J’ai découvert Marie-Claire Alain… au hasard d’une brocante ! Je fouillais dans une caisse qui contenait plusieurs 33 tours de musique classique. Ils
étaient en parfait état et vendus quasi pour une croûte de pain… Parmi ceux-ci figurait un double album de Marie-Claire Alain avec des œuvres de Jean-Sébastien
Bach. J’ai toujours eu un penchant pour l’orgue… Cet instrument imposant et impressionnant dégage un son qui m’est très agréable. Très vite, je décidai de me mettre à la recherche
d’autres enregistrements de cette artiste. J’eus donc l’occasion de me procurer les sonates pour orgue en trio numéros 1 à 4 de J.S. Bach, les Noëls pour orgue de
Louis-Claude Daquin et le Livre d’orgue de Nicolas de Grigny (volumes 1 et 2) dans le cadre de l’encyclopédie de l’orgue. Pourquoi ai-je décidé de vous parler de
Marie-Claire Alain ? Parce qu’elle joue divinement bien, ensuite pour le profond respect que je lui voue… Sachez qu’elle donnait encore des concerts il y a à peine 4 ans… à
l’âge de 78 ans ! Née à Saint-Germain-en-Laye, située dans les Yvelines, à plus ou moins 20 kilomètres à l’ouest de Paris, le 10 août 1926, fille du compositeur et organiste Albert
Alain, elle est une des plus célèbres organistes de sa génération. Elle est la sœur benjamine de Jehan Alain, lui aussi compositeur et organiste. Son immense talent a
dépassé les frontières. Elle fut l’élève de Marcel Dupré (1886-1971, photo ci-dessous) au Conservatoire National Supérieur de Paris et fut primée à quatre
reprises.
Elle remporta également plusieurs concours internationaux. Son souci majeur fut de diffuser l’œuvre pour orgue de son frère à laquelle elle consacra de
nombreux enregistrements et concerts. C’est une pédagogue éminemment reconnue et très sollicitée et elle fut nommée à la tête du cycle de formation professionnelle pour organistes au
Conservatoire National de Paris. Plus de deux cents 33 tours et une soixantaine de CD consacrent ses interprétations dont les intégrales pour orgue de Bach,
Buxtehude, Franck, Bruhns, Böhm, Couperin, Mendelssohn, Pachelbel, et,
bien évidemment, son frère Jehan Alain qui lui ont permis de recevoir plus de 15 Grands Prix du Disque ! Plusieurs grandes villes d’Europe, berceaux de la musique classique,
lui rendirent hommage : elle reçut le Prix Buxtehude à Lübeck pour sa propagande en faveur de la musique ancienne allemande; le Prix Franz Liszt à Budapest;
le Prix de Musique de la Fondation Léonie Sonning à Copenhague où elle fut décorée de l’Ordre Danois du Dannebrog, haute distinction honorifique reconnue au Danemark. L’Académie
Royale de Musique de Suède l’a également accueillie en son sein et le titre de Docteur Honoris Causa lui fut attribué par l’Université de l’Etat du Colorado, l’Université de Dallas au
Texas, le Conservatoire de Boston et par l’Académie Sibelius d’Helsinki ! Son pays natal n’a pas manqué de reconnaître ses mérites : elle est Commandeur de la Légion
d’Honneur, de l’Ordre National du Mérite et des Arts et des Lettres. En outre, elle se vit confier un rôle important à la Commission des orgues aux Monuments Historiques.
Au fil des années, Marie-Claire Alain est
devenue une sommité dans le monde de la musique classique. C’est aussi une personnalité très attachante qui fait preuve d’un grand humanisme. Le public l’a toujours suivie, partout où elle se
produisait, de plus en plus fidèle et nombreux, appréciée pour sa gentillesse, sa sympathie et son extraordinaire disponibilité. Elle compte environ 2.000 concerts, en récital ou en soliste
avec orchestre, à son actif. Les musicologues reconnaissent en elle la clarté de son jeu, la pureté de son style, le caractère vibrant et intense de ses interprétations ainsi que sa parfaite
maîtrise dans l’art de la registration. Personnellement, je pense qu’elle fait preuve d’un rubato déconcertant (manière de jouer à des fins expressives en assouplissant la mesure sans en
perdre le sens). Durant toute sa carrière, Marie-Claire Alain s’est clairement expliquée sur les références musicales qu’elle affectionne. Elle affiche une très nette
préférence pour les compositions de Jean-Sébastien Bach. Lors d’un entretien en 2003 au festival Bach de Saint-Donnat où elle était invitée, elle avouait,
malgré son expérience et une technique affûtée, toujours devoir se remettre en question. Quelle leçon de modestie ! Extrêmement précise, elle tâche de trouver le jeu le plus
juste. Avant chaque concert, elle se prépare minutieusement, suivant les exigences de l’instrument, jusqu’à 8 heures à l’avance ! Chaque orgue possède ses particularités et impose à
l’artiste une adaptation de son jeu, de sa sonorité et de sa technique. C’est avec un plaisir sans cesse renouvelé que Marie-Claire Alain joue le répertoire de
Bach; elle joue sa musique comme elle l’entend au plus profond d’elle. Elle apporte beaucoup d’importance à transmettre l’émotion qu’elle ressent elle-même… En tout cas, elle y
parvient parfaitement et pour vous en convaincre, je vous propose de l’entendre, non pas dans une œuvre de Bach mais bien dans le magistral Toccata
en Si mineur d’Eugène Gigout et, de découvrir, par la même occasion, quelques modèles d’orgues
somptueux :
Les œuvres complètes pour orgue de Franck
Les œuvres complètes pour orgue de Buxtehude
Les plus belles pages de l’orgue
MADE IN BELGIUM
MACHIAVEL
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