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Dans l'article consacré à l'opéra « Il
Trovatore », je vous avais promis d'évoquer Luciano Pavarotti. Voici, enfin, cet hommage tant mérité à celui que beaucoup considère comme le plus grand ténor
de tous les temps. Mon avis est cependant un peu plus nuancé. Il est certainement le plus grand sur le plan de la puissance vocale. Toutefois, il n'a pas exploré des registres comme l'a fait son
illustre concurrent Placido Domingo qui, lui, n'hésite pas à s'aventurer dans des domaines plus complexes, plus âpres à interpréter (songez qu'il vient tout juste d'incarner le
rôle de Bajazet dans l'opéra baroque « Tamerlano » de Georg Friedrich Haendel au Teatro Real de Madrid !). J'y
reviendrai plus tard. Pour l'instant, parcourons ensemble, si vous le voulez bien, la carrière extraordinaire du plus « universel » des ténors !
Luciano naît à Modène le 12 octobre 1935, d'un papa boulanger appréciant l'art lyrique et d'une maman employée d'usine. Durant sa plus tendre
enfance, il a la joie de partager ses jeux avec Gabriella, sa sœur.
Luciano à 4 ans entouré de ses parents Adèle et Fernando
Le très émouvant « Che Gelida Manina » dans « La Bohème » avec Mirella Freni à l'Opéra de San Francisco en 1990
Avec sa première épouse
Aduana en 1982
Alors qu'il n'en est qu'à ses débuts, Luciano Pavarotti est invité à remplacer, au pied levé, le ténor Giuseppe Di Stefano
à l'affiche de « La Bohème » au Royal Opera House de Londres. Pavarotti s'en sort à merveille et le public l'ovationne à tout
rompre. La gloire lui ouvre les bras : deux ans plus tard, il se produit à la Scala de Milan sous la direction d'Herbert Von Karajan. Par après,
le célèbre ténor confiera qu'il lui en sera éternellement reconnaissant et qu'il lui devra ses premiers lauriers. En février 1965, il part à la conquête des Etats-Unis et joue au Great
Miami Opera aux côtés de Joan Sutherland. Deux mois plus tard, il est de retour à la Scala avec « La Bohème » qui
deviendra son opéra fétiche, le rôle de Rodolfo lui collant parfaitement à la peau. Peu après, il interprète le rôle du Duc de Mantoue dans
« Rigoletto » de Verdi.
Après une tournée qui le
mène jusqu'en Australie, il dépose à nouveau ses valises à Milan pour y jouer, le 26 mars 1966, Tebaldo dans l'œuvre de Bellini « I Capuleti e i
Montecchi ». Le 2 juin, le public londonien a le plaisir de le retrouver dans « La Fille du Régiment » de Donizetti où
il campe le rôle de Tonio. Les critiques sont unanimes : Pavarotti est au sommet de son art et domine « outrageusement » le monde de l'opéra ! En
1968, il conforte sa renommée au Metropolitan Opera de New- York ainsi qu'à l'Opéra de San Francisco. Les Américains en sont fous ! Un an plus tard à Rome, le
20 novembre, il remporte à nouveau un formidable succès dans « I Lombardi alla prima crociata » (Les Lombards à la première croisade),
une œuvre de Giuseppe Verdi qui fait l'objet de son premier enregistrement discographique. Au cours des années 70 et 80, Pavarotti va ajouter d'autres opéras
à son palmarès : « Aïda » de Verdi et « Madame Butterfly » de Puccini vont
alterner avec « La Bohème » et « Rigoletto » qu'il ne se lasse pas de
jouer.
« Celeste Aïda » dans « Aïda » en 1984 à l'Opéra de Vienne
C'est en 1972 que son
immense talent est consacré aux Etats-Unis pour son interprétation sans précédent de « La Fille du Régiment » au Metropolitan Opera de
New-York où il réussit à gravir les neuf contre-uts du fameux air « Ah ! mes amis, quel jour de fête ! ». Cette
performance lui vaut de revenir 17 fois sur scène, un record jamais égalé depuis !
« Ah ! mes amis, quel jour de fête ! » dans « La Fille du Régiment » -
Enregistrement « Live at The Met » en 1972
En mars 1977, un « Live from The Met » est retransmis sur le câble et cette diffusion réalise la plus grande audience jamais obtenue pour un opéra télévisé. De nombreux Grammy Awards et disques d'or lui sont attribués parallèlement à ce succès qui s'inscrira comme la référence la plus marquante dans son répertoire. Luciano Pavarotti est un homme comblé. Toutefois, dans son for intérieur, il le serait encore plus s'il pouvait donner un petit coup de pouce à de jeunes chanteurs. C'est ainsi qu'il fonde, au début des années 80, « The Pavarotti International Voice Competition » qui permet à quelques- uns d'entre eux d'accéder à la notoriété. De plus, les lauréats ont le privilège, à la fin de chaque concours, d'interpréter des extraits d'opéras les plus connus en compagnie de leur Maître. En 1982, après une brève et unique incursion cinématographique qui passera inaperçue (« Yes, Giorgio » en 1981, une histoire d'un ténor qui perd sa voix !), Pavarotti emmène ses protégés dans une tournée à travers le monde qui les conduit jusqu'en Chine à Pékin, applaudis par 10.000 personnes qui assistent, médusés, à l'interprétation déconcertante des neuf contre-uts qui ponctuent « Ah ! mes amis quel jour de fête » de « La Fille du Régiment » ! Le récital comprend aussi, inévitablement, des airs de « La Bohème ». Le troisième concours ne se déroulera que sept ans plus tard avec des extraits de « L'Elisir d'Amore » (L'élixir d'amour) de Donizetti et « Un ballo in Maschera » (Un bal masqué) de Verdi.
« Un ballo in Maschera » à la Scala en 1978
La même année, il joue « Aïda » de Verdi pour la toute première fois de sa carrière. En 1986, il retourne en Chine pour une série de concerts et l'année suivante, il conquiert pour la première fois de sa carrière le public de Buenos Aires qui lui réserve un accueil exceptionnel. D'autres projets germent dans la tête de Luciano Pavarotti. Il veut rendre l'opéra « populaire », il désire faire accepter ce genre musical par le plus de monde possible (une hérésie pour des personnes qui se disent « puristes » et qui, en vérité, ne le sont pas du tout !). En 1990, il est convié à chanter l'hymne officiel de la Coupe du Monde de Football dans son pays natal. Il n'hésite pas une seule seconde et choisit « Nessun Dorma » de l'opéra « Turandot » de Puccini. Un air qui l'accompagnera jusqu'à ses derniers récitals et qu'il chantera avec toujours autant de fougue et de parfaite maîtrise vocale. Un air qui lui sied magnifiquement, unanimement et personnellement. C'est sa carte de visite, en quelque sorte.
« Nessun Dorma » à Paris en
1998
Pendant les
années 90, Pavarotti multiplie les représentations « en plein air » : devant 150.000 personnes dans le prestigieux Hyde Park de Londres pour ses 30
ans de carrière et, en juin 1993, devant plus de 500.000 spectateurs dans le Central Park de New- York. Ce dernier concert sera retransmis à la télévision et sera suivi par plus d'un
million de téléspectateurs ! C'est également durant cette décennie qu'il se joint à Placido Domingo et à José Carreras pour
former « Les 3 Ténors ». Cette réunion commence le 7 juillet 1990 sous la baguette de Zubin Mehta pour un concert devant les anciens
« Thermes de Caracalla » à Rome pour se poursuivre lors de l'édition de 1994 à Los Angeles (avec encore Zubin Mehta au pupitre) et se terminer à Paris en
1998 devant la Tour Eiffel sous la direction du pianiste et chef d'orchestre James Levine.
En 1992,
Pavarotti a une nouvelle et grande idée : organiser sur la « Piazza Grande » de sa ville natale à Modène un grand concert de charité pour venir en
aide aux enfants qui sont plongés dans l'atrocité des guerres. « Pavarotti & Friends » aura la particularité de réunir un grand nombre d'illustres
artistes issus de différents styles musicaux qui s'associeront au ténor le temps d'une chanson. Luciano aura la courtoisie de se mettre au diapason de ses invités qui
choisiront une chanson de leur répertoire pour l'interpréter en duo avec lui. Ce concert exceptionnel connaîtra sept éditions de 1992 à 2002 qui accueilleront, entre autres,
Andrea Bocelli, Elton John, Joe Cocker, Stevie Wonder, Bono, Céline Dion,
Zucchero, Sting, James Brown, Barry White, Anastacia et même les Spice
Girls !
A l'aube du nouveau
millénaire, Pavarotti prend une lourde décision : il vire son manager Herbert Breslin qui s'occupait de son planning depuis 36 ans. Ce dernier mène
alors une campagne afin de ternir complètement l'image de Pavarotti en révélant, dans un livre intitulé « Le Roi et Moi » ses difficultés à lire la musique
et à suivre le chef d'orchestre. Souhaitant remettre les pendules à l'heure, le ténor réfute les accusations dans une interview sur les antennes de la BBC, le 12 septembre 2005. Cependant, il
avoue avec complaisance avoir de temps en temps quelques difficultés à s'incurver dans le rythme défini par le chef d'orchestre lorsqu'il interprète certains rôles. Fin 2003,
Luciano défraye la chronique et alimente les colonnes des magazines à sensations en épousant son assistante et secrétaire Nicoletta Mantovani avec qui il
aura une petite fille, Alice.
Avec sa seconde épouse Nicoletta Mantovani et leur fille
Alice
A près de 69 ans,
Pavarotti entend tout doucement sonner l'heure de la retraite. Mais avant de se retirer définitivement, il veut entreprendre comme baroud d'honneur une longue tournée d'adieu
qui devrait s'achever en 2006. Le 13 mars 2004, il fait ses adieux à l'opéra en interprétant le rôle du peintre Mario Cavaradossi dans « Tosca »
de Puccini au Metropolitan Opera. A la fin de la représentation, le public debout l'ovationne pendant douze
minutes !
Début décembre, il met sur
papier le nom des quarante villes par où il passera lors de sa dernière tournée. Malgré sa ferme intention de raccrocher, les propositions affluent toujours. Ainsi, il répond présent le 10
février 2006 pour interpréter « Nessun Dorma » pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver de 2006 organisés à Turin. Ce sera son
ultime apparition sur scène. En juillet 2006, Luciano Pavarotti est contraint de se faire hospitaliser pour de sérieux problèmes de santé. Les médecins découvrent une tumeur
maligne au pancréas et décident de pratiquer l'opération. Malgré le succès de l'intervention chirurgicale, le pronostic des médecins est très réservé et ceux-ci prescrivent au ténor une
longue période de repos. Ce dernier feint de les écouter mais il n'a qu'une seule envie : reprendre le cours de sa tournée d'adieu. Néanmoins, il veut se montrer raisonnable et fixe au
début 2007 la reprise de ses activités. Malheureusement, son état ne s'améliorera pas au point de remonter sur scène. La plupart du temps, la star se déplace en fauteuil roulant. Pourtant, il
garde un moral à toute épreuve et envisage même le prochain enregistrement d'un disque de musiques sacrées. En août 2007, le ténor est obligé une fois de plus d'entrer à l'hôpital de Modène
pour une forte fièvre. Deux semaines plus tard, il reçoit le feu vert pour réintégrer son domicile mais des soins continueront à lui être administrés. Début septembre, son état se dégrade
suite à des complications rénales. Le ténor perd connaissance à plusieurs reprises. Malgré son courage et sa volonté de se battre jusqu'au bout, la maladie aura raison de lui et l'emportera
pour un sommeil éternel le 6 septembre à 5 heures du matin. L'annonce de son décès plongera le monde de la musique dans le désarroi et la tristesse. Ses obsèques du 8 septembre ont des
relents de deuil national et sont célébrées en la cathédrale de Modène devant 800 personnes. Des personnalités politiques dont l'ancien secrétaire-général de l'ONU, Kofi
Annan, sont présentes ainsi que de grands artistes venus saluer une dernière fois leur ami : Andrea Bocelli (qui interprétera, à la fin de l'office,
l' « Ave Verum Corpus » de Mozart), la soprano Mirella Freni mais aussi, entre autres,
Bono et Zucchero. Luciano Pavarotti incarnera toujours le ténor populaire par excellence, celui qui voulait se faire accepter par tout un
chacun. Il y sera parvenu grâce à sa voix exceptionnelle, son extraordinaire générosité, son immense talent, son émotivité et sa sensibilité. Le plus bel hommage qui lui a été rendu est celui
du chef d'orchestre Carlos Kleiber qui avait déclaré : « Quand Luciano Pavarotti chante, le soleil se lève sur le monde ». Afin de poursuivre
cet hommage, je vous donne rendez-vous dans une deuxième partie avec un « album » photos et une troisième partie suivra avec quelques CD et DVD indispensables agrémentés d'autres
vidéos.
"Quand Luciano Pavarotti chante, le soleil se lève sur le
monde"
MADE IN BELGIUM
PIERRE RAPSAT
2ème partie
De "Je suis moi" à
"Un coup de rouge, un coup de blues"

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