Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /2007 07:05


14 janvier 1973 :  les organisateurs de ce show exceptionnel d’Elvis Presley, RCA Record Tours et le Colonel Parker en tête, retiennent leur souffle. En effet, ce sera la première fois qu’un concert sera retransmis dans le monde entier via satellite. Les retombées financières pouvant s’avérer désastreuses en cas d’échec, Elvis prend la précaution d’enregistrer un concert le 12 janvier au cas où le satellite rencontrerait un grave problème… Mais tout ira bien et finalement, le show sera reçu dans 38 pays…

Je vais donc m’attarder sur cet extraordinaire spectacle du 14 janvier où Elvis est au faîte de sa gloire et au sommet de ses performances vocales.  Avant tout, décortiquons l’inventaire orchestral qui permettra au King de produire une formidable prestation :

Direction d’orchestre : Joe Guercio

Guitare : James Burton

Piano : Glen Hardin

Batterie : Ronnie Tutt

Guitare rythmique : John Wilkinson

Basse : Jerry Scheff

Harmonie : Charlie Hodge

Chœurs : J.D. Summer and The Stamps QuartetSweet Inspirations

Après la tonitruante introduction « Also Sprach Zarathustra » de Richard Strauss empruntée au film 2001, « A Space Odyssey », Elvis débute en force avec son titre fétiche, en guise d’ouverture de son récital, « See See Rider » (un standard de 1955 du « genius » Ray Charles, extrait de son album « I Got A Woman » qu’Elvis reprendra également souvent en concert).

Il a la très bonne idée d’enchaîner sur « Burning Love » (qui est l’un des derniers morceaux, avec « Promised Land » de pur rock du King dans les années 70) composé par Dennis Linde et enregistré par Elvis le 27 mars 1972. La chanson se classera numéro 2 dans le Bilboard du 21 au 28 octobre 1972.

« Something » sera la troisième chanson interprétée par le King, une mélodie très jolie, douce et mélancolique créée par George Harrison en 1969, un an avant la dissolution des Beatles, sur le mythique album « Abbey Road ».

Elvis attaque de suite « You Gave Me A Mountain » de Marty Robbins qui fut l’un des plus grands chanteurs de Country dans les années 50.

La chanson suivante est un pur moment de bonheur, Elvis entame « Steamroller Blues » de James Taylor où les cuivres du grand orchestre de Joe Guercio sont bien mis en évidence.

La première partie s’achève sur son émouvante interprétation de « My Way » que l’on ne présente plus mais sur laquelle je reviendrai plus loin (voir « Le lien avec Claude François ! »).

La seconde partie du show est consacrée au très généreux « Medley » qui débute par « Love Me » de la célèbre paire Jerry Leiber/Mike Stoller (qui furent à l’origine de nombreux succès du King dont « Hound Dog » inclus aussi dans ce concert, « Loving You », « Don’t » et « Jailhouse Rock » cruellement absent dans le choix des titres du King pour ce show).

On n’a pas le temps de souffler que décolle comme une fusée « Johnny B. Goode » de l’excellent Chuck Berry qu’il écrivit en 1958. Signalons, pour la petite histoire, qu’un extrait de cette chanson est parti avec d’autres enregistrements sur la sonde « Voyager 1 » en 1977 et qui est, depuis, sortie de notre galaxie… On imagine aisément les extra-terrestres se tortiller sur ce rock légendaire !

Vient ensuite « It’s Over » que Jimmie Rodgers donna  à Elvis dans les années 60 au terme de leur rencontre qui fut très amicale. Jimmie Rodgers décrivit Elvis comme un être gentil et respectueux.

« Blue Suede Shoes » du non moins talentueux Carl Perkins, décédé en 1998 à l’âge de 66 ans, sera la suivante chanson du King qui sera à la limite de perdre le fil de son texte tellement le rythme est effréné ! Notons que Carl Perkins était l’un des chanteurs les plus connus à fréquenter, en 1954, le fameux studio « Sun Records » dont furent issus Elvis, évidemment, mais aussi Johnny Cash.

Elvis ne prend aucun temps de repos et entame « I’m So Lonesome I Could Cry » de Hank Williams, un artiste prématurément disparu à l’âge de 29 ans, en 1953, suite à de très graves problèmes d’alcoolisme.

« Hound Dog » termine la seconde partie du show d’Elvis qui ne traîne toujours pas en chemin (ses spectacles dépassaient rarement les 70 à 75 minutes).

« What Now My Love » (« Et Maintenant » de Gilbert Bécaud) est la prochaine cerise sur le gâteau dont les paroles en anglais ont été écrites par Carl Sigman pour la chanteuse Jane Morgan en 1962 qui avait déjà repris « Le jour où la pluie viendra » (« The Day The Rains Came ») un autre titre de Gilbert Bécaud en 1958 et qui fut numéro 1 en Grande Bretagne. Il existe également une version instrumentale de « What Now My Love » enregistrée en 1966 par le très bon trompettiste Herb Alpert. Au cours de cette chanson, Elvis démontre une très grande maîtrise vocale ; en effet, sa tessiture chaude et ample est extrêmement bien mise en valeur.

Arrive ensuite le moment que le public majoritairement féminin attend avec grande impatience : « Fever » de Davenport et Cooley. C’est la version de Peggy Lee en 1958 qui destina la chanson à la carrière qu’elle connut par la suite puisqu’elle fut reprise par de nombreux artistes (Même The Doors l’ont figurée à leur répertoire). Lors de l’interprétation de ce formidable morceau de rhythm and blues, Elvis a la particularité de se déhancher sensuellement afin de décupler l’enthousiasme de ses admiratrices. Et il y parvient, le bougre. Ce sera toutefois à la limite du ridicule qu’il reprendra le même exercice sur « Hound Dog » pour son dernier concert à Indianapolis le 26 juin 1977, son embonpoint par la prise de médicaments et de cortisone lui causant pas mal d’ennuis de silhouette…

Après les prouesses physiques, au tour de la distribution des foulards qu’Elvis met à profit en chantant une très jolie ballade de pur country : « Welcome To My World » de Ray Winker et John Hathcock immortalisé par  le crooner Jim Reeves en 1962 qui décéda accidentellement dans un crash aérien le 31 juillet 1964.

« Suspicious Minds » de Mark James démarre ensuite sur les chapeaux de roues par l’entremise de Ronnie Tutt, le batteur, qui aura tout le loisir de nous en mettre plein la vue et les oreilles de son époustouflante dextérité. A peu de choses près, à se démener ainsi, il ressemble au batteur du « Muppet Show » ! A signaler que « Suspicious Minds » sera le 18ème titre du King à se classer numéro 1 au Bilboard !

Elvis s’octroie enfin une petite pause afin de présenter ses compagnons de scène et avant une fin mémorable, il nous livre « I’ll Remember You », une belle mélodie enjolivée par une belle section de cordes et excellemment conduite par le chef d’orchestre, Joe Guercio.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos émotions. La reprise simultanée de « Long Tall Sally » (dont l’ interprétation originale appartient à Little Richard) et de « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On » (chantée à la création par Jerry Lee Lewis) nous donne le frisson à fleur de peau ! Elvis veut montrer qu’il est le King et personne ne le démentira après ce mini medley ô combien trop court mais tellement génial !  C’est du pur Rock ‘n’ Roll mené tambour battant et les musiciens, James Burton et Jerry Scheff en tête, déploient tout leur talent.

« An American Trilogy » sera le signal pour le public que le show touche bientôt à sa fin. La technique vocale du King est en parfaite adéquation avec l’accompagnement orchestral et s’adapte merveilleusement aux exigences de la mélodie. Elvis s’en sort avec brio sur cette très difficile composition de Mickey Newbury qui est, en fait, un cocktail de 3 morceaux du XIXème siècle : « Dixie », une chanson de ménestrel qui devint l’hymne de l’Amérique du Sud lors de la Guerre Civile, « All My Trials », une berceuse venue des Bahamas et « The Battle Hymn Of The Republic » qui fut la marche pour les troupes de l’Amérique du Nord lors des mêmes circonstances.

Mais le King ne désire pas partir sur une note triste. « A Big Hunk O’ Love » feront sortir les spectateurs de leur siège, un dernier rock avant la route issu des plumes de Schroeder et Wyche qu’Elvis enregistra en 1958 alors qu’il était en congé du service militaire.

Et puis, puisqu’il est venu le temps de se séparer, ce sera la traditionnelle chanson de fin de show qu’Elvis gardera jusqu’au terme de sa vie : « Can’t Help Falling In Love » tirée de son film « Blue Hawaii » en 1961.

La réédition de cet album en 1998 est complétée des chansons suivantes : « Blue Hawaii », « Ku-U-I-Po », « No More » et « Hawaiian Wedding Song » tirées, toutes les quatre, du même film ainsi qu’ « Early Morning Rain » (un standard de country qui connut un franc succès en 1964 par la version du trio Peter, Paul and Mary et qu’Eddy Mitchell reprit en français sous le titre « Chaque matin, il se lève » dans les années 70) qu’Elvis rechantera dans une session en « Post-Concert » le 14 janvier 1973 disponibles dans le DVD « Deluxe Edition » que je vous recommande chaudement.  

Le lien avec Claude François ! 

Outre celui, indéfectible, qui unit Cloclo au King par l’incomparable reprise, la meilleure au monde, de « Comme d’habitude », un autre titre attira les faveurs d’Elvis qui s’appropria les droits de « Parce que je t’aime mon enfant » qui devint « My Boy » sous l’imprégnation des auteurs suivants : Phil Coulter et Bill Martin qui firent un très beau travail d’adaptation.

Le résultat fut magnifique et désormais, Elvis l’intégra progressivement dans son tour de chant. Une récompense incommensurable pour Claude François pour qui ce fut une consécration de la reconnaissance internationale de son talent d’auteur-compositeur. Les 2 chansons figurent d’ailleurs dans la dernière double compilation parue pour le 30ème anniversaire de la disparition du King, sortie le 6 août 2007 sous le label Sony-BMG.

De ces 2 titres, Claude en fit les locomotives pour la sortie de son album en anglais en 1977 chez EMI. Il voulut frapper fort dès le début et conquérir par la suite le marché américain…

En 1993, Claude François Jr décida de sortir « L’Album Blanc – Recorded at Abbey Road » en référence à l’album blanc des Beatles et souhaita réaliser le rêve de son père, 15 ans après sa mort.

Le CD fut donc exporté à Taïwan, au Japon, au Canada, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis. Le choix des titres se porta sur ceux qui avaient une consonance plus « crooner » : « My Boy », « Remember When », « I Know », « Le Mal Aimé », « My Way », « Don’t Turn Your Back On Love » « Without Your Love I Can’t Live ».

Les autres, plus dansants, furent mis quelque peu en retrait et c’est compréhensible : il faut bien avouer que les reprises de « Chanson Populaire » (« Love Will Call The Tune »), « Viens à la maison, y’a le printemps qui chante » (« Go Where The Sun Is Brighter », « Le Lundi Au Soleil » (« Monday Morning Again ») et « Une Chanson Française » (« You Are ») ne sont pas géniales… déjà rien que pour l’accent francisé fort prononcé de l’idole !
Cloclo-en-anglais.jpg Pour terminer, un petit mot sur le duo de choc britannique qui entourait Cloclo pour la sortie de son album en anglais : le producteur et parolier Norman Newell (ci-dessous, décédé en 2004 à l’âge de 85 ans) qui signa les adaptations du « Vagabond » (« The Vagabond »), « Chanson Populaire » (« Love Will Call The Tune »), « En souvenir » (« Remember When »), « Avec La Tête, Avec Le Cœur » (« Crying In His Heart ») « Viens à la maison y’a le printemps qui chante » (« Go Where The Sun Is Brighter »), « Le Lundi Au Soleil » (« Monday Morning Again »), « Je sais » (« I Know »), « Une Chanson Française » (« You Are ») et « Un Monde De Musique » (« My World Of Music »).

Normannewell.jpg

 C’était une personnalité unanimement reconnue et appréciée pour ses qualités artistiques puisqu’il travailla notamment pour Judy Garland, Bette Midler, Shirley Bassey et Petula Clark. Il était également à la tête du label « EMI-Columbia ».

Pochette recto de l'album blanc "Recorded at Abbey Road" sorti en 1993 sous le label "Versailles" (SONY) :


Claude-Fran--ois-Abbey-Road.jpg

Les arrangements et les orchestrations furent signées par Nick Ingman (ci-dessous) qui collabora avec Cliff Richard et The Shadows dans les années 60 et travailla, dans les années 80 avec Sade, Everything But The Girl et The Five Young Cannibals.   Nick-Ingman.jpg

Dans les années 90, on le vit aux côtés de groupes phares du moment tels que Oasis, Blur et Suede, Eric Clapton fit appel à ses services pour son album « Pilgrim » et il fut sollicité, à de nombreuses reprises, pour diriger successivement le « London Symphony Orchestra » et le « Royal Philarmonic Orchestra ».

A l’aube du nouveau millénaire, son talent lui valut d’attirer également Madonna, Robbie Williams et Elton John. Il était à l’origine de plusieurs musiques de films, citons entre autres « Tomb Raider », « Cold Mountain » et « Chicken Run ».   

Par BERNIE - Publié dans : Elvis Presley - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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Commentaires

Waow ! Tes explications sur ce show m'ont beaucoup captivés. Tout d'abord, le concert y est admirablement décrit... on s'y croirait ! Mais tu nous apportes en plus, une série d'annecdotes des plus intéressantes... Elvis Presley... je l'ai découvert sur scène justement dans ce show, qu'à l'époque j'avais regardé en mondovision comme des millions de téléspectateurs... Quel choc ! Un vrai show style Las Vegas, comme seuls les Américains savent le faire... exception faite de notre Claude François... bien entendu ! Depuis, j'ai acheté le coffret en DVD et justement, il y a peu de temps : nous l'avons visionné... et la magie opérait toujours !
Commentaire n°1 posté par Frédéric le 05/11/2007 à 08h58

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