Vendredi 10 avril 2009

Voici une superbe adaptation par Claude François du fantastique « River Deep-Mountain High », une chanson parue en septembre 1966 et tirée de l'album du même titre d'Ike et Tina Turner. Ce nouvel article des « Chansons de Claude » vous propose un historique de l'original qui a suscité de nombreuses reprises ainsi que l'analyse technique de l'interprétation par Claude François. A la création de ce morceau mythique, nous trouvons l'inventeur du « son Spectorien », le légendaire Phil Spector (qui, malheureusement, a alimenté la chronique, récemment, de bien sinistre façon mais je n'aborderai pas ce sujet, ce blog n'étant destiné qu'à la musique et non aux faits divers), Jeff Barry (qui a écrit, notamment, pour Sam Cooke, The Ronettes, The Beach Boys, Glen Campbell et Olivia Newton-John) et l'épouse de Barry à cette époque, Ellie Greenwich. Ces deux derniers furent à l'origine de nombreux hits dans les années 60 dont « Hanky Panky » pour Tommy James & The Shondells et « Do Wah Diddy  » pour Manfred Mann. Dès sa parution aux Etats-Unis, la chanson ne fait pas grand bruit; par contre, c'est un énorme succès au Royaume-Uni puisqu'elle se classe d'emblée n° 3. Elle est rééditée en 1969 et devient, désormais, une chanson à part entière dans le répertoire de Tina Turner. Au moment de l'enregistrement de la chanson, Spector se rend compte du comportement abject et incontrôlable d'Ike Turner. La chanson et l'album qui suit sont crédités aux deux noms mais seule la voix de Tina se fera entendre, Ike n'ayant pas été permis de participer aux sessions selon les termes du contrat ! Phil Spector va déployer un arsenal de moyens techniques et instrumentaux appelé « Wall of Sound » (Le mur du son) afin d'accompagner la voix puissante de Tina. La facture va s'élever à 22.000 $, un budget incroyable pour cet album qui requiert la présence de deux douzaines de chanteurs et musiciens ! Malgré tous ces efforts, « River Deep-Mountain High » est un échec aux Etats-Unis, n'atteignant qu'une pénible 88ème place au Billboard. Cependant, au Royaume-Uni, le single n'est devancé que par les Beatles et les Kinks, George Harrison déclarant même que la chanson est parfaite, du début à la fin. Le fameux magazine « Rolling Stone » reconnaît toutefois la qualité intrinsèque de la chanson puisqu'il la place en 33ème position parmi les 500 meilleures.

 

  Vidéo avec Ike Turner

Vidéo de Tina au Pays-Bas en 1971 

 

Amsterdam Arena 1996  


Au rayon des covers, c'est Harry Nilsson (plus connu sous son unique nom, Nilsson) qui, en 1967, est le premier à reprendre la chanson dans son album « Pandemonium Shadow Show ». Cet auteur-compositeur-interprète décédé le 15 janvier 1994 à l'âge de 52 ans avait collaboré avec Spector avant de triompher avec des titres comme « Without You » et « Everybody's Talkin' », le thème du film « Midnight Cowboy ». L'année suivante, c'est « Deep Purple » qui ajoute ce morceau à son répertoire au sein de son album « The Book Of Taliesyn » qui paraît en février 1969 et dont la durée dépasse les 10 minutes !

 

  La Cover de Deep Purple

 


Ensuite, Eric Burdon & The Animals (ci-dessus) l'incluent à leur album « Love Is » en 1968 et sur leur compilation de 1969 « The Greatest Hits Of Eric Burdon & The Animals ». En 1985, un enregistrement de cette chanson est captée lors d'un concert d'Eric Burdon et est sorti finalement en 1992 sur « That's Live ». Encore aujourd'hui, « River Deep-Mountain High » figure dans sa tracklist pour la scène. En 1970, « The Shadows » en réalise une version instrumentale sur « Shades of Rock » suivie de celle de Bob Seger (sous l'appellation « The Bob Seger System ») dans l'album « Mongrel ». Mais la version qui remporta le plus de succès (une 14ème place au Billboard en 1971) est à mettre au crédit des « Supremes & Four Tops » (l'association des « Supremes » après le départ de Diana Ross avec « The Four Tops ») sur leur album « The Magnificent Seven », produit par la paire Ashford et Simpson (dont je reparlerai plus tard pour une autre « Chanson de Claude ») et qui sort en septembre 1970.

 

La Cover des Supremes & Four Tops  


Dans les années 80, la chanson fut à nouveau reprise par le groupe « Erasure » sur leur album « The Innocents » en 1988. En 1992, Annie Lennox l'interprète également au cours de l'émission « MTV Unplugged » ainsi que Neil Diamond sur « Up On The Roof : Songs From The Brill Building » en 1993. Dernièrement, depuis fin 2006, Céline Dion n'a pu faire autrement que se l'approprier pour ses shows à Las Vegas mais sincèrement, elle doit encore prendre des leçons auprès de Great Mama Tina !

 

 La Cover de Neil Diamond 

 

Deuxième titre de la face B de son 15ème album paru en novembre 1971 et emmenant le titre phare « Il fait beau, il fait bon », « Combien de rivières » est une de mes covers préférées de Claude François. Inclus dans un 33 tours de bonne qualité générale avec d'autres titres forts comme « Plus rien qu'une adresse en commun », « En souvenir », « Un jardin dans mon cœur » et « Un peu d'amour, beaucoup de haine », ce disque a une connotation toute particulière pour moi : il fut le premier qui m'ait été offert et donc le premier d'une longue et belle collection ! Je le vois encore « trôner » au milieu d'autres jouets pour la Saint-Nicolas de 1971... en avant-goût du concert, le premier, aussi, auquel je pus assister, le 8 avril 1972 au Palais des Beaux-arts de Charleroi.  « En souvenir » de celui-ci, voici un montage en préambule de l'analyse technique de la chanson.

 


Tout comme l'original, l'introduction musicale est courte (cinq secondes). Elle est dominée essentiellement par les cordes (violons) avec une rythmique assurée par de timides percussions (j'opterais pour des maracas) et ponctuée par un coup de grosse caisse. La voix de Claude, bien en place, vient tout de suite après, seule, avant que la musique ne se dépose sur la deuxième syllabe de « rivières ». Avant d'aller plus loin dans cette analyse, il faut signaler que cette chanson n'a pas de véritable refrain. Elle se compose de plusieurs segments bien distincts séparés par une répétition de l'intro après 1 minute 12. De 2 minutes 24 à 3 minutes 06, la mélodie atteint son paroxysme; les accords identiques se renouvellent, chaque fois toutes les douze notes jusqu'à ce que la voix de Claude atteigne la note la plus élevée dans la partition (le do de l'octave supérieure !). Enfin, la chanson se termine par une seconde répétition de l'intro musicale. Cette chanson possède vraiment une conception inhabituelle dans le répertoire de Claude. Maintenant, en ce qui concerne l'instrumentation, le premier segment (de la 8ème seconde à la 27ème) est agrémenté principalement  d'une basse rejointe par des chœurs et une section importante de violons dans le second segment (de la 28ème seconde à la 46ème). Les cuivres (trombones et trompettes) font leur apparition dans le dernier tiers de la première partie du morceau (de la 47ème seconde à 1 minute 11). La basse couvre toujours le 1er segment de la deuxième partie mais elle se fait « chahuter » par des violons insistants donnant ainsi beaucoup plus de largeur au champ musical. Mais le plus intéressant est encore à venir... L'instant fatidique se situe à 2 minutes 24, au moment où la mélodie « monte » d'un degré avec cette répétition incessante d'accords, d'abord à la guitare, uniquement pendant 6 secondes, puis avec des percussions outrageusement dominées par une cinglante... cymbale !  L'orchestration atteint son sommet avec l'appui des cuivres sur la guitare pour amplifier la répétition des accords avec, d'abord en fond, la voix de Claude qui s'élève en crescendo pour finir, majestueuse, au dessus de cet enchevêtrement instrumental ! Sans pour autant égaler la version originale et sa dimension « Spectorienne », l'adaptation française d'Eddy Marnay est subtile : les « rivières » et « montagnes » sont évoquées pour décrire un homme soucieux de retrouver la femme qu'il désire par-dessus tout, qu'importent les obstacles qu'il doit surmonter... Les arrangements musicaux de Raymond Donnez sont précis, très travaillés, peut-être un peu trop symphoniques pour la couleur soul de la chanson; toutefois, l'instrumentation est de qualité mais elle ne devance pas, loin de là, le « mur du son » cher à son créateur...

Par BERNIE - Publié dans : Les chansons de Claude - Communauté : Toutes les musiques
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