Les grands opéras italiens et leurs interprètes

Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 21:29

 

TOSCA

GIACOMO PUCCINI

Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica

D’après la pièce de Victorien Sardou

 

Extraits

ACTE I


1. « Dammi i colori… Recondita armonia »

(Cavaradossi, Sagrestano)

2. « Mario ! Mario ! »
(Tosca, Cavaradossi)

3.Te Deum : « Tre sbirri, una carrozza… »

(Scarpia, Spoletta, Coro)


ACTE II


4. « Floria !... Amore … ! »

(Cavaradossi, Tosca, Scarpia, Sciarrone)

5. « Vissi d’arte… »

(Tosca, Scarpia, Spoletta)


ACTE III


6. « E lucevan le stelle… »

(Cavaradossi, Tosca, Sciarrone, Spoletta, Coro)

 

FLORIA TOSCA

MARIA CALLAS, soprano

 

MARIO CAVARADOSSI

CARLO BERGONZI, ténor

 

SCARPIA

TITO GOBBI, baryton

SPOLETTA

RENATO ERCOLANI, ténor

SCIARRONE

UGO TRAMA, basse

SAGRESTANO

GIORGIO TADEO, basse

 

Enregistré à Paris, Salle Wagram (Décembre 1964 et Janvier 1965)

Directeur artistique : Michel Glotz

Ingénieur du son : Paul Vavasseur

En couverture : photo Houston Rogers

Maquette : Josée Malamoud

 

Chœurs du Théâtre National de l’Opéra de Paris

Chef des Chœurs : JEAN LAFORGE

 

Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire

Direction : GEORGES PRÊTRE

(qui s'entretient avec, de gauche à droite, Tito Gobbi, Maria Callas et Carlo Bergonzi) 

L’église Sant’ Andrea della Valle


Cet opéra en trois actes fut créé le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi de Rome et ne recueillit pas une critique enthousiaste ni unanime. Finalement, ce fut le public qui décida du sort populaire de cet opéra dont les faits se passent en juin 1800 dans la Ville Éternelle. La situation politique est instable. Un opposant au régime, le consul Cesare Angelotti a été capturé et figure sur la liste noire du sinistre baron Vitello Scarpia, nommé chef de la police par Ferdinand IV et chargé de maintenir l’ordre. Angelotti est un fervent « supporter » de l’empereur Napoléon et espère sa venue en Italie afin de conquérir le pouvoir.  Le premier acte s’ouvre avec, en fond de décor, l’église Sant’ Andrea della Valle où vient se réfugier Angelotti, fraîchement échappé de sa prison, alors que le peintre Mario Cavaradossi s’affère à achever un portrait censé représenter Marie-Madeleine.

 

En fait, l’artiste lui a prêté les traits de la marquise Attavanti, la sœur d’Angelotti, qui vient fréquemment prier. Adhérant au même idéal politique que le consul, Cavaradossi lui vient en aide et l’invite, sans tarder, à se dissimuler dans la chapelle familiale car il entend des pas résonner. C’est à ce moment que la célèbre cantatrice, Floria Tosca, la maîtresse de Cavaradossi, fait son entrée. Elle se doute de la présence d’une autre personne en compagnie de son amant mais son attention, ou plutôt sa jalousie, est surtout captivée par le tableau où elle reconnaît le visage de la marquise. Tosca ne manque pas de le lui faire remarquer assez furieusement et afin de la calmer, Cavaradossi feint que la ressemblance avec l’Attavanti n’est le reflet que d’une pure coïncidence. Il lui suggère de la retrouver plus tard en lui promettant de changer le bleu de ses yeux par le noir de ceux de sa dulcinée. Tosca partie, le peintre s’en va retrouver l’ex détenu et l’invite à mieux se cacher dans le jardin de sa villa, au fond d’un puits aménagé en cave secrète. Afin de ne pas se faire reconnaître, il peut aussi compter sur des vêtements féminins que sa sœur a déposés dans la chapelle. Soudain, un coup de canon retentit depuis le château Saint-Ange où Angelotti était emprisonné signalant que l’évasion a été découverte.

 

Le baron Scarpia fait irruption dans l’église…

 

Un peu après que les hommes aient quitté les lieux, le baron Scarpia fait irruption dans l’église au moment où un Te Deum se prépare suite à la défaite de Napoléon contre les troupes romaines. Mais les indices rapidement recueillis sur place (la porte de la chapelle laissée ouverte, le témoignage du sacristain confirmant que Cavaradossi n’avait pas entamé un panier de victuailles retrouvé vide, le blason des Attavanti sur un éventail tombé de l’attirail du déguisement dont le proscrit devait s’affubler, le tableau représentant l’Attavanti,…) amènent Scarpia à déduire que le peintre est complice de son protégé. Tosca revient à l’église afin de prévenir Mario qu’elle doit chanter au Palais Farnèse suite aux récents événements et qu’elle ne pourra le rejoindre à son rendez-vous.  Mais c’est Scarpia qu’elle trouve sur sa route et le vilain baron réussit à attiser la jalousie de Tosca en hypothéquant une relation entre Mario et la marquise Attavanti. Furieuse, la cantatrice tombe dans le piège tendu par le cynique Scarpia et quitte l’église en pleurs suivie par les hommes du chef de la police. L’acte se termine par le Te Deum durant lequel Scarpia se jure de faire la conquête de Tosca.

 

Le second acte débute avec l’abominable Scarpia qui dîne au Palais Farnèse, dans ses appartements, en manigançant son odieux stratagème. Tout d’abord, il donne ordre pour que Tosca le rejoigne lorsqu’elle aura terminé de chanter. Spoletta, l’un des hommes forts de Scarpia, vient lui signaler que Cavaradossi a été arrêté; par contre, Angelotti n’a pas été retrouvé. Entre-temps, Tosca revient de son récital. Son amant parvient à lui dire de rester discrète sur ce qu’elle avait découvert à la villa car ses aveux le conduiraient à une mort certaine. Alors que Cavaradossi nie farouchement sa complicité avec Angelotti, Scarpia décide de le faire emmener dans une pièce voisine afin de continuer l’interrogatoire. 

Scarpia « cuisine » Tosca

 

Pendant ce temps, Scarpia « cuisine » Tosca et devant son mutisme, il lui apprend que son amant est torturé et que ses souffrances s’arrêteront lorsqu’elle avouera où est caché Angelotti. Entendant les cris de Cavaradossi s’échapper de la pièce voisine, Tosca décide de passer aux aveux et révèle l’endroit où le prisonnier se terre. Aussitôt, Scarpia demande que Cavaradossi soit relâché et emmené auprès de Tosca. Scarpia savoure son pouvoir en apprenant au peintre que sa bien-aimée l’a finalement trahi. À cette nouvelle, Mario la répugne mais au même moment, un agent de Scarpia entre dans les appartements pour annoncer que, contrairement à ce qui avait été dit, Napoléon a remporté la bataille de Marengo ! Cavaradossi laisse éclater sa joie et devant cette arrogance, Scarpia décide de lui infliger l’ultime sentence : la mort. Les policiers emmènent Mario dans sa cellule et se retrouvant à nouveau seul avec Tosca, Scarpia lui propose un marché ignoble : il laissera la vie sauve à Mario à la seule condition qu’elle se donne à lui. Au même moment, Spoletta revient en annonçant le suicide d’Angelotti après qu’il eut été découvert. Désemparée, Tosca accepte la transaction. Ne pouvant revenir sur la sentence, Scarpia lui apprend que l’exécution de Mario sera simulée et que les armes des soldats seront munies de balles à blanc. Afin qu’elle puisse partir de Rome avec son amant en toute sérénité, Tosca réclame auprès du chef de la police un sauf-conduit. Jouissant de sa victoire et dans la perspective de posséder enfin la cantatrice, Scarpia s’avance vers elle afin de lui remettre le précieux écrit. 

Scarpia, mort, aux pieds de Tosca

 

C’est à cet instant que Tosca lui assène un coup de couteau mortel en pleine poitrine en lui proférant la fameuse réplique « Questo è il bacio di Tosca » (« C’est là le baiser de Tosca »). Le deuxième acte prend fin sur la fuite de Tosca qui, avant de quitter les lieux, arrache le sésame de la liberté des mains du corps sans vie de l’odieux Scarpia.

 

 

Le dernier acte s’ouvre sur la vue de la terrasse du Château Saint-AngeMario attend sa dernière heure. À sa demande, le geôlier l’autorise à rédiger un mot d’adieu envers Tosca. Mais alors qu’il ne se fait plus de doute sur son proche destin, la cantatrice accourt le rejoindre, l’informe que l’exécution sera tronquée avec des fausses munitions et qu’ensemble, ils pourront fuir grâce au laissez-passer de Scarpia. Elle lui apprend également qu’elle a tué ce dernier plutôt que de céder à son odieux chantage charnel… Réconforté par ces nouvelles, Cavaradossi recommence à espérer une issue favorable et écoute attentivement les recommandations de Tosca afin que sa condamnation soit la plus crédible. L’heure a sonné et entendant l’arrivée des fusiliers, Tosca quitte son amant et se réfugie à l’abri du regard des soldats. Les coups retentissent et Mario s’écroule. Tosca est subjuguée par l’authenticité de la mise en scène et après le départ du peloton d’exécution, elle s’approche de Mario en l’exhortant de ne point bouger. Mais en lui sommant de se relever, elle voit sa chemise maculée de sang ! Son amoureux est bel et bien mort de vraies balles confirmant ainsi la tromperie de Scarpia ! Au comble du désespoir, Tosca crie sa douleur alors que les hommes du chef de la police font leur apparition sur la terrasse afin de l’arrêter pour le meurtre de leur mentor. Mais Tosca a choisi une autre issue fatale : elle préfère se donner la mort en se précipitant dans le Tibre, du haut de la terrasse…

 

 

Commentaires sur le CD : le disque que je vous présente ci-dessus reprend 6 extraits qui résument parfaitement la genèse de cet opéra : Mario, heureux de son œuvre, chante en s’extasiant sur la qualité de son travail avant de livrer un duo flamboyant d’amour mais aussi teinté de jalousie avec Floria Tosca. Personnellement, c’est le troisième extrait de ce premier acte qui est le plus impressionnant musicalement et… vocalement, aussi, pendant lequel Scarpia concocte son plan machiavélique. Les deux extraits suivants sont la terrible confrontation entre Tosca et Scarpia, pendant que Cavaradossi subit une épuisante et sanglante torture qui contraint Tosca aux aveux, jusqu’à la mort du chef de la police qui succombe au coup de couteau de la cantatrice. Enfin, le dernier extrait est, en fait, l’épilogue de cet opéra avec la peur de Mario de voir se lever son dernier jour, le duo d’espoir entre Tosca et Mario, le projet de leur évasion vers une nouvelle vie, l’exécution de Mario qui devait être une comédie montée de toutes pièces et finalement, le suicide de Tosca avant qu’elle ne soit capturée pour le meurtre de Scarpia. Ce CD est paru en 1989 sous le label EMI accompagné d’un petit livret reprenant la trame de l’œuvre en trois langues : français, anglais et allemand. La durée totale est de 1 heures et 24 secondes.

Pendant l’enregistrement…

De gauche à droite : Carlo Bergonzi, Maria Callas, Tito Gobbi et Ugo Trama


Les interprètes et l’analyse technique

Dans l’ordre chronologique, c’est le ténor Carlo Bergonzi (Mario Cavaradossi) et la basse Giorgio Tadeo (le sacristain) qui apparaissent en premiers dans « Dammi i colori… Recondita armonia ». Bergonzi est magistral dans les airs où il intervient, aucune faiblesse vocale, une excellente maîtrise dans les aigus avec beaucoup de clarté et de fraîcheur caractérisent ses prestations. Toujours actif à l’âge de 85 ans (!), Bergonzi a débuté dans le chant à l’âge de 14 ans. Il n’a pas excellé tout de suite dans des rôles de ténor. C’est en tant que baryton qu’il incarne son premier personnage, Figaro, dans le Barbier de Séville de Rossini en 1948. Il continue dans l’Arlésienne de Cilea (le vieux berger Metifio), Don Pasquale (Docteur Malatesta, médecin du barbon célibataire), L’Elixir d’Amour (le sergent Belcore, amoureux de l’héroïne Adina), Lucia di Lammermoor, tous trois de Donizetti (Lord Enrico Ashton), Pagliacci de Leoncavallo (Silvio, un villageois), L’Amico Fritz de Mascagni (Fritz Kobus), sans oublier, entre autres, La Bohème de Puccini (le peintre Marcello), Rigoletto (il campe le célèbre bouffon) et La Traviata de Verdi (Giorgio Germont). C’est en 1951 qu’il fait ses débuts dans un rôle de ténor, dans l’opéra Andrea Chénier de Giordano et il enchaîne, deux ans plus tard à La Scala dans La Force Du Destin de Verdi qui va devenir, au fil de ses interprétations, son compositeur fétiche. Ensuite, il triomphe au Metropolitan Opera dans Aïda, dans son personnage de Radames, avant de reprendre le rôle d’Alvaro dans La Force Du Destin à Covent Garden. Sa carrière internationale continue dans les années 60 et devient impressionnante, ses enregistrements discographiques se succèdent malgré la rude concurrence qui l’oppose à ses confrères Franco Corelli, Mario Del Monaco et Guiseppe Di Stefano dont il reste le seul survivant. Il donne un dernier concert le 17 avril 1996 au Carnegie Hall avant de se consacrer à l’enseignement du chant à l’Académie Verdiana de Milan. Cette année, il a reçu un prix spécial aux Midem Classical Awards à Cannes où il a rencontré une autre légende du même âge : Charles Aznavour.

La rencontre de deux « monstres » : Carlo Bergonzi et Charles Aznavour


Giorgio Tadeo
pose admirablement bien sa voix derrière celle de Bergonzi, tout en finesse, logiquement et respectueusement en retrait afin que ce subtil mariage « ténor-basse » soit le plus harmonieux possible. On peut même dire que Tadeo a une tessiture légère de basse, très souple, en « extension »; c’est-à-dire qu’il ne se cantonne pas uniquement dans la partie basse de la gamme propre à sa partie chantée, au contraire, il fait de brèves et brillantes incursions vocales sur des notes plus hautes donnant ainsi une dimension, ma foi, inhabituelle dans une interprétation qui, généralement, se veut « profonde » et « processionnelle ». Aujourd’hui âgé de 80 ans, Tadeo commence sa carrière en 1953 dans Faust de Gounod où il joue le rôle de Méphistophélès. Fidèle à La Scala où il a campé de nombreux personnages de 1955 à 1982, il a été dirigé par les plus grands : Gui, Giulini, Celibidache, Karajan, Abbado, Boulez et Osawa, pour ne citer que les principaux. Toutefois, son talent a été également reconnu sur les plus grandes scènes du monde entier : de l’Opéra de Paris au Lyric Opera de Chicago, en passant par le Covent Garden et le Royal Albert Hall de Londres.


À n’en point douter, Maria Callas est la « Tosca » du XXème siècle. Dans « Mario ! Mario ! », elle fait preuve d’un parfait lyrisme et dans ce duo, sa voix se marie habilement avec celle de Bergonzi. Par contre, dans « Floria !... Amore !... », sa voix se situe dans un registre de colorature qui impose plus de pureté, d’agilité et de puissance. La soprano exprime toute la face dramatique de cet opéra avec beaucoup de concentration, de générosité vocale. Cependant, dans les notes les plus aigues, on relève une légère instabilité que Callas reconnaissait elle-même, attribuant cette petite faiblesse à une perte de force diaphragmatique due à un manque de confiance en ses possibilités vocales. C’est vrai que la couleur de sa voix a changé à partir de 1954, devenant moins chaleureuse et plus acide, après une sévère cure d’amaigrissement qui lui fit perdre 40 kilos. Ne faisons pas la fine bouche pour autant, la prestation de Maria Callas est de très bonne qualité malgré qu’elle est déjà, à l’époque de l’enregistrement, en fin de carrière. Elle démontre une technique de voix irréprochable dans les tons les plus graves, notamment dans la scène de l’assassinat de Scarpia. Enfin, elle est fantastique de puissance lors de la scène finale où elle se jette dans le vide. Je reviendrai sur la carrière de Maria Callas dans un futur article qui ouvrira une nouvelle rubrique : Les Plus Grandes Chanteuses d’Opéras.


Tito Gobbi
est impérial de frayeur dans le rôle de l’abominable Scarpia qui, il faut le dire, lui va comme un gant (c’est d’ailleurs avec ce rôle qu’il débute au MET de New-York en 1956). Le baryton se sent très à l’aise dans cette composition, impressionnant de puissance dans l’air du Te Deum où il complote cyniquement son sinistre plan afin de faire la conquête de Tosca. Sa conduite de voix est irréprochable dans un des morceaux lyriques les plus difficiles à chanter tellement les variations de notes sont nombreuses. Beaucoup de prestance vocale également dans les 4ème et 5ème extraits où il module les courbes de sa tessiture avec la maîtrise adéquate à la confrontation avec Tosca et à sa mort où sa voix reflète admirablement le réalisme de la situation. Gobbi fait ses débuts en 1935, à l’âge de 22 ans, dans La Sonnambula de Bellini où il interprète le rôle de Rodolfo. Lauréat de plusieurs concours dont celui de l’Ecole de La Scala, il aborde le répertoire de Verdi avec le rôle de Germont dans La Traviata en 1937. Dans les années 40, il chante dans des œuvres de Wagner, Richard Strauss (Salomé), Berg (Wozzeck), Donizetti (L’Elixir d’Amour) et en 1948, il campe Figaro dans Le Barbier de Séville de Rossini. En 1950, il ajoute Don Giovanni de Mozart à son palmarès et l’année suivante, il joue le rôle de Rodrigo, Marquis de Posa, dans Don Carlos de Verdi. En 1952, il est Ford dans Falstaff de Verdi pour l’ouverture de la saison à La Scala. Pourtant, il avoue que c’est finalement le rôle de Simon Boccanegra de Verdi qu’il préfère. De 1954 à 1973, il se produit dans de nombreux concerts et est l’un des invités les plus réguliers du Lyric Opera de Chicago. Après avoir joué dans une centaine d’opéras, il prend sa retraite en 1979 et se tourne vers l’écriture pour publier, la même année, son autobiographie « Tito Gobbi : My Life ». Il s’éteint à Rome le 5 mars 1984. Pour la petite histoire, Tito aimait également dessiner les costumes des personnages qu’il interprétait et fut à l’affiche de… 26 films au cinéma (dont « Devant lui tremblait tout Rome » (1946) avec Anna Magnani et « Paillasse » (1950) avec Gina Lollobrigida).


Les apparitions de RenatoSpoletta” ERCOLANI étant trop brèves dans ce CD d’extraits, il est difficile d’analyser sa prestation vocale avec discernement et objectivité. Néanmoins, les interventions révèlent d’évidentes qualités et non des moindres : clarté, excellente conduite de voix, beau phrasé. Dommage, encore une fois, que l’on n’ait pas la possibilité de mieux apprécier. Décédé en 2002 à l’âge de 82 ans, Ercolani a été un « fidèle » compère de Maria Callas et Tito Gobbi puisqu’il a également joué, à leurs côtés, Rigoletto (1955, avec aussi Di Stefano), Un Bal Masqué et Le Trouvère (sous la direction de Herbert Von Karajan) de Verdi (1956). Entre autres, il figure dans la distribution de l’enregistrement de Madame Butterfly (à deux reprises, en 1954 avec Callas et en 1955 avec Victoria de los Angeles), d’Il Tabarro (1955, avec Tito Gobbi, Margaret Mas et Giacinto Prandelli) et de Turandot de Puccini (1957, avec Maria Callas, Eugenio Fernandi et Elisabeth Schwarzkopf, sous la direction de Tullio Serafin).


Même sentiment pour Ugo Trama qui incarne un agent de Scarpia. Le rôle qui lui est ici dévolu ne permet pas non plus de se faire une idée précise; toutefois, ses apparitions sont marquées, vocalement, du sceau d’une grande précision. Durant sa carrière, Trama s’est notamment fait remarquer dans Elektra de Richard Strauss en 1957. A plusieurs reprises, il a été un invité régulier du prestigieux Festival de Glyndebourne en Angleterre (qui fête, cette année, son 75ème anniversaire) : Il Ritorno d’Ulisse de Monteverdi (1973), La Calisto de Cavalli (1974, avec Barbara Hendrickx) et Falstaff de Verdi (1976) sont les œuvres pour lesquelles il a apporté, avec brio, sa contribution artistique.

Et que dire de Georges Prêtre, le patriarche des chefs d’orchestre français (il a fêté ses 85 ans le 14 août et a été choisi pour diriger, une deuxième fois en trois ans, le Philarmonique de Vienne pour le Nouvel An 2010), le préféré de Maria Callas, qui a encore dirigé cette année, avec la même ferveur et la même passion, Cavalleria Rusticana et Pagliacci aux Chorégies d’Orange ? Les termes élogieux pour la manière dont il dirige l’orchestre ne manquent pas : finesse, souplesse, générosité, enthousiasme, passion, volupté, ampleur… Je ne le cache pas : j’ai effectivement beaucoup d’admiration pour Georges Prêtre. Il n’a pas son pareil pour instaurer immédiatement un climat de confiance : le geste accompagne le regard et vice-versa, la communication avec les musiciens passe instantanément. Il a une telle perception de la musique (non seulement il la dirige mais il la chante aussi !) qu’il fait ressortir le meilleur de la partition. L’extrait avec le Te Deum est fantastique : les violons, les flûtes puis une montée en puissance des violons au fur et à mesure que Scarpia dessine le plan de sa machiavélique machination… Grandiose ! Les cuivres et percussions (surtout les cloches et cymbales) se déchaînent pour un final apocalyptique. La dernière scène est fantastique également et une extrême douceur se dégage des moments romantiques : Georges Prêtre a cette énorme qualité de savamment doser la tonalité musicale par rapport à la tonalité vocale des interprètes; malgré la puissance musicale que certaines scènes imposent, l’artiste n’est jamais « étouffé » et le lyrisme qu’il apporte à sa direction donne encore plus d’émotion à l’interprétation. Prêtre a le DON de marier la voix à la musique pour qu’ils ne forment plus qu’un…

 

D’autres enregistrements :
avec Renata Tebaldi (Tosca), Mario del Monaco (Cavaradossi) et George London (Scarpia) sous la direction de Francesco Molinari-Pradelli, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Rome (Decca, 1959); Leontyne Price (Tosca), Giuseppe di Stefano (Cavaradossi) et Giuseppe Taddei (Scarpia) sous la direction d’Herbert Von Karajan, Chœur de l’Opéra de Vienne et Orchestre Philarmonique de Vienne (Decca, 1962); Montserrat Caballé (Tosca), José Carreras (Cavaradossi) et Ingvar Wixell (Scarpia) sous la direction de Colin Davis, Chœur et Orchestre du Royal Opera House, Covent Garden (Philips, 1976); Mirella Freni (Tosca), Luciano Pavarotti (Cavaradossi) et Sherill Milnes (Scarpia) sous la direction de Nicola Rescigno, National Philarmonic, Wandsworth School Boys’ Choir (Decca, 1978); Katia Ricciarelli (Tosca), José Carreras (Cavaradossi) et Ruggero Raimondi (Scarpia) sous la direction d’Herbert Von Karajan, Philarmonique de Berlin (Deutsche Grammophon, 1979); Renata Scotto (Tosca), Placido Domingo (Cavaradossi), Renato Bruson (Scarpia), sous la direction de James Levine, Philharmonia Orchestra, Ambrosian Opera Chorus (EMI, La Voix de Son Maître, 1981).

 

2 DVD parmi d’autres :

1985 : avec Hildegard Behrens (Tosca), Placido Domingo (Cavaradossi), Cornell Mac Neil (Scarpia), sous la direction de Guiseppe Sinopoli, Metropolitan Opera Orchestra and Chorus, réalisé par Franco Zeffirelli.

Réputé comme la meilleure prestation filmée de Placido Domingo dans le rôle du peintre idéaliste, ce DVD vaut le détour par sa réalisation soignée (un spécialiste dans le genre),  la regrettée soprano allemande, Hildegard Behrens, décédée récemment le 18 août dernier à l’âge de 72 ans, et le baryton américain Cornell Mac Neil, habitué dans le répertoire Verdien, sont également très performants. Le chef d’orchestre Guiseppe Sinopoli, décédé en 2001 à l’âge de 55 ans, apporte beaucoup de justesse et de puissance dramatique à sa direction mais n’égale cependant pas la souplesse, le volume et la profondeur, dans l’émotion, de Georges Prêtre.

2001 : avec Angela Gheorghiu (Tosca), Roberto Alagna (Cavaradossi), Ruggero Raimondi (Scarpia), sous la direction d’Antonio Pappano, Royal Opera Orchestra and Chorus Covent Garden, un film de Benoît Jacquot mixant habilement séances d’enregistrement et scènes filmées. Pour sa première incursion dans la réalisation d’un chef-d’œuvre lyrique, c’est assurément un coup de maître. Le cinéaste nous propose en effet de superbes images en noir et blanc avec le surdoué et survolté Pappano dirigeant musiciens et chanteurs avec énormément de cœur et de passion. La soprano roumaine et son tendre mari à la ville sont époustouflants de crédibilité dans leur rôle respectif. Et notre cher Ruggero « Scarpia » Raimondi ? Savoureusement cynique et cruel, il est égal à lui-même : terriblement sobre et efficace. Si Callas était la Tosca du XXème siècle, Raimondi vaut la comparaison pour la composition de son personnage. Et il sévit encore au XXIème siècle ! 
 

Enfin, cet article est dédié à un grand Ami qui m’est cher et qui m’a fait découvrir l’Opéra. Il m’a aussi offert ce CD… Tosca est le dernier opéra que nous ayons vu ensemble. Ce soir de novembre 2007 au Théâtre Royal de Liège, nous avons passé des moments forts et inoubliables… Il se reconnaîtra aisément au travers de ces quelques mots simples mais suffisamment éloquents que pour lui traduire mes remerciements les plus vifs et mon amitié la plus vraie, la plus sincère… 

Par BERNIE - Publié dans : Les grands opéras italiens et leurs interprètes - Communauté : Musiques
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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 21:17

DON CARLOS
Giuseppe VERDI (1813-1901)
Extraits (chanté sur le texte français original)

Philippe II :  Ruggero Raimondi

Don Carlos :
Plácido Domingo

Rodrigue, Marquis de Posa : Leo Nucci

Le Grand Inquisiteur : Nicolai Ghiaurov

Un Moine : Nikita Storojev

Elisabeth de Valois : Katia Ricciarelli

La Princesse Eboli : Lucia Valentini Terrani

Thibault : Ann Murray

Coro e Orchestra del Teatro alla Scala : Claudio Abbado

Enregistré au C.T.C. Studio, Milan, Janvier 1983, Juin 1984.

Tracklist 

Acte I

  • 1. «Le cerf s'enfuit sous la ramure» (Chœur)
  • 2. «Fontainebleau! Forêt immense et solitaire»/«Je l'ai vue» (Carlos)

 Acte II

  • 3. «Charles-Quint, l'auguste Empereur» (Chœur, Moine)
  • 4. Chanson du voile: « Au palais des fées » (Eboli, Thibault, Chœur)
  • 5. «Je viens solliciter de la Reine une grâce» (Carlos, Elisabeth)

 Acte III 

  • 6. «Ce jour heureux est plein d'allégresse!» (Chœur) 

Acte IV

  • 7. «Elle ne m'aime pas!» (Philippe)
  • 8. «Pitié! Pardon pour la femme coupable» (Eboli, Elisabeth)
  • 9. «Ah, je ne verrai plus la Reine»/«O don fatal et détesté» (Eboli)
  • 10. «C'est moi, Carlos»/«C'est mon jour suprême» (Rodrigue, Carlos)
  • 11. «Carlos, écoute»/«Ah! Je meurs l'âme joyeuse» (Rodrigue) 

Acte V 

  • 12. «C'est elle!» (Carlos, Elisabeth)
  • 13. «Au revoir dans un monde où la vie est meilleure»/«Oui, pour toujours!» (Elisabeth, Carlos, Philippe, Inquisiteur, Moine, Chœur)

L'histoire de « Don Carlos » se passe en 1559 et c'est la forêt de Fontainebleau qui sert de décor au premier acte. Elisabeth de Valois, fille d'Henri II, Roi de France, fait son apparition aussitôt rejointe par Don Carlos, son fiancé, l'infant d'Espagne, qui s'est déplacé incognito pour la voir. Il lui déclare sa flamme mais très rapidement, il doit déchanter car, pour des raisons d'état, elle est promise au propre père de Don Carlos, Philippe II, qui a perdu son épouse. Les amoureux sont désespérés.

Le deuxième acte nous ramène en Espagne au couvent de Saint-Just. Un moine âgé, qui incarnerait bien l'empereur Charles-Quint lui-même, récite une prière sur le tombeau de l'Empereur. Pendant ce temps, Carlos se confie à son fidèle ami Rodrigue sur son chagrin d'amour. Rodrigue, marquis de Posa le convainc à partir pour les Flandres libérer les flamands de l'oppression. Carlos ne peut oublier Elisabeth et il a encore l'occasion de croiser son regard tandis que Philippe les soupçonne d'avoir toujours une liaison. A l'extérieur du couvent, la princesse Eboli distrait gaiement les dames d'honneur de la Reine en leur chantant une chanson. Rodrigue, de son côté,  parvient à remettre un pli de Carlos à la souveraine en la priant d'accorder à ce dernier une entrevue qui de formelle, au départ, se transforme, par la suite, en une déchirante déclaration d'amour. Mais tous deux se résignent devant cet amour impossible et Carlos, désemparé, s'efface. Le Roi surpris d'apercevoir la Reine seule congédie sa dame de compagnie, la Comtesse d'Aremberg, pour avoir failli à sa tâche d'être auprès d'elle. Rodrigue vient trouver le Roi et lui parle du sort des Flamands. Touché par sa franchise, le Roi fait de lui son conseiller intime et lui fait part de ses soupçons à propos de son fils et de son épouse. Il lui demande de les surveiller et de se méfier du Grand Inquisiteur.  

L'acte III se déroule de nuit, dans les jardins de la Reine. Carlos est venu à minuit à un étrange rendez-vous qu'une femme lui a donné par lettre. Il voit une femme masquée qu'il prend pour la Reine et lui proclame à nouveau son ardent amour. Mais il découvre qu'en fait, c'est la princesse Eboli qui, étonnée de la terrible déception qu'éprouve Carlos, jure de se venger. Rodrigue intervient en tentant de l'apaiser mais c'est peine perdue et elle se retire menaçante. Rodrigue somme alors à Carlos qu'il lui remette les documents compromettants concernant les Flandres. Au cours de la seconde scène de ce troisième acte, la cour et le peuple se pressent devant la cathédrale pour assister à la condamnation par l'Inquisition des hérétiques qui vont être immolés. Mais l'exécution est interrompue par l'apparition de Carlos à la tête d'une délégation de députés flamands que le Roi répudie avec véhémence. S'ensuit une altercation entre le père et le fils aussitôt désarmé par Rodrigue. Par cette arrestation, le Roi confère au Marquis le titre de Duc. Finalement, la sentence des hérétiques est accomplie dès le départ du cortège royal.

L'acte IV s'ouvre sur la plainte de Philippe II de ne pas être aimé de son épouse. Le Grand Inquisiteur arrive sur ordre du Roi qui projette de condamner son fils à mort. Le Grand Inquisiteur acquiesce et réclame la vie de Rodrigue, ce que Philippe refuse. L'Inquisiteur s'efface au moment où la Reine fait son apparition. Philippe l'accuse d'infidélité en lui tendant un écrin qui lui a été dérobé et la soustrait à reconnaître le portrait de Carlos sur un médaillon. A cette vue, la souveraine perd connaissance. Eboli se porte à son secours et avoue que c'est elle qui a volé l'écrin afin de la faire accuser d'adultère. Elle confesse également avoir été la maîtresse du Roi. Elisabeth lui laisse alors le choix entre le couvent et l'exil. Dans sa prison, Carlos reçoit la visite de Rodrigue qui se sent menacé après que l'on ait découvert les documents compromettants que Carlos lui avait remis. Soudain, des agents de l'Inquisition font irruption dans la cellule et Rodrigue est abattu. Avant de rendre son dernier souffle, il apprend à Carlos qu'Elisabeth l'attend au cloître de Saint-Just pour lui faire ses adieux.

Délivré par son père, Carlos le repousse et se rend au couvent où il aperçoit Elisabeth en train de prier devant le tombeau de Charles-Quint. C'est le dernier acte.  Carlos lui annonce son départ pour les Flandres. Au moment de l'adieu, le Roi accompagné du Grand Inquisiteur vient pour arrêter son fils et Elisabeth. Soudain, à la stupéfaction générale, un Moine surgit du tombeau, revêtu de l'apparat de Charles-Quint et entraîne Carlos dans les profondeurs du cloître...


Après la genèse, analysons maintenant le jeu des acteurs... C'est Placido Domingo qui entre en scène après un chœur d'ouverture. Il intervient dans 5 des 13 titres que comporte ce CD « extraits ». « Fontainebleau ! Forêt immense et solitaire »/ « Je l'ai vue » évoque l'amour qu'éprouve Carlos pour sa dulcinée. Malgré un français approximatif (quoi de plus normal, d'ailleurs), on sent le ténor très proche de son texte et il se tire admirablement d'affaire dans cette déclaration d'amour où l'on sent, à la conduite de son chant, qu'il y met tout son cœur et toute sa sensibilité. Démontrant une parfaite maîtrise dans les aigus, Placido alterne adroitement, ainsi qu'avec volupté, la douceur et la passion. Je ne retracerai pas ici la formidable carrière de cet immense artiste auquel je consacrerai prochainement un article dans « Les plus grands chanteurs d'opéra ».

"Fontainebleau ! Forêt immense et solitaire"/"Je l'ai vue"


Je m'attarderai plutôt sur les seconds rôles mais qui ne sont pas les moindres comme celui qu'incarne l'excellente basse russe Nikita Storojev (le Moine dans « Charles-Quint, l'auguste Empereur »). Après de brillantes études en philosophie, il entre en 1975 au Conservatoire de Musique Tchaikovsky de Moscou où il décroche 3 diplômes : Chanteur d'Opéra, Chanteur de Musique de Chambre et Professeur de Chant. En 1977, il devient le protégé de Tonini, le « coach » de Luciano Pavarotti et Nicolai Ghiaurov, décelant en lui un énorme potentiel, le prend sous son ombrelle. C'est ainsi que, pendant 5 ans, il devient principal soliste de l'Opéra Bolshoi et du Philarmonic Society de Moscou. Il remporte, l'année suivante, le Concours International Tchaikovsky à Moscou. De 1983 à 1985, il s'attaque aux répertoires italien et allemand afin de mener une respectable carrière internationale qui le mènera sur les plus grandes scènes du monde entier et qui continue de nos jours puisqu'il fut récemment l'invité de l'Opéra Royal de Wallonie à Liège dans « La Dame de Pique » de Tchaikovsky. Nanti d'un palmarès éloquent où figurent plus de cinquante rôles d'opéras ainsi que l'interprétation d'environ 300 airs classiques, Nikita Storojev campe ici un Moine bien mystérieux à qui sa plantureuse voix, chaude et solide, donne toute sa dimension.  La troublante Princesse Eboli a les traits de la regrettée mezzo soprano Lucia Valentini Terrani que l'on retrouve dans 3 airs sur ce disque dont « Au palais des fées » qui signale son arrivée dans cet opéra.

Née à Padoue le 28 août 1946, Lucia Valentini Terrani se cantonnera surtout dans le répertoire rossinien grâce auquel sa renommée deviendra internationale. C'est en 1969 qu'elle fait ses grands débuts dans « La Cenerentola », le dernier opéra comique de Rossini. Elle le reprend en 1973 à La Scala de Milan sous la direction de Claudio Abbado (qui l'accompagnera quasiment durant toute sa carrière), en remplacement de Teresa Berganza, où le public lui réserve un accueil élogieux. Toutefois, ses performances ne se limiteront pas au catalogue de Rossini. Elle joue différents personnages dans, notamment,  le « Turandot » de Busoni (car il y a bien sûr celui de Puccini), « Alcina » de Haëndel, « Cosi Fan Tutte » de Mozart et campe une séduisante « Carmen » de Bizet à Turin en 1988. Elle côtoiera fréquemment des artistes prestigieux comme Katia Ricciarelli et Ruggero Raimondi également à l'affiche du présent opéra. En 1996, elle part à Seattle pour soigner une leucémie qui, malheureusement, l'emportera le 11 juillet 1998. Cette chanson du voile qu'elle interprète brillamment avec un timbre de voix assuré, très fluide et très clair aussi, elle la partage avec Ann Murray qui joue le personnage de Thibault, jeune serviteur au service d'Elisabeth de Valois.

De nationalité irlandaise, Ann Murray s'est fait un nom pour avoir joué principalement dans les œuvres de Handel, Mozart et Richard Strauss. Elle a fait également de nombreux récitals avec, entre autres, l'Orchestre de Paris sous la direction de Raphaël Kubelik, le Philarmonic de Berlin avec Riccardo Muti et le Chicago Symphony Orchestra avec Georg Solti. Parmi les personnages qu'elle a joués, c'est surtout celui de Donna Elvira dans « Don Giovanni » de Mozart qui lui vaut le plus de succès et pour lequel elle sera régulièrement invitée à La Scala de Milan. Dans cette « mouture » de Don Carlos, il ne nous est pas possible de nous faire une opinion de son immense talent puisqu'elle se fait entendre uniquement dans ce morceau et encore, elle ne fait que poser sa voix en écho de celle de Lucia Valentini Terrani.  L'acte II se termine sur le formidable duo Carlos-Domingo et Elisabeth-Ricciarrelli sur « Je viens solliciter de la Reine une grâce ».

"Je viens solliciter de la Reine une grâce" (en duo avec Margaret Price)


La soprano Katia Ricciarrelli naît à Rovigo le 16 janvier 1946. Issu d'un milieu très pauvre, elle a galéré pour mener à bien ses études musicales. Auréolée de plusieurs grands prix, elle fait des débuts remarqués dans le rôle de Mimi dans « La Bohème » de Puccini en 1969. C'est entre 1972 et 1975 que sa carrière prend son envol puisqu'elle obtient des engagements au Lyric Opera de Chicago, à La Scala de Milan, au Royal Opera House de Londres et au Metropolitan Opera de New-York. Elle joue le rôle de Desdémone, également aux côtés de Placido Domingo, dans l'adaptation cinématographique d'Othello de Verdi réalisée par Franco Zeffirelli en 1986. Depuis 2003, elle est la responsable artistique en titre du « Macerata Opera Festival » qui, semblable aux Chorégies d'Orange, présente chaque année plusieurs œuvres classiques. L'acte III est ici représenté par l'unique mais ô combien célébrissime « Ce jour heureux est plein d'allégresse » judicieusement choisi afin d'aborder l'acte IV qui s'octroie, sur ce CD, le plus d'extraits (5 sur les 13). Soulignons au passage la parfaite symbiose entre l'interprétation du chœur et la direction orchestrale assurée par l'un des chefs les plus doués de sa génération et qui demeure une référence dans le milieu de l'Opéra : Maître Claudio Abbado dont on ne dira jamais assez l'importance qu'il a pu tenir dans l'accompagnement musical d'œuvres classiques.

Né le 26 juin 1933 à Milan, c'est à l'âge de 27 ans qu'il fait ses débuts à La Scala de Milan. Il remporte le prix « Dimitri Mitropoulos » (le plus grand chef d'orchestre grec et le plus célèbre artiste classique de son pays avec Maria Callas) de l'Orchestre Philarmonique de New-York en 1963 et sa collaboration avec le grand Leonard Bernstein lui permet d'acquérir la notoriété. C'est en 1967 que paraissent ses premiers enregistrements chez Decca et Deutsche Grammophon. A partir de 1968 et jusqu'en 1986, il assure la direction du prestigieux orchestre de La Scala de Milan. En 1986, il est nommé au poste de directeur général de l'Opéra de Vienne et devient, après Karajan, chef principal de l'Orchestre Philarmonique de Berlin en 1989. Depuis 1994, il est le directeur artistique du Festival de Pâques de Salzbourg.

"Elle ne m'aime pas"


Le premier morceau de l'acte IV située sur la septième plage de cet album est, pour ma part, l'air le plus connu de cet opéra : « Elle ne m'aime pas ! » interprétée par l'immense Ruggero Raimondi. Je ne m'étendrai pas non plus sur son parcours puisqu'un article ultérieur lui sera également dédié. Le très talentueux baryton-basse exécute ici une prestation de premier choix au cours de laquelle il fait preuve d'une maîtrise vocale irréprochable. Il est vrai que c'est une partition qui convient admirablement à sa tessiture. La tragédie se poursuit avec le duo Elisabeth-Ricciarelli et Eboli-Valentini Terrani dans « Pitié ! Pardon pour la femme coupable »; cette dernière continuant, seule, dans « Ah, je ne verrai plus la Reine »/ « O don fatal et détesté » où elle nous démontre de superbes capacités vocales embellies d'envolées puissantes qui nous font partager pleinement son grand désespoir. Les 10ème et 11ème extraits de ce CD nous font découvrir le grand Leo Nucci dans « C'est moi, Carlos »/ « C'est mon jour suprême », en duo avec Domingo, et surtout dans « Carlos, écoute »/ « Ah ! Je meurs l'âme joyeuse » terrible de vérité au moment où il rend son dernier souffle, exhortant Carlos à rejoindre une dernière fois son amoureuse.

Le baryton Leo Nucci a fait ses débuts en 1967 dans « Le Barbier de Séville » de Rossini, où il excelle dans le rôle de Figaro, qui devient son opéra fétiche. Toutefois, il change de registre à partir de 1978 pour jouer dans « Luisa Miller », le 14ème opéra de Verdi. La critique l'encense à un point tel qu'il sera désormais reconnu comme étant le plus grand baryton verdien de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. Il est également un habitué de La Scala de Milan où il se produit dans plus de 150 représentations. A 65 ans et toujours actif, Leo Nucci a toujours fait preuve d'une grande humilité et d'une grande générosité dans chacun de ses rôles, que ce soit dans celui du Conte de Luna dans « Il Trovatore » ou dans celui de « Rigoletto ». Il est également apprécié pour son legato (sa façon de « lier » les notes successives) et son ambitus (l'intervalle entre la note la plus basse et la note la plus haute) extraordinaires.

Les deux derniers airs sont consacrés au chant d'adieu qu'entonnent Elisabeth et Carlos et à l'ultime tableau de cet opéra qui voit Carlos se faire entraîner dans les abîmes du cloître. Dans « C'est elle ! », Katia Ricciarelli est sublime avec une voix éclatante et Domingo affligeant de tristesse. « Au revoir dans un monde où la vie est meilleure »/ « Oui, pour toujours ! » clôture l'œuvre avec la trop brève incursion vocale du Grand Inquisiteur-Nicolai Ghiaurov dont une bio vous avait déjà été présentée dans le premier article de cette catégorie (« Il Trovatore »).

Cet opéra évoque un beau souvenir pour moi : c'est le premier en CD qui m'ait été offert il y a un peu plus de 20 ans... A l'époque, je « perdais » mon temps dans les allées d'un magasin de disques à la rue Neuve à Charleroi qui n'existe plus. Etant un habitué des lieux, les gérantes (eh oui !) avaient remarqué mon attirance... pour ce CD et me l'avaient offert pour mon anniversaire !

Par BERNIE - Publié dans : Les grands opéras italiens et leurs interprètes - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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