« Soudain il ne reste qu’une chanson » aurait pu très bien être un tube dans la discographie de Claude François. Ce titre a,
néanmoins, formidablement bien marché, en face B de « Toi et moi contre le monde entier » mais il aurait certainement eu un impact encore plus important s’il
avait figuré en face A d’un 45 tours… Cette chanson, extraite, n’ayons pas peur des mots, du meilleur album de l’idole (le 22ème en… 12 ans de carrière !) qui contient, outre le
tube emblématique ci-dessus, « Le chanteur malheureux », « Il ne me reste qu’à partir »,
« Joue quelque chose de simple » et d’autres forts morceaux comme « On est qui, on est
quoi », « Où s’en aller » et « Le spectacle est terminé », fut adaptée à partir d’un
excellent « rhythm’n’blues » qui avait, comme titre original, « I’ll be around » interprété au départ par le très bon groupe « The
Spinners ». Assez bizarrement, ces derniers étaient mieux connus sous l’appellation « Detroit Spinners » (en référence à la
« Motown ») au Royaume-Uni. Cette formation qui naquit en 1954 est toujours en activité de nos jours malgré le récent décès, le 2 février 2007, de l’un de ses
principaux fondateurs, Billy Henderson, à l’âge de 67 ans. Si vous faites rapidement un petit calcul, vous vous apercevrez qu’il commença à faire partie du groupe à… 15 ans
à peine ! Sur la photo ci-dessous, prise en février 1997, découvrez, de gauche à droite, John Edwards, Bobby Smith, Henry Fambrough,
Pervis Jackson et Billy Henderson.
Thom Bell (ci-contre) a joué un rôle important dans le domaine de la « soul music » dans les années 70 et plus particulièrement dans celui que les
spécialistes dénommaient « The sound of Philadelphia », le son de Philadelphie. C’est là que grandit Thom, originaire de Kingston en Jamaïque où il naquit le
26 janvier 1943. Au tout début de son apprentissage musical, Thom Bell suit une formation classique et il commence à chanter notamment avec le célèbre Daryl Hall
(du fameux duo « Hall and Oates »). A partir de 1967 et jusqu’en 1974, il va s’occuper successivement de deux groupes avec lesquels il va démontrer ses réels talents de
producteur : « The Delfonics » (qui vont connaître deux très grands succès avec « La, la Means I Love
You » et « Didn’t I Blow Your Mind This Time ») et « The Stylistics » avec lesquels il concevra trois
albums.
Phil Hurtt (ci-contre), quant à lui, est natif de Philadelphie.
Tout comme son confrère Bell, il s’est affirmé comme l’un des plus talentueux auteurs-compositeurs et producteurs de groupes « rhythm’n’blues » issus de
« The sound of Philadelphia ». Peu après le tube « I’ll Be Around », il coproduit les deux premiers simples d’un groupe
féminin qui participera à l’avènement du Disco : « The Sister Sledge » (photo ci-dessous).
Il va même pousser un brin de chansonnette comme artiste avec « Giving It Back »
en 1978 qui le voit classé dans le Top 40 britannique.
Il collaborera aussi avec « The Ritchie Family » (photo ci-dessous) sur
« American Generation ». De nos jours, Phil Hurtt est toujours actif puisqu’il s’est impliqué dans un vaste projet musical appelé
« A Soulful Tale Of Two Cities » rassemblant plusieurs artistes « soul » issus de Detroit et de Philadelphie.
Au début de l’année 1975, Claude François cherche une bonne chanson pour « meubler » le 45 tours qu’il se
prépare à sortir en mars avec le dernier texte qu’Eddy Marnay vient de lui écrire et qui s’intitule « Toi et moi contre le monde
entier ». Ses recherches minutieuses et son instinct infaillible à détecter la mélodie susceptible de pouvoir lui convenir le conduisent à s’approprier les droits
d’adaptation d’ « I’ll be around ». Pour les paroles en français, il fait appel à Jean-Michel Rivat dont le
texte va admirablement bien coller à la musique. C’est du très bon travail. Du côté de l’orchestration, tous les ingrédients sont minutieusement dosés afin d’arriver à un résultat séduisant. Et
il l’est tout à fait. Raymond Donnez (alias Don Ray du temps où il menait une carrière en tant qu’artiste indépendant et lorsqu’il travaillait avec
Cerrone) conduit remarquablement la partition avec beaucoup de précision. Les instruments primordiaux, à savoir la basse et la guitare électrique qui tiennent le rythme pendant
toute la chanson ainsi que les percussions donnent un son « funky » d’excellente qualité. C’est ce qui explique que, 33 ans après, cette mélodie est et reste indémodable. Les
techniques d’enregistrement ont évolué depuis mais Cloclo était tellement à la pointe du progrès qu’il avait pris une très nette longueur d’avance. Il n’est point difficile de s’en rendre
compte quand on écoute la chanson : c’est du professionnalisme à l’état pur, à un très haut degré de finition.
Il a un point commun avec Claude François : il voit le jour en 1939. De plus, sa ville
natale Vesoul sera immortalisée par Jacques Brel… Il ne pouvait que travailler dans la musique ! Fervent admirateur de Félix Leclerc qu’il découvre à la
radio, il commence une carrière de chanteur en interprétant ses propres textes. Il sort un premier 45 tours chez CBS en 1963 qui comporte les titres « Plus il est
indifférent » et « Voilà mon amour ». Mais très vite, il sent qu’au fond de lui-même, il n’est pas fait pour être chanteur. Désormais, il
composera pour les autres. Brigitte Bardot, Marie Laforêt et Richard Anthony chanteront ses premiers textes. En 1965, il va même incarner un
être étrange aux très longs cheveux, vêtu d’un long bermuda à fleurs et répondant au doux nom d’Edouard que l’on croirait sorti de l’univers de la famille
« Pierrafeu »… Rivat profite de ce personnage pour diffuser des textes provocateurs envers Antoine pour qui il ressent un profond
ennui : « Ton harmonica nous fatigue, Léon, si tu jouais plutôt de l’accordéon »… En fait, ce sera une parfaite caricature du créateur des
« Elucubrations ». Le disque qui en résulte sera retiré de la vente pour cause de plagiat. Mais « Edouard » ne se décourage pas
pour autant, il ressort un autre disque sulfureux qui révèle : « N’aies pas peur, Antoinette, tu sais bien que tu m’as saisi, toi qui est belle comme le sable, Antoinette
l’in saisi sable de l’amour ». Finalement, Edouard parvient à sortir 3 45 tours mais la presse découvre bien vite l’identité de ce curieux bonhomme. Dès lors,
Jean-Michel Rivat est bien obligé d’ôter sa perruque ! C’est après sa supercherie d’avec « Edouard » qu’il va accepter de travailler pour
Joe Dassin qui lui avait d’ailleurs concocté quelques titres lorsqu’il chantait sous ce pseudonyme. Il adaptera pour Joe des grands standards du folk américain qui
deviendront « Dans la brume du matin », « Je change un peu de vent » et « Combien de
temps pour t’oublier ». Avec Frank Thomas, dès 1967, il formera un très célèbre duo d’auteurs-compositeurs. Ils composeront ensemble, entre
autres, « Bip bip », « La bande à Bonnot », « Siffler sur la
colline » et « Les Dalton » toujours pour Joe Dassin, « Bébé
requin » pour France Gall, « 2 minutes 35 de bonheur » pour Sylvie Vartan. Toutefois,
les chemins des deux compositeurs se séparent et Jean-Michel Rivat continuera à écrire, notamment pour Alain Chamfort
(« Géant »), Dave et Michel Delpech.
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