Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /2010 20:52

 

Hamp 2  

Passionné de percussions, je voue une grande admiration pour Lionel Hampton. J’eus l’occasion de le voir en concert à la Télévision Belge et je fus littéralement subjugué par sa justesse, sa technique et sa virtuosité. En plus d’être vibraphoniste, ce musicien hors pair excellait également au piano et à la batterie. Il se produisait sur scène avec sa propre formation qu’il dirigeait en même temps qu’il jouait de son instrument… La coordination et la juxtaposition du tempo qu’il imprégnait dès la première note étaient d’une précision inouïe. Dans cet article majoritairement biographique, je vais m’efforcer de retracer les grands moments de sa vie. Je vous présenterai ensuite un disque de ma collection avec une petite notice des morceaux qu’il contient.  Né à Louisville au Kentucky le 20 avril 1908, Lionel est très tôt pris en charge par sa grand-mère et le début de son enfance se passe à Kenosha, dans l’extrême Sud-est du Wisconsin. En 1916, sa famille emménage à Chicago. À l’âge de 12 ans, le xylophoniste et percussionniste Jimmy Bertrand lui enseigne la batterie ainsi que le xylophone. De plus, l’usage du tambour lui fait acquérir une technique irréprochable dans le touché et la manipulation des baguettes.

  lionelhampton2

 

Cet apprentissage va évidemment se répercuter sur le jeu, dont le style sera unique et incomparable, qu’il déploiera plus tard sur le vibraphone. Il a 20 ans lorsqu’il intègre, en tant que batteur, la formation du « Chicago Defender Newsboy’s Band » composée exclusivement d’adolescents originaires de Chicago. L’année suivante, il part pour la Californie et exerce le même emploi au sein des « Dixieland Blue Blowers ». Son talent est indéniable et il finit par se faire remarquer par Paul Howard, qui dirige « The Quality Serenaders », avec lequel il effectue son premier enregistrement studio. Paul Howard ne peut retenir longtemps sa nouvelle recrue qui prend la direction de Culver City, dans l’ouest du comté de Los Angeles, où il obtient un engagement parmi les « Hite », un orchestre de Jazz officiant au « Sebastian’s Cotton Club ». C’est au cours de cet intermède qu’il se met à jouer du vibraphone dont il va faire son instrument fétiche et qui va le propulser aux côtés de géants du Jazz tels Louis Armstrong et Benny Goodman. Ces deux légendes vont jouer un rôle important dans la carrière de Lionel Hampton. Le premier, de passage en Californie en 1930, embauche les « Hite » pour un récital au cours duquel Hampton réalisera deux solos de vibraphone prodigieux.

 

Hamp 1 1930  


En 1936, le second, par l’intermédiaire du producteur John Hammond (1910-1987, qui est à la base du succès de nombreux autres artistes dont notamment Count Basie, George Benson, Leonard Cohen, Aretha Franklin, Pete Seeger, Bruce Springsteen et Stevie Ray Vaughan)  l’incorpore dans son quartette et de cette association naîtront ses premiers disques. Entre-temps, le cinéma s’intéresse à lui : en 1933 et en 1936, il joue son propre rôle dans les comédies « Girl Without A Room » de Ralph Murphy et « Pennies From Heaven » de Norman Z. McLeod avec Bing Crosby. Pendant 4 ans, Lionel Hampton se produit avec Goodman en compagnie d’une formation qui prend officiellement l’identité de « The Lionel Hampton Orchestra » au sein de celle dirigée par le clarinettiste. C’est en 1940 que le divorce s’opère et que le vibraphoniste choisit de voler de ses propres ailes. La décennie qui s’annonce et les années 50 vont confirmer la popularité de Lionel Hampton dont le succès va s’accroître surtout avec le morceau « Flying Home » en 1942. 
 

lionel hampton

D’abord rendu célèbre par Benny Goodman en 1939 qui l’avait enregistré sous le titre « Homeward Bound », Lionel Hampton en fait une « nouvelle mouture » avec des paroles de Sid Robin (qui a signé de nombreuses musiques de films dans les années 30 jusqu’à l’orée des années 50 dont « Twilight In The Sierras » et « Bells of Coronado » avec le « cow-boy chantant » Roy Rogers). De plus, ce morceau s’est vu bonifié par la prestation extraordinaire d’un jeune saxophoniste alors âgé de 19 ans, Illinois Jacquet, qui joue un solo vraiment époustouflant. Ce grand artiste, disparu le 22 juillet 2004, a contribué à introniser le saxophone dans le style « rhythm’n’blues ». Fort de cette version inédite, Lionel Hampton fait de « Flying Home », le titre annonciateur de son Big Band qui, en 1944, est revisité par l’arrivée d’un autre saxophoniste de génie, Arnett Cobb, qui collaborera avec Hampton jusqu’en 1947. C’est le moment aussi où Hampton étoffe son orchestre avec le guitariste Billy Mackel qui lui sera fidèle pendant plus de 30 ans malgré quelques absences sporadiques. En signant d’impressionnants solos, Billy Mackel s’affirme tant et plus au sein de l’orchestre de Lionel Hampton qu’il va en devenir presqu’indispensable. On peut même dire qu’il accentuera le « son » propre à Lionel Hampton. 

En 1947 paraît certainement l’un des plus beaux disques de Lionel Hampton, si pas le plus beau : « Stardust » provenant d’une composition d’Hoagy Carmichael de 1927 qui fera l’objet de nombreuses versions dont les plus récentes sont les œuvres de Rod Stewart (« The Great American Songbook Volume III », 2004) et le dernier crooner en vogue Michael Buble (« Crazy Love », 2009). Cet enregistrement a la particularité d’avoir été réalisé avec les complicités des prestigieux Charlie Shavers à la trompette (1920-1971) et Slam Stewart au violon contrebasse (1914-1987). Jusqu’à la fin des années 50, « The Lionel Hampton Orchestra » comptera dans ses rangs de nombreux grands artistes qui assoiront leur renommée, parmi ceux-ci, citons le contrebassiste Charles Mingus (1922-1979, considéré comme l’héritier de Duke Ellington pour sa façon d’écrire et son attachement à transcender ses musiciens), le saxophoniste Johnny Griffin (1928-2008, qui commença dans l’orchestre d’Hampton à l’âge de 17 ans !), le guitariste Wes Montgomery (1923-1968, prodigieux musicien, l’un des plus doués de sa génération et engagé par Hampton pour ses solos magistraux), la chanteuse Dinah Washington (1924-1963, elle aussi débute très jeune, elle a 18 ans quand Hampton la repère), le claviériste Milt Buckner (1915-1977, un fidèle d’Hampton, qui s’occupa des arrangements du groupe pendant 7 ans), le trompettiste Dizzy Gillespie (1917-1993, qui travailla aussi avec Cab Calloway), les trompettistes Cat Anderson (1916-1981, présent sur l’enregistrement de la seconde version de « Flying Home » et très connu pour avoir joué très longtemps aux côtés de Duke Ellington), Kenny Dorham (1924-1972, très grand talent, il chantait aussi bien qu’il jouait, compositeur du standard « Blue Bossa » en 1963) et Snooky Young (91 ans, il a encore joué sur le dernier album « One Kind Favor » de B.B. King en 2008 et fait partie du fameux « Clayton-Hamilton Jazz Orchestra » qui a récemment enregistré avec Charles Aznavour), le tromboniste Jimmy Cleveland (1926-2008, très grand musicien qui collabora avec, entre autres, James Brown sur son album « Soul On Top » de 1970, Miles Davis, Quincy Jones, Oscar Peterson et Sarah Vaughan) et le saxophoniste-flûtiste Jerome Richardson (1920-2000, multi-instrumentiste, il a beaucoup enregistré mais c’était plutôt un musicien de l’ombre, moins connu, qui a, toutefois, signé un solo fabuleux dans « Kingfish » pour Hampton en 1949). 

La popularité de Lionel Hampton est désormais internationale et il est donc logique qu’il parte en tournée en Europe. Ce projet se concrétise en 1953 avec la participation d’autres illustres célébrités : les trompettistes Clifford Brown (décédé un an plus tard à l’âge de 25 ans des suites d’un triste accident de voiture, il ne put effectuer que 4 enregistrements…) et Art Farmer (1928-1999, il jouait également du bugle et possède une riche discographie en tant qu’artiste principal), le multi-instrumentiste Gigi Gryce (1925-1983, saxophoniste, flûtiste et clarinettiste, avant de s’immiscer dans le Jazz, il reçut une formation classique composée de compositions symphoniques et de musiques de chambre), le pianiste George Wallington (1924-1993, il eut la particularité de n’enregistrer que trois albums sous son nom à partir de 1984 et avant, il se contenta de travailler avec de grands noms dont Dizzy Gillespie et Charlie Parker entre autres), Quincy Jones (76 ans, que l’on ne présente plus, il débuta dans l’orchestre d’Hampton en tant que trompettiste et c’est comme producteur qu’il connut ses plus belles réussites : l’album « Thriller » pour Michael Jackson en 1982 et « L.A. is My Lady », le dernier enregistrement de Sinatra en 1984) et la chanteuse britannique Annie Ross (née en 1930, issue du fameux trio « Lambert, Hendricks & Ross », elle est une artiste complète puisqu’elle brilla au théâtre, au cinéma et en tant que meneuse de revue). En 1955, Hampton interprète à nouveau son propre rôle dans « The Benny Goodman Story » où on l’aperçoit dans une scène musicale légendaire en compagnie du fabuleux trompettiste Harry James. Il continue à enregistrer des sessions avec le saxophoniste Stan Getz (1927-1991, techniquement doué et innovateur, il incrusta la bossa nova dans le jazz pour en faire un hit, « Jazz Samba » en 1962) et le pianiste Art Tatum (1909-1956, presque non-voyant, il compensa par un sens décuplé de l’improvisation qui le mit particulièrement en valeur par rapport à ses contemporains) avec le concours du producteur Norman Granz (1918-2001, qui produisit les plus grosses pointures du Jazz de 1947 à 1960). En 1958, Lionel Hampton est de passage en Belgique et son spectacle à Liège sera très remarqué. Il en existe même une capture filmée. Pendant les années 60, Lionel Hampton va rester très actif mais, toutefois, il se limitera à interpréter sur scène les succès qui ont fait sa gloire durant les trois décennies précédentes. Malgré les années qui passent, il ne perd rien de son enthousiasme et de sa ferveur à communiquer avec son cher public qui s’enflamme toujours aux sons de ses tubes d’antan : « Hamp’s Boogie Woogie », « Hey Ba-Ba-Re-Bop » et l’incontournable « Flying Home ». 

Lionel Hampton continue à se produire dans les années 70 et l’un de ses concerts les plus médiatisés se déroulera au « North Sea Jazz Festival » qui est organisé chaque deuxième week-end de juillet à La Haye aux Pays-Bas. En février 1984, Lionel Hampton et son orchestre jouent à l’Université d’Idaho (État du Nord-Ouest des États-Unis proche de la frontière avec le Canada) ou se déroule un festival de Jazz annuel. Les organisateurs seront tellement enchantés de la prestation du vibraphoniste qu’ils le rebaptiseront « The Lionel Hampton Jazz Festival » l’année suivante et, désormais, l’école de musique de l’Université portera également son nom. Au début des années 90, l’état de santé du musicien se dégrade. Lors d’un concert à Bobino à Paris en 1991, il s’écroule victime d’un accident vasculaire cérébral. Avec une volonté de fer et malgré l’arthrite, le musicien remonte encore sur scène mais bien évidemment, ses performances s’en ressentiront. Malheureusement, les problèmes s’accentuent en 1995 où il subit deux attaques cardiaques consécutives. Fortement diminué, Lionel Hampton ne remontera plus sur scène et c’est d’une nouvelle crise qu’il s’éteint le 31 août 2002 à New-York où il sera enterré, au Woodlawn Cemetery le 7 septembre. Ses funérailles se dérouleront dans la pure tradition de la Nouvelle-Orléans : le véhicule emportant sa dépouille sera précédé d’un cortège musical emmené par le trompettiste Wynton Marsalis (âgé de 48 ans, il est très demandé pour sa dextérité à allier le Jazz et le Classique, ce qui lui a valu d’être récompensé aux Grammy Awards en 1984) et l’exceptionnel « David Ostwald’s Gully Low Jazz Band » emmené par le joueur de tuba, David Ostwald.

Lionel-Hampton
MON DISQUE DE LIONEL HAMPTON

« TAKE THE ‘A’ TRAIN »

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 1. TAKE THE ‘A’ TRAIN

Composition du pianiste et arrangeur Billy Strayhorn (1915-1967) en 1941 pour Duke Ellington

2. CUTE

Composition de Neal Hefti (1922-2008) en 1951 pour Count Basie  

 3. THE MAN I LOVE

 Composition de George et d’Ira Gershwin (1927) et reprise notamment par

Billie Holiday, Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald

4. LULLABY OF BIRDLAND

Composition de George Shearing (né en 1919, pianiste et chef d’orchestre)

en 1952, dédiée à Charlie Parker

5. I’LL NEVER BE THE SAME

Composition de Gus Kahn (paroles), Matt Malneck (violoniste et chef d’orchestre) et Franck Signorelli (pianiste) en 1932 reprise par Billie Holiday, Sarah Vaughan, Frank Sinatra et dernièrement en 2004 par Diana Krall

6. APPLECORE

Composition de Gerry Mulligan (1927-1996, saxophoniste et clarinettiste) en 1950

7. THIS COULD BE THE START OF SOMETHING GOOD

Composition de Steve Allen (1921-2000) en 1956 reprise par Tony Bennett, Oscar Peterson, Count Basie et
Ella Fitzgerald

8. SEVEN COME ELEVEN

Composition de Charlie Christian et Benny Goodman (1940)

9. ON GREEN DOLPHIN STREET

Composition de Bronislaw Kaper (1902-1983) et Ned Washington (1901-1976) en 1947

10. GIANT STEPS

Composition de John Coltrane (1926-1967) en 1959 pour l’album du même nom

11. THEY SAY THAT FEELING IN LOVE IS WONDERFUL

Composition d’Irving Berlin (1888-1989) en 1946 pour la comédie musicale

Annie Get Your Gun

12. STOMPIN’ AT THE SAVOY

Composition d’Edgar Sampson (1907-1973, saxophoniste et violoniste) en 1934, issu du répertoire de Benny Goodman 

 La dernière session d'enregistrement de Lionel Hampton en décembre 2000...

 

Par BERNIE - Publié dans : Les Grands du Jazz - Communauté : Musiques
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Commentaires

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
Commentaire n°1 posté par dissertation le 11/01/2010 à 09h39
Voici donc le parcours d'un des plus grands noms du Jazz... Qui ne m'était pas inconnu (mais je n'ai jamais eu l'occasion de t'en parler cher Bernie) car en plus de mon admiration pour Claude François, j'apprécie beaucoup également les films musicaux et donc, j'avais déjà eu la chance de voir ce grand artiste, accompagnés des "pointures" dont tu as cité les noms dans cet article. Quelle chance, nous avons de pouvoir aujourd'hui encore admirer leur talent, grâce aux images qui nous sont restés. Merci mon ami !
Commentaire n°2 posté par FRED le 17/01/2010 à 07h12
Oui, Fred, même au crépuscule de sa vie, Lionel Hampton fascinait, étonnait et comme par magie, de quelques notes échappées de son vibraphone, une communication presque spirituelle, oserais-je dire, naissait entre lui et son public. Un enthousiasme qu'il gardait au fond de son coeur comme un éternel jeune premier qui n'avait comme seul but de jouer la musique qu'il aime... Merci de ton commentaire ! Amitiés.
Réponse de BERNIE le 18/01/2010 à 22h49

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