il paraphe un nouveau contrat chez sa maison de disques, Philips, mais il compose aussi l'une des plus belles chansons de tous les temps : « Ne me quitte pas » qui figure sur un nouveau « 25 cm » avec « La valse à mille temps », « Les Flamandes » et « Isabelle » qu'il a écrite à l'occasion de la naissance, en août 1958, de sa troisième fille.

"La valse à mille temps"


Après avoir été à nouveau à l'affiche à l'Ancienne Belgique, en mars 1960, et donné un récital au Caire en octobre, Jacques enregistre un autre « 25 cm » avec notamment « Marieke », « On n'oublie rien » et « Les singes ». Il étoffe sa petite équipe de musiciens en engageant l'accordéoniste Jacques Corti et fait l'Olympia en « vedette » au mois d'octobre suite à la demande expresse de Bruno Coquatrix surpris par le désistement soudain de Marlène Dietrich.


"Marieke"


1962 représente un changement dans la carrière discographique de Jacques Brel puisqu'il s'unit à l'empereur du Disque, Eddie Barclay avec qui il signe un contrat de 5 ans, lequel sera reconduit en 1967 pour une nouvelle période de 6 ans puis en 1971 pour une durée de... 33 ans ! En mars, Jacques se met directement au travail et enregistre de nouvelles chansons dont « Le plat pays », « Madeleine », « Bruxelles », « Rosa » et « Les biches ». Suivront « Les bigotes », « Les vieux » et encore une très jolie chanson : « La fanette ».

"Le plat pays"


"La fanette"


Le 23 juillet, Jacques Brel est au Casino de Knokke pour la 5ème Coupe d'Europe de Tour de Chant et présente, en exclusivité, sa nouvelle chanson « Mathilde » qui devient un « classique ». 1964 est synonyme de nouveaux gros succès pour Jacques qui prend l'apparence, bien malgré lui, d'une « machine à tubes » avec « Titine », « Jef », « Au suivant » mais aussi et surtout l'immense, le fabuleux « Amsterdam ». Mais 1964 est aussi synonyme de malheur avec la perte successive de son père, Romain, en janvier, et de sa mère, Elisabeth, à peine quelques semaines après, au mois de mars. En 1965, la carrière de Jacques Brel prend une dimension internationale. Après un récital aux Pays Bas, il fait un triomphe au Théâtre d'Estrade à Moscou en octobre avant de s'envoler, en décembre, pour les Etats-Unis, pour un unique concert au Carnegie Hall de New-York.

"Amsterdam"


"Ces gens-là"


Côté chansons, il termine l'année avec « Fernand », « Les désespérés » et la magnifique « Ces gens-là ». L'année suivante, Jacques entreprend une grande tournée africaine qui le conduit à Djibouti et à Madagascar avant de se produire à La Réunion et à l'Ile Maurice. C'est en gala à Vittel qu'il choisit le moment pour annoncer à ses musiciens son intention d'arrêter définitivement la scène. Sa décision sera irrévocable. La fin de l'année est consacrée à ses adieux aux publics parisien, du 6 octobre au 1er novembre à l'Olympia, et bruxellois, le 15 novembre, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

"La chanson des vieux amants"


Toutefois, Jacques n'arrête pas la chanson; au contraire, il ajoute de nouveaux titres à son répertoire tels que « La chanson des vieux amants » et « Fils de... » qui paraissent en 1967. Après une dernière tournée au Maroc ainsi qu'au Québec, Jacques donne son dernier concert à Roubaix le 16 mai. Débarrassé de la scène, il se tourne vers le cinéma et fait étalage de son énorme potentiel de comédien dans le film d'André Cayatte, « Les risques du métier » dont il entame le tournage le 19 juillet. Encouragé par ce premier grand succès cinématographique, Jacques joue dans « La bande à Bonnot » de Philippe Fourastié en mars 1968 avant de reprendre les chemins du studio pour enregistrer les légendaires « Vesoul », « J'arrive » et « La bière ».

"Vesoul"


Cependant, un autre projet mûrit dans la tête de Jacques : adapter « L'Homme de la Mancha », une comédie musicale américaine tirée du roman « Don Quichotte » de Cervantès. Après des répétitions menées en août au Théâtre des Champs-Elysées, la primeur est accordée au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le 4 octobre, avec Dario Moreno dans le rôle de Sancho Pança. Malheureusement, Dario Moreno décède peu après à l'aéroport d'Istanbul et est remplacé par Robert Manuel.

"La quête"


En novembre, Mort Shuman crée une comédie musicale sur Jacques Brel qu'il intitule « Jacques Brel is alive and well and living in Paris » et il choisit Londres pour la présenter. C'est le 11 décembre au Théâtre des Champs-Elysées que le public parisien découvre « L'Homme de la Mancha » qui ne sera jamais ni filmé, ni enregistré (un comble !). Excepté les chansons qu'il interprète pour la bande originale du dessin animé « Tintin et le Temple du Soleil »,  les trois années qui suivent seront donc presqu'exclusivement consacrées au cinéma avec, en juillet 1969, « Mon Oncle Benjamin », en juin 1970,  « Mont-Dragon », et, en 1971, Jacques, très actif, réalise son premier film « Franz » (avec Barbara) avant de tourner dans « Les assassins de l'ordre » en mai et dans la super production de Claude Lelouch, « L'aventure, c'est l'aventure » au mois de novembre, aux côtés de Lino Ventura, Charles Denner, Charles GérardAldo Maccione et un certain... Johnny Hallyday dans son propre rôle ! C'est au cours de ce film qu'il fait la rencontre de Maddly Bamy, ancienne Clodette, qui deviendra sa future compagne jusqu'à sa mort. En 1972, après avoir assisté à New-York au gala des 5 ans de création de « Jacques Brel is alive and well and living in Paris », Jacques Brel fait la promo de « Franz » en mars et de « L'aventure, c'est l'aventure » en mai avant d'entreprendre le tournage du film « Le bar de la fourche » d'Alain Levent et de faire un bref retour au disque avec la réorchestration d'anciennes chansons dont « Ne me quitte pas », « Le prochain amour », « Je ne sais pas », « Marieke », « On n'oublie rien », « Les Flamandes », « Les prénoms de Paris », « Le moribond », « La valse à mille temps », « Quand on n'a que l'amour » et « Les biches ».

En août et septembre, il se consacre à son deuxième film en tant que réalisateur : « Far West » qui, comme « Franz », ne recueillera pas le succès escompté auprès du public. En juin 1973, par contre, il retrouve Lino Ventura dans « L'emmerdeur » d'Edouard Molinaro, inspiré d'une pièce de théâtre de Francis Veber. Cette fois, la critique est unanime : Jacques Brel fait une remarquable prestation dans ce long métrage qui sera... son dernier. En novembre, il concrétise une ambition : amoureux de la mer, il effectue la traversée de l'Atlantique à bord d'un « bateau-école », « Le Korrig ». Enthousiasmé par cette expérience, il achète, fin février 1974, un voilier « L'Askoy II » avec lequel il envisage de faire le tour du monde pendant 3 ans. Deux terribles nouvelles vont pourtant obscurcir son horizon : il apprend en septembre le décès de Gérard Pasquier dit « Jojo », son ami de toujours, et, en octobre, une tumeur au poumon gauche l'oblige à subir une intervention chirurgicale. Pourtant, en décembre, il repart pour une nouvelle traversée de l'Atlantique avec son voilier amarré aux Iles Canaries. Jacques est fou de sa nouvelle vie : il passera 1975 sur les mers du globe. Après être arrivé à Fort-de-France, il met le cap sur les Antilles et le Canal de Panama avant de se fixer à Hiva Oa, dans l'archipel des Iles Marquises après 59 jours de traversée dans le Pacifique. Toutefois, ses problèmes de santé le ramènent à une dure réalité : en février 1976, il retourne à Bruxelles pour passer de nouveaux examens médicaux. Ces contrariétés à peine terminées, il repart à Atuona, sur l'île d'Hiva Oa, afin de louer une petite maison et décide de vendre son voilier. En juillet, il repasse un brevet de pilote de bimoteur pour lequel il était déjà qualifié depuis 1970 afin d'aller plus facilement d'Hiva Oa à Tahiti et rendre ainsi de nombreux services à la population locale en mal de déplacement. En 1977, c'est une bombe qui éclate dans le milieu artistique : Jacques Brel revient à la chanson avec l'enregistrement de nouvelles chansons inédites ! Le 17 novembre, les disquaires sont envahis de ce 33 tours à la pochette mythique décorée de son nom en grandes lettres transparentes aux contours blancs sur fond de ciel bleu parsemé de nuages. Le disque est un prodigieux succès et contient de sublimes chansons dont « Vieillir », « Orly », « Les remparts de Varsovie », « Voir un ami pleurer », « Jojo » et bien sûr « Les Marquises ». 

 


"Les Marquises"

"Orly" 


Fin 1977, Jacques repart pour les Iles Marquises mais il sait que ses jours sont comptés. En juillet 1978, il revient à Paris pour suivre un dernier traitement. Le 7 octobre, très malade, il est contraint à être hospitalisé à Bobigny, en région parisienne. Il souffre d'une embolie pulmonaire qui l'emporte dans un dernier sommeil le 9 octobre à 4 heures 10. Il repose sur l'île d'Hiva Oa à proximité de la tombe du célèbre peintre Gauguin. En 2003, pour commémorer le 25ème anniversaire de sa disparition, une nouvelle intégrale sort, enfouie dans une boîte à bonbons avec, sur le dernier album, cinq chansons jamais parues jusqu'alors : « La cathédrale », « L'amour est mort », « Mai 40 », « Avec élégance » et « Sans exigences » enregistrées entre le 5 septembre et le 1er octobre 1977. Aujourd'hui, 30 ans après, le mythe « Brel » reste intact...

 

"Avec élégance"



Le dernier portrait du vivant de Brel publié par "Match"

Le lien avec Claude François !

Evidemment, le lien entre Cloclo et Jacques Brel, c'est l'ex « Capitaine » des Clodettes : Maddly Bamy. Maddly a rencontré Claude François par l'intermédiaire de son frère Erick dont l'imprésario n'était autre que Paul Lederman.  Pendant une courte période, Erick assura même les premières parties des spectacles de Cloclo en s'inspirant de James Brown, ce qui ne plaisait pas du tout à Cloclo qui, également influencé par le « Godfather of Soul » pour ses chorégraphies ainsi que le final de son show, somma Lederman de l'éjecter. Pour en revenir à Maddly, l'engagement fut conclu rapidement au cours d'un dîner soigneusement organisé par Claude qui la désigna responsable pour le recrutement de futures danseuses. Maddly s'acquitta très honorablement de sa tâche mais ne voulant pas subir le même sort de certaines de ses collègues qui voulait qu'elles finissent finalement dans le lit des musiciens, elle le quitta au terme de la tournée en Italie. Elle fit donc partie de son équipe de fin 1967, un peu avant la parution de son premier album (« Comme d'habitude ») sous le label « Flèche », jusque fin août 1969...

 

"Le monde est grand, les gens sont beaux" (Maddly est la première Clodette, en partant de la gauche) 
Par BERNIE - Publié dans : Made in Belgium - Communauté : Musiques
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 21:50

est, comme vous vous en doutez, une rubrique essentiellement axée sur les nouveautés. Un choix de CD's dans des genres musicaux différents vous sera régulièrement proposé avec, bien sûr, mon petit système de cotation personnalisé !

*                 Pas mal, sans plus

**               Pas mal du tout

***             Bon

****           Très bon

*****         Super

******       Indispensable, à ne manquer sous aucun prétexte....


Ecoutez d'où ma peine vient - Alain Souchon (EMI)*** 

Depuis déjà quelques mois, le successeur de « La vie Théodore », sorti en septembre 2005, était annoncé; le voici donc sentant bon la nature avec cette pochette très « écolo » où l'on découvre l'éternel ado assis le popotin dans l'herbe avec un gentil âne qui, semble-t-il, a le même regard sur la vie que son célèbre compagnon... Un regard indéfinissable, à la fois triste et mélancolique... Pas gai tout ça ! Mais c'est vrai aussi qu'il est rare de voir Souchon sourire sur une photo... Pour l'inspiration, il aborde des thèmes qui le préoccupent : « Parachute doré », où il tourne en dérision la crise financière en y apportant une couleur musicale aux forts accents « calypso », « Ecoutez d'où ma peine vient » qui résume un sentiment général que chacun d'entre nous peut éprouver à un moment bien précis de son existence, « Elle danse »  où il évoque le triste sort des clandestins africains, « 8 m² » où il dépeint les pénibles conditions d'emprisonnement des femmes. Le dernier titre, « Popopo », pas franchement le meilleur, le seul coécrit avec son pote de toujours, Laurent Voulzy, dresse un portrait nuancé du « Che » au-delà de la légende. Outre la chanson qui donne le titre à l'album, les deux premières plages « Rêveur » (aux relents « country ») et « Les saisons » (un beau slow) constituent d'autres excellentes surprises. On regrettera cependant la reprise de « Bonjour tristesse » déjà présent sur « La vie Théodore » et l'emploi un peu trop prononcé des synthétiseurs sur l'ensemble de l'album qui est loin d'égaler le génie de « Foule sentimentale »...  Enfin, une dernière particularité nostalgique : près de la moitié des textes ont des verbes composés à l'imparfait...

"Ecoutez d'où ma peine vient"

 

"Parachute doré"




Duos - Charles Aznavour (EMI)**

Le 8 décembre est sorti un double CD de Charles Aznavour avec ses plus célèbres chansons et quelques standards interprétés en duo avec divers artistes internationaux comme Frank Sinatra l'avait fait avant de tirer sa révérence... Evidemment, on souhaite que ce ne soit pas prémonitoire et que cette légende de la Chanson Française saura encore nous épater durant de nombreuses années... Allez, Charles, vous pouvez battre le record d'Henri Salvador ! Ce double album est donc constitué de 2 CD, l'un qualifié de « version française » et l'autre de « version internationale ». Trois duos « virtuels » ont été aussi réalisés : avec Edith Piaf sur « C'est un gars », Frank Sinatra sur « Young at heart » (une chanson que Frankie popularisa en 1953 et qu'il chanta avec Doris Day) et Dean Martin sur l'inoubliable « Everybody love somebody sometime ».  Les autres invités sont Céline Dion (« Toi et moi », plutôt anecdotique), Placido Domingo (« Les bateaux sont partis », d'une complicité qui ne s'est pas altérée depuis « Une première danse » lors d'un « Grand Echiquier » de Jacques Chancel), Julio Iglésias (« Que c'est triste, Venise »), Johnny Hallyday (« Il faut savoir »), Laura Pausini (« Paris au mois d'août »), Carole King (« Ton nom »), Sting (« L'amour, c'est comme un jour »), Paul Anka (« Je n'ai pas vu le temps passer »), Josh Groban (« La bohème »), Nana Mouskouri (« Mourir d'aimer »), Liza Minelli (« Quiet Love »), Herbert Grönemeyer (qui c'est celui-là ?, « Mes emmerdes ») ainsi que les inattendus Bryan Ferry (« She ») and last but not least Sir Elton John (« Hier encore ») en personne ! Un bémol : le recto de la pochette grimé d'un portrait pas très actuel du grand Charles... Les concepteurs ne se sont pas foulés ! Soit, ne boudons pas notre plaisir : un bien beau p'tit cadeau à déposer au pied du sapin pour Pépé et Mémé !

Charles Aznavour et Julio Iglésias : "Que c'est triste Venise"

 

Charles Aznavour et Josh Groban : "La Bohème" au cours de "Vivement Dimanche"



Perfect Symmetry - Keane (UNIVERSAL Division Az)**  

Troisième album du trio composé de Tom Chaplin (chant, guitare), Richard Hughes (batterie, chœurs) et de Tim Rice-Oxley (piano, guitare basse, chœurs) après « Hopes And Fears » (2004) et « Under The Iron Sea » (2006). Après deux albums qui se sont vendus à des millions d'exemplaires et qui ont accumulé les récompenses (2 « Brit Awards » pour Meilleur Album et Meilleure Progression en 2005), le troisième était-il celui de la confirmation ? Franchement, on peut être surpris de la nouvelle orientation musicale que les membres de la formation ont choisie comparativement à la couleur affichée dans les deux opus précédents certes plus mélancoliques. Les membres du groupe avaient-ils déjà placé la barre trop haute ? Néanmoins, que peut-on en dégager ? Assurément, les quatre titres, sur les onze que compte l'album, qui se démarquent sont, dans l'ordre du tracklisting, « The Lovers Are Losing », « Perfect Symmetry », « Again And Again » et surtout le superbe « Black  Burning Heart ». Quelques influences musicales sont également reconnaissables dans « Spiralling » (qui a des consonances très « Duran Duran »), « Better Than This » (qui sonne très « Bowie ») et « You Don't See Me » (qui a quelques relents « Queen-esque »). Il est évident que Keane a voulu innover en apportant de nouveaux sons plus optimistes et plus entraînants qui font « claquer » les doigts comme sur « Pretend That You're Alone ». De toute façon, les irréductibles admirateurs du combo y trouveront leur satisfaction et seront encore charmés par la très belle voix de Tom Chaplin très à l'aise d'un bout à l'autre de l'album...

"Perfect Symmetry"

"Black Burning Heart"



24 hours - Tom Jones (EMI)******  

A 68 ans, Tom Jones est toujours en grande forme (physique et vocale) et n'est pas prêt à renoncer... Au contraire, en témoigne ce nouvel album très séduisant à plus d'un titre, c'est le cas de le dire ! Ayant pris part à l'écriture de cet album (il s'est personnellement investi dans le choix des textes afin d'y apporter quelques références autobiographiques), la légende galloise est en passe de réaliser un joli score de ventes après son fabuleux « Reload », son dernier succès en date, paru en 1999 et qui contenait le sulfureux « Sex Bomb ».  A propos de son nouvel album, il a notamment déclaré : « Pour une fois, je voulais un disque qui parle de moi, de mes histoires et de mon existence. Au bout du compte, ce disque ressemble à ce que je suis vraiment ». Et dès l'entame du CD, on est enthousiasmé par sa reprise de « I'm Alive », un original interprété par Tommy James And The Shondells (adapté en français par... Claude François sous le titre « Un homme libre » figurant sur son 10ème album « Tout éclate, tout explose » sorti en novembre 1969 et qui fit un tabac lors de sa tournée au Canada !). La deuxième plage « If He Should Ever Leave You » est très plaisante et a d'ailleurs fait l'objet d'un single que l'on entend actuellement très souvent à la radio. On ne s'arrête pas en si bon chemin et « We Got Love » est une belle petite chanson subtilement dosée de percussions et de jolies notes sur un piano qui se veut discret. De plus, la mélodie convient parfaitement au timbre de voix de Tom Jones qui n'a rien perdu de son éclat. « Feels Like Music » fait très « années 60 » avec un son de batterie très présent et pourrait être le digne successeur de « Sex Bomb » ainsi que « Give A Little Love » dont le refrain est très accrocheur avec des cuivres à profusion ! « The Road » est une magnifique ballade commençant par un son très « vinyle » et sur laquelle la voix de Tom fait merveille prouvant une fois de plus qu'il reste un interprète hors pair. « In Style And Rhythm » est une agréable surprise également avec une mélodie aux accents exclusivement latinos sur laquelle la voix de Tom est à nouveau en parfaite harmonie avec la partition et, en plus, à la fin, il nous balance son petit rire salace, le bougre... « Sugar And Daddy » est le cadeau de Bono & The Edge de U2 pour Sir Tom... Une petite perle sur laquelle Tom nous fait un cri à la « James Brown » ! « Seasons » est une grande chanson, savamment orchestrée (de jolies sections de cordes) et interprétée avec beaucoup d'émotion.  Tom Jones jette un regard sur son passé : « Le temps ne passe pas sans raison », chante-t-il. « Il s'agit là des saisons de ma vie ».  Alors que « Never », au refrain assez facile mais ô combien efficace, est une chanson qui lui convient à 100 %, Tom Jones nous offre une superbe cover de « The Hitter », un original de Bruce Springsteen. « Seen That Face » (avec une basse d'enfer, des chœurs pertinents et un refrain à nouveau « mémorable »)  et le très solennel « 24 Hours » (à vous donner la chair de poule) clôturent un album que je qualifierais de « révélation de fin d'année » et pour lequel j'attribue une cote maximum de 6 étoiles sans aucune discussion !

"I'm Alive"

Claude François : "Un homme libre"

"Give A Little Love"
Sicilien - Roberto Alagna (Deutsche Grammophon)****  

Pour ce nouvel album rassemblant des chansons siciliennes, le Ténor va jusqu'à affirmer que « c'est le disque qui lui ressemble le plus »... Et c'est vrai qu'il y a mis toute son âme de sicilien, jusque dans sa voix dans laquelle on ressent tout l'enthousiasme, toute la tendresse qu'il réussit à nous faire partager. Ce projet lui tenait à cœur, il y pensait depuis belle lurette car il se souvenait de ce temps béni où ses parents et leurs amis chantaient ensemble ces ritournelles populaires pour comme se rapprocher de leurs racines. Au sujet de la couleur musicale de ce disque, Roberto Alagna déclare : « J'ai voulu de la chanson classique, à l'égal du tango, du jazz ou de la bossa nova ». A la direction orchestrale, on n'est pas étonné de retrouver le très éclectique Yvan Cassar qui, étonné de cette nouvelle sollicitation après avoir réalisé l'album de reprises de Luis Mariano, a pu, en fin de compte et sans surprise, tellement son talent est immense, apporter sa touche créatrice à l'enrobage instrumental des mélodies. Sur « A Lu Mircatu », des cuivres festifs se font entendre, pour « Sicilia Bedda », c'est un accordéon « parisien » qui domine alors que les percussions orientales et la flûte de bambou sont très expressives dans « Carritteri ». On remarque également des influences grecques dans la mélodie à trois temps de « Li Pira » tandis qu'une séduisante mandoline nous caresse les tympans dans « Si Maritau Rosa »... Yvan Cassar avoue s'être basé de la façon dont deux grands chefs qu'il admire énormément, Nino Rota et Ennio Morricone, travaillaient les musiques de films italiennes pour inclure des instruments à bois et à cordes dans « Mi Votu ». Le cinéma est encore à l'honneur avec cette splendide reprise de la chanson du « Parrain », « Parla Piu Piano », la seule de tout l'album à être interprétée en italien. Toutes les autres sont donc chantées en pur sicilien avec l'accent de Syracuse et avec l'appui de son frère Frédérico qui, selon Roberto, connaît mieux ce répertoire que lui. En tout cas, Roberto Alagna a provoqué un élan de ferveur et de fierté avec la diffusion de ce disque car il est le premier chanteur classique à s'être intéressé à ces chansons dont « Abballati », très dansante, est l'ambassadrice toute désignée. Enfin, une berceuse « Ninna Nanna » clôt doucement l'album et n'est pas sans rappeler la chanson de Claude François, du même titre (figurant sur l'album « Le Lundi Au Soleil » sorti en décembre 1972)  que « sa mère chantait quand elle le prenait dans ses bras »...

"Abballati"


Roberto Alagna s'exprime sur son nouvel album

 

Claude François "Ninna Nanna"



Jean-Sébastien Bach  - Hélène Grimaud (Deutsche Grammophon)******

Hélène Grimaud voue une admiration sans bornes à l'œuvre de Jean-Sébastien Bach. Elle le confesse religieusement : « Bach est la Bible, et cela depuis que j'ai commencé à le jouer dans mon enfance; travailler Bach chaque jour était la base, le fondement. Et c'est une Bible qui offre une infinité d'interprétations, à travers lesquelles on peut renouveler son rapport à la musique, à soi-même et au monde ». Pour ce premier CD consacré au compositeur allemand, la virtuose l'a conçu avec des œuvres pour clavier originales ainsi qu'avec des transcriptions réalisées par Busoni, Liszt et Rachmaninov. Pour ces dernières, nous découvrons donc la Chaconne en ré mineur, version Bach/Busoni, la Partita pour violon en mi majeur arrangée par Rachmaninov et le Prélude et Fugue en la mineur, version Liszt. Pour la partie Bach/Bach, Hélène Grimaud n'a pas lésiné sur la difficulté puisqu'elle nous offre une interprétation splendide du Clavier bien Tempéré et du Concerto n° 1 en ré mineur en compagnie du Kammerphilarmonie de Brême. Je le proclame haut et fort : ce disque d'Hélène Grimaud est une réussite totale, de bout en bout. D'un point de vue technique, la pianiste est intransigeante de précision et de maîtrise. Son touché est subtilement bien dosé, tantôt élégant et souple, tantôt nerveux et solide comme l'imposent les partitions. Son jeu est naturel, spontané, sans fioriture et... sans faille. C'est de la toute grande classe. On sent que la musicienne joue avec beaucoup de cœur et de concentration afin que le résultat soit impeccable. Laissons-lui le mot de la fin à propos de son compositeur fétiche : « C'est un compositeur qui fait peur parce qu'on craint de ne pas être à sa hauteur, mais la seule manière de lui rendre hommage est de jouer sa musique dans un esprit d'aventure et de découverte ».  Nommée pour les Victoires de la Musique Classique 2009, ce serait un comble si elle n'était pas reconnue par ses pairs ! En attendant, je lui décerne toutes mes étoiles !


Bach/Busoni "Chaconne" (extrait)
Par BERNIE - Publié dans : MUSIC'S NEWS - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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