Après une participation remarquée et remarquable en tant que narrateur dans « Peter and the Wolf » de Prokofiev interprété par le Philadelphia Orchestra sous la direction d’Eugene Ormandy et paru en 1992 sous le label RCA , David Bowie songe très sérieusement à la conception de son prochain album afin d’effacer le cuisant échec du précédent « Never Let Me Down ». Pour « Black Tie White Noise » qui sortira le 5 avril 1993, il rappelle Nile Rodgers à la barre mais ce dernier n’aura pas la possibilité de marquer son retour de la même empreinte que celle laissée sur le travail réalisé dans « Let’s Dance ». En effet, Bowie souhaite ardemment explorer d’autres horizons musicaux et cette nouvelle orientation est très nettement constatée dans la plage d’ouverture, l’excellent instrumental « The Wedding » dont le titre évoque son récent mariage avec Iman Abdulmajid. Ce morceau inaugural mêle astucieusement des sons provenant de leurs origines respectives (occidentales et musulmanes), habillés par le jeu séduisant de Bowie au saxophone. De cet album sont extraits trois singles : le hit « Jump They Say » paru en mars 1993 et qui se classe 9ème dans les Charts britanniques (Bowie n’avait plus connu un « Top 10 » depuis « Absolute Beginners » en 1986; la chanson fait référence au suicide de son demi-frère Terry le 16 janvier 1985 et se démarque musicalement par une base funk provenant du son très caractéristique de la guitare de Nile Rodgers ainsi que par le côté jazzy dû essentiellement à la prestation exceptionnelle du trompettiste Lester Bowie), « Black Tie White Noise » sorti en juin 1993 (composé par Bowie s’inspirant de l’affaire Rodney King qui fut brutalisé par des policiers le 3 mars 1991 à Los Angeles et agrémenté de la voix du chanteur de R & B Al B. Sure) et le plaisant « Miracle Goodnight » édité au mois d’octobre (remarquables prestations de Barry Campbell à la basse et de Richard Hilton aux claviers). L’album se distingue également par l’inclusion de 4 covers : le très bon « I Feel Free » au rythme ravageur avec une voix parfaite de Bowie et la présence du regretté Mick Ronson à la guitare (composé initialement par Jack Bruce et Pete Brown pour l’album « Fresh Cream » de Cream sorti en décembre 1966), l’habile « Nite Flights » (issu de l’album du même nom des Walker Brothers en 1978), « Don’t Let Me Down & Down » avec une conduite vocale irréprochable de la part de Bowie et un éblouissant passage à la trompette de Lester Bowie entre 2’ et 2’28’’ (un morceau composé par Tahra et Martine Valmont dont les sonorités plurent à Iman, lors de son passage à Paris, qui s’empressa, dès son retour, de convaincre son époux à l’enregistrer) et le fabuleux « I Know It’s Gonna Happen Someday » nanti de chœurs impressionnants (extrait de l’album « Your Arsenal » de Morrissey de 1992). Les autres titres non encore cités regorgent également de qualités diverses, du moins pour trois d’entre eux : « You’ve Been Around » (très remuant, qui bénéficia d’un remix lors de la parution du collector consacrant le 10ème anniversaire de la parution de l’album), « Pallas Athena » (paru en single le 26 août 1997 en édition limitée sous un nom d’emprunt, Tao Jones Index, et destiné particulièrement au Dancefloor) et le fantastique instrumental « Looking For Lester » mettant bien en évidence l’agilité de Lester Bowie à la trompette. Suivant si l’on préfère la version lyrique ou instrumentale, « The Wedding Song », la version chantée de la plage d’ouverture qui clôt l’album aurait pu, ma foi, être évitée. C’est la seule ombre au tableau d’un album de très bonne facture sur le plan général qui constitue l’amorce à d’autres réjouissances musicales.
Après le bon accueil de « Black Tie White Noise » qui ne le satisfait qu’à moitié, Bowie envisage de revenir à la formule de l’album concept et pour mener à bien ce projet, il fait appel à la créativité et au modernisme de Brian Eno qui l’avait assisté dans la « trilogie berlinoise » (les albums « Low », « Heroes » et « Lodger ») ainsi que sur l’appui de David Richards qui avait déjà travaillé sur « Never Let Me Down » en 1987. Un canevas est élaboré dont le titre sera « Le Journal de Nathan Adler » qui relatera les aventures du détective Adler amené à résoudre l’assassinat d’une jeune fille de 14 ans appelée Baby Grace Blue. Ce concept devait ultérieurement faire l’objet d’une suite puisque figure le chiffre 1 avec un point précédant le titre de l’album. Mais, finalement, Bowie décidera de passer à autre chose. « The Hearts Filthy Lesson » est le premier single et sort en septembre 1995, un peu avant l’album. La pochette frappe déjà : Bowie affublé d’un chapeau campe le personnage du détective et paraît « défoncé » en tirant sur une cigarette… Les trois lettres « Art » apparaissent également en bas de la pochette et Bowie confiera que la chanson évoque effectivement la dégradation de l’art (l’intrigue se passe à l’intérieur d’un musée). Dès la première audition, ce morceau est astucieusement bien choisi pour annoncer l’album et est, musicalement, magistral surtout par les prestations sublimes de Brian Eno aux synthés, Reeves Gabrels à la guitare, Erdal Kizilcay à la basse, le génial Mike Garson au piano et Sterling Campbell à la batterie qui imprime à la mélodie un rythme diaboliquement implacable. Le second single « Strangers When We Meet » paraît en novembre 1995 et fait place à une Pop plus conventionnelle par rapport au rock expérimental du premier single. Parmi les musiciens, on remarque le retour de l’excellent guitariste Carlos Alomar, un fidèle de Bowie pour l’avoir accompagné sur une douzaine d’albums de 1975 à 2003. Le troisième et dernier single dévoilera « Hallo Spaceboy », avec un retour au rock expérimental, pour lequel une version remixée sera réalisée par les Pet Shop Boys. Des autres morceaux qui composent l’album (19 au total !), on retiendra le superbe « A Small Plot Of Land » où les Eno, Gabrels, Garson et Kizilcay laissent libre cours à leur imagination musicale débordante (rien que le début vaut que l’on s’y attarde pour les sonorités extraordinaires dégagées par le piano et la batterie qui précèdent le superbe galvaudage vocal de Bowie); le fantastique « The Motel », le morceau le plus long de l’album (6’49’’) dans lequel les musiciens font également preuve d’une maestria exemplaire; les instruments se déchaînent, accompagnés par la voix de Bowie qui se dépose admirablement comme la cerise sur le gâteau; les très plaisants « I’ve Not Been To Oxford Town » et « No Control »; le formidable « The Voyeur Of Utter Destruction (As Beauty) » avec des jeux de piano, guitare et batterie exceptionnels, une partition vocale pas piquée des hannetons, bref, un morceau véritablement taillé pour la scène; le vibrant « We Prick You » que Bowie plébiscita aussi lors de la promotion de son album sur la tournée qui s’ensuivit; enfin, « I’m Deranged », certainement l’un des meilleurs morceaux de l’album pour la qualité de son interprétation et son incroyable musicalité, et « Thru’ These Architects Eyes » pour l’originalité et la modernité qui s’en dégagent, méritent tout particulièrement notre attention. En conclusion, malgré un classement moyen (n° 8 dans les Charts britanniques et n° 21 au Billboard), cet album figure incontestablement parmi les plus marquants de sa discographie et aurait dû bénéficier d’une répercussion médiatique beaucoup plus favorable.
« Hello Spaceboy », le dernier single d’ « Outside » ayant à peine été plébiscité par les programmateurs radios, David Bowie souhaite ardemment sortir un nouveau single fin 1996 afin de préméditer son nouvel album qui devrait voir le jour début de l’année suivante. Il enregistre « Telling Lies » au Looking Glass Studio de New York et, afin de respecter scrupuleusement les délais, le morceau est dans les bacs le 6 novembre 1996. Préalablement à cette sortie, David innovait en proposant à ses fans de télécharger les 3 versions qu’il avait réalisées sur son site officiel. Il était ainsi le premier artiste à utiliser le web afin de promouvoir sa nouvelle création. En ce qui concerne l’accompagnement musical, Reeves Gabrels et Mike Garson sont encore de la partie. Reeves s’associe à Bowie pour la production du futur album qui s’intitulera « Earthling ». Ce duo deviendra très vite un trio avec la complicité de Mark Plati (producteur, entre autres, pour The Cure, Robbie Williams mais aussi Hooverphonic). Bowie enrôle également deux musiciens qui se montreront déterminants par leur style et leur adresse : la formidable bassiste-chanteuse Gail Ann Dorsey et le fantastique batteur Zachary Alford dont les présences et performances scéniques seront véritablement époustouflantes ! Pour « Telling Lies », David donne un avant goût de l’ambiance musicale dans laquelle baignera « Earthling » : il utilise à bon escient les ingrédients des derniers courants musicaux en vogue en Grande-Bretagne : le jungle et le drum’n’bass dont la spécificité réside en l’expression de sons inédits faits de percussions électroniques accélérées, de samples et de loops créés à l’aide de boîtes à rythmes, de synthétiseurs et de samplers; bref, d’instruments issus de la musique numérique. C’est ingénieux, novateur et surtout, ça surprend très agréablement. Fin janvier 1997, alors que l’on attend toujours impatiemment la sortie de l’album, c’est un second morceau, « Little Wonder » qui fait l’objet d’un nouveau single. Ce morceau, du même acabit que son prédécesseur, montre à quel point Bowie s’intéresse aux mouvements musicaux à la mode et « Little Wonder » séduit littéralement puisqu’il constitue le hit de l’album (14ème au classement britannique). « Earthling » paraît comme prévu le 3 février 1997 et réussit à s’emparer d’une très méritoire 6ème position dans le Top britannique. Il intégrera également le Top 50 aux États-Unis en se classant 39ème alors que l’on aurait pu se montrer un peu plus optimiste de l’accueil outre Atlantique. Pour son 3ème single, Bowie choisit « Dead Man Walking » qui est commercialisé le 21 mars 1997. Très nettement tourné vers la Dance voire la Techno, ce titre bénéficiera de deux versions « Mix » et de deux autres « Remix » (Moby Mix, House Mix, This One’s Not Dead Yet Remix, Vigor Mortis Remix) qui feront le bonheur des D.J. et affoleront les pistes de danse. Constatant qu’ « Earthling » constitue une belle réussite, David Bowie veut prolonger son plaisir et celui de ses fans : deux autres singles seront publiés : « Seven Years in Tibet » le 18 août 1997 et « I’m Afraid of Americans » le 14 octobre 1997. « Seven Years in Tibet » accroche par son contraste entre des passages sobres et d’autres beaucoup plus trash; les subtiles sonorités des samples provenant des prestations de Reeves Gabrels et de Mark Plati s’immiscent adroitement dans l’ensemble orchestral judicieusement rythmé par Zachary Alford qui, décidément, au fil des morceaux, se révèle un percussionniste hors pair et d’une adresse infaillible. Quant à « I’m Afraid of Americans », Bowie démontre son attachement au rock alternatif avec la participation de la formation « Nine Inch Nails », spécialiste dans ce type de démonstration musicale. Destiné uniquement au marché américain, le single ne laisse personne indifférent car Bowie a cette faculté avant-gardiste de pouvoir toujours étonner son auditoire; de plus, le travail d’écriture concocté par Bowie et Eno est d’une créativité et d’une originalité telles que nous sommes confrontés à une mini révolution musicale d’un peu plus de 4 minutes que compte la durée du morceau. Que peut-on tirer comme enseignements des autres morceaux ? Incontestablement, « Looking For Satellites » aurait mérité d’être exploité en single, c’est de la très bonne pop, c’est instrumentalement bien joué avec un solo de guitare dantesque de Reeves Gabrels, des percussions d’une précision métronomique de Zachary Alford sans oublier une approche vocale de toute beauté de Bowie; « Battle For Britain (The Letter) » est encore un exemple convaincant du bon usage du Drum’n’bass avec, à nouveau, une grosse prestation de nos protagonistes et la très agréable intervention du piano scintillant de Mike Garson; « The Last Thing You Should Do » est un duplicata du titre précédent avec des variantes dominées par une omniprésence de percussions beaucoup plus « lourdes » et des riffs de guitares toujours aussi plaisants; enfin, « Law (Earthlings on Fire) » clôt l’album sur une note techno, un morceau assez grave et brutal dans lequel Bowie s’inspire de la phrase mythique du philosophe anglais Bertrand Russel (1872-1970) « I don’t want knowledge, I want certainty » (« Je ne veux pas la connaissance, je veux la certitude ») qu’il enregistra à l’aide d’un bidon réfrigérant afin d’accentuer la « froidure » de la chanson (il y réussit !). Conceptuellement, avec « Outside » et « Earthling », Bowie a atteint des objectifs et des résultats auxquels il n’avait plus eu droit depuis le début des années 70; ces deux albums, de par leurs composantes musicales, marquent une étape importante dans la carrière discographique de l’artiste et constituent des références incontournables dans l’histoire de la musique des années 90.
Afin d’honorer le contrat qui le lie encore pour la parution d’un album sous le label Virgin Records (sous label d’EMI), David Bowie ne désire pas trop s’attarder en chemin et sollicite Reeves Gabrels afin de le coproduire. Parmi les 10 chansons qui figureront sur « Hours… », David choisit, comme premier single, « Thursday’s Child » qui sort le 20 septembre 1999, quinze jours avant la présentation de son nouvel album. Dès les premières mesures, il est aisé de constater que Bowie est revenu à un style de musique beaucoup plus conventionnel et que les expériences vécues sur « Outside » et « Earthling » appartiennent désormais au passé… « Thursday’s Child » est une bien sympathique ballade, très « easy listening », mais l’on regrettera cependant l’absence de subtilités ou innovations musicales susceptibles de nous surprendre comme ce fut le cas avec ses deux précédents opus. Pour les marchés australien et japonais, Bowie décide de faire paraître, le même jour, un single avec le morceau « The Pretty Things Are Going To Hell » et là, on se demande, logiquement, pourquoi Bowie n’a pas plutôt désigné ce titre comme premier single officiel car c’est une composition très rock avec d’excellents riffs de guitares et un excellent jeu de batterie; bref, des ingrédients qui « font bouger » et « accrochent » l’auditeur. En janvier 2000, Bowie publie un 3ème single comprenant une nouvelle ballade pop « Survive » qui lui avait permis de livrer une prestation acoustique de très grande qualité instrumentale lors du mythique « Top Of The Pops » en octobre 1999. Le 4ème et dernier single sera l’excellent autobiographique « Seven » dans lequel David évoque son père et son demi-frère Terry avec beaucoup d’émotion et de sensibilité. De par sa très jolie ligne mélodique, c’est incontestablement le meilleur morceau de « Hours… ». À propos des autres chansons de cet album, « Something In The Air » raconte la fin d’une histoire d’amour et les répercussions morales qu’elle a pu faire naître. David est, encore une fois, bouleversant de crédibilité dans son interprétation vocale et Reeves Gabrels, à la guitare, fournit une prestation de toute beauté. « If I’m Dreaming My Life » est le morceau le plus long de l’album (7’04"); composé de couplets et refrains à pulsations rythmiques différentes, la mélodie ne finit pas aussi bien qu’elle commence : son dernier tiers est affligeant de monotonie dans sa longévité et on est presque soulagé d’entendre le son diminuer à 6’20" ! « What’s Really Happening » a la particularité d’avoir été écrit avec un fan internaute. Bowie avait mis une mélodie sans texte sur son site et avait lancé un appel à ses fans pour lui fournir les paroles. Aussitôt, les réponses ne se firent pas attendre et 80.000 textes lui parvinrent. L’heureux élu fut Mark Grant qui eut donc le privilège de travailler avec Reeves Gabrels et Mark Plati. Par cette initiative, Bowie voulait démontrer qu’il était vraiment très proche de ses admirateurs… « New Angels Of Promises » est superbe au niveau de sa conception musicale et se place, avec « Seven », un cran au-dessus des autres morceaux. De plus, le début et la fin sont agrémentés de très jolis sons de flûtes apportant une touche inédite à une mélodie dont la créativité rappelle les meilleures compositions de Bowie. « Brilliant Adventure » est un génial instrumental de 1’54" qui, par la mystérieuse atmosphère musicale qu’il dégage, aurait très bien pu s’insérer dans une bande originale d’un film de James Bond ; enfin, « The Dreamers », malgré la parfaite maîtrise vocale de Bowie, clôt l’album d’une façon plutôt anodine due essentiellement à un manque de subtilité harmonique. Au rayon des musiciens, on salue le retour de Sterling Campbell à la batterie et la rassurante présence du guitariste Chris Haskett sur « If I’m Dreaming My Life » qui, à lui seul, parvient à hisser le morceau à un niveau auditivement appréciable !
David va consacrer 2001 au peaufinage de son nouvel album qu’il intitulera « Heathen ». Déçu du succès plutôt mitigé d’ « Hours… » qui contenait pourtant de bonnes créations, David veut oublier les vieilles querelles du passé en rappelant Tony Visconti à la barre. Très touché par cette surprenante mais agréable sollicitation, le célèbre producteur accepte sans aucune hésitation et se met immédiatement au travail. À la sortie du disque le 11 juin 2002, on en retire un bilan très positif dans la qualité des compositions. On peut même dire que Bowie a retenu les leçons engrangées par les réalisations antérieures. Le « cru » Bowie 2002 est un savant mélange des ingrédients utilisés dans « Outside » et « Earthling » en les incorporant à des sonorités entendues dans « Space Oditty » et « Scary Monsters »… Du très grand art ! Avec « Slow Burn », son premier single qui paraît le 3 juin 2002, David frappe très fort. Tout d’abord, la voix est impeccable de justesse et de netteté et instrumentalement, c’est du lourd puisque le morceau est magistralement buriné de la guitare convaincante de Pete Townshend. Le second single « Everyone Says "Hi" », sorti le 16 septembre 2002 et exclusivement réservé au marché britannique, est également une totale réussite. On a beau se répéter, l’interprétation de Bowie est irréprochable et l’enrobage musical est d’une grande qualité due notamment aux fantastiques contributions de Matt Chamberlain à la batterie, Jordan Rudess au piano et à l’orgue Hammond et de Carlos Alomar à la guitare. Le 3ème et dernier single servira à mettre en évidence l’excellente reprise d’un morceau de Neil Young issu de son album éponyme de novembre 1968 : « I’ve Been Waiting For You » rehaussé de la présence du formidable guitariste Dave Grohl (Foo Fighters et ex-membre de Nirvana). Chaque fois que Bowie fait une adaptation, il prend le soin de restituer l’œuvre en y apportant sa propre vision; il le fait de telle manière qu’une réelle authenticité s’en dégage comme s’il avait composé le morceau. Ce ne sera pas le seul cover puisque Bowie reprend, avec la même ingéniosité, « Cactus » des Pixies et « I Took a Trip on a Gemini Spaceship » de Norman Carl Odam, le « Legendary Stardust Cowboy » qui inspira Bowie à créer le personnage de Ziggy Stardust pour son album de 1972. Ne passons pas sous silence le gigantesque « Slip Away », l’une des plus belles ballades que Bowie ait écrites (il en fit une interprétation de toute beauté lors du show de Jonathan Ross à la BBC1 quand il vint présenter l’album), le très plaisant rock « Afraid » (auquel Bowie incorpore le sublime quatuor à cordes « The Scorchio Quartet » également très présent sur « I Would Be Your Slave » conférant à ce morceau une ambiance quelque peu moribonde), le séduisant « 5:15 The Angels Have Gone » (une fabuleuse intro d’une minute et un morceau où la batterie est l’instrument prédominant avec une somptueuse partition et un jeu admirablement dosé de Matt Chamberlain), l’efficace « A Better Future », l’une de ses plus belles compositions qu’il se plaira à interpréter sur scène lors du « Heathen Tour » ainsi que pendant la tournée qui suivra son dernier album studio « Reality », et, enfin « Heathen (The Rays) » qui clôt divinement bien l’album et pour laquelle Etienne Daho se permettra d’en faire une honorable reprise. L’édition limitée de l’album inclut un second CD avec 4 bonus : un remix de « Sunday » par Moby, un autre d’ « A Better Future » par Air, « Conversation Piece » (un nouvel enregistrement d’un morceau paru le 6 mars 1970 en face B du 45 tours « The Prettiest Star » emprunté à l’album « Aladdin Sane ») et « Panic In Detroit » (encore extrait de l’album « Aladdin Sane », réenregistré en 1979 pour la sortie en CD de « Scary Monsters (and Super Creeps) » en 1992 et qui est la même version utilisée ici dans ce CD bonus). « Heathen » sera finalement l’album le mieux classé de Bowie (n° 14 au Billboard Top 200) depuis « Tonight » en 1984 et sera unanimement apprécié par la critique comme l’un des meilleurs albums de sa discographie.
Pour son dernier album studio à ce jour, « Reality », qui paraîtra le 16 septembre 2003, Bowie investit à nouveau The Looking Glass Studios auxquels il avait accordé sa confiance pour une partie des enregistrements d’ « Heathen ». Très satisfait de la qualité du son produit dans ces studios, David Bowie est impatient de profiter des nombreux avantages qu’ils procurent afin de travailler sur de nouvelles chansons. Il confirme son amitié retrouvée avec Tony Visconti et s’entoure de musiciens qui lui sont fidèles (Gary Leonard, Slick Earl, Mark Plati et Déchirée David aux guitares, Mike Garson au piano) avec le retour du splendide batteur qui avait « sévi » sur « Outside » : Sterling Campbell. Dans un souhait de mettre encore plus l’accent sur la découverte de l’album, Bowie ne publiera que deux singles : « New Killer Star » (fin septembre 2003, avec une excellente partition musicale sevrée de guitares nerveuses et animée d’un beat ravageur) et « Never Get Old », destiné uniquement au marché japonais, dont un CD promo sortira toutefois en Europe (morceau aux rythmes funky dans lequel Bowie défie les affres du temps en apparaissant éternellement jeune, encore plus marquant sur scène puisqu’il s’offre à ses fans, affublé d’un tee-shirt sans manches, le regard triomphant et la démarche désinvolte…). L’album comprend deux reprises : « Pablo Picasso » des Modern Lovers (qui fut enregistrée en 1972 et publiée en 1976) et « Try Some, Buy Some » en hommage à George Harrison (extrait de son album « Living In The Material World » de 1973) disparu en 2001. Pour ces deux covers, Bowie prouve qu’il est vraiment un expert en la matière; ses restitutions sont prodigieuses et époustouflantes au niveau de la qualité mais aussi surtout pour leur modernisme. Que peut-on dire des autres titres ? Eh bien, on doit absolument décerner une mention toute particulière à « The Loneliest Guy » que Bowie interprète magistralement avec une très « grande » voix. Décidément, « The Thin White Duke » arrive encore à nous bluffer par son incomparable talent. En plus, la mélodie est superbe avec le piano feutré de Mike Garson qui joue comme un chef. Sur « Looking For Water », Sterling Campbell se démène comme un beau diable sur sa batterie, bien entouré par de cinglantes guitares, et, pour l’ixième fois, on se laisse encore surprendre par la couleur vocale du ténébreux David… Parlons encore du jeu de Campbell sur « She’ll Drive The Big Car » : il est d’une efficacité monstrueuse et Bowie n’a rien à envier à Springsteen quand il joue de l’harmonica, sa prestation lors du « Traffic Musique » que Guillaume Durand lui consacra le 18 septembre 2003 sur France 2 étant restée dans les mémoires (d’autant plus qu’il enchaîne avec un « Modern Love » de derrière les fagots !). Ne ratez pas non plus le son des instruments sur « Days », c’est le morceau le plus court de l’album (3’19") mais c’est Bowie qui imprime le rythme au synthétiseur et c’est rudement bon. D’autre part, il s’accompagne lui-même à la guitare sur le magnifique « Fall Dog Bombs The Moon » qui est éclaboussé par la dextérité de l’excellent guitariste Gerry Leonard. « Reality », qui donne le titre à l’album, est le morceau le plus déjanté avec des guitares vrombissantes et une batterie lourde. Bowie se déchaîne littéralement et on regrette vraiment qu’il soit resté silencieux depuis… Enfin, « Bring Me The Disco King » (très belle prestation de Mike Garson au piano et un jeu tout en finesse de Sterling Campbell à la batterie), une chanson appartenant aux sessions d’enregistrement de « Black Noise White Tie » de 1993 et qui n’avait jamais été publiée jusqu’alors, clôt mélancoliquement l’album comme si c’était vraiment la dernière chanson de Bowie… « Reality » sera très bien accueilli en Europe puisqu’il sera n° 1 tous classements nationaux confondus (n° 2 en France, n° 3 en Allemagne et en Grande-Bretagne avec des Tops en Tchéquie et au Danemark); néanmoins, il se classera moins bien qu’ « Heathen » aux États-Unis (n° 29 au Billboard Top 200).
Depuis, c’est le mystère sur un éventuel nouvel album de David Bowie sur qui toutes les rumeurs (surtout sur son état de santé) ont circulé. Espérons seulement qu’il brisera bientôt la glace de ce long silence et qu’on le reverra prochainement sur scène en super grande forme…
Le lien avec Claude François !
Ce que vous allez lire ci-après n’est pas un canular… L’info fut même relayée par Classic 21, la radio « Rock & Pop » belge dirigée par Marc Ysaye : le premier à s’être intéressé afin d’adapter « Comme d’habitude » en anglais fut… David Bowie ! Séduit par la qualité de la mélodie et certain de détenir en cette chanson un futur grand succès, David écrivit un texte dont le titre était « Even A Fool Learns To Love ». Malheureusement pour lui, Paul Anka flaira également le bon coup et afin de s’approprier les droits de « Comme d’habitude », il n’hésita pas, de passage à Paris, à aller à la rencontre de Claude François. Finalement, la version d’Anka fut retenue et Bowie réalisa qu’il était passé à côté de la montre en or… Il se consolera quelques années plus tard en sortant le single « Life on Mars » le 22 juin 1973 (extrait de l’album « Hunky Dory » de 1971) pour lequel il affirma que les arrangements musicaux étaient inspirés de ceux de « My Way »…
Le mercredi 5 octobre 1977, Bowie est aperçu au Club de François-Patrice Saint-Hilaire qui, à l’instar de Régine, possède des boîtes de nuit entre Paris et Saint-Tropez. Grand supporter de Manchester United, David fête la victoire de son équipe préférée contre les Verts de Saint-Etienne (2-0) en sablant le champagne avec quelques jolies demoiselles et un certain… Jean-François Sellig, journaliste au magazine Podium. Ce dernier s’empresse de se présenter et de poser quelques questions à Bowie qui, aimablement, se prête au jeu. Inévitablement, la musique est au centre de la conversation et quel n’est pas l’étonnement du journaliste lorsqu’il entend Bowie parler de son admiration à propos de Claude François qu’il avait récemment découvert à l’occasion de la sortie de son album en anglais ! D’autre part, Bowie éprouvait le besoin de changer d’horizon à l’aube de ses 30 ans en déclarant : « Je viens de fêter mes trente ans… et je découvre la vie, la vraie, pas celle que je menais jusqu’à présent. Je suis enfin bien dans ma peau; maintenant je vais vivre, je vais abandonner la musique pour me consacrer au cinéma… avec Truffaut peut-être… ».
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En avril 1987, David Bowie sort son 17ème album studio
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