*
Pas mal, sans plus
** Pas mal du tout
*** Bon
**** Très bon
***** Super
****** Indispensable, à ne
manquer sous aucun prétexte….
PASCAL OBISPO : "Welcome To The Magic World Of The Captain Samouraï Flower” (SONY-BMG) **
Depuis le 12 octobre 2009, les fans de Pascal Obispo peuvent enfin découvrir le nouvel album de leur idole qui succède à « Les Fleurs Du Bien » paru en 2006. Pour ce projet tout neuf, Pascal endosse un bien étrange costume de héros affublé du nom spécial de Captain Samouraï Flower (quelle inspiration !) pour nous sensibiliser du danger que court notre bonne vieille Terre avec les conséquences de son réchauffement et la dégradation de son environnement… On salue cette initiative digne d’intérêts mais devait-elle vraiment s’accompagner d’une telle mascarade, d’un tel cirque ? Et puis appeler son vaisseau « L’Arche de Noway », l’exubérant Pascal n’a pas cherché à s’arracher le dernier cheveu qui pouvait pousser sur son joli crâne reluisant ! Bon, j’arrête d’écrire des bêtises, Pascal a également voulu toucher un public très jeune avec ce masque de défenseur de Dame Nature opprimée… Passons à l’analyse de cet album : après une introduction « Welcome To The Magic World » très électro, avec des paroles se simplifiant au présent titre, c’est « Le Drapeau », premier single extrait qui annonce la couleur : Captain Samouraï Flower est un écolo qui brandit l’emblème du changement, du renouveau afin que nous prenions conscience des gestes que nous pouvons accomplir quotidiennement pour sauvegarder notre planète. C’est un hymne au rassemblement, « Tous le même drapeau » se répète jusque la fin, on a bien compris le message. Musicalement, c’est du travail très soigné, les instruments résonnent bien (une mention spéciale pour les violons sur une grosse caisse très rythmique). « Idéaliste », le second single, au texte qui conforte le thème général de l’album, commence avec de jolies guitares mais finit avec des effets vocaux cacophoniques franchement inutiles. Après « Mary Jane », à la mélodie plaisante, qui conte la triste histoire d’une sirène à la dérive, on écoute avec attention « Si Je Manquais De Ta Peau », certainement la plus belle chanson de l’album avec des sublimes cordes, un émouvant piano et des paroles en forme de dernière déclaration d’amour. Dommage qu’Obispo ne la chante pas un peu mieux (il pouvait ne pas prolonger la deuxième syllabe de « Manquais » qui aboutit à un « Manquaaaaaaaaais aaaaaaaiais » auditivement assez navrant…). « Sous le chapiteau » nous fait penser au seul endroit accessible, au dernier refuge pour échapper au cataclysme, afin qu’il reste une trace… de nous. Alerte au plagiat, l’intro de « Singing My Song » ressemble terriblement à celle de Sheller pour « Les Millions De Singes ». La suite est une ode à la chanson et à la musique pour fuir la sinistre réalité de notre quotidien (le bruit, la pollution, etc…). Mention Très Bien pour « La Valse des Regrets » où Obispo chante comme il faut sur un texte fataliste (je le préfère nettement sans « prolongations » de syllabes excédentaires) et sur une musique bercée de subtiles percussions (roulements au pinceau). « Mr Sunshine » est une chanson sur le Soleil dont les bienfaits se sont transformés en dangers ainsi que sur le pouvoir dévastateur de l’argent qui aveugle l’Homme et qui ne fait qu’accélérer le processus d’autodestruction. « Banquise Des Anges » est une leçon à apprendre par cœur pour le sauvetage de l’Humanité, où se partagent allègrement guitares et violons. J’aime vraiment bien « Magic Trip », très rock, qui sera très apprécié en concert ainsi que les tendres violons sur « J’ai dit oui » dont les paroles se résument en un combat pour la vie. « I Give You My Love » débute par une longue intro jouée à la Swarmandal, sorte de cithare indienne (?); la suite fait références aux Sixties (des violons que renieraient pas certaines compositions de Lennon et Mc Cartney). Encore des roulements de batterie, plus incisifs cette fois-ci, sur « L’Histoire », une forme de « récapitulation » de l’Existence, une rétrospective des éléments qui nous ont conduit à la situation actuelle et sur « tout ce qu’on a fait depuis, savoir s’il n’est pas trop tard »… Bref, un bon album, musicalement parlant, d’Obispo avec des textes qui font inévitablement réfléchir mais qui, ma foi, pouvait facilement se concevoir sans tout ce déguisement carnavalesque…
DANY BRILLANT : « Puerto Rico »
(COLUMBIA) ****
Neuvième album pour le digne successeur de Dario Moreno : après un très bon album de reprises “Histoire d’un Amour » (2007), le brillant Dany (oui, je sais, c’était trop facile) consacre ce nouvel opus, intégralement enregistré à Puerto Rico, à la salsa. Sous la direction d’Angel Cucco Peña, l’un des plus grands spécialistes de ce style de musique (précédemment, il s’était occupé, entre autres, de Gloria Estefan et de Ricky Martin) et accompagné d’un super Big Band, Dany nous propose des mélodies qui nous incite à rêver, chanter et danser. Oublions donc la morosité, poussons le curseur à fond et écoutons sa très jolie voix… Tous les ingrédients sont réunis pour passer un moment très agréable et très évasif. Bien sûr, l’amour est le thème général de l’album et on se demande ce qu’il pourrait bien chanter d’autre, le beau Dany… « On Verra Demain » met l’accent sur le moment présent, laisser demain au futur et ne pas se soucier de quoi il sera fait. Aussi bien sur le plan sentimental que professionnel, Dany fait l’adage du carpe diem, adopter une attitude zen car le temps arrange bien des choses. « Laissez-Nous Passer » est un hymne à la jeunesse afin qu’elle puisse exprimer ses « rêves » et ses « idées »… Comme dans la chanson précédente, le rythme est dantesque et invite à s’éclater sur la piste de danses… ou dans le salon en prenant le soin d’écarter les fauteuils ! On descend d’un cran avec « Je Suis Jaloux », les violons sont de sortie mais les percussions, très douces et subtiles, ne sont pas oubliées. La jalousie est évidemment évoquée dans ce morceau… musicalement bien chaloupé dans lequel les instruments ont une très jolie résonance. « Dans Ta Chambre » remue divinement bien, les cuivres sont de retour et le morceau est parsemé de dialogues coquins, de bisous et… de cris à la « Lou Bega ». Le texte invite au farniente, délicieusement cloîtrés et couchés, les amants profitent de la vie et de ses bienfaits. « Dis-Moi Que Tu M’aimes » est beaucoup plus osé : la tension monte, les pulsations augmentent et les amoureux transpirent ! La danse est frénétique et érotique (« Cuisse contre cuisse », « Ouvre les jambes simplement, les reins en arrière, ne lâche pas la main devant de ton partenaire »), mince, cette chanson est « chaude comme une baraque à frites » ! « J’ai Envie De Vivre » étale les faiblesses, les échecs, les regrets et les « tourments » que l’on peut connaître tout au long d’une vie. On veut « tourner la page » et avoir envie d’éprouver de nouvelles sensations, conquérir de nouveaux défis en se disant qu’il est toujours possible de se relever après être tombé… De judicieux petits mots simples bien choisis qui se déposent comme des pétales de fleurs sur une très chouette mélodie… C’est très « frais », ça sent bon le soleil et un petit vent doux caresse les palmiers… Très réussi, l’un des meilleurs morceaux de l’album. « Je T’aime Trop Pour T’épouser » est du pur style « Brillant » avec des cuivres clinquants (trompettes et saxo), un orgue et des guitares électriques énergiques sous la cadence de solides percussions qui habillent une rengaine tellement facile et habilement interprétée qu’on se surprend à la fredonner dès la première écoute. C’est la mise en valeur du concubinage par rapport au mariage qui risque de tout briser, de tout gâcher… « Si C’était à Refaire » donne encore l’envie de se trémousser, les cuivres sont toujours là avec des sonorités différentes; ici, les violons occupent une place prépondérante dans la partition avec quelques soupçons agréables de flûte. La chanson rend un bel et vibrant hommage à la femme qui vient sauver l’homme confronté à sa solitude tel « un radeau sur la mer déchaînée ». La femme est l’avenir de l’homme (« tu étais la première et c’est toi qui m’a fait »), on a déjà entendu ça quelque part, n’est-ce pas Monsieur Ferrat ? « Léah » est l’amour d’un père pour sa fille, Dany s’adresse tout simplement à son enfant (qui a déjà 16 ans), c’est très tendre, très touchant avec des mots qui sonnent juste. Et puis, soudain, Léah répond à son père, d’une voix un peu cassée, fragile, en le remerciant de veiller sur elle et lui promet qu’à son tour, elle veillera sur lui. Enfin, cerise sur le gâteau, Dany nous gratifie d’une version salsa de « My Way » qui aurait certainement bien plu à son créateur…
MARC LAVOINE : « VOLUME 10 » (MERCURY RECORDS) ***
Comme son titre le laisse supposer (et c’est même une certitude),
« Volume 10 » est le dixième album studio de l’homme « aux yeux revolver » en 25 ans de carrière, 4 ans après « L’Heure
d’Été » qui s’est écoulé à plus de 600.000 exemplaires et qui lui a valu un triple Disque de Platine. Par les temps qui courent où le téléchargement a supplanté et
même ruiné le marché du disque, c’est une réelle performance ! Ce bel album, disons-le tout de suite, est donc sorti depuis le 31 août, également en version
« vinyle », pour les fans collectionneurs, dont le tirage a été limité à 1.000 exemplaires. Pour ce nouveau disque réalisé avec ses fidèles compères Jean-François
Berger et François Delabrière, enregistré en analogique comme au bon vieux temps du vinyle (le son est vraiment formidable), entre Los Angeles et Paris de janvier à
mars 2009, le séduisant Marc s’est entouré d’une belle brochette de personnalités : Fabrice Aboulker, le compositeur de ses premiers tubes qui revient
après 10 ans d’absence (le très beau et très émouvant « Reviens Mon Amour » et… « Je Rêve De Ton Cul », ça, au moins,
c’est direct et sincère !), Julien Clerc (avec qui il collabore pour la première fois et qui signe « Rue des Acacias », la rue où
Marc a vécu son enfance), Christophe Cazenave (« Demande-moi », le hit « La Semaine
Prochaine », « La Grande Amour », « Les Rêves Américains » et
« Lentement »), Bertrand Burgalat (« Les Dunes Blanches » et « Je N’ai Plus Peur De
Rien ») et Lucien Gainsbourg, le fils de qui vous savez, qui fait ses gammes sur « Quand Je Suis Seul ». Le disque
inclut deux chansons en duos : « La Grande Amour » avec Valérie Lemercier, qui a un bien joli timbre de voix et
« Lentement » avec sa fille Yasmine âgée de 11 ans. Cet album se distingue par 3 chansons « parlées » calquées sur le style
d’interprétation de Gainsbourg : « Reviens Mon Amour », « Les Dunes Blanches » et
« Les Rêves Américains » (qui traduit le paysage américain des années 70 avec le personnage de Marylin en toile de fond) où toutefois, il
parle dans une certaine tonalité qui épouse et rejoint l’harmonie. Lors d’une interview à propos du making of de cet album, Marc insiste sur le fait qu’il écrivait,
sur de simples fiches, quelques mots donnant l’idée d’une chanson face à ses compositeurs et qu’à chaque mélodie qui lui était offerte, il désignait la fiche avec les mots qui semblaient
correspondre le mieux à la mélodie pour, ensuite, pouvoir continuer à la travailler dans le but final d’arriver devant le micro… sans le texte : « Si tu te souviens de la
chanson quand tu la chantes, c’est qu’elle est pas si mal que ça… » déclare-t-il assez modestement. Marc a écrit tous les textes de cet album et il dit n’avoir pas
fait d’effort particulier pour les trouver, puisant ses idées dans des conversations avec son épouse, avec des amis, à propos de choses qu’il a vues, qu’il a vécues et qui ont rejailli de sa
mémoire. Il explique aussi très humblement qu’il « continue à faire ce métier pour aimer les gens et qu’il essaie de trouver les mots pour leur dire… ». Emmené
judicieusement par le single « La Semaine Prochaine » bien rôdé sur les ondes radios, l’album s’écoute avec un réel plaisir du début à la fin même si on
n’est vraiment pas un fan du chanteur. Il se termine par la très érotique et très provoc’ « Je Rêve De Ton Cul » : « Je remets mes rêves et
toute ma vie aux creux de tes reins » et « Comme un ange venu, tu es venue t’asseoir sur moi », des paroles que n’aurait pas reniées un certain Serge
Gainsbourg…
SYLVIE VARTAN : «TOUTES PEINES
CONFONDUES » (RCA/SONY MUSIC) *
Voici le nouvel album de Sylvie Vartan, deux ans
après « Nouvelle Vague » qui ne contenait rien que des reprises. Dix nouvelles chansons et deux « covers » le composent avec la
participation de Madame Carla Bruni-Sharkozy pour la plage titulaire, le très banal « Je Chante Le Blues » qui ne restera pas dans les
annales de la Chanson Française. Le talent s’effrite avec les responsabilités présidentielles… Par contre, « Signé Sagan » de Didier
Barbelivien est un titre déjà plus intéressant, aussi bien côté texte qu’au niveau de la mélodie : les instruments majeurs, piano et guitares, accompagnés de percussions
feutrées sur lesquelles se déposent des paroles bien écrites, vous avez soigné votre partition, Monsieur Barbelivien… Vous bonifiez avec le temps, comme un bon vin de garde.
Sylvie signe la musique de « L’amour Avec Des Sentiments » avec un texte d’Eric Chemouny et c’est à nouveau une bonne chanson,
grave, sur le thème de la prostitution. Sylvie se glisse à l’intérieur de cette personne fragile qui demande à qui veut l’entendre : « regardez-moi juste un
instant, je suis faite de chair et de sang, j’ai peut-être plus de sens moral que ceux qui mènent une vie normale ». On passera poliment le sans intérêt « Ne
S’attacher À Rien » d’Alain Lanty et Pierre-Dominique Burgaud qui sent le « remplissage » à plein nez.
« Il Me Semble » est un cran largement au-dessus avec le concours de Marc Lavoine dont le texte se marie joliment avec une musique plus
inventive d’Alain Lanty. « Toutes Peines Confondues », le morceau qui donne le titre à l’album, est
« audible », sans plus. Jannick Top a un beau touché de guitare basse; par contre, le texte de Michel Jourdan n’atteint pas, lui non plus, le
firmament et la chanson se termine avec des chœurs « mous » qu’on aurait pu éviter… Un accord final de Top aurait été cent fois mieux ! « À
Laisser Ou À Prendre » de Brice Homs et d’Alain Lanty est à moitié bien construit : un bon couplet musicalement
accrocheur, pertinent avec une belle ligne mélodique qui malheureusement ne continue pas dans la qualité dès l’entame du refrain. Ce dernier, suivi d’un « pont » musical, aurait pu
très bien se répéter et se situer dans la même tonalité sans « dépareiller » l’ensemble du morceau qui ne fait qu’un peu plus de 3 minutes… « L’un Part, L’autre
Reste », de Nathalie Rheims et Frédéric Botton, est l’une des deux « covers » de l’album. Cette chanson avait servi pour le
générique du film de Claude Berri et avait été interprétée par Charlotte Gainsbourg. La version de Sylvie est remplie
d’émotion, chantée avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. C’est une très bonne chanson et malgré que ce ne soit qu’une reprise, c’est l’un des meilleurs moments de l’album.
« Une Lettre d’Amour » est le fruit d’une seconde association Chemouny/Vartan. C’est un bonheur intense, un privilège que
de recevoir une lettre d’un fan « parce que c’est la seule chose au monde que le temps ne peut effacer ». La musique est tout simplement belle : guitare, piano et
violons s’accordent admirablement, Sylvie démontre un talent mélodiste surprenant : on en redemande en espérant que l’expérience se renouvellera. « Ce
Que Je Suis » est la seconde chanson signée Barbelivien. Sans être mauvaise, elle est loin d’égaler la qualité d’écriture de « Signé
Sagan ». On préférera s’attarder sur « Mélancolie » de Didier Barbelivien et Michaël Ohayon. Beaucoup
de nostalgie sur des souvenirs d’une jeunesse perdue… Belle mélodie que la voix de Sylvie embellit avec beaucoup de maîtrise et de justesse. Le dernier morceau
« La Chanteuse A 20 Ans » de Serge Lama et d’Alice Dona est la seconde reprise de l’album et
Sylvie a pensé que c’était le moment de se l’approprier en regard d’une carrière exemplaire. Je préfère de loin la version de Lama sans pour autant dénigrer
le challenge vocal que Sylvie s’est lancé…
MAURANE : « NOUGARO OU L’ESPÉRANCE EN
L’HOMME » (POLYDOR/UNIVERSAL) ***
Maurane adore
Nougaro et ça s’entend. Dès les premiers titres, on devine que cet album a été conçu avec beaucoup de respect, de soin, d’amour et… d’émotion. Quand Maurane
chante Nougaro, c’est comme si les chansons du Maître de Toulouse renaissaient, comme si elles avaient écrites pour elle et rien que pour elle. Pour la petite Belge
que Nougaro a rencontré en 1977 et qu’il a découverte un an plus tard au « Tire-Bouchon » à Montmartre, ce n’était pas vraiment un défi mais plutôt un
aboutissement, une nécessité logique… À côté des grands standards « Armstrong » (1966), « Dansez-sur Moi » (1973,
excellent), « Le Jazz et La Java » (1962), « Tu Verras » (1978, en duo avec Calogero dont j’aurais
préféré qu’il s’abstienne ou qu’il décline l’invitation…), « Toulouse » (1967) et « Bidonville » (1966, superbe reprise
également), il y a des « seconds couteaux » tels « Il Faut Tourner La Page » (1987, de « Nougayork », l’album
de l’incroyable retour), « Le Coq Et La Pendule » (1980), « La Pluie Fait Des Claquettes » (1968) et des titres
beaucoup moins connus que Maurane met en lumière avec beaucoup d’ingéniosités musicale et vocale : « La Danse » (de l’album
« Tu Verras » de 1978), « Rimes » (de l’album « Chansons Nettes » de 1981),
« Gratte-moi La Tête » (1966), « Allée des Brouillards » (de « Ami Chemin » en
1983), « Il y Avait Une Ville » (1958) et « L’Espérance En L’Homme » (du dernier album « La Note
Bleue » en 2004) qui clôt joliment ce disque en forme de clin d’œil (Maurane était pressentie pour interpréter cette chanson en duo avec
Nougaro). Bon, d’accord, ce n’est qu’un album de reprises mais celui-ci a une saveur toute particulière : pour Maurane, c’est beaucoup plus qu’un
hommage, c’est un prolongement de l’œuvre du plus grand chanteur de Jazz français (je m’approprie cette considération). Malgré tout, je serais tenté de dire qu’il aurait pu encore
être meilleur car d’autres titres célèbres du répertoire de Nougaro auraient également mérité une seconde vie : « Le Cinéma »,
« Cécile ma fille », « Pacifique » (qui aurait merveilleusement convenu à la couleur de sa voix) et
« Les Bas » (c’est un véritable morceau jazz comme Maurane les aime et là aussi, sa tessiture et sa personnalité lui auraient
permis de s’exprimer avec toute l’amplitude que réclame l’interprétation de cette chanson). Donc, quelques petits regrets personnels quant au choix opéré mais c’est une sélection qui a le
mérite de « déterrer » un titre comme « Gratte-moi La Tête » que personne ne connaissait, à part les plus fins connaisseurs de la discographie de
Nougaro.
MARK KNOPFLER : « GET LUCKY »
(MERCURY) ***
“Get Lucky” est le sixième album de l’ex-leader de “Dire Straits”, deux ans après “Kill To Get Crimson”. Pendant que les plus nostalgiques prient tous les Dieux du Ciel pour une prochaine reformation du célèbre groupe, Mark Knopfler continue son petit bonhomme de chemin, sa guitare en bandoulière, nous gratifiant de ballades, de « folksongs » et de blues comme, seul, il a le secret. Et il s’y prend tellement bien le bougre qu’on le suit, sans hésiter, dans son sillage musical… Si vous voulez passer une chouette soirée devant un bon feu de cheminée en sirotant un pur malt de 15 ans d’âge avec un bon Havane ou en contant fleurette à votre dulcinée, cet album en sera le complément idéal. Knopfler est resté fidèle à ses goûts musicaux : incluant des sonorités tantôt celtiques (« Border Reiver » avec une délicieuse mixture d’instruments propres à cette ambiance tels violon, flûte et accordéon, « Before Gas & TV » avec les mêmes ingrédients plus la guitare de Mark, le très maritime « So Far From The Clyde » et « Piper To The End », superbe, la plus belle chanson de l’album), tantôt blues et country voire folk (« You Can’t Beat The House » présentée comme si elle était totalement improvisée entre une bonne bande de vieux copains musiciens, « Cleaning My Gun » qu’il aurait bien pu interpréter en duo avec J.J. Cale et « Get Lucky », très intime, avec une jolie flûte, qui nous fait ressentir, de par sa pureté et sa finesse, une impression de paix intérieure et de sérénité retrouvées, un privilège rare, surtout en cette période de grisaille économique et sociale), l’album comprend également deux compositions qui font référence aux années de gloire de « Dire Straits » et songer inexorablement à leur style de musique si reconnaissable : l’écriture des notes à la guitare de « The Car Was The One » et de « Remembrance Day » (avec des chœurs très présents à la fin de la mélodie) est telle que la nostalgie nous reprend et nous ramène 20 ans dans le passé… Enfin, « Hard Shoulder » et « Montoleone » dénotent par rapport à la couleur musicale de l’ensemble de l’album. Ce n’est pas pour cette raison que ces morceaux sont de moins bonne qualité. Le premier semble avoir des consonances dignes d’une chanson de Chris Isaak, surtout par le son de la guitare. Par contre, pour « Montoleone », c’est un déploiement de cordes qui ouvre la mélodie ou plutôt la valse… Eh oui, est-ce un joli clin d’œil sur ce style de musique qui faisait danser nos grands parents ? Guitare et piano se partagent ensuite le reste de la partition et c’est pas mal du tout… Au contraire, la voix de Knopfler, qui, au passage, n’a jamais soulevé les montagnes, s’accommode sans problème avec cette ligne mélodique… Tout compte fait, on termine l’audition de ce disque avec un sentiment général largement positif; bonne réalisation avec, n’hésitons pas à le souligner encore une fois, un très bon son des différents instruments utilisés, particulièrement la guitare pour laquelle Knopfler a employé pas moins de sept micros pour l’enregistrement d’une simple piste ! Une autre édition du CD est disponible en version « Deluxe » avec 3 bonus : « Pulling Down The Ride », « Home Boy » et « Good As Gold » ainsi qu’une avec un DVD sur l’enregistrement studio de l’album.
CECILIA BARTOLI : « SACRIFICIUM » (DECCA) ******
Cecilia Bartoli est n° 1 des ventes de disques en Belgique et c’est amplement mérité ! Son album est tout simplement génial ! Pour ma part, c’est la seule artiste qui pouvait
s’approprier vocalement (son bagage est phénoménal et impressionnant, avec une grande maîtrise pour le souffle, la régularité et la puissance… hallucinant !) des airs interprétés jadis
par des castrats italiens. Après un vibrant hommage à la Malibran, voici donc un album composé d’airs d’opéras italiens du XVIIIème siècle, de Nicola Antonio
Porpora, Antonia Caldara, Francesco Araia, Carl Heinrich Graun, Leonardo Leo, Riccardo Broschi,
Georg Friedrich Haendel, Leonardo Vinci et Geminiano Giacomelli. L’ouvrage comporte un fabuleux livret ainsi que deux disques : le
premier de 12 titres et le second de 3 titres bonus. Cecilia revisite avec brio le répertoire que Carlo Broschi, beaucoup mieux connu de par son surnom
Farinelli (1705-1782) et Gaetano Majorano, dit Caffarelli, son principal concurrent (1710-1783), interprétaient sous la direction de
Porpora. On s’émerveille devant tant d’agilité et de précision dès la plage d’ouverture, « Come Nave In Mezzo » de
Porpora où les vocalises déferlent avec une assurance déconcertante dans nos tympans médusés ! Et ça continue dans « Cadro Ma Qual Si
Mara » d’Araia, notre Cecila nous en remet une solide couche pour nous convaincre qu’elle est bel et bien la soprano la plus exigeante, la
plus généreuse et la plus ingénieuse de sa génération. N’ayons pas peur des mots, c’est LA plus GRANDE, celle qui ose tout, qui s’aventure dans les projets artistiques les plus ambitieux.
Cecila a aussi le tempérament pour mener à bien cette délicate entreprise, elle n’a pas son pareil pour passer du grave à l’aigu (avec quelle précision et quelle
justesse !) dans « Qual Farfalla » de Porpora. À côté de ces « extravagances » vocales, Cecilia
s’octroie quelques moments de répits avec « Profezie Die Me Diceste » de Caldara, beaucoup plus doux, et on s’extasie à l’écoute de
« Sposa Non Mi Conosci » de Giacomelli que la cantatrice nous « distille » avec beaucoup de finesse et une technique vocale
parfaite. Celle-ci est d’ailleurs, d’un point de vue général, la marque de fabrique de ce disque somptueux servi par un Giovanni Antonini aux petits soins pour sa protégée, à
la tête de la très talentueuse formation orchestrale « Il Giardino Armonico », déjà de connivence dans « The Vivaldi Album » d’octobre
1999. Seule ombre (éventuelle) au tableau qui peut choquer les âmes les plus sensibles : la pochette où le visage de Cecilia trône sur un corps de… castrat. Ben oui,
quand je vous disais qu’elle ose tout ! Rien que pour cette trouvaille, je lui donnerais une étoile en plus !
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