Le coin du Classique

Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /2009 20:15

En 2006, Maurice André a été désigné « Meilleur Trompettiste Au Monde » par les Américains et c’est amplement mérité. C’est un musicien exceptionnel doté de qualités humaines généreuses et chaleureuses. C’est avec grand plaisir que je vous présente sa biographie ainsi que quelques enregistrements que tout fin connaisseur de musique classique se doit de posséder dans sa discothèque. Né le 21 mai 1933 à Rochebelle, Maurice André passe les premières années de sa vie dans un quartier minier d’Alès dans le département du Gard où ses parents ont élu domicile. En effet, son père exerce le dur métier de mineur de fond. Durant ses heures libres, il joue de la trompette  au sein de l’Harmonie des Mines ou dans la Fanfare d’Alès. Maurice est séduit non seulement par le son mais également par la forme de l’instrument de musique à tel point qu’il décide, à l’âge de 11 ans, d’apprendre le solfège. Toutefois, il doit attendre deux longues années avant de pouvoir en jouer, le temps que son père ait consacré une partie de son modeste salaire afin de lui offrir son premier cornet. Maurice se révèle un excellent élève, assidu, régulier et très motivé. Ses progrès sont stupéfiants et c’est Léon Barthélémy, un ancien élève de Merri Franquin (professeur de trompette au Conservatoire national supérieur de musique de Paris de 1894 à 1925 et première trompette solo de 1880 à 1901 à l’Opéra national de Paris) qui s’occupe de lui inculquer ses premières leçons. Pour financer ses études, Maurice descend aussi dans la mine à 14 ans mais suite à un grave accident qui faillit lui coûter la vie, il abandonne le travail à 18 ans pour se consacrer uniquement à ce qu’il préfère par-dessus tout : la musique. C’est le service militaire qui va le conforter dans son irrésistible ascension : il intègre la formation musicale du 8ème régiment de transmissions. A l’automne 1951, Maurice s’inscrit au Conservatoire de Paris et entre dans la classe de Raymond Sabarich qui fit partie de 1940 à 1942 du célèbre orchestre de Raymond Legrand et joua notamment aux côtés d’Aimé Barelli. En 1952, Maurice reçoit le Premier Prix d’honneur de cornet à pistons et l’année suivante, il est « Premier Prix de Trompette ». D’emblée, il est engagé dans l’Orchestre Symphonique de la Société des Conservatoires où évolue Louis Menardi qui a eu le privilège de pouvoir côtoyer le célèbre guitariste de jazz Django Reinhardt.
En 1953,
Maurice est trompette solo des Concerts Lamoureux et obtient un engagement dans l’Orchestre Philharmonique de l’ORTF. L’année suivante, il remporte le Premier Prix du Concours international d’interprétation musicale de Genève qui est le point de départ de sa carrière solo. Grâce à son immense talent mais aussi à sa volonté de perfectionner sans cesse son jeu, Maurice André va permettre à la trompette d’être encore mieux appréciée et mieux mise en valeur afin qu’on la découvre sous un nouveau jour et non plus comme un instrument de second plan… En 1963, alors qu’il est invité à faire partie du jury du Concours International de Munich, Maurice André s’inscrit en tant que… candidat quand il apprend que le lauréat sera mieux payé qu’un membre du jury ! Surclassant les autres musiciens, il s’empare du Premier Prix qui va le conduire de concerts en concerts. Il attaque l’interprétation du 2ème Concerto Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach
qui devient son air fétiche avec la Badinerie de la Suite en Si mineur.

"2ème Concerto Brandebourgeois" Fa Majeur (3ème Andamento) de
Jean-Sébastien Bach


Les plus grands s’intéressent à lui : Karl Richter, Karl Münchinger, Michel Plasson, Karl Böhm, Leonard Bernstein, Riccardo Muti qui sont impressionnés et envoûtés par deux traits qui caractérisent parfaitement bien sa personnalité : la simplicité et la modestie. Les prestations s’accumulent pour Maurice André qui, certaines années, accomplira jusque 250 représentations ! Ensuite, Maurice devient professeur au Conservatoire de Paris en 1964 imitant ainsi Raymond Sabarich, son maître jadis et enseigne aux côtés de Ludovic Vaillant, le successeur d’Eugène Foveau, et de Roger Delmotte, ces deux derniers ayant été également des anciens élèves de Merri Franquin.

"Sonate" de Loeillet avec Marie-Claire Alain (1970)


Sous l’égide de Maurice, un premier concours international portant son nom est organisé par la Ville de Paris. De ses élèves se démarqueront notamment Guy Touvron (à ce jour, 30 ans de carrière, plus de 3.000 concerts et 75 enregistrements), Bernard Soustrot (lauréat de plusieurs concours dont celui de Maurice André, il a joué avec les plus grands et s’est fait remarquer dans plusieurs concerts en s’associant notamment avec l’organiste François Henri-Houbart; il est à l’origine du Concours International de Quintettes de Cuivres de Narbonne depuis 1986 et occupe également le poste de directeur artistique du Concours Mondial « Prestige de la Trompette » de Guebwiller, en Alsace), Thierry Caens (fondateur, en 1976,   du "Quintette Arban" avec Jean-Pierre Leroy, professeur de trompette au Conservatoire d'Orléans et directeur artistique de la Camerata de Bourgogne, orchestre de chambre de Bourgogne, depuis 1987) et Jacques Jarmasson (professeur au Conservatoire de Musique d’Avignon et directeur du Quatuor de trompette de Provence).

"Sonate en Ré Majeur" de Georg Philipp Telemann


Maurice André éprouvera une joie immense et une fierté sans bornes lorsqu’il verra ses propres enfants le suivre dans son amour pour la musique et en l’occurrence, pour la trompette : son fils Lionel et son petit-fils Nicolas l’accompagneront désormais tandis que sa fille Nathalie, elle, marquera une nette préférence pour le hautbois. Son frère Raymond, trompettiste lui aussi, le rejoindra avec Nicolas dans plusieurs concerts. La trompette est un instrument sacré dans la famille André !  Maurice innove également dans l’évolution de son instrument favori : s’inspirant d’un prototype de trompette Couesnon, et, en collaboration avec la marque de produits Selmer, il participe à l’élaboration d’une trompette piccolo en si bémol à quatre pistons.


Maurice André
ne s’est pas limité uniquement au registre classique, il a élargi son répertoire en interprétant aussi bien des airs d’opéras que des chansons du début du XXème siècle mais aussi en « piochant » dans le catalogue de Michel Legrand ou même en suscitant des œuvres nouvelles : Arioso barocco d’André Jolivet (1968), Concerto de Boris Blacher (1971), Fluctuance-immuable de Jean-Claude Eloy (1977), Cahier pour quatre jours de Marcel Landowski (1978) et Toot Suite de Claude Bolling (1981), parmi les plus connues.

"Ave Maria" (Schubert), "Le Grand Échiquier" (Jacques Chancel, 1980)


En 1980, il est à l’apogée de son art en étant l’invité de Jacques Chancel dans « Le grand échiquier ». L’émission connaît un succès sans précédent et l’animateur le sollicitera à nouveau 8 ans plus tard. En 1987, Maurice est récompensé par les Victoires de la Musique Classique. Il le sera encore par la suite, à trois reprises.

"L'Ecole des Fans" (Jacques Martin, 1987)


Début des années 90, Maurice quitte Paris pour s’exiler dans le pays Basque. Il profite de la quiétude de la région pour se consacrer à la sculpture sur bois qu’il pratique également avec grand talent. En 2000, il reçoit la Médaille d’Or de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres.

En 2008, Maurice a fêté ses 75 ans par… un concert d’adieu à Béziers. Un malencontreux diabète l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant mais l’artiste n’a, cependant, rien perdu de sa dextérité pour séduire son auditoire, en interprétant des airs d’Haendel, Schubert, Telemann et en s’octroyant une petite incursion dans le jazz… Chapeau bas, Monsieur Maurice André !


UN PETIT COURS SUR LA TROMPETTE…


Constituée d’une embouchure, d’un tube cylindrique et d’un pavillon, la trompette est également équipée d’un mécanisme de pistons permettant de jouer des notes plus graves dont le registre courant s’étend sur deux octaves et demie, du Fa dièse grave au Do au-dessus de la portée (Contre-Ut). La plus courante est la trompette en Si bémol mais il existe des trompettes en Ut, en , Mi bémol, Sol et La ainsi que la trompette piccolo en Si bémol.

 

MON CD DE MAURICE ANDRÉ
"Baroque Trumpet Concertos" (EMI CLASSICS, Collection "Red Line")


Ce disque comprend des interprétations d’œuvres de musique baroque des compositeurs allemands Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) et Georg Philipp Telemann (1681-1767) ainsi que des compositeurs italiens Antonio Vivaldi (1678-1741) et Giuseppe Torelli (1658-1709). Maurice André est ac
compagné par l’Academy of St. Martin in the Fields sous la direction de Sir Neville Marriner (pour les titres 1 à 20) et par l’Ensemble Orchestral de Paris conduit par Jean-Pierre Wallez (pour les titres 21 à 26). Ce disque sera un ravissement pour les amateurs de baroque et pour ceux qui veulent découvrir ce style de musique qui a sévi du début du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème siècle, il constituera un excellent tremplin pour y adhérer. Sur ce CD, nous avons également l’occasion d’entendre d’autres musiciens : les trompettistes Bernard Soustrot, Guy Touvron, Thierry Caens, Jean-Paul Leroy et Jacques Jarmasson qui
ont été les élèves du « Maître », les hautboisistes Celia Nicklin, Tess Miller et Daniel Arrignon et la violoniste Iona Brown. Un pur régal, près d’une heure et quart d’intense bonheur musical !


QUELQUES ENREGISTREMENTS... 

"LES 100 CHEFS-D'OEUVRE DE LA TROMPETTE" (Coffret 6 CD)

"75ème ANNIVERSAIRE"

"Trumpet Concertos" avec Herbert Von Karajan et le Philharmonique de Berlin 

 

"TROMPETTE & ORGUE" avec Jane Parker-Smith, Alfred Mitterhofer et
Hedwig Bilgram 


"MAURICE ANDRÉ JOUE LES PLUS BEAUX NOËLS" 


"SYMPHONIES POUR LES SOUPERS DU ROY" avec Roland Douatte 


  "CONCERTS BAROQUES ITALIENS"

Par BERNIE - Publié dans : Le coin du Classique - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /2008 21:12

MC-ALAIN.jpg J’ai découvert Marie-Claire Alain… au hasard d’une brocante ! Je fouillais dans une caisse qui contenait plusieurs 33 tours de musique classique. Ils étaient en parfait état et vendus quasi pour une croûte de pain… Parmi ceux-ci figurait un double album de Marie-Claire Alain avec des œuvres de Jean-Sébastien Bach. J’ai toujours eu un penchant pour l’orgue… Cet instrument imposant et impressionnant dégage un son qui m’est très agréable. Très vite, je décidai de me mettre à la recherche d’autres enregistrements de cette artiste. J’eus donc l’occasion de me procurer les sonates pour orgue en trio numéros 1 à 4 de J.S. Bach, les Noëls pour orgue de Louis-Claude Daquin et le Livre d’orgue de Nicolas de Grigny (volumes 1 et 2) dans le cadre de l’encyclopédie de l’orgue. Pourquoi ai-je décidé de vous parler de Marie-Claire Alain ? Parce qu’elle joue divinement bien, ensuite pour le profond respect que je lui voue… Sachez qu’elle donnait encore des concerts il y a à peine 4 ans… à l’âge de 78 ans ! Née à Saint-Germain-en-Laye, située dans les Yvelines, à plus ou moins 20 kilomètres à l’ouest de Paris, le 10 août 1926, fille du compositeur et organiste Albert Alain, elle est une des plus célèbres organistes de sa génération. Elle est la sœur benjamine de Jehan Alain, lui aussi compositeur et organiste. Son immense talent a dépassé les frontières. Elle fut l’élève de Marcel Dupré (1886-1971, photo ci-dessous) au Conservatoire National Supérieur de Paris et fut primée à quatre reprises. 
dupre.jpg
Elle remporta également plusieurs concours internationaux. Son souci majeur fut de diffuser l’œuvre pour orgue de son frère à laquelle elle consacra de nombreux enregistrements et concerts. C’est une pédagogue éminemment reconnue et très sollicitée et elle fut nommée à la tête du cycle de formation professionnelle pour organistes au Conservatoire National de Paris. Plus de deux cents 33 tours et une soixantaine de CD consacrent ses interprétations dont les intégrales pour orgue de Bach, Buxtehude, Franck, Bruhns, Böhm, Couperin, Mendelssohn, Pachelbel,  et, bien évidemment, son frère Jehan Alain qui lui ont permis de recevoir plus de 15 Grands Prix du Disque ! Plusieurs grandes villes d’Europe, berceaux de la musique classique, lui rendirent hommage : elle reçut le Prix Buxtehude à Lübeck pour sa propagande en faveur de la musique ancienne allemande; le Prix Franz Liszt à Budapest; le Prix de Musique de la Fondation Léonie Sonning à Copenhague où elle fut décorée de l’Ordre Danois du Dannebrog, haute distinction honorifique reconnue au Danemark. L’Académie Royale de Musique de Suède l’a également accueillie en son sein et le titre de Docteur Honoris Causa lui fut attribué par l’Université de l’Etat du Colorado, l’Université de Dallas au Texas, le Conservatoire de Boston et par l’Académie Sibelius d’Helsinki ! Son pays natal n’a pas manqué de reconnaître ses mérites : elle est Commandeur de la Légion d’Honneur, de l’Ordre National du Mérite et des Arts et des Lettres. En outre, elle se vit confier un rôle important à la Commission des orgues aux Monuments Historiques. 

m_c_alain.jpg Au fil des années, Marie-Claire Alain est devenue une sommité dans le monde de la musique classique. C’est aussi une personnalité très attachante qui fait preuve d’un grand humanisme. Le public l’a toujours suivie, partout où elle se produisait, de plus en plus fidèle et nombreux, appréciée pour sa gentillesse, sa sympathie et son extraordinaire disponibilité.  Elle compte environ 2.000 concerts, en récital ou en soliste avec orchestre, à son actif. Les musicologues reconnaissent en elle la clarté de son jeu, la pureté de son style, le caractère vibrant et intense de ses interprétations ainsi que sa parfaite maîtrise dans l’art de la registration. Personnellement, je pense qu’elle fait preuve d’un rubato déconcertant (manière de jouer à des fins expressives en assouplissant la mesure sans en perdre le sens). Durant toute sa carrière, Marie-Claire Alain s’est clairement expliquée sur les références musicales qu’elle affectionne. Elle affiche une très nette préférence pour les compositions de Jean-Sébastien Bach.  Lors d’un entretien en 2003 au festival Bach de Saint-Donnat où elle était invitée, elle avouait, malgré son expérience et une technique affûtée, toujours devoir se remettre en question. Quelle leçon de modestie ! Extrêmement précise, elle tâche de trouver le jeu le plus juste. Avant chaque concert, elle se prépare minutieusement, suivant les exigences de l’instrument, jusqu’à 8 heures à l’avance ! Chaque orgue possède ses particularités et impose à l’artiste une adaptation de son jeu, de sa sonorité et de sa technique. C’est avec un plaisir sans cesse renouvelé que Marie-Claire Alain joue le répertoire de Bach; elle joue sa musique comme elle l’entend au plus profond d’elle. Elle apporte beaucoup d’importance à transmettre l’émotion qu’elle ressent elle-même… En tout cas, elle y parvient parfaitement et pour vous en convaincre, je vous propose de l’entendre, non pas dans une œuvre de Bach mais bien dans le magistral Toccata en Si mineur d’Eugène Gigout et, de découvrir, par la même occasion, quelques modèles d’orgues somptueux :


  gigout.jpg
Eugène Gigout (1844-1925)

 
Pour terminer cet article, je vous recommande les CD’s suivants qui vous permettront de faire plus ample connaissance avec cette exceptionnelle organiste :
 
alain-1.jpg
L’intégrale des œuvres pour orgue de Jean-Sébastien Bach
15 CD
Erato
  alain-2.jpg
Trompette et Orgue
Maurice André/Marie-Claire Alain
Albinoni/Bach/Handel
Erato
alain-4.jpg Les œuvres complètes pour orgue de Franck
Apex
alain-5.jpg Les œuvres complètes pour orgue de Buxtehude
Erato
alain-6.jpg Les plus belles pages de l’orgue
Erato

Jehan Alain (1911-1940) jehan-alain.png
  alain-3.jpg
Les œuvres pour orgue de Jehan Alain
2 CD
Erato


 
Par BERNIE - Publié dans : Le coin du Classique - Communauté : L'AMITIE PAR LA MUSIQUE
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