En 2006, Maurice André
a été désigné « Meilleur Trompettiste Au
Monde » par les Américains et c’est amplement mérité. C’est un musicien exceptionnel doté de qualités humaines généreuses et chaleureuses. C’est avec grand plaisir que je vous présente
sa biographie ainsi que quelques enregistrements que tout fin connaisseur de musique classique se doit de posséder dans sa discothèque. Né le 21 mai 1933 à Rochebelle,
Maurice André passe
les premières années de sa vie dans un quartier minier d’Alès dans le département du Gard où ses parents ont élu domicile. En effet, son père exerce le dur métier de mineur de fond. Durant ses
heures libres, il joue de la trompette au sein de l’Harmonie des Mines ou dans la Fanfare d’Alès. Maurice est séduit non seulement par le
son mais également par la forme de l’instrument de musique à tel point qu’il décide, à l’âge de 11 ans, d’apprendre le solfège. Toutefois, il doit attendre deux longues années avant de pouvoir en
jouer, le temps que son père ait consacré une partie de son modeste salaire afin de lui offrir son premier cornet. Maurice se révèle un excellent élève, assidu, régulier et très motivé.
Ses progrès sont stupéfiants et c’est Léon Barthélémy, un ancien élève de Merri
Franquin (professeur de trompette au Conservatoire national supérieur de musique de Paris de 1894 à 1925 et première trompette solo de 1880 à 1901 à
l’Opéra national de Paris) qui s’occupe de lui inculquer ses premières leçons. Pour financer ses
études, Maurice descend aussi dans la mine à 14 ans mais suite à un grave accident qui faillit lui coûter la vie, il abandonne
le travail à 18 ans pour se consacrer uniquement à ce qu’il préfère par-dessus tout : la musique. C’est le service militaire qui va le conforter dans son irrésistible ascension : il
intègre la formation musicale du 8ème régiment de transmissions. A l’automne 1951, Maurice
s’inscrit au Conservatoire de Paris et entre
dans la classe de Raymond Sabarich qui fit partie de 1940 à 1942 du célèbre orchestre de Raymond Legrand et joua notamment aux
côtés d’Aimé Barelli. En 1952, Maurice reçoit le Premier Prix d’honneur de cornet à pistons et l’année suivante, il est « Premier Prix de Trompette ».
D’emblée, il est engagé dans l’Orchestre Symphonique de la Société des Conservatoires où
évolue Louis Menardi qui a eu le privilège de pouvoir côtoyer le célèbre guitariste de jazz Django Reinhardt.
En 1953, Maurice est trompette
solo des Concerts Lamoureux et obtient un engagement dans l’Orchestre Philharmonique de l’ORTF. L’année suivante, il remporte le Premier Prix du Concours international d’interprétation
musicale de Genève qui est le point de départ de sa carrière solo. Grâce à son immense talent mais aussi à sa volonté de perfectionner sans cesse son jeu,
Maurice André va
permettre à la trompette d’être encore mieux appréciée et mieux mise en valeur afin qu’on la découvre sous un nouveau jour et non plus comme un instrument de second plan… En 1963, alors qu’il est
invité à faire partie du jury du Concours International de Munich, Maurice
André s’inscrit en tant que… candidat quand il apprend que le lauréat sera
mieux payé qu’un membre du jury ! Surclassant les autres musiciens, il s’empare du Premier Prix qui va le conduire de concerts en concerts. Il
attaque l’interprétation du 2ème Concerto Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach qui devient son air fétiche avec la Badinerie de la Suite en Si mineur.
Jean-Sébastien Bach
Les plus grands s’intéressent à lui : Karl
Richter, Karl Münchinger, Michel Plasson,
Karl Böhm, Leonard Bernstein, Riccardo Muti
qui sont impressionnés et envoûtés par deux traits qui caractérisent parfaitement bien sa
personnalité : la simplicité et la modestie. Les prestations s’accumulent pour Maurice André
qui, certaines années, accomplira jusque 250 représentations !
Ensuite, Maurice devient professeur au Conservatoire de Paris en 1964 imitant
ainsi Raymond Sabarich, son maître jadis et enseigne aux côtés de Ludovic Vaillant, le successeur d’Eugène Foveau, et de Roger
Delmotte, ces deux derniers ayant été également des anciens élèves
de Merri Franquin.
Sous l’égide de Maurice, un premier concours
international portant son nom est organisé par la Ville de Paris. De ses élèves se démarqueront notamment Guy Touvron (à ce jour, 30 ans de
carrière, plus de 3.000 concerts et 75 enregistrements), Bernard Soustrot (lauréat de plusieurs concours dont celui de Maurice André, il a joué avec les plus grands et s’est fait remarquer
dans plusieurs concerts en s’associant notamment avec l’organiste François Henri-Houbart; il est à l’origine du Concours International de Quintettes de
Cuivres de Narbonne depuis 1986 et occupe également le poste de directeur artistique du Concours Mondial « Prestige de la Trompette »
de Guebwiller, en Alsace), Thierry Caens (fondateur, en 1976, du "Quintette Arban" avec Jean-Pierre Leroy, professeur de trompette
au Conservatoire d'Orléans et directeur artistique de la Camerata de Bourgogne, orchestre de chambre de Bourgogne, depuis 1987) et Jacques Jarmasson (professeur au Conservatoire de Musique d’Avignon et directeur du Quatuor de trompette de Provence).
Maurice André éprouvera une joie immense et une fierté sans bornes lorsqu’il verra ses propres enfants le suivre dans son amour pour la musique et en
l’occurrence, pour la trompette : son fils Lionel et son petit-fils Nicolas l’accompagneront
désormais tandis que sa fille Nathalie, elle, marquera une nette préférence pour le hautbois. Son frère Raymond, trompettiste lui aussi, le rejoindra avec Nicolas dans plusieurs concerts. La trompette est un instrument
sacré dans la famille André ! Maurice innove également
dans l’évolution de son instrument favori : s’inspirant d’un prototype de trompette Couesnon, et, en collaboration avec la marque de produits
Selmer, il participe à l’élaboration d’une trompette piccolo en si bémol à quatre
pistons.
Maurice André ne s’est pas limité uniquement au registre classique,
il a élargi son répertoire en interprétant aussi bien des airs d’opéras que des chansons du début du XXème siècle mais aussi en « piochant » dans le catalogue de Michel Legrand ou même en suscitant des œuvres nouvelles : Arioso barocco d’André Jolivet (1968), Concerto de Boris Blacher (1971), Fluctuance-immuable de Jean-Claude Eloy
(1977), Cahier pour quatre jours de Marcel Landowski (1978) et Toot Suite de Claude Bolling (1981), parmi les plus connues.
En 1980, il est à l’apogée de son art en étant l’invité de Jacques Chancel dans « Le grand échiquier ». L’émission connaît un succès sans précédent et l’animateur
le sollicitera à nouveau 8 ans plus tard. En 1987, Maurice est récompensé par les Victoires de la Musique
Classique. Il le sera encore par la suite, à trois reprises.
Début des années 90, Maurice quitte
Paris pour s’exiler dans le pays Basque. Il profite de la quiétude de la région pour se consacrer à la sculpture sur bois qu’il pratique également avec grand talent. En 2000, il reçoit la
Médaille d’Or de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres.
En 2008, Maurice a fêté ses 75 ans par…
un concert d’adieu à Béziers. Un malencontreux diabète l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant mais l’artiste n’a, cependant, rien perdu de sa dextérité pour séduire son auditoire, en
interprétant des airs d’Haendel, Schubert, Telemann et en
s’octroyant une petite incursion dans le jazz… Chapeau bas, Monsieur Maurice André !
UN PETIT COURS SUR LA TROMPETTE…
Constituée d’une embouchure, d’un tube cylindrique et d’un pavillon, la trompette est également équipée d’un mécanisme de pistons permettant de jouer des notes plus graves dont le registre
courant s’étend sur deux octaves et demie, du Fa dièse grave au Do au-dessus de la portée (Contre-Ut). La plus courante est la trompette en Si bémol mais il existe des trompettes en Ut, en Ré, Mi bémol, Sol et La ainsi que la trompette piccolo en Si
bémol.
MON CD DE MAURICE ANDRÉ
"Baroque Trumpet Concertos" (EMI CLASSICS, Collection "Red Line")
Ce disque comprend des interprétations d’œuvres de musique baroque des compositeurs allemands Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) et Georg Philipp Telemann (1681-1767) ainsi que des compositeurs italiens Antonio Vivaldi (1678-1741) et Giuseppe Torelli (1658-1709). Maurice André est accompagné par l’Academy of St. Martin in the Fields sous la direction de Sir Neville
Marriner (pour les titres 1 à 20) et par l’Ensemble Orchestral de Paris conduit par Jean-Pierre Wallez (pour les titres 21 à 26). Ce disque sera un ravissement pour les amateurs de baroque et pour ceux qui veulent découvrir ce style de musique
qui a sévi du début du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème siècle, il constituera un excellent tremplin pour y adhérer. Sur ce CD, nous avons également l’occasion d’entendre d’autres
musiciens : les trompettistes Bernard Soustrot, Guy Touvron, Thierry Caens, Jean-Paul Leroy et Jacques Jarmasson qui ont
été les élèves du « Maître », les hautboisistes Celia Nicklin, Tess Miller et Daniel Arrignon et la violoniste Iona Brown. Un pur régal, près d’une heure et quart d’intense bonheur
musical !
QUELQUES ENREGISTREMENTS...
"LES 100 CHEFS-D'OEUVRE DE LA TROMPETTE" (Coffret 6 CD)
"75ème
ANNIVERSAIRE"
"Trumpet Concertos" avec Herbert Von Karajan et le Philharmonique de
Berlin
"TROMPETTE & ORGUE" avec Jane Parker-Smith, Alfred Mitterhofer et
Hedwig Bilgram
"MAURICE ANDRÉ JOUE LES PLUS BEAUX NOËLS"
"SYMPHONIES POUR LES SOUPERS DU ROY" avec Roland
Douatte
"CONCERTS BAROQUES ITALIENS"
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J’ai découvert Marie-Claire Alain… au hasard d’une brocante ! Je fouillais dans une caisse qui contenait plusieurs 33 tours de musique classique. Ils
étaient en parfait état et vendus quasi pour une croûte de pain… Parmi ceux-ci figurait un double album de Marie-Claire Alain avec des œuvres de Jean-Sébastien
Bach. J’ai toujours eu un penchant pour l’orgue… Cet instrument imposant et impressionnant dégage un son qui m’est très agréable. Très vite, je décidai de me mettre à la recherche
d’autres enregistrements de cette artiste. J’eus donc l’occasion de me procurer les sonates pour orgue en trio numéros 1 à 4 de J.S. Bach, les Noëls pour orgue de
Louis-Claude Daquin et le Livre d’orgue de Nicolas de Grigny (volumes 1 et 2) dans le cadre de l’encyclopédie de l’orgue. Pourquoi ai-je décidé de vous parler de
Marie-Claire Alain ? Parce qu’elle joue divinement bien, ensuite pour le profond respect que je lui voue… Sachez qu’elle donnait encore des concerts il y a à peine 4 ans… à
l’âge de 78 ans ! Née à Saint-Germain-en-Laye, située dans les Yvelines, à plus ou moins 20 kilomètres à l’ouest de Paris, le 10 août 1926, fille du compositeur et organiste Albert
Alain, elle est une des plus célèbres organistes de sa génération. Elle est la sœur benjamine de Jehan Alain, lui aussi compositeur et organiste. Son immense talent a
dépassé les frontières. Elle fut l’élève de Marcel Dupré (1886-1971, photo ci-dessous) au Conservatoire National Supérieur de Paris et fut primée à quatre
reprises.
Au fil des années, Marie-Claire Alain est
devenue une sommité dans le monde de la musique classique. C’est aussi une personnalité très attachante qui fait preuve d’un grand humanisme. Le public l’a toujours suivie, partout où elle se
produisait, de plus en plus fidèle et nombreux, appréciée pour sa gentillesse, sa sympathie et son extraordinaire disponibilité. Elle compte environ 2.000 concerts, en récital ou en soliste
avec orchestre, à son actif. Les musicologues reconnaissent en elle la clarté de son jeu, la pureté de son style, le caractère vibrant et intense de ses interprétations ainsi que sa parfaite
maîtrise dans l’art de la registration. Personnellement, je pense qu’elle fait preuve d’un rubato déconcertant (manière de jouer à des fins expressives en assouplissant la mesure sans en
perdre le sens). Durant toute sa carrière, Marie-Claire Alain s’est clairement expliquée sur les références musicales qu’elle affectionne. Elle affiche une très nette
préférence pour les compositions de Jean-Sébastien Bach. Lors d’un entretien en 2003 au festival Bach de Saint-Donnat où elle était invitée, elle avouait,
malgré son expérience et une technique affûtée, toujours devoir se remettre en question. Quelle leçon de modestie ! Extrêmement précise, elle tâche de trouver le jeu le plus
juste. Avant chaque concert, elle se prépare minutieusement, suivant les exigences de l’instrument, jusqu’à 8 heures à l’avance ! Chaque orgue possède ses particularités et impose à
l’artiste une adaptation de son jeu, de sa sonorité et de sa technique. C’est avec un plaisir sans cesse renouvelé que Marie-Claire Alain joue le répertoire de
Bach; elle joue sa musique comme elle l’entend au plus profond d’elle. Elle apporte beaucoup d’importance à transmettre l’émotion qu’elle ressent elle-même… En tout cas, elle y
parvient parfaitement et pour vous en convaincre, je vous propose de l’entendre, non pas dans une œuvre de Bach mais bien dans le magistral Toccata
en Si mineur d’Eugène Gigout et, de découvrir, par la même occasion, quelques modèles d’orgues
somptueux :



























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