En décembre 1976, Claude François sort un album qui suit directement la
parution en novembre d’un 45 tours avec en face A « Le Vagabond » (qui n’est pas une mauvaise chanson mais qui n’est certainement pas l’une de ses meilleures non
plus et ce constat, bien sûr, n’appartient qu’à moi) et au verso, « Danse Ma Vie » (celle-ci, par contre, est parfaite tant au niveau du texte que de la ligne musicale).
Ce 33 tours est agrémenté, en face B, d’un titre « Laisse Une Chance À Notre Amour » qui va apporter un changement dans l’introduction de ses nouveaux spectacles. Cette
chanson, que l’on peut qualifier de style Disco, au rythme effréné, va en effet servir de « détonateur » pour le début de ses concerts. L’introduction musicale sera donc
utilisée pour « amener » le chanteur sur scène après l’apparition de ses danseuses. Je considère également que ce n’est pas, à franchement parler, une idée de génie. Pendant près de 5
minutes, on a droit à une sempiternelle répétition des premiers accords sur les « Hooo-hooo-hooo-hooo » des choristes qui, sur la longueur, perdent leur justesse. Bon, je ne
vais pas me répéter sur ces considérations déjà abordées dans l' article « ON
STAGE : CLAUDE FRANCOIS - 2ème PARTIE »; ici, je vais m’attacher à vous présenter d’abord la version originale ainsi que son interprète, Jimmy James &
The Vagabonds. Dans la seconde partie, vous ferez connaissance avec son créateur, le producteur et compositeur indien Biddu. Enfin, comme pour « Combien De
Rivières », je ferai un comparatif technico-musical entre l’original et son adaptation.
JIMMY JAMES & THE
VAGABONDS
Formé en 1960, « The Vagabonds » est composé
de Chris Garfield à la guitare, Alan Wood à la guitare basse, Russ Courtenay aux percussions (qui a travaillé pour Tina Turner), Alan Kirk aux claviers et
Rupert Balgobin à la batterie. Jimmy, quant à lui, avait déjà commencé une carrière solo avant de rejoindre ce groupe en 1964. Les joyeux drilles partent ensuite pour l’Angleterre
où ils enregistrent « The New Religion » chez PYE Records en 1966. Le « LP » suivant, « Open Up Your Soul » paraît en 1968.
Ensuite, la même année, ils éditent un simple, « Red Red Wine », une version de l’original sorti par Neil Diamond puis reprise avec succès par UB 40 dans
les années 80. Décidément très productifs en 1968, un nouveau « LP » appelé tout simplement « This Is Jimmy James & The Vagabonds » sort avec 10 chansons.
En 1970, Jimmy et ses amis (c’est bien, ça rime) enregistrent « Help Yourself » qui ne ressemble en rien au hit du même titre issu du répertoire de Tom
Jones.
Le single précède la parution d’un excellent album
« Skatime » chez Decca mais assez bizarrement, sous l’appellation « Jamaica’s Own Vagabonds » (pour la petite histoire, sachez que Jimmy
James est né en 1939 à la Jamaïque). Après 5 ans de disette discographique, Jimmy James revient en force avec « You Don’t Stand A Chance If You Can’t Dance »,
certes répétitif à souhait mais terriblement soul et dansant (le morceau est même éclaté en 2 parties sur le disque). Sur ce même disque, un autre titre se détachera :
« I Am Somebody » qui n’aurait pas déplu à James Brown. L’année suivante sera l’année de la consécration, tout d’abord sur un mode mineur avec le single
« Do The Funky Conga » qui sera suivi successivement par deux méga-tubes : « I’ll Go Where The Music Takes Me » et « Now Is
The Time » pour lequel notre cher Cloclo flairera le bon coup. Ces deux gros succès seront repris dans de nombreuses compilations « Discos » et resteront à
jamais collés à son interprète qui ne manquera pas de les reprendre lors de chaque apparition scénique. Que devient Jimmy James de nos jours ? Depuis 2007, il participe régulièrement
au concept « Nothern Soul » pour lequel trois albums sont parus. De nouvelles chansons ont été enregistrées et la dernière en date s’intitule « On The Other
Foot ». En 2009, Jimmy James a repris la route avec une nouvelle tournée baptisée « This Is Soul Tour » au cours de laquelle il a pu s’apercevoir qu’il
n’avait rien perdu de sa popularité et que ses fans de toujours avaient généré de nouveaux adeptes prêts à s’éclater sur ses tubes des années 70 !
BIDDU
D’origine indienne, Biddu a également composé pour Carl Douglas en 1974
(« I Want To Give You My Everything »/« Kung Fu Fighting » en face B qui fut plus plébiscité que la face A. Devant le succès de ce titre,
l’ordre des chansons fut inversé sur le 45 tours) et Tina Charles en 1975 (« You Set My Heart On Fire ») et 1976 (« I Love To Love (But My Baby Loves
To Dance) »/« Dance Little Lady »). Pour Jimmy James, il a donc écrit « I’ll Go Where The Music Takes Me » et « Now
Is The Time » déjà cités ci-avant. En 1975, il crée « The Biddu Orchestra » dont la discographie comprend 4 albums : « Blue Eyed
Soul » (1975), « Rain Forest » (1976), « Est Man » (1977) et « Futuristic Journey » (1978). En 2004, il
revient sur le devant de la scène avec « Diamond Sutra » sous le nom abrégé de « Biddu », tout simplement. C’est au début des années 60 que Biddu
Appaiah (plus tard, il ne gardera que son prénom) choisit sa voie professionnelle dans la pratique musicale et ses goûts initiaux s’orientent plutôt dans les domaines Rock et
Pop ainsi qu’en écoutant Radio Ceylan, une des radios asiatiques les plus populaires. Il étudie la musique et apprend à jouer de la guitare, il monte un groupe et interprète des
covers des Beatles et des Rolling Stones dans les bars de Bangalore où il a grandi. Mais les membres du groupe se séparent bien vite car tous ne partagent pas les
mêmes goûts musicaux et Biddu s’en va tenter sa chance en Angleterre. Après avoir effectué temporairement divers petits boulots pour subvenir à ses besoins et surtout économiser pour
pouvoir travailler dans la musique, il finit par réaliser son rêve et franchir les portes d’un studio d’enregistrement. Son style impressionne et on sait ce qu’il advint de ses rencontres avec
Carl Douglas, Tina Charles et Jimmy James qui firent de lui un compositeur « Disco » très sollicité dans les seventies.
Mais sa plus grande satisfaction personnelle sera assurément « The Biddu Orchestra » et son plus gros succès « Summer of ‘42 », issu de l’album « Blue Eyed Soul » de 1975, qui se hissera à la 14è place des Charts britanniques. Cependant, au moment où ce genre musical s’essouffle à la fin des années 70 et estimant avoir fait ce qu’il y avait de mieux en Europe, Biddu décide de revenir dans son pays natal. Il s’est donc destiné à produire des artistes du cru et même à composer des musiques de films. Avec son dernier album « Diamond Sutra », il explore un nouveau style très recherché par la population occidentale en mal de bien-être : la musique spirituelle que l’on peut aussi qualifier de « relaxation ». Aujourd’hui, Biddu vit en Espagne avec son épouse et ses deux enfants.
L’ANALYSE
« TECHNICO-MUSICALE »
Bien que les introductions musicales de la version originale et de son adaptation soient nanties d’une durée identique (15
secondes), elles recèlent déjà, en ce laps de temps très court, de nombreuses différences en ce qui concerne leur composition instrumentale. Tout d’abord, honneur à la version originale :
une brève envolée de cordes (violons) précède des chœurs avec, en toile de fond musicale, violons, percussions, un xylophone presqu’inaudible (noyé derrière
des violons beaucoup plus présents et des percussions que je qualifierais de simples et grossières : 1 coup de grosse caisse succède à 1 coup de caisse
claire et ainsi de suite) et un accord joué sur un piano, par la technique de la main retournée, qui se signale sur la fin de l’intro avec une nouvelle envolée de violons
juste avant le 1er refrain (en fait, cette mélodie est constituée d’une succession de refrains avec, pour seule variante, le seul couplet situé après le second refrain, parlé par
Jimmy James mais chanté par Cloclo, j’y reviendrai plus tard).
La même texture est utilisée dans
l’adaptation : envolée de violons avant les chœurs et des percussions plus « intelligentes » : le coup de caisse claire et le coup de
grosse caisse se distinguent plus nettement avec l’interposition subtile d’un coup de charleston. De plus, la grosse caisse marque le tempo plus distinctement : en
langage de solfège, nous avons droit à une triple double croche, c’est-à-dire trois coups de grosse caisse qui se succèdent sur « ¾ de temps », le ¼ restant étant
assuré par la caisse claire. Ce « système » se produit sur les 4ème temps des 1ère et 3ème mesures. Sur le 4ème temps des
2ème et 4ème mesures, c’est une « reprise » (bref solo généralement effectué sur la caisse claire ou combinée avec les toms aigu,
médium et grave qui sert de liaison entre deux mesures) qui enrichit et agrémente le contenu rythmique de la partition musicale. En outre, l’intro de Cloclo est
habilement saupoudrée d’une note de harpe à la fin des 2ème et 3ème mesures. Et n’oublions pas la guitare électrique qui se fond admirablement bien dans
cet ensemble orchestral qui prouve, une fois de plus, que l’adaptation n’a rien à envier à l’original, que du contraire ! Et c’est un comble, il ne faut pas plus de la durée de l’intro pour
s’en rendre compte.
Occupons-nous maintenant des deux premiers refrains
qui nous mènent à 1’14" des 3’20" de la mélodie (à peine 2" de plus pour la version originale). Pour la version de Cloclo, c’est du pur bonheur de remarquer la précision et la
juxtaposition des instruments sur le tempo des percussions formaté par nos trois « doubles croches » : de la 16ème à la 30ème seconde s’écoulent 4
mesures : au terme de la 2ème, ce sont les violons qui « miment » les coups de grosse caisse tandis qu’à la fin de la 4ème, ce sont les
cuivres qui s’y collent. Judicieuse idée musicale que cette permutation. Après une nouvelle note de harpe, une belle continuité s’ensuit et l’ornementation musicale reste
joliment en place sur un tempo clair et diablement précis; les chœurs insistent pour finalement accompagner la voix de Claude merveilleusement mise en valeur.
45" sont passées et… Jimmy James pendant ce
temps-là ? Ce sont les violons et la guitare électrique qui dominent outrageusement sur un rythme lourd, voire pesant. Alors que le « Laisse » des chœurs
est mixte, le « Now » de l’original est uniquement mâle, trop viril. Heureusement, la voix de Jimmy est sans reproche, d’une couleur « soul » qui sied
parfaitement à la ligne musicale. Venons-en à l’unique couplet qui s’étend de 1’16" à 1’45" : pour la version originale, Jimmy ne chante donc pas, je n’irai pas jusqu’à dire
qu’il « vocifère » les paroles mais on n’en est pas loin quand même. Certes, ça fait son effet avec les deux guitares électriques qui se font bien entendre, en parfait décalage
sur des accords différents. Par contre, j’aurais du mal à imaginer Cloclo employer le même processus. Son couplet est d’une durée moins longue (de 1’14" à 1’28") mais est truffée d’effets
percussionnistes judicieux : le bongo se mélange astucieusement avec la batterie. Cet instant de la mélodie est superbement choisi pour appuyer les percussions
dont Cloclo raffole tant, d’autant plus qu’il nous les sert avec une voix solide et bien éraillée comme dans « Reste », « Dans Les
Orphelinats », « Pardon », « Rien, Rien, Rien », « Sacrée Chanson » et
« Rubis », les exemples ne manquent pas.
Pour la seconde moitié de la mélodie, côté original,
nous retrouvons les mêmes ingrédients avec une accentuation de la rythmique soul par la guitare électrique, les violons et le xylophone beaucoup plus
« sonore », l’ajout des cuivres se situant seulement à 2’49", soit à une demi-minute de la fin du morceau. Côté adaptation, le procédé alternatif violons et
cuivres sur les trois doubles croches de la grosse caisse se répète avec la même précision; la voix de Claude se décale en léger fond sur « Laisse une
chance à notre amour » à 2’30" et 2’59".
Que conclure sur les deux versions ? La version
originale a certainement un son plus soul que l’adaptation française résolument tournée vers le disco (justifié par ces trois fameuses « doubles croches », quelle
trouvaille !). La version de Cloclo est plus aérée, la diversité et l’utilisation des instruments (surtout les cuivres et les violons) sur le tempo donnent plus de
« tranchant » et de consistance. L’effet disco est bien prononcé. La prestation vocale de Claude est sans failles, bien proportionnée selon les moments de la chanson et
jamais noyée malgré la richesse instrumentale.
Côté textes, on n’atteint bien évidemment pas les
sommets, ce n’est certainement pas le but recherché dans ce contexte musical. Eddy Marnay nous délivre des paroles simples, fraîches, subtiles même : le « Laisse »
est idéal pour l’effet « chœurs », les rimes en « our », « ème » et « é » ont été choisis en fonction de la base
rythmique de la mélodie et se fondent sans aucune… anicroche (pour rester dans les « croches » !). Pour la biographie de l’auteur, je vous renvoie à l’article "DISCO" CLOCLO (1ère partie) et pour terminer, décernons une
mention spéciale à l’excellent travail orchestral de Jean-Claude Petit qui a beaucoup compté dans la réussite des enregistrements de Claude
François…
MADE IN BELGIUM
MACHIAVEL
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KYLIE MINOGUE
"APHRODITE"
(EMI)

STING
"SYMPHONICITIES"
(DG)
BRUCE SPRINGSTEEN &
THE
E-STREET BAND
LONDON CALLING LIVE
IN HYDE PARK
(COLUMBIA)


LOHENGRIN
(DECCA)
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