Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 12:54

Fin septembre 1977. Claude François est en plein travail de préparation pour la sortie de son 29ème album. Il ne sait pas encore que malheureusement, ce sera son dernier. Après 15 ans au sommet, il éprouve le besoin de se renouveler, côté textes. Des contacts sont pris avec Etienne Roda-Gil qui tarde à donner son accord. Afin de combler ce délai imprévu et supplémentaire, Claude décide de sortir un 3ème extrait issu de son album « Je vais à Rio ». Ce sera « Toi et le soleil » destiné à faire patienter la sortie de son prochain 45 tours. La vague « Disco » déferlant sur les ondes et Cerrone, Sheila, Patrick Juvet (pour citer les plus célèbres) ayant déjà mis « le nez à la fenêtre », Cloclo veut y apporter également son grain de sel. Et ce sera du gros sel, la star ne faisant jamais les choses à moitié. Avec l'aide de son complice de toujours, Jean-Pierre Bourtayre, il va « habiller » musicalement les textes qui lui seront soumis avec une créativité magistrale. Et je pèse mes mots; magistral, cet ultime album le sera étant le meilleur des années 70 avec celui paru en juillet 1975 emmené par « Toi et moi contre le monde entier ». Pour commémorer à ma façon le 30ème anniversaire de la disparition brutale de Claude François, j'ai choisi, non pas de vous parler d'une chanson, mais d'un album complet ! Je vais donc vous livrer, en deux parties, mon analyse personnelle relative à la couleur musicale de chacune des chansons qui le composent. Je vous expliquerai aussi les origines des 4 chansons qui ont été adaptées dans cet album et vous ferai un commentaire précis de leurs auteurs. Attention, c'est parti !  


MAGNOLIAS FOR EVER  

Déjà, la mélodie débute avec un tempo effréné : un martèlement incisif et rapide de la grosse caisse avec l'enchaînement d'une basse électrique bien présente : c'est le résonnement typique et reconnaissable d'une « basse-batterie » tel qu'on l'appelle dans le jargon musical professionnel (voir « Les chansons de Claude » : C'est La Même Chanson). Le rythme paraît tout de suite plus percutant encore avec l'adjonction du « charleston » de la batterie et l'apparition d'une section de cordes (violons et... harpe) afin d'apporter un petit peu de douceur à l'ensemble. Mais l'originalité de l'introduction réside, en fait, dans des paroles anglaises remarquablement interprétées et mises en valeur par un chœur féminin qui se révèlera déterminant durant toute la chanson ! Et ce n'est pas tout : la voix de Claude, bien claire, comme à son habitude, opère un judicieux contraste en regard de ce chœur qui l'assaille de questions angoissantes... Enfin, après 43 secondes auditivement « succulentes » et riches en couleurs sur le plan musical, apparaît le premier couplet, long de 28 secondes (!), majoritairement dominé par les cordes et les percussions, ces dernières, ne s'accordant aucun moment de répit jusque la fin de la chanson. Le chœur féminin reprend de plus belle avant que la mélodie ne prenne une autre couleur, les instruments se multiplient : une section de cuivres viennent « saler » la note. La voix de Claude s'affirme de plus en plus, devient insistante, angoissante même, avec, en retrait, le chœur qui, sempiternellement et implacablement, pose et repose toujours les mêmes questions traduisant parfaitement l'ambiance générale que le texte impose. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisqu'après 1 minute 38, la chanson prend un nouveau virage mélodique et... mélodieux à souhait ! La richesse du contenu musical se justifie encore plus intensément, après 2 minutes 07, par ce fameux intermède où Claude et ses Clodettes développent des mouvements chorégraphiques de toute beauté. Ce pont musical est animé d'un superbe mélange d'instruments composés de cordes, cuivres et de percussions (tambourin et tarabucca) pendant 14 secondes pour enchaîner ensuite sur un couplet identique à celui délivré après l'introduction. A 2 minutes et 49 secondes, la mélodie entame son « sprint » final et la voix de Claude se veut plus insistante, plus forte, juste après ce passage où le texte, qui lui fait chanter « Je me brûle souvent, souvent les doigts » prend une connotation prémonitoire anticipative aux événements tragiques du 11 mars 1978 ! La dernière partie de la chanson observe une courbe musicale ascendante provoquée par le caractère fort surréaliste qui se dégage des paroles de la chanson subtilement et habilement écrites par Etienne Roda-Gil. Le sommet est atteint à 3 minutes 46 lorsque la voix de Claude s'élève d'un ton supplémentaire pour devenir criarde, à la limite de la brisure, en réussissant à maintenir avec brio un style mélodique devenu carrément insoutenable.

L'histoire de cette chanson est rocambolesque. Elle est née au téléphone, à 800 kilomètres de distance, entre Monfort-L'Amaury et Biarritz, après un périple de Cloclo en Sardaigne où il a découvert de nouveaux rythmes disco dans une discothèque. Nanti d'une cassette avec les précieux enregistrements, Claude fait escale à l'Hôtel du Palais à Biarritz afin de contacter le plus rapidement possible Jean-Pierre Bourtayre chez lui à Montfort-L'Amaury pour les lui soumettre. En s'inspirant de ce qu'il entend, Jean-Pierre Bourtayre joue quelques notes au piano pendant que Claude murmure une ligne mélodique tout en marquant le tempo sur le bois du lit de sa chambre ! Claude invite alors son ami à le rejoindre à Cannes où il a loué spécialement une chambre avec un piano ! Après une heure de travail, les deux compères sont aux anges : ils ont créé la base musicale de ce que sera « Magnolias For Ever ». De longues négociations débuteront alors pour convaincre Etienne Roda-Gil à « greffer » des paroles sur cette ligne mélodique. Le charisme de Claude aidant, Roda-Gil cède et lui livre un texte somptueux dont il se gardera de modifier une virgule. Cloclo le dira lui-même par après, c'est la première fois qu'il chantera des paroles dont il ne saisira pas les nuances ! Place enfin aux séances d'enregistrement qui s'assimileront à de véritables marathons entre Paris et Londres. En effet, les bases sont travaillées d'abord dans la capitale anglaise pour être ensuite rectifiées dans un studio français où Claude y ajoute la voix. Les enregistrements des cuivres s'effectueront pour leur part à Londres, aux Studios Trident. De retour à Paris, Claude réenregistre la voix et repart à Londres pour les chœurs ! Enfin, le mixage se partagera entre Londres et Paris aux Studios CBE de son grand ami, le regretté Bernard Estardy.

Etienne Roda-Gil se prénomme Esteva lors de sa naissance à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne le 1er août 1941. D'origine espagnole, ses parents ont choisi de quitter leur pays dominé par Franco. La famille se fixe ensuite à Antony, dans la banlieue parisienne. Très jeune, il se noie dans la lecture et montre un intérêt grandissant pour l'écriture. Au moment de la guerre d'Algérie, il reçoit sa convocation pour intégrer l'armée française. Apatride, Etienne part se réfugier en Angleterre et ne pourra concrétiser son désir d'enseigner. Il revient en France comme représentant de produits pharmaceutiques. C'est par un bel après-midi de 1967 que son destin va basculer lorsqu'il rencontre, tout à fait par hasard, Julien Clerc dans un bistrot de la Place de la Sorbonne. Ce dernier avait lancé laconiquement « Qui veut m'écrire des chansons ? » et Etienne se signala. Les deux jeunes sympathisent immédiatement et se découvrent des points ou plutôt des goûts communs. Ce sera le début d'une longue et fructueuse collaboration d'où naîtront des chansons immortelles telles que « La cavalerie », « La Californie », « Ce n'est rien », « Si on chantait », « Le Patineur », « This melody », « Elle voulait qu'on l'appelle Venise », « Utile » et bien d'autres encore. Il se montre également disponible pour un tas d'artistes. Il écrit « Le lac majeur » en 1972 pour Mort Shuman, et collabore avec Christophe (« Epouvantail » et « Mal » en 1973), Barbara (« Le bourreau » en 1973), Nicoletta (« Les mendiants d'amour » et « Marseille Sana » en 1971), France Gall (« Caméléon, caméléon » et « Chasse-neige » en 1971), Julio Iglésias (« Moralito » et « Vers la frontière » en 1998), Catherine Lara (« Géronimo » et « La femme nue » en 1980), Alain Chamfort (pour qui il signe, à ses débuts, sous son véritable nom Alain Legovic, « Locmariaquer » et « Favelas » en 1970), Gérard Lenorman (« La fête de juillet-juillet » en 1979 et « Boulevard de l'océan » en 1980), Françoise Hardy (« Villégiature » en 1983), Richard Cocciante (« Sincérité » en 1983), Vanessa Paradis (« Joe le taxi », « Marilyn et John » et « Maxou » en 1987 et 1988), Juliette Gréco (« Vivre dans l'avenir », « Petit barbare » en 1993) sans oublier Johnny Hallyday pour qui il écrit « Mirador », « Cadillac » et « Les vautours » en 1989. Son travail pour Claude François ne devait pas se limiter à l'album « Disco » puisque « Fille folle de l'Alhambra » qui lui était destinée sera finalement interprétée après son décès par Richard Anthony. Les deux dernières chansons qu'il écrira seront pour son pote de toujours, Julien Clerc (« Réfugié », brillantissime, et « Donne-moi de tes nouvelles »). Etienne Roda-Gil était reconnu comme un auteur de romans très talentueux et fut administrateur à la SACEM. Il est décédé le 28 mai 2004 à Paris d'une congestion cérébrale.


ET JE T'AIME TELLEMENT (AND I LOVE YOU SO)

Voici une chanson à l'ambiance feutrée, que l'on s'imagine écouter devant un bon feu de bois, en sirotant un vieux scotch de 10 ans d'âge... Sur un original de Don Mac Lean, Claude François signe un texte prestigieux, sans faille, de grande qualité. La mélodie commence avec une guitare acoustique entourée de quelques violons, d'un charleston et d'un léger coup de grosse caisse tous les deux temps  pour donner un timide tempo à l'ensemble. Dès les premières mesures, on devine aisément que c'est une chanson à caractères mélancolique et nostalgique. La voix de Claude, douce et triste confirme cette donne. Le texte est admirablement bien chanté, cette mélodie lui va comme un gant. Les paroles sont fortes aussi et semblent bien exprimer l'état d'esprit de Claude : « Et je ne sais plus très bien où j'en suis aujourd'hui ». Apparemment, l'artiste se trouve à la croisée de plusieurs chemins et il ne sait lequel prendre. Il espère que celui qu'il choisira sera le meilleur, celui qui le conduira vers la consécration internationale, vers l'amour absolu avec sa dernière conquête. C'est ce à quoi il veut arriver, dans son for intérieur. Après 54 secondes, une caisse claire affirme le tempo et une envolée lyrique de cordes impose un changement vocal important. Claude le négocie sans problème. Il place sa voix convenablement sur la portée, en si, et la maintient avec beaucoup de maîtrise. Le couplet suivant est encore plus démoralisant. Que se passe-t-il donc dans la tête de Claude ? On a des frissons terribles dans le dos quand on l'entend chanter « Et tu m'as oublié, mort et enterré » ! Deux prémonitions successives dans les deux premières chansons sont autant de coïncidences étranges avec les circonstances dans lesquelles Claude va mourir (« Je me brûle souvent, souvent les doigts »). Comme quoi, ce devait être ses dernières chansons... Et la suite est du même acabit : « Tu as tourné la page, le livre s'est refermé » conforte une fin prochaine, inéluctable... Dans la reprise du refrain, Claude se permet d'étendre sa voix au do de l'octave supérieur nous prouvant encore une fois, la largesse de sa tessiture.

Don Mac Lean est né le 2 octobre 1945 à New Rochelle, dans l'état de New-York. Il est surtout connu pour « American Pie », certainement sa chanson la plus célèbre qu'il sort en 1971 et que Cloclo adapte également en français (« Feu de paille » sur l'album de « Viens à la maison y'a le printemps qui chante »). Ce titre connaîtra une seconde carrière en 2000 avec la reprise de Madonna, dans une version pop/dance, qui le propulsera aux toutes premières places des « charts » mondiaux. Quant à « And I Love You So », c'est surtout la version de Perry Como qui aura le plus de succès puisqu'elle se classera en mai et en juin 1973 n° 8 et n° 6 au hit parade britannique.

   
ÈVE

Sur une musique du duo François-Bourtayre, Pierre Delanoë signe un texte magistral qui est une véritable ode à la beauté de la femme qui donne la vie et l'amour. Ce disco mené tambour, ou plutôt, grosse caisse battante possède un rythme très soutenu encadré par des cordes, une basse électrique et une importante section de cuivres. Ces derniers, d'ailleurs, occupent une place prépondérante dans l'arrivée de chaque couplet. Il convient également de remarquer que le coup de grosse caisse est plus espacé dans la première partie de chaque couplet. C'est une chanson qui aurait bien pu figurer en face A d'un 45 tours de l'époque, au lieu de passer complètement inaperçue, sur la face B du simple d' « Alexandrie, Alexandra » sorti le jour des funérailles, le 15 mars 1978. La voix de Claude, quant à elle, se promène habilement sur une partition, somme toute, très variée : une dominante fa-sol avec de fréquentes incursions dans le la et... le si ! C'est du haut de gamme, ce n'est pas du Vincent Delerm !

Il serait trop fastidieux d'établir une liste complète de tous les artistes pour lesquels Pierre Delanoë a travaillé. En ce qui concerne Claude François, n'oublions pas qu'il lui a donné l'un des plus beaux textes que la chanson française ait connu : « C'est de l'eau, c'est du vent » sur une très jolie mélodie d'Alice Dona qui figure sur l'album « Fleur sauvage » de 1970 au même titre que « Le Musée de ma vie », toujours avec une musique d'Alice Dona, dont le texte a été composé également par Pierre Delanoë. Par la suite, il lui donnera aussi « Les ballons et les billes » (1971), « Voleurs bohémiens » (1972) « Des pleurs sur l'oreiller », « Moi, je suis français » (1975), « Fred », « La pipe en bois », « Nicolas François Dupont », « Danse ma vie » (1976) et, bien sûr, pour terminer par le titre qui nous intéresse ici.  Citons également d'autres titres pour de multiples artistes qui sont devenus d'énormes succès : « Mes mains », « Le jour où la pluie viendra », « Nathalie », « Je t'appartiens », « Et maintenant », « L'orange », « La solitude » pour Gilbert Bécaud, « L'épervier » et « Stewball » pour Hugues Aufray, « Je n'aurai pas le temps » et « Une belle histoire » pour Michel Fugain, « Il est mort le soleil » pour Nicoletta, « Le bal des Laze » pour Michel Polnareff, « Quelque chose et moi », « La ballade des gens heureux » pour Gilbert Lenorman, « L'été indien », « Aux Champs-Elysées », « Et si tu n'existais pas » pour Joe Dassin, « Derrière l'amour » et « Cet homme que voilà » pour Johnny Hallyday, « Et bonjour à toi l'artiste » pour Nicole Rieu, « Les vieux mariés », « Le France », « Les Lacs du Connemara » pour Michel Sardou... Il a aussi écrit pour Edith Piaf, Tino Rossi, Dalida, Serge Reggiani, Mireille Mathieu et... ça ne s'arrête pas à elle ! Rien ne prédestinait Pierre Delanoë à cette carrière d'auteur. Né à Paris le 16 décembre 1918, il s'est tourné vers le droit pour ensuite s'occuper de fiscalité en tant que, successivement, receveur et inspecteur des impôts. C'est en 1953 qu'il rencontre Gilbert Bécaud pour devenir l'un de ses plus fidèles paroliers et délaisser à tout jamais la paperasserie administrative ! Pierre Delanoë est l'auteur de plus de 5000 chansons, il a été directeur des programmes d'Europe 1 de 1955 à 1960 et président d'honneur de la SACEM de 1984 à 1994. Il est décédé d'un arrêt cardiaque, le 27 décembre 2006 à l'âge de 88 ans.

L'AMOUR VIENT, L'AMOUR VA (EASY COME, EASY GO)

C'est Eddy Marnay, parolier de Claude pour de nombreuses chansons de son répertoire, qui s'est chargé de l'adaptation en français d'un original composé par Michael Bacon et Larry Gold. Michael et son frère Kevin enregistrèrent cette chanson en... 1993 sous leur nom de scène, Bacon Brothers. La question est donc de savoir comment Claude a-t-il pu dénicher cette mélodie qui est certainement sortie durant les années 70 et qui n'a connu aucun retentissement ! Mais chaque fan de Cloclo vous répondra facilement qu'il était au courant de tous les morceaux en vogue aux Etats-Unis. Celui-ci, issu de la pure variété américaine, n'aura pas échappé à son flair incomparable et Eddy Marnay a mis tout son talent au service de l'idole pour « pondre » un texte qui reflète, mot pour mot, les sentiments qu'il nourrit lors de ses amourettes passagères. En ce qui concerne la composition musicale de cette chanson, l'introduction n'a rien à envier à l'ouverture d'une symphonie classique : des violoncelles et des flûtes nous caressent le tympan agréablement surpris par... deux coups de triangle ! La voix de Claude se dépose délicatement sur quelques notes jouées sur un piano électrique. Après 38 secondes d'une extrême douceur, l'ensemble prend corps avec des cordes très présentes et une guitare acoustique qui nous emmène, après 1 minute 13, au premier refrain. La voix de Claude est langoureuse, triste, plaintive et elle sied admirablement bien à l'ambiance générale de la mélodie. Après 1 minute 54, c'est le second couplet et c'est le moment que Claude choisit pour faire le bilan de sa vie... « qu'il a payé en une nuit ». Amour d'un jour, amour d'un soir qui vient et qui s'en va dès le lendemain... Une dernière mention pour l'analyse de cette chanson : des chœurs bien en place et harmonieux qui accompagnent la voix de Claude durant les deux refrains, renforçant ainsi la mélancolie qui s'en dégage.

Eddy Marnay fut une sommité dans le cercle très fermé des grands auteurs dans la chanson française. Né à Alger le 18 décembre 1920, il ferme les yeux le 3 janvier 2003 sur un répertoire de près de 4000 chansons ! De 1990 à 1997, il a été administrateur à la SACEM et en 1993, il a été nommé Chevalier de la Légion d'Honneur. Très jeune, il hérita de son père du goût pour la musique et fut marqué par les œuvres de Berlin, Gershwin et Porter. Très impressionné par la chanteuse des années 30, Damia, il arrive à Paris à peine âgé de 17 ans et, après avoir tenté les métiers de journaliste, scénariste et metteur en scène, il décide de chanter. Cependant, c'est comme parolier qu'il deviendra célèbre. En 1948, il a l'occasion d'écrire « Les Amants de Paris » pour Edith Piaf sur une musique de Léo Ferré. Cette rencontre lui permettra de s'attirer les plus grands durant les années 50 : Lucienne Delyle, Patachou, Yves Montand, Marcel Amont, Michèle Arnaud, Luis Mariano, Mouloudji, Eddie Constantine, Jean-Claude Pascal et Henri Salvador feront appel à ses services. De plus, il se spécialisera dans l'adaptation de chansons de films américains comme « Whatever Will Be, Will Be » (Oscar de la meilleure chanson en 1956, thème du film d'Alfred Hitchcock « L'homme qui en savait trop » chanté par Doris Day) qui devient, sous sa plume, « Que sera, sera » par Jacqueline François. Il adaptera également « Exodus » en 1961 pour Edith Piaf sur une musique originale d'Ernest Gold et « Le jour le plus long » en 1962 pour John William d'après un original de Paul Anka. Tiens, Tiens, Eddy Marnay, Paul Anka : nous ne sommes plus très loin de la rencontre de ces deux personnalités avec Claude François ! En 1966, il reprend « The Shadow Of Your Smile », du film de Vincente Minelli « Le Chevalier des sables », qui devient « Le Sourire de mon amour » pour Juliette Gréco. 1968, c'est l'année d'un immense succès pour Eddy Marnay : il s'associe avec Michel Legrand pour « Les Moulins de Mon Cœur » qui s'adjuge l'Oscar de la meilleure chanson et qui devient « The Windmills Of Your Mind » pour le thème du film « L'Affaire Thomas Crown ». Et voilà le lien qui unit Eddy Marnay à Claude François. Désormais, les deux hommes ne se quitteront plus et Eddy écrira une kyrielle de chansons qui deviendront, pour la plupart, des tubes et pour les autres, des chansons dites « de remplissage ». En voici la liste complète : « Fleur sauvage », « Le monde est grand, les gens sont beaux » (1970), « Seule une romance », « Il fait beau, il fait bon », « Stop au nom de l'amour », « Un jardin dans mon cœur », « Combien de rivières » (1971), « Feu de paille », « Mais c'est différent déjà », « Je chante pour les gens qui s'aiment », « On ne choisit pas », « Soudain il est trop tard », « Belinda », « Mon mensonge et ma vérité » (1972), « A part ça la vie est belle », « Sha la la (hier est près de moi) », « J'ai encore ma maison », « Notre dernière chanson ensemble », « J'ai perdu ma chance » (1973), « Le mal aimé », « Une fille suffit », « La plus belle fille du monde », « Tu es tout pour moi », « Toute ma vie je chanterai pour toi » (1974), « Toi et moi contre le monde entier », « Il ne me reste qu'à partir », « Où s'en aller », « Un petit peu d'amour », « Le spectacle est terminé », « Un nuage dans le soleil », « Fais comme si » (1975), « Sale bonhomme », « Monsieur Crapaud », « Le zoo de Vincennes », « Dors petit homme », « Le vagabond », « C'est le reggae », « Il ne t'aime pas », « Laisse une chance à notre amour », « Cette année-là » (1976), « Je vais à Rio », « Toi et le soleil », « Enfin », « Chaque visage dit une histoire », et, pour les chansons de l'album qui nous occupe : « L'amour vient, l'amour va », « Sacrée chanson », « Pourquoi toi » (1977). Faites le total de cette fructueuse collaboration : 48 chansons, de quoi remplir allègrement 2 CD ! Après la disparition de Cloclo et jusqu'au moment où il le rejoindra, il s'occupera de nombreux artistes québécois dont Ginette Reno et Céline Dion, surtout, seront ses interprètes favorites. Parmi les autres vedettes pour lesquelles Eddy Marnay a apporté des textes, signalons Mireille Mathieu (« Un jour viendra », « Tous les enfants chantent avec moi », « Mille Colombes »), Marcel Amont, Régine, France Gall, Françoise Hardy (« La maison où j'ai grandi »), Frida Boccara (« Cent mille chansons » et « Un jour, un enfant » qui remportera le Grand Prix Eurovision de la Chanson en 1969), Guy Mardel, Hervé Vilard, Serge Reggiani, Nana Mouskouri, Michèlle Torr, Nicole Croisille, Dalida et Nicole Rieu.  

SACRÉE CHANSON (TELEPHONE LINE)

Dès les premières notes, on sait déjà que ce n'est pas une chanson banale. Claude François veut prendre artistiquement et musicalement une autre voie et il vise juste : ce titre est un original du groupe emmené par Jeff Lyne, Electric Light Orchestra, figurant sur l'album « A New World Record » (1976). C'est lui-même qui a composé les paroles et la musique. L'intro de 14 secondes avec des notes solidement jouées sur un piano nous interpelle, on n'en croit pas ses oreilles : ça, du Claude François ? Eh oui, il faudra vous y faire : fini les ritournelles à moulinets du style « Chanson populaire » ou les déhanchés de « Je viens dîner ce soir » ! C'est de la bonne « pop » gouleyante et savoureuse ! Les 40 premières secondes, avant l'emballage de l'orchestre, confirme notre première impression. Claude François a changé, en bien; il nous étonne par sa démarche, par son envie d'explorer d'autres sons qui pourront mieux lui convenir, à l'aube des années 80... Sa voix est plus tonique que jamais, collant parfaitement aux mots si bien écrits encore une fois par Eddy Marnay ! Elle est grave, presqu'éraillée, comme au bon vieux temps de sa période « Tamla Motown » ! La mélodie prend alors définitivement son envol jusqu'au premier refrain (après 2 minutes !) pour aller crescendo. Les cordes deviennent plus insistantes et sont omniprésentes dans le couplet qui précède le second refrain. La chanson est longue (la deuxième après « Ève ») mais on ne s'en plaindra aucunement : c'est 4 minutes 24 de pure extase devant ce Claude François audacieux à souhait. Personnellement, si je voulais qualifier la synchronisation des instruments avec la voix de Claude, je dirais que nous avons là la démonstration partielle d'un legato (en italien qui signifie lié ou attaché). Jean-Claude Petit, le chef d'orchestre qui dirige cette chanson, fait jouer les sons dans le prolongement les uns des autres, en prenant attention de faire jouer les notes dans le même « souffle » que le chanteur et employer le même coup d'archet pour les instruments à cordes. J'insiste sur le caractère partiel de ce legato puisqu'il inclut, dans sa définition complète, des instruments à vent (inexistants dans la partition musicale de « Sacrée chanson »).

Jeff Lyne est surtout connu pour avoir fait partie de la célèbre formation « Electric Light Orchestra » de 1970 à 1986 et aussi, brièvement, durant l'année 2001 où le groupe tente de se reformer mais l'album « Zoom » qui s'ensuit est un échec commercial et la renaissance qui devait s'assimiler à un nouveau départ ne sera qu'éphémère. Tout au long de sa carrière, le groupe subira de nombreux départs et arrivées mais maintiendra le cap contre vents et marées. Après la dissolution du groupe, Jeff Lyne incorporera d'autres projets comme « Traveling Wilburys » en compagnie de L'ancien Beatle George Harrison, Tom Petty, Bob Dylan et Roy Orbison.  En 1988, il produira d'ailleurs l'ultime album « Mystery Girl » de Roy Orbison pour lequel il écrira 3 chansons dont le hit « You Got It ». Il travaillera également pour Paul Mc Cartney sur l'album « Flaming Pie » en 1997 ainsi que pour George Harrison, jusqu'au décès de ce dernier en novembre 2001. En 2006, il s'associait à nouveau avec Tom Petty pour l'album « Highway Companion ».



À SUIVRE...

Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : Nos années vinyles oubliés
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