Partager l'article ! TOSCA - PUCCINI: TOSCA GIACOMO PUCCINI Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica D’après l ...
TOSCA
GIACOMO PUCCINI
Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica
D’après la pièce de Victorien Sardou
Extraits
ACTE I
1. « Dammi i colori… Recondita
armonia »
(Cavaradossi, Sagrestano)
2. « Mario ! Mario ! »
(Tosca, Cavaradossi)
3.Te Deum : « Tre sbirri, una carrozza… »
(Scarpia, Spoletta, Coro)
ACTE II
4. « Floria !...
Amore … ! »
(Cavaradossi, Tosca, Scarpia, Sciarrone)
5. « Vissi d’arte… »
(Tosca, Scarpia, Spoletta)
ACTE III
6. « E lucevan le stelle… »
(Cavaradossi, Tosca, Sciarrone, Spoletta, Coro)
FLORIA TOSCA
MARIA CALLAS, soprano
MARIO CAVARADOSSI
CARLO BERGONZI, ténor
SCARPIA
TITO GOBBI, baryton
SPOLETTA
RENATO ERCOLANI, ténor
SCIARRONE
UGO TRAMA, basse
SAGRESTANO
GIORGIO TADEO, basse
Enregistré à Paris, Salle Wagram (Décembre 1964 et Janvier 1965)
Directeur artistique : Michel Glotz
Ingénieur du son : Paul Vavasseur
En couverture : photo Houston Rogers
Maquette : Josée Malamoud
Chœurs du Théâtre National de l’Opéra de Paris
Chef des Chœurs : JEAN LAFORGE
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
Direction : GEORGES PRÊTRE
(qui s'entretient avec, de gauche à droite, Tito
Gobbi, Maria Callas et Carlo Bergonzi)
L’église Sant’ Andrea della
Valle
Cet opéra en trois actes fut créé le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi de Rome et ne recueillit pas une critique enthousiaste ni unanime. Finalement, ce fut le public qui décida du sort
populaire de cet opéra dont les faits se passent en juin 1800 dans la Ville Éternelle. La situation politique est instable. Un opposant au régime, le consul Cesare Angelotti a été
capturé et figure sur la liste noire du sinistre baron Vitello Scarpia, nommé chef de la police par Ferdinand IV et chargé de maintenir l’ordre. Angelotti est un
fervent « supporter » de l’empereur Napoléon et espère sa venue en Italie afin de conquérir le pouvoir. Le premier acte s’ouvre avec, en fond de décor, l’église Sant’
Andrea della Valle où vient se réfugier Angelotti, fraîchement échappé de sa prison, alors que le peintre Mario Cavaradossi s’affère à achever un portrait censé représenter
Marie-Madeleine.
En fait, l’artiste lui a prêté les traits de la marquise Attavanti, la sœur d’Angelotti, qui vient fréquemment prier. Adhérant au même idéal politique que le consul, Cavaradossi lui vient en aide et l’invite, sans tarder, à se dissimuler dans la chapelle familiale car il entend des pas résonner. C’est à ce moment que la célèbre cantatrice, Floria Tosca, la maîtresse de Cavaradossi, fait son entrée. Elle se doute de la présence d’une autre personne en compagnie de son amant mais son attention, ou plutôt sa jalousie, est surtout captivée par le tableau où elle reconnaît le visage de la marquise. Tosca ne manque pas de le lui faire remarquer assez furieusement et afin de la calmer, Cavaradossi feint que la ressemblance avec l’Attavanti n’est le reflet que d’une pure coïncidence. Il lui suggère de la retrouver plus tard en lui promettant de changer le bleu de ses yeux par le noir de ceux de sa dulcinée. Tosca partie, le peintre s’en va retrouver l’ex détenu et l’invite à mieux se cacher dans le jardin de sa villa, au fond d’un puits aménagé en cave secrète. Afin de ne pas se faire reconnaître, il peut aussi compter sur des vêtements féminins que sa sœur a déposés dans la chapelle. Soudain, un coup de canon retentit depuis le château Saint-Ange où Angelotti était emprisonné signalant que l’évasion a été découverte.
Le baron Scarpia fait irruption dans l’église…
Un peu après que les hommes aient quitté les lieux, le baron
Scarpia fait irruption dans l’église au moment où un Te Deum se prépare suite à la défaite de Napoléon contre les troupes romaines. Mais les indices rapidement recueillis sur
place (la porte de la chapelle laissée ouverte, le témoignage du sacristain confirmant que Cavaradossi n’avait pas entamé un panier de victuailles retrouvé vide, le blason des
Attavanti sur un éventail tombé de l’attirail du déguisement dont le proscrit devait s’affubler, le tableau représentant l’Attavanti,…) amènent Scarpia à déduire que le
peintre est complice de son protégé. Tosca revient à l’église afin de prévenir Mario qu’elle doit chanter au Palais Farnèse suite aux récents événements et qu’elle ne pourra le
rejoindre à son rendez-vous. Mais c’est Scarpia qu’elle trouve sur sa route et le vilain baron réussit à attiser la jalousie de Tosca en hypothéquant une relation entre
Mario et la marquise Attavanti. Furieuse, la cantatrice tombe dans le piège tendu par le cynique Scarpia et quitte l’église en pleurs suivie par les hommes du chef de
la police. L’acte se termine par le Te Deum durant lequel Scarpia se jure de faire la conquête de Tosca.
Le second acte débute avec l’abominable Scarpia qui dîne au Palais Farnèse, dans ses appartements, en manigançant son odieux stratagème. Tout d’abord, il donne ordre pour que Tosca le rejoigne lorsqu’elle aura terminé de chanter. Spoletta, l’un des hommes forts de Scarpia, vient lui signaler que Cavaradossi a été arrêté; par contre, Angelotti n’a pas été retrouvé. Entre-temps, Tosca revient de son récital. Son amant parvient à lui dire de rester discrète sur ce qu’elle avait découvert à la villa car ses aveux le conduiraient à une mort certaine. Alors que Cavaradossi nie farouchement sa complicité avec Angelotti, Scarpia décide de le faire emmener dans une pièce voisine afin de continuer l’interrogatoire.
Scarpia
« cuisine »
Tosca…
Pendant ce temps, Scarpia « cuisine » Tosca et devant son mutisme, il lui apprend que son amant est torturé et que ses souffrances s’arrêteront lorsqu’elle avouera où est caché Angelotti. Entendant les cris de Cavaradossi s’échapper de la pièce voisine, Tosca décide de passer aux aveux et révèle l’endroit où le prisonnier se terre. Aussitôt, Scarpia demande que Cavaradossi soit relâché et emmené auprès de Tosca. Scarpia savoure son pouvoir en apprenant au peintre que sa bien-aimée l’a finalement trahi. À cette nouvelle, Mario la répugne mais au même moment, un agent de Scarpia entre dans les appartements pour annoncer que, contrairement à ce qui avait été dit, Napoléon a remporté la bataille de Marengo ! Cavaradossi laisse éclater sa joie et devant cette arrogance, Scarpia décide de lui infliger l’ultime sentence : la mort. Les policiers emmènent Mario dans sa cellule et se retrouvant à nouveau seul avec Tosca, Scarpia lui propose un marché ignoble : il laissera la vie sauve à Mario à la seule condition qu’elle se donne à lui. Au même moment, Spoletta revient en annonçant le suicide d’Angelotti après qu’il eut été découvert. Désemparée, Tosca accepte la transaction. Ne pouvant revenir sur la sentence, Scarpia lui apprend que l’exécution de Mario sera simulée et que les armes des soldats seront munies de balles à blanc. Afin qu’elle puisse partir de Rome avec son amant en toute sérénité, Tosca réclame auprès du chef de la police un sauf-conduit. Jouissant de sa victoire et dans la perspective de posséder enfin la cantatrice, Scarpia s’avance vers elle afin de lui remettre le précieux écrit.
Scarpia, mort, aux pieds de Tosca…
C’est à cet instant que Tosca lui assène un coup de couteau
mortel en pleine poitrine en lui proférant la fameuse réplique « Questo è il bacio di Tosca » (« C’est là le baiser de Tosca »). Le deuxième acte prend fin
sur la fuite de Tosca qui, avant de quitter les lieux, arrache le sésame de la liberté des mains du corps sans vie de l’odieux Scarpia.
Commentaires sur le CD : le disque que je vous présente ci-dessus reprend 6 extraits qui résument parfaitement la genèse de cet opéra : Mario, heureux de son œuvre, chante en s’extasiant sur la qualité de son travail avant de livrer un duo flamboyant d’amour mais aussi teinté de jalousie avec Floria Tosca. Personnellement, c’est le troisième extrait de ce premier acte qui est le plus impressionnant musicalement et… vocalement, aussi, pendant lequel Scarpia concocte son plan machiavélique. Les deux extraits suivants sont la terrible confrontation entre Tosca et Scarpia, pendant que Cavaradossi subit une épuisante et sanglante torture qui contraint Tosca aux aveux, jusqu’à la mort du chef de la police qui succombe au coup de couteau de la cantatrice. Enfin, le dernier extrait est, en fait, l’épilogue de cet opéra avec la peur de Mario de voir se lever son dernier jour, le duo d’espoir entre Tosca et Mario, le projet de leur évasion vers une nouvelle vie, l’exécution de Mario qui devait être une comédie montée de toutes pièces et finalement, le suicide de Tosca avant qu’elle ne soit capturée pour le meurtre de Scarpia. Ce CD est paru en 1989 sous le label EMI accompagné d’un petit livret reprenant la trame de l’œuvre en trois langues : français, anglais et allemand. La durée totale est de 1 heures et 24 secondes.
Pendant l’enregistrement…
De gauche à droite : Carlo Bergonzi, Maria Callas, Tito Gobbi et Ugo Trama
Les
interprètes et l’analyse technique
Dans l’ordre chronologique, c’est le ténor Carlo Bergonzi (Mario Cavaradossi) et la basse Giorgio Tadeo (le sacristain) qui apparaissent en premiers dans « Dammi i colori… Recondita armonia ». Bergonzi est magistral dans les airs où il intervient, aucune faiblesse vocale, une excellente maîtrise dans les aigus avec beaucoup de clarté et de fraîcheur caractérisent ses prestations. Toujours actif à l’âge de 85 ans (!), Bergonzi a débuté dans le chant à l’âge de 14 ans. Il n’a pas excellé tout de suite dans des rôles de ténor. C’est en tant que baryton qu’il incarne son premier personnage, Figaro, dans le Barbier de Séville de Rossini en 1948. Il continue dans l’Arlésienne de Cilea (le vieux berger Metifio), Don Pasquale (Docteur Malatesta, médecin du barbon célibataire), L’Elixir d’Amour (le sergent Belcore, amoureux de l’héroïne Adina), Lucia di Lammermoor, tous trois de Donizetti (Lord Enrico Ashton), Pagliacci de Leoncavallo (Silvio, un villageois), L’Amico Fritz de Mascagni (Fritz Kobus), sans oublier, entre autres, La Bohème de Puccini (le peintre Marcello), Rigoletto (il campe le célèbre bouffon) et La Traviata de Verdi (Giorgio Germont). C’est en 1951 qu’il fait ses débuts dans un rôle de ténor, dans l’opéra Andrea Chénier de Giordano et il enchaîne, deux ans plus tard à La Scala dans La Force Du Destin de Verdi qui va devenir, au fil de ses interprétations, son compositeur fétiche. Ensuite, il triomphe au Metropolitan Opera dans Aïda, dans son personnage de Radames, avant de reprendre le rôle d’Alvaro dans La Force Du Destin à Covent Garden. Sa carrière internationale continue dans les années 60 et devient impressionnante, ses enregistrements discographiques se succèdent malgré la rude concurrence qui l’oppose à ses confrères Franco Corelli, Mario Del Monaco et Guiseppe Di Stefano dont il reste le seul survivant. Il donne un dernier concert le 17 avril 1996 au Carnegie Hall avant de se consacrer à l’enseignement du chant à l’Académie Verdiana de Milan. Cette année, il a reçu un prix spécial aux Midem Classical Awards à Cannes où il a rencontré une autre légende du même âge : Charles Aznavour.
La rencontre de deux « monstres » :
Carlo Bergonzi et Charles Aznavour…
Giorgio Tadeo pose admirablement bien sa voix derrière celle de Bergonzi, tout en finesse, logiquement et respectueusement en retrait afin que ce subtil mariage
« ténor-basse » soit le plus harmonieux possible. On peut même dire que Tadeo a une tessiture légère de basse, très souple, en
« extension »; c’est-à-dire qu’il ne se cantonne pas uniquement dans la partie basse de la gamme propre à sa partie chantée, au contraire, il fait de brèves et brillantes
incursions vocales sur des notes plus hautes donnant ainsi une dimension, ma foi, inhabituelle dans une interprétation qui, généralement, se veut « profonde » et
« processionnelle ». Aujourd’hui âgé de 80 ans, Tadeo commence sa carrière en 1953 dans Faust de Gounod où il joue
le rôle de Méphistophélès. Fidèle à La Scala où il a campé de nombreux personnages de 1955 à 1982, il a été dirigé par les plus grands : Gui,
Giulini, Celibidache, Karajan, Abbado, Boulez et Osawa, pour ne citer que les principaux.
Toutefois, son talent a été également reconnu sur les plus grandes scènes du monde entier : de l’Opéra de Paris au Lyric Opera de Chicago, en passant par le
Covent Garden et le Royal Albert Hall de Londres.
À n’en point douter, Maria Callas est la « Tosca » du XXème siècle. Dans « Mario ! Mario ! », elle fait preuve
d’un parfait lyrisme et dans ce duo, sa voix se marie habilement avec celle de Bergonzi. Par contre, dans « Floria !...
Amore !... », sa voix se situe dans un registre de colorature qui impose plus de pureté, d’agilité et de puissance. La soprano exprime toute la face dramatique de cet
opéra avec beaucoup de concentration, de générosité vocale. Cependant, dans les notes les plus aigues, on relève une légère instabilité que Callas reconnaissait elle-même,
attribuant cette petite faiblesse à une perte de force diaphragmatique due à un manque de confiance en ses possibilités vocales. C’est vrai que la couleur de sa voix a changé à partir de 1954,
devenant moins chaleureuse et plus acide, après une sévère cure d’amaigrissement qui lui fit perdre 40 kilos. Ne faisons pas la fine bouche pour autant, la prestation de
Maria Callas est de très bonne qualité malgré qu’elle est déjà, à l’époque de l’enregistrement, en fin de carrière. Elle démontre une technique de voix irréprochable dans les
tons les plus graves, notamment dans la scène de l’assassinat de Scarpia. Enfin, elle est fantastique de puissance lors de la scène finale où elle se jette dans le vide. Je reviendrai
sur la carrière de Maria Callas dans un futur article qui ouvrira une nouvelle rubrique : Les Plus Grandes Chanteuses d’Opéras.
Tito Gobbi est impérial de frayeur dans le rôle de l’abominable Scarpia qui, il faut le dire, lui va comme un gant (c’est d’ailleurs avec ce rôle qu’il débute au MET de
New-York en 1956). Le baryton se sent très à l’aise dans cette composition, impressionnant de puissance dans l’air du Te Deum où il complote cyniquement son sinistre plan afin de faire
la conquête de Tosca. Sa conduite de voix est irréprochable dans un des morceaux lyriques les plus difficiles à chanter tellement les variations de notes sont nombreuses. Beaucoup de
prestance vocale également dans les 4ème et 5ème extraits où il module les courbes de sa tessiture avec la maîtrise adéquate à la confrontation avec Tosca et à sa
mort où sa voix reflète admirablement le réalisme de la situation. Gobbi fait ses débuts en 1935, à l’âge de 22 ans, dans La Sonnambula de
Bellini où il interprète le rôle de Rodolfo. Lauréat de plusieurs concours dont celui de l’Ecole de La Scala, il aborde le répertoire de Verdi
avec le rôle de Germont dans La Traviata en 1937. Dans les années 40, il chante dans des œuvres de Wagner, Richard Strauss
(Salomé), Berg (Wozzeck), Donizetti (L’Elixir d’Amour) et en 1948, il campe
Figaro dans Le Barbier de Séville de Rossini. En 1950, il ajoute Don Giovanni de Mozart à son
palmarès et l’année suivante, il joue le rôle de Rodrigo, Marquis de Posa, dans Don Carlos de Verdi. En 1952, il est Ford
dans Falstaff de Verdi pour l’ouverture de la saison à La Scala. Pourtant, il avoue que c’est finalement le rôle de Simon
Boccanegra de Verdi qu’il préfère. De 1954 à 1973, il se produit dans de nombreux concerts et est l’un des invités les plus réguliers du Lyric Opera de
Chicago. Après avoir joué dans une centaine d’opéras, il prend sa retraite en 1979 et se tourne vers l’écriture pour publier, la même année, son autobiographie « Tito
Gobbi : My Life ». Il s’éteint à Rome le 5 mars 1984. Pour la petite histoire, Tito aimait également dessiner les costumes des personnages qu’il
interprétait et fut à l’affiche de… 26 films au cinéma (dont « Devant lui tremblait tout Rome » (1946) avec Anna Magnani et
« Paillasse » (1950) avec Gina Lollobrigida).
Les apparitions de Renato “Spoletta” ERCOLANI étant trop brèves dans ce CD d’extraits, il est difficile d’analyser sa prestation vocale avec
discernement et objectivité. Néanmoins, les interventions révèlent d’évidentes qualités et non des moindres : clarté, excellente conduite de voix, beau phrasé. Dommage, encore une fois, que
l’on n’ait pas la possibilité de mieux apprécier. Décédé en 2002 à l’âge de 82 ans, Ercolani a été un « fidèle » compère de Maria Callas et
Tito Gobbi puisqu’il a également joué, à leurs côtés, Rigoletto (1955, avec aussi Di Stefano), Un Bal Masqué et
Le Trouvère (sous la direction de Herbert Von Karajan) de Verdi (1956). Entre autres, il figure dans la distribution de
l’enregistrement de Madame Butterfly (à deux reprises, en 1954 avec Callas et en 1955 avec Victoria de los
Angeles), d’Il Tabarro (1955, avec Tito Gobbi, Margaret Mas et
Giacinto Prandelli) et de Turandot de Puccini (1957, avec Maria Callas,
Eugenio Fernandi et Elisabeth Schwarzkopf, sous la direction de Tullio
Serafin).
Même sentiment pour Ugo Trama qui incarne un agent de Scarpia. Le rôle qui lui est ici dévolu ne permet pas non plus de se faire une idée précise; toutefois, ses
apparitions sont marquées, vocalement, du sceau d’une grande précision. Durant sa carrière, Trama s’est notamment fait remarquer dans Elektra de
Richard Strauss en 1957. A plusieurs reprises, il a été un invité régulier du prestigieux Festival de Glyndebourne en Angleterre (qui fête, cette année, son
75ème anniversaire) : Il Ritorno d’Ulisse de Monteverdi (1973), La Calisto de Cavalli (1974,
avec Barbara Hendrickx) et Falstaff de Verdi (1976) sont les œuvres pour lesquelles il a apporté, avec brio, sa contribution artistique.
Et que dire de Georges Prêtre, le patriarche des chefs d’orchestre français (il a fêté ses 85 ans le 14 août et a été choisi pour diriger, une deuxième fois en trois ans, le Philarmonique de Vienne pour le Nouvel An 2010), le préféré de Maria Callas, qui a encore dirigé cette année, avec la même ferveur et la même passion, Cavalleria Rusticana et Pagliacci aux Chorégies d’Orange ? Les termes élogieux pour la manière dont il dirige l’orchestre ne manquent pas : finesse, souplesse, générosité, enthousiasme, passion, volupté, ampleur… Je ne le cache pas : j’ai effectivement beaucoup d’admiration pour Georges Prêtre. Il n’a pas son pareil pour instaurer immédiatement un climat de confiance : le geste accompagne le regard et vice-versa, la communication avec les musiciens passe instantanément. Il a une telle perception de la musique (non seulement il la dirige mais il la chante aussi !) qu’il fait ressortir le meilleur de la partition. L’extrait avec le Te Deum est fantastique : les violons, les flûtes puis une montée en puissance des violons au fur et à mesure que Scarpia dessine le plan de sa machiavélique machination… Grandiose ! Les cuivres et percussions (surtout les cloches et cymbales) se déchaînent pour un final apocalyptique. La dernière scène est fantastique également et une extrême douceur se dégage des moments romantiques : Georges Prêtre a cette énorme qualité de savamment doser la tonalité musicale par rapport à la tonalité vocale des interprètes; malgré la puissance musicale que certaines scènes imposent, l’artiste n’est jamais « étouffé » et le lyrisme qu’il apporte à sa direction donne encore plus d’émotion à l’interprétation. Prêtre a le DON de marier la voix à la musique pour qu’ils ne forment plus qu’un…
D’autres
enregistrements :
avec Renata Tebaldi (Tosca), Mario del Monaco (Cavaradossi) et George London (Scarpia)
sous la direction de Francesco Molinari-Pradelli, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Rome (Decca, 1959); Leontyne Price
(Tosca), Giuseppe di Stefano (Cavaradossi) et Giuseppe Taddei (Scarpia) sous la direction d’Herbert Von
Karajan, Chœur de l’Opéra de Vienne et Orchestre Philarmonique de Vienne (Decca, 1962); Montserrat Caballé (Tosca),
José Carreras (Cavaradossi) et Ingvar Wixell (Scarpia) sous la direction de Colin Davis, Chœur et Orchestre du Royal Opera
House, Covent Garden (Philips, 1976); Mirella Freni (Tosca), Luciano Pavarotti (Cavaradossi) et
Sherill Milnes (Scarpia) sous la direction de Nicola Rescigno, National Philarmonic, Wandsworth School Boys’ Choir
(Decca, 1978); Katia Ricciarelli (Tosca), José Carreras (Cavaradossi) et Ruggero Raimondi
(Scarpia) sous la direction d’Herbert Von Karajan, Philarmonique de Berlin (Deutsche Grammophon, 1979);
Renata Scotto (Tosca), Placido Domingo (Cavaradossi), Renato Bruson (Scarpia), sous la direction de James
Levine, Philharmonia Orchestra, Ambrosian Opera Chorus (EMI, La Voix de Son Maître, 1981).
2 DVD parmi d’autres :
1985 : avec Hildegard Behrens (Tosca), Placido Domingo (Cavaradossi), Cornell Mac Neil (Scarpia), sous la direction de Guiseppe Sinopoli, Metropolitan Opera Orchestra and Chorus, réalisé par Franco Zeffirelli.
Réputé comme la meilleure prestation filmée de Placido Domingo dans le rôle du peintre idéaliste, ce DVD vaut le détour par sa réalisation soignée (un spécialiste dans le genre), la regrettée soprano allemande, Hildegard Behrens, décédée récemment le 18 août dernier à l’âge de 72 ans, et le baryton américain Cornell Mac Neil, habitué dans le répertoire Verdien, sont également très performants. Le chef d’orchestre Guiseppe Sinopoli, décédé en 2001 à l’âge de 55 ans, apporte beaucoup de justesse et de puissance dramatique à sa direction mais n’égale cependant pas la souplesse, le volume et la profondeur, dans l’émotion, de Georges Prêtre.
2001 : avec Angela Gheorghiu (Tosca),
Roberto Alagna (Cavaradossi), Ruggero Raimondi (Scarpia), sous la direction d’Antonio Pappano, Royal
Opera Orchestra and Chorus Covent Garden, un film de Benoît Jacquot mixant habilement séances d’enregistrement et scènes filmées. Pour sa première incursion dans la
réalisation d’un chef-d’œuvre lyrique, c’est assurément un coup de maître. Le cinéaste nous propose en effet de superbes images en noir et blanc avec le surdoué et survolté
Pappano dirigeant musiciens et chanteurs avec énormément de cœur et de passion. La soprano roumaine et son tendre mari à la ville sont époustouflants de crédibilité dans leur
rôle respectif. Et notre cher Ruggero « Scarpia » Raimondi ? Savoureusement cynique et cruel, il est égal à lui-même : terriblement
sobre et efficace. Si Callas était la Tosca du XXème siècle, Raimondi vaut la comparaison pour la composition de son personnage. Et il sévit encore au
XXIème siècle !
Enfin, cet article est dédié à un grand Ami qui m’est cher et qui m’a fait découvrir l’Opéra. Il m’a aussi offert ce CD… Tosca est le dernier opéra que nous ayons vu ensemble. Ce soir de novembre 2007 au Théâtre Royal de Liège, nous avons passé des moments forts et inoubliables… Il se reconnaîtra aisément au travers de ces quelques mots simples mais suffisamment éloquents que pour lui traduire mes remerciements les plus vifs et mon amitié la plus vraie, la plus sincère…
MADE IN BELGIUM
PIERRE RAPSAT
2ème partie
De "Je suis moi" à
"Un coup de rouge, un coup de blues"

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ANDREA BOCELLI
"CONCERTO
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DIAPASON

Curieux tout de même car , sauf erreur de ma part , pour Tosca , vous me semblez omettre ce que je pense la version de référence, définitive peut être , celle de Da Sabata avec Callas , Di Stefano et Gobbi . Celle de Prêtre est belle mais pas mal d'années avaient hélas passé sur les voix de Callas et Gobbi . Et Di Stefano n' guère été surpassé dans ce rôle !
Amicalement
Bonjour et merci pour votre commentaire. Effectivement, je ne mentionne pas cette version de 1953 que vous évoquez. Mes références sur lesquelles je me suis appuyé pour élaborer cet article ne la mentionnait pas... et je vais être sincère : je l'ignorais. Donc, votre précision est la bienvenue et vient à point ! En ce qui concerne la prestation de Di Stefano, elle est effectivement répertoriée comme étant la meilleure du fait que le ténor était à l'apogée de sa carrière... Je n'ai pas encore eu l'occasion de l'entendre mais dès que j'en aurai eu la possibilité, je ne manquerai pas de vous faire part de mes remarques ! Cordialement et encore merci de votre intérêt pour mon blog !