Made in Belgium

Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 22:07

rapsat 1

Du haut de ses 13 ans, Pierre n’a qu’un seul désir : faire de la musique. Mais à son âge, il n’a pas trop le choix : il doit aller à l’école. Il aime trop ses parents que pour les décevoir. Pourtant, ce mot de 7 lettres qui rime comme magique ne le quitte pas, il y pense tout le temps et grâce à l’argent qu’il a économisé, il se décide à orienter son destin en achetant une guitare. En donnant cet argent pour acquérir sa guitare, Pierre se forge un serment : elle lui servira pour gagner sa vie, pour concrétiser son rêve et pour en donner à ceux qui écouteront sa musique. Pierre est fou des Beatles et des Rolling Stones, il est attentif au son de ces groupes et il a une folle envie de faire comme eux… Mais il faut qu’il aille au bout de ses études et patiemment, il attend le temps de la délivrance en écrivant des mélodies. Fin novembre 1964, Pierre intègre, au pied levé, la formation « Les Tricheurs » pour tenir la guitare rythmique. Ce sera sa première et… dernière apparition au sein de ce groupe prié par le patron, excédé par leur musique, de déguerpir le plancher de la salle où il se produisait !  Le 28 mai 1966, Pierre fête ses 18 ans et son seul et unique objectif n’a pas changé; la musique le hante, le berce, le saoule continuellement. Il écrit et compose sans cesse, fréquente les milieux branchés où baigne le rock progressif en espérant faire des rencontres déterminantes qui lui permettront de faire reconnaître son travail. L’une d’entre elles sera capitale, le jour où il rencontrera, à la terrasse d’un café à Verviers (bien que natif d’Ixelles, Pierre vit désormais à Verviers où ses parents se sont définitivement fixés après plusieurs déménagements et il s’est très attaché à cette ville ainsi qu’à sa région), le compositeur et producteur Eric Van Hulse mieux connu à l’époque sous le nom d’emprunt d’Eric Vion (inspiré de l’accouplement des noms de François Villon et Boris Vian). Pierre fait partie, avec Francis Geron (patron du désormais légendaire Spirit of 66, café-concert situé Place du Martyr 16 à Verviers où le rock est roi avec une moyenne de 200 concerts par an !) d’une formation appelée « Les Ducs » qui s’amuse à animer bals et thés dansants dans la région de Verviers.

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Pierre (à l'extrême gauche) au sein des "Ducs"

Eric écrit des textes et est conquis par la personnalité de Pierre qui lui soumet une de ses musiques. Tout de suite, le courant va magnifiquement bien passer entre les deux hommes qui se découvrent des talents communs. Eric se laisse convaincre par une des compositions de Pierre et enregistre « Une poignée de neige ». C’est une ballade sans prétention et la chanson ne captera pas les esprits. En 1969, le récent duo concrétise son association en signant les deux morceaux, « The bird and the hunter » et « Tomorrow, the moon », issus du premier 45 tours d’un groupe belge verviétois, Tenderfoot Kids. Sur la pochette, en découvrant les crédits, on s’aperçoit que Pierre se fait appeler Peter Raepsaet (Raepsaet est son véritable nom, issu de l’origine flamande de son père et Peter, provenant de l’imaginaire d’un journaliste, sera rejeté plus tard au profit de son véritable prénom). D’autres singles pour cette formation seront signés des deux compères qui composent également en parallèle pour un autre artiste : Paul Simul avec, notamment, le très remarquable 45 tours composé des titres « Light the light » et « Sadist ». S’il n’a pas encore connu le véritable succès, « Pierrot », comme ses amis intimes le surnomment, est au comble du bonheur : il FAIT de la musique et il est persuadé qu’un jour, sa ténacité sera récompensée. En 1970, il propulse Tenderfoot Kids dans le top 5 des meilleures ventes en Belgique avec « Time is up ». Le morceau est séduisant aussi bien d’un point de vue orchestral qu’auditif; qualitativement, la ligne mélodique rivalise avec ce qui se fait de mieux dans le même style musical de l’autre côté de la Manche. Mais Pierrot ne désire pas musarder en chemin, il veut franchir une nouvelle étape et sortir de l’ombre.

rapsat laurelie

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 De haut en bas : Pierre Rapsat, Yvan Hubert, Christian Boissart, Francis Dozin et André Marquet 

 

"Deborah, Jane and Laurelie"

La même année, il fait officiellement partie du projet d’Eric Van Hulse qui produit une nouvelle formation appelée « Laurelie » où il apparaît en premier plan sur la pochette de l’album avec Christian Boissart (guitare et chant), Yvon Hubert (piano, orgue et chant), Francis Dozin (flûte et chant) et André Marquet (batterie). Outre son travail d’écriture (il se charge de la composition musicale de la quasi-totalité des titres, à l’exception de deux morceaux), sa participation vocale et son jeu impeccable de guitare basse sont d’une importance capitale dans la qualité générale de cet album éponyme. La sortie de l’album (sous le label Triangle, une sous marque de Barclay) n’échappe pas à l’attention de Piero Kenroll, grand spécialiste de l’histoire du rock en Belgique (il est régulièrement invité aux « Classiques » de Marc Ysaye sur l’excellente chaîne de radio belge Classic 21) et, à l’époque, journaliste au magazine Télé Moustique. Le chroniqueur fait la connaissance de Pierre par l’intermédiaire de Francis Dozin, le chanteur de Laurelie. Piero Kenroll côtoie également à cette époque un certain Friswa qui se fait d’ailleurs appeler Big Friswa eu égard à son physique impressionnant. Les membres du groupe Laurelie se séparent après cet unique album qui, pourtant, méritait un prolongement. Pierre ne va pas tarder à faire partie d’un autre groupe.

rapsat well cut

Jenghiz Khan06 Christian Servranckx, Pierre, Tim Brean et "Big Friswa"

Avec Friswa, à la guitare et au chant, qui provient de la formation Les Partisans, Tim Brean, aux claviers et au chant, Christian « Chris Tick » Servranckx, à la batterie et au chant, issus tous deux du « Tim Brean Group », il prend la place du bassiste Rémi Bass parti vers d’autres horizons musicaux pour participer à la brève mais ô combien exaltante aventure de Jenghiz Khan, nom sorti de l’imagination de Piero Kenroll en s’inspirant de la stature terrifiante de Friswa ! Kenroll et Vion s’associent pour produire l’album « Well Cut » qui, d’emblée, fait un ravage en Belgique. De plus, on s’y intéresse hors de nos frontières : l’album séduit en France et en Angleterre où il reçoit un fervent accueil et d’élogieuses critiques ! Si la sauce « Laurelie » avait bien pris avec ce mélange de pop psychédélique et de rock progressif (où les morceaux, sur le plan instrumental, étaient dominés majoritairement par la flûte élégante de Francis Dozin) « Well Cut » de Jenghiz Khan frappe par sa maturité, la puissance de ses compositions ainsi que par sa multiplicité stylistique : acid-rock, blues-rock et même hard rock ! Musicalement, on en prend plein les oreilles ! Ce disque qui, malheureusement, n’aura également aucune suite est devenu un album culte, une référence 5 étoiles dans le rock belge au même titre que le premier enregistrement de Machiavel !

"Campus  A" et "Campus B"

C’est Kenroll qui se charge d’écrire les paroles des morceaux dont les musiques sont composées par Friswa (renseigné « Frisma », à cause d’une faute d’orthographe, sur la pochette illustrée par Jamic, le caricaturiste « maison » du magazine belge Télé Moustique) pour « Pain » (sublime plage d’ouverture), les fantastiques « Campus A » et « Campus B » ainsi que pour l’immanquable « Hard working man » et par le claviériste Tim Brean pour le somptueux « The moderate », l’acoustique et très beau « Mad Lover » ainsi que pour la gigantesque fresque musicale qui clôt l’album, « Trip to paradise ». Enfin, Kenroll signe les paroles et musique de « The Lighter », morceau doté d’une impressionnante palette musicale (le son fabuleux des instruments, d’une incroyable modernité) ornée de judicieux chœurs.

"The Lighter"

Et Pierre dans tout cela ? Eh bien, il aurait dû être à l’origine d’un des titres qui, faute de temps, n’a pu être achevé avant l’enregistrement de l’album. N’empêche, sa présence au sein du groupe éclate par son indéniable talent et par son incomparable énergie. En concert, l’alchimie se produit et le public est conquis dès leur apparition : d’août 1970 à août 1971, Jenghiz Khan fait des ravages sur scène dont les prestations sont saluées par une foule en transe comme lors de leur passage au 10ème Festival annuel de la Guitare d’or à Ciney le 11 juillet 1971. Hélas, mille fois hélas, le groupe se disloque suite au départ de Friswa pour le Wallace Collection (déjà sur le retour, alors que « Daydream » n’est plus qu’un merveilleux souvenir et qu’il ne reste plus qu’un membre de la formation initiale, le batteur Freddy Mieuland). C’est d’autant plus dommage que Pierre avait beaucoup travaillé à la composition du nouveau titre qui devait sortir en single : « It’s my way ». La vie est un éternel recommencement… Pierre doit se remettre en question et décide d’intensifier son travail vocal et… son anglais. S’il veut se faire un nom, il n’a plus comme seule alternative que d’envisager une carrière solo. Pierre s’arme de patience et sait que son heure viendra. Fidèle parmi les fidèles, Eric Van Hulse est toujours à ses côtés, prêt à décrocher la moindre opportunité de contrat. Pierre croit en Eric et c’est réciproque. Alors que le duo bosse sur des textes (qu’Eric signera sous le pseudonyme de Lowery) et des musiques qui devraient bientôt voir le jour, Eric parvient à obtenir un rendez-vous avec les Editions Warner. Songeant déjà à une infiltration sur le marché étranger, le disque intitulé « New York » sort d’abord en anglais avant la version française.

rapsat new york

 

"Music man", "New York" (Fondation et Civilisation)

Ce premier album est une réussite sur la qualité de son enregistrement. La prise de son est remarquable, la tonalité des instruments est parfaitement réglée et la voix de Pierre est extrêmement bien mise en valeur. Réalisé en mars 1973, Pierre a bénéficié du confort des studios Frémontel, là même où Johnny Hallyday s’est fixé pour graver plusieurs chansons. C’est dire si Pierrot n’a pas lésiné sur les moyens. De plus, il peut compter sur d’excellents preneurs de son : Claude Sahakian a collaboré notamment avec Michel Jonasz tandis que Michel Roy a été également sollicité à de maintes reprises pour sa précision. Le mixage a été effectué au studio Europasonor par Jean-Pierre Orfino (le mari de Jeanne-Marie Sens dont je reparlerai plus tard) qui fit partie des Pirates auprès de Dany Logan, le tout magnifiquement supervisé par un des maîtres en la matière, Roger Roche, ingénieur du son pour plusieurs albums de Claude François. Au rayon des musiciens, citons Patrice Tison aux guitares, basse et claviers (Jean-Jacques Goldman, Bernard Lavilliers,…); Albert Marcoeur à la batterie, aux percussions et instruments à vent (multi-instrumentiste, appelé le « Zappa » français, il eut plusieurs albums à son actif et travailla avec Dick Annegarn); le batteur belge Jean-Pierre Onraedt apporte aussi son concours (collabora avec Marc Moulin pour le projet « Placebo ») et les chœurs exclusivement féminins sont assurés par Madeline Bell (avec Freddie Mercury et Montserrat Caballé sur l’album « Barcelona » ainsi qu’avec Johnny Hallyday sur « Rock’n’Slow » et « Flagrant Délit »), Kay Garner (Johnny Hallyday, mais aussi Lou Reed et Serge Gainsbourg) et Joan Wilson (qui fera un hit « Dance » en 1996 avec « Celebrate (The Love) » dans le cadre du projet éphémère Zhi-Vago). Bref, comme on peut le constater, Pierrot est entouré d’une équipe talentueuse et même si ce premier essai n’accroche pas véritablement le grand public, il faut reconnaître qu’il regorge de morceaux très intéressants comme « Music Man », « Bon Appétit » (« Sammy The Bee » en anglais) et, bien sûr, « New York » divisé en deux plages nommées « Fondation » et « Civilisation ». La démarche créatrice de ce premier album solo est intéressante à plus d’un titre, Pierre nous invite à découvrir son paysage musical, pas forcément optimiste, loin de là.  La plage d’ouverture « Introduction (voyage) » est comparable à un début de semaine banal comme les autres où des voyageurs, sans vie et sans âme, s’engouffrent dans un métro où « des mômes se cament, des psychodrames se trament… ». Ensuite, à la vitesse de la lumière, on subit une « transportation » dans un monde futuriste où le dernier vestige d’une nature saine est… une dernière jonquille (clin d’œil à Hugues Aufray qui chantait « Des jonquilles aux derniers lilas » ?). « Music Man » est une mini révolte en soi, Pierre déplore ces « marchands de musique » « qui t’écoutent sans entendre ». La dernière strophe est vraiment révélatrice de sa rébellion :

Ce n’est pas une chanson mais le trac

D’être un jour consommé dans les produits en vrac…

Le travail… Le talent… des clous !

Ça, coco, le public s’en fout !

La promotion, un point c’est tout !

« La clé » propose des interrogations successives sur notre existence… Sommes-nous seuls au monde et « rien que le fruit du hasard » ?... « Le Géant » évoque la puissance d’un être surhumain, immortel qui sommeille en chacun de nous… Dans « Bon Appétit », ce sont les années de galère pendant lesquelles Pierre a mangé son pain noir. Le texte est très bien fait et sa continuité traduit parfaitement le titre de la chanson; en voici quelques bons passages choisis : « J’en ai soupé de toujours déguster », « souvent j’ai gobé des histoires à dormir debout », « On se nourrit d’illusions », « j’ai digéré des affronts », « Il faut apprendre à bouffer à tous les râteliers »… Jolis jeux de mots ! « Trois roses froides » tissent le portrait peu flatteur de trois filles finalement peu recommandables… Pierrot les a-t-il connues ? La tromperie ne serait-elle que presqu’exclusivement féminine ? « Sans histoire » conte l’histoire d’un homme qui traîne son ennui dans un bar enfumé lorsqu’il aperçoit une fille qu’il désirerait connaître au point de lui dire « tu » alors que c’est la première fois qu’il la voit… Enfin, la fresque « New York » est un bien piètre tableau de la ville dont la noirceur des tours cache un ciel qu’on voudrait qu’il soit bleu; on n’aimerait pas y vivre, ni s’y promener dans cette « ville-araignée », « un corps malade qui tousse et geint, par tes rues étouffé ». Bien triste constat d’une ville où ne règnent que « des flics, des gangs et des poubelles »… Si la guitare est le « maître » instrument (superbe dans « Music Man »), on saluera la présence de cuivres dans « Bon Appétit », « Trois roses froides » (à la fin, où les sonorités saccadées laisseraient croire à un langage codé comparable au morse) et, bien évidemment, oserait-on dire, dans « New York » où la diversité instrumentale est de mise (cordes, piano, percussions, effets sonores...).

rapsat musicolor

 

"L'ombre et la lumière", "Chanson à ma femme",

"Adieu, les clowns !", "Le brochet"

1975… La chanson française accueille de nouveaux talents et surtout de nouveaux textes. Johnny Hallyday et Claude François, les deux champions des 60’s, doivent désormais compter avec Souchon, Jonasz, Sheller et Berger (lequel n’est pas un jeune blanc bec puisqu’il figurait déjà sur la photo mythique de Salut les copains !). De son côté, Pierre veut également pointer le bout de son nez et il est impatient de sortir son deuxième album « Musicolor », toujours sous le label Atlantic (distribué par WEA filipacchi music). Étant dans la même maison de disques que Véronique Sanson et Jeanne-Marie Sens, Pierre ne veut pas faire figure de « petit nouveau » ou de « bon dernier ». Désireux de s’entourer des meilleurs, il recrute Michel Bernholc pour la direction d’orchestre. Qui plus est, Michel est l’un des chefs les plus demandés et il s’occupe d’ailleurs des arrangements pour Véronique Sanson et Michel Berger (également pour Sardou, Goldman, Jonasz, etc…, il dirigera aussi les enregistrements de Starmania). D’autre part, Michel apportera une contribution importante à l’accompagnement musical puisqu’il jouera les partitions de piano aux côtés d’Albert Marcoeur (batterie, percussions, pipeau et clarinette), Patrice Tison aux guitares (tous deux déjà présents sur « New York »), Pascal Arroyo à la basse et François Bréant aux claviers. En accompagnement vocal, on trouve le duo « Darras et Desumeur » issus du groupe rock éphémère « Présence » qui comptait en ses rangs un certain Daniel Balavoine. Roger Roche et Georges Blumenfeld mixent le tout avec l’assistance de Jean-Pierre Pouret. Si l’on ne présente plus le premier, Blumenfeld sera l’ingénieur du son de « La déclaration d’amour » pour France Gall en 1974 et Pouret compose la musique d’ « En plein cœur » pour Jeanne-Marie Sens en 1973 avant de s’orienter plus tard dans la musique de films… pornos. A la supervision générale, on retrouve Jean-Pierre Orfino qui avait déjà réalisé un excellent travail sur « New York ». Quant aux paroles et musiques de « Musicolor », elles sont toujours signées Eric Van Hulse et Raepseat, Pierre souhaitant garder son identité originale pour les crédits des chansons. Si le 45 tours « Faut pas grand’ chose pour être heureux » avec, en face B, « Chanson à ma femme » est censé être la « locomotive » de l’album, on aurait pu rêver choix plus judicieux.  Il est incontestable que cette dernière, mélodiquement parlant, surclasse la face A que Jonasz ou Sheller n’aurait pas renié. On peut même carrément dire que c’est « la » meilleure chanson de l’album. « Chanson à ma femme » est on ne peut plus explicite sur la « transformation » que Pierrot a subi lorsqu’il a rencontré la femme qui allait devenir son épouse. Il avait envie de lui dire tous ces « mots-fleurs » qui lui tenaient tant à cœur. Bref, c’est une ode à la femme de sa vie. « L’ombre et la lumière » est musicalement très plaisante; la ligne mélodique est souple, les instruments sont bien à leur place et les chœurs judicieusement posés en prolongement de « L’ombre et la lumière » comme pour encore mieux souligner le contraste des mots : c’est un délicieux vent de fraîcheur qui nous caresse les tympans… « Musicolor » (qui décrit un pays idyllique où tout le monde se sent heureux, « où l’on chante sous la pluie ») est savoureusement country, « Un jour, les couleurs » (c’est la révolte des couleurs avec l’arrivée d’une nouvelle espèce « les caméléons » dans un monde en ruine !) et « Adieu les clowns » (Van Hulse jongle avec les mots : « Charlie Brown part à Hong Kong, Mireille Mathieu épouse King Kong ») sont les chansons « rock » de l’album. Passons brièvement aux quatre chansons restantes de « Musicolor » : « Djumbo, l’Averick » ou la tendre histoire d’un cheval libre et fou devenu bête de cirque jusqu’un soir où il s’évade pour ensuite finir sous « la flamme bleue d’un fusil »; « Le Brochet » qui conte un pêcheur mort d’ennui après la prise d’ « un vieux brochet »; le déjanté « Rapsatus vulgaris » qui présente « un oiseau rare de la famille des bêtes de scène » sur une musique survoltée (Pierrot a-t-il composé ce morceau un soir de « défonce » ?) et « Buster Keaton », un hommage à « l’homme qui n’a jamais ri ». Au bout de plusieurs écoutes, l’album se révèle particulièrement audacieux et franchement bon mais, néanmoins, se situant en deçà de son prédécesseur attirant dès sa première audition. Quelques très bons passages musicaux sont à mentionner : les riffs ravageurs de guitares dans l’intro d’ « Un jour, les couleurs », l’excellente orchestration sur « L’ombre et la lumière » avec un très joli touché de guitare sèche, les magnifique terminaisons musicales de « Djumbo l’Averick » (de 2’20" à 3’52") et d’ « Adieu, les clowns » (de 3’12" à 3’34" avec une superbe trompette solo dont le son s’extrait peu à peu d’un ensemble instrumental pour finir toute seule en apothéose, de 3’34" à 3’55"); enfin, épinglons la jolie fresque musicale qui entoure le septain dans « Le Brochet » avec une très belle et longue intro (1’36") où le son d’une guitare n’a jamais été aussi beau et, enfin, l’ultime plage « Buster Keaton », la plus longue du disque (4’32"), qui renferme un style musical bien caractéristique dont nous retrouverons des variantes dans d’autres compositions de Pierre. En ce qui concerne les versions anglaises de ces deux premiers albums, j’accorderai une préférence à celle de « New York » où la langue semble mieux adhérer aux musiques que dans le second où on privilégiera plutôt la version française.

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rapsat judy

 

6 avril 1976, la tension est à son comble dans les coulisses de l’immense complexe du Congresgebouw à La Haye (Pays-Bas) où se déroule le Grand Prix Eurovision de la Chanson. Pierrot se demande bien ce qui lui a pris d’accepter l’offre de la RTB de représenter la Belgique… N’empêche, quoi qu’on en dise, l’Eurovision, c’est une fameuse vitrine devant des centaines de millions de téléspectateurs. Et il a foi en sa chanson « Judy et Cie », une petite perle qu’il défendra du mieux qu’il le pourra. Il la chantera simplement et naturellement, sans tralala, sans songer un seul instant qu’il gagnera la compétition. Non, son objectif de prime abord, c’est de se démarquer de cette « mixture » musicale à laquelle chaque pays semble adhérer afin de remporter le précieux trophée… Pierre est prêt, la guitare à la main, il scrute les derniers instants de l’interprétation de « Chansons pour ceux qui s’aiment » de Jürgen Marcus qui défend les couleurs du Luxembourg. Dans sa tête résonnent les premières notes de « Judy et Cie », il sait qu’il ne doit pas être trop haut, ni trop bas et qu’il devra être parfaitement en phase avec l’orchestre dirigé par Michel Bernholc. La présence de ce dernier rassure Pierre puisqu’il s’est occupé des arrangements de « Musicolor ». Tout va donc bien se passer, il est en confiance… La prestation peu convaincante du représentant luxembourgeois se termine (c’est une piètre chanson à boire !) et Pierre se prépare à entrer en scène. Il sait que la mélodie de sa chanson n’a absolument rien à voir avec le style musical propre au Concours comme celle du morceau interprété en lever de rideau par le futur vainqueur de la compétition, le groupe britannique Brotherhood of Man avec le titre racoleur « Save your kisses for me ». Malgré le trac qui lui fait presque rater sa première mesure, Pierre parvient peu à peu à se décrisper pour finalement livrer une interprétation toute en finesse et sobriété. Au bout du compte, c’était une excellente idée, cette chanson hors format dont le texte brillant d’Eric Van Hulse convenait très bien à l’écriture musicale de Pierre. Un petit bijou… qui, au terme des votes, ne se classera qu’à une huitième place imméritée juste après le couple italien Al Bano et Romina Power. Pour Pierre, ce résultat n’a aucune importance, il a marqué ce Concours de son empreinte en y imposant une chanson qui ne laissera pas quelques jurys indifférents comme ceux des pays repris ci-dessous :

Finlande : le maximum, soit 12 points !

Italie, Portugal et Monaco : chacun 8 points

Royaume-Uni : 7 points

Suisse et Norvège : chacun 6 points

France : 5 points

Pays-Bas : 4 points

Autriche : 3 points

Israël : 1 point

Allemagne, Luxembourg, Irlande, Grèce, Espagne et Yougoslavie ne lui accordant aucune unité…

Toutefois, « Judy et Cie » sera unanimement appréciée par les spécialistes et bénéficiera de multiples pressages étrangers ainsi que son insertion, par sa maison de disques WEA, dans une compilation (de ses deux premiers albums « New York » et « Musicolor » !) intitulée du titre de la chanson et agrémentée de trois titres inédits : « Harold et Maude », « Rien qu’une vie » et « Doc Holyday ». Pierre n’approuve vraiment pas la sortie de cette compilation et il n’hésite pas à le faire savoir aux responsables de WEA. Une inévitable rupture s’ensuit mais grâce aux qualités de ses deux premiers albums et à l’aura de l’Eurovision, il est en pourparlers avec une autre célèbre firme de disques qui est déjà prête à l’enrôler… Ce sera RCA

À SUIVRE… 

Par BERNIE - Publié dans : Made in Belgium - Communauté : Nos années vinyles oubliés
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Dimanche 22 août 2010 7 22 /08 /Août /2010 19:02

Machiavel

De gauche à droite : Marc Ysaye, Thierry Plas, Mario Guccio, Hervé Borbé (au-dessus) et Roland De Greef

Vendredi 2 avril 1999… La 4ème édition du « Carolo Music Rallye » débute avec le retour de Machiavel à Charleroi et la présentation de son nouvel album « Virtual Sun ». Les fans de la première heure se pressent devant l’entrée de la salle de spectacle de l’Hôtel de Ville… et je suis là aussi avec Chantal, mon épouse. Depuis longtemps, je voulais absolument voir ce groupe sur scène, réentendre ces fameux succès que sont, notamment, « Rope Dancer » et « Fly » et… pourquoi pas approcher celui dont on dit, et c’est vrai, qu’il a la plus belle voix de la radio : Marc Ysaye ! Ce concert fut exceptionnel (cet album, enregistré après 12 ans d’absence de studio, est vraiment d’un très bon « cru ») et fut salué par trois rappels dont le dernier fut exécuté « A cappella » par les membres du groupe, Marc Ysaye marquant le tempo par de subtils claquements de doigts… Malheureusement, même les meilleurs moments ont une fin et il n’y eut point de 4ème rappel. Le responsable à l’éclairage enclencha l’interrupteur et les portes s’ouvrirent : il fallait donc bien quitter cette salle ! Je proposai à mon épouse d’aller nous désaltérer au « Café du Beffroi » dans l’espoir, peut-être, que Marc et ses acolytes nous imitent ! Je guettai donc leur sortie et, après plus d’une demi-heure, je vis le groupe apparaître sur le perron de l’Hôtel de Ville en quête d’un établissement. Ils ne choisirent pas celui où nous étions et sans tarder, je m’empressai d’aller à leur rencontre. Je pus ainsi approcher Mario Guccio, qui fut le premier à dédicacer mon programme, ainsi que Thierry Plas, Roland De Greef, Hervé Borbé et bien sûr Marc Ysaye avec qui j’eus le privilège d’échanger quelques mots ponctués d’une franche et inoubliable poignée de mains ! Mercredi 20 juillet 2005… Concert gratuit de Machiavel sur la Place Emile Delalieux à Nivelles. Quelle aubaine ! Je suis à nouveau au rendez-vous avec Chantal mais aussi en famille : sa sœur Annik ainsi que ses enfants se sont joints à nous pour découvrir les chansons de leur dernier CD « 2005 ». Malgré qu’il ne fût pas en toute grande forme, Mario Guccio fit tout de même mieux que son possible pour « assurer » vocalement et ainsi satisfaire le public venu en masse. Les solos instrumentaux furent mémorables avec de superbes prestations de Thierry et Marc. Il était près de 23 h 30 quand Machiavel salua une dernière fois la foule et nous regagnâmes nos véhicules la tête encore pleine de (bonne) musique ! Samedi 16 juin 2007… Machiavel se produit au Coliseum à Charleroi avec une captation en direct pour la sortie d’un DVD « live »… Et je ne suis pas là ! Pour des raisons de santé, je n’eus pas la possibilité d’assister à ce concert… que je me contenterai, plus tard, de regarder assis dans un canapé ! Dimanche 28 octobre 2007… Je crée ce blog avec la ferme intention de dédier plus tard un article à cette formation mythique pour sa carrière exemplaire, à ce groupe « bien » belge qui fut le premier à remplir Forest National, mais aussi et surtout, pour Marc Ysaye envers qui j’ai toujours éprouvé une très grande admiration. Voilà, ce jour est arrivé. Marc, Mario, Thierry, Roland et Hervé; si vous avez l’opportunité de lire cet article (je vais tout tenter pour qu’il en soit ainsi !), j’espère qu’il vous plaira et qu’il sera à la hauteur de votre talent. Ci-dessous, je retracerai les principaux événements qui ont marqué le groupe, en regard de leur discographie et des morceaux que j’ai personnellement retenus.

Machiavel Marc Ysaye

Machiavel Roland De Greef

Machiavel Albert Letecheur

Machiavel Jack Roskam

Roland De Greef à la basse, Marc Ysaye au chant et à la batterie, Jack Roskam à la guitare et Albert Letecheur aux claviers : voici la composition de Machiavel à ses débuts. Les quatre compères enregistrent un premier album éponyme qui paraît en avril 1976. Il faut dire qu’à cette époque, le « Rock progressif » n’était nulle part en Belgique et c’était la première fois qu’un groupe belge se frottait à ce style pourtant déjà bien répandu en Europe (d’où l’appellation « Eurock ») avec notamment Ange en France et bien évidemment Pink Floyd au Royaume-Uni. Ce dernier, ainsi que Yes, Genesis, Supertramp et Led Zeppelin seront les orientations et les influences musicales auxquelles se référeront les compositions de Machiavel, principalement dans leurs quatre premiers albums.

Machiavel 1976

Que dire de « Machiavel 1976 » ? La deuxième plage, « Cheerlesness » est certainement la meilleure création de l’album avec une très belle maîtrise vocale de Marc Ysaye.  Le morceau suivant, « Cry No More » recèle également de qualités : on y ressent, ma foi, beaucoup de sensibilité et le final est gratifié d’un superbe solo de guitare. « When Johan Died, Sirens Were Singing » est une floraison de sons instrumentaux avec un magnifique piano dès l’intro et la suite est, en quelque sorte, une véritable fresque musicale où claviers, guitare et batterie s’entremêlent judicieusement, surmontés par la jolie voix de Marc. Je trouve également que les trois dernières minutes de ce morceau sont géniales avec une intensité musicale et rythmique croissantes. L’album original se termine avec « Leave It Where It Can Stay » qui peut nous laisser sur notre faim mais signalons que la réédition en CD de 1993 comprend trois titres supplémentaires enregistrés en février 1974 et jamais édités jusqu’alors : “To Be Free” qui constitue une excellente surprise, le sobre “Don’t Remember” (ces deux compositions étant de Roland De Greef) et le trop court « When You Turn Green », écrit par Marc Ysaye, car on a envie qu’il se prolonge. En conclusion, ce premier album est vraiment « bien foutu », l’équipe se met bien en place mais subira déjà des changements : pour le second album « Jester » en 1977, Marc s’efface au chant au profit de Mario Guccio et Jack Roskam s’en va, remplacé par Jean-Paul Devaux.

Machiavel Jester

Incontestablement, avec cet album, Machiavel franchit un palier supplémentaire : Mario, par son large registre vocal, apporte plus de puissance et de « clarté », le son de la batterie est aussi différent, un peu plus « lourd » et ce n’est pas plus mal, Marc pouvant mieux se concentrer sur son instrument de prédilection (toutefois, il accompagnera encore en « back vocals » sur de nombreux morceaux et mieux encore, Mario lui laissant l’occasion, de temps en temps, de retrouver ses origines de chanteur de groupe; on le constatera par la suite). De plus, Albert Letecheur fournit une éblouissante prestation aux claviers et s’affirme comme un pion incontournable sur l’échiquier de Machiavel. Roland De Greef prend de plus en plus d’assurance et le petit dernier, Jean-Paul Devaux, apportera sa pierre à l’édifice. Tout s’imbrique convenablement afin que ce deuxième album soit une confirmation. Effectivement, on n’est pas déçu. Je décerne les lauriers à « Wisdom », la plage d’ouverture, et à « The Jester ». D’autres morceaux comprennent de très bons moments : « In The Reign Of Queen Pollution », « Mr Street Fair » et « Rock, Sea And Tree » valent toute notre attention. Avec ces titres, Machiavel personnalise et impose son style même si l’on devine quelques inspirations « Floydiennes », voire quelques références aux premiers morceaux de Genesis. La réédition de cet album en 1993 propose également deux titres bonus : « The Birds Are Gone » et « I’m Nowhere », deux chansons créées et interprétées par Marc Ysaye qui ne sont pas dénuées d’intérêt : le son des guitares est prédominant et leur jeu déployé est très plaisant.

Machiavel Mechanical Moonbeams

machiavel Rope Dancer

Machiavel attirant de plus en plus de monde lors de ses prestations scéniques (je me rappelle de leur passage mémorable, le 18 décembre 1976, au « Coup de Fusil » au Boulevard de l’Yser à Charleroi, qui n’était pas passé inaperçu, de par son tapage publicitaire, car je fréquentais l’Institut Saint-Joseph situé, à cette époque, juste à côté de ce « café-concert »), la formation enchaîne sur un 3ème album « Mechanical Moonbeams » qui sort au printemps 1978 et qui va accroître sensiblement leur popularité par un seul titre : « Rope Dancer ». Mais ce titre, qui va propulser Machiavel en tête des ventes de 45 tours, ne doit pas occulter le reste de l’album.

Dans l’ordre de mes préférences : « After The Crop » l’emporte et même si « Rope Dancer » a été un énorme succès, c’est le titre le plus fort de cet album avec une montée instrumentale en puissance vertigineuse dont le sommet se situe à 4 minutes 40 avec, il faut le dire, une voix incroyable de Mario Guccio; « Summon Up Your Strengh » durant lequel le chanteur-leader fait, à nouveau, montre d’un potentiel vocal étonnant sur une partition musicale dont la progression, fulgurante cette fois, atteint déjà son point culminant après seulement 1 minute 15 (avant un superbe « instrumental » très « rock’n’roll » qui débute après 3 minutes jusqu’à la fin du morceau !) et l’inquiétant « Mary » chanté par Marc qui narre le premier jour à l’école d’une petite fille implorant sa maman de la ramener à la maison… Les deux bonus du CD « Wind Of Life » et une version « home studio » de « I’m Not A Loser » (un titre figurant sur l’album « Urban Games ») s’ajoutent aux 7 morceaux de l’album original. Pour la petite histoire, sachez que cet album ainsi que le suivant « Urban Games » paru en 1979 ont été enregistrés et arrangés dans les célèbres « Studios Katy » de Marc Aryan qui étaient non seulement renommés pour leur propriétaire mais aussi et surtout pour leurs qualités techniques.

machiavel urban games

Justement, à propos d’ « Urban Games », la formation emprunte d’autres voies musicales et si le public suit (nouveau Disque d’Or et un concert à Forest National à guichets fermés), le claviériste Albert Letecheur préfère quitter le groupe, imité par le guitariste Jean-Paul Devaux qui est aussitôt remplacé par Thierry Plas. Des huit titres qui garnissent les deux faces du 33 tours, c’est « Over The Hill », seconde plage de la face A, aux sonorités franchement « reggae », qui recueille très nettement les suffrages. Pourtant, « Still Alive » et « City Flowers », respectivement les 3ème et 4ème plages de la même face, sont intéressantes à plus d’un titre : non seulement, elles confirment le changement radical de style musical mais aussi, oserait-on le dire, leur construction rappelle étrangement un groupe comme Supertramp. Sur la face B, la première chanson qui m’a marqué est « Let me live my life » qui aurait pu faire un carton comme « Rope Dancer » ! Pour ma part, c’est la chanson « la plus forte » de l’album aussi bien au niveau de sa composition que de son interprétation. « I’m Not A Loser » (qui était déjà présente en bonus sur le CD « Mechanical Moonbeans ») a, me semble-t-il, le même procédé de « montée en puissance » qu’ « After The Crop » d’autant plus que Mario Guccio se déchaîne terriblement à la fin du morceau ! Quant à « Dancing Heroes » que certains critiques internautes qualifient de « plus mauvais morceau de l’album », est-ce une farce sur les gens qui fréquentent les discothèques et qui se défoulent sur le disco, le reggae ou le rock’n’roll ? Il est certain que ce morceau, aux relents résolument « disco », ne ressemble pas beaucoup à Machiavel… Enfin, « The Dictators » fait, une nouvelle fois, songer à Supertramp avec, toutefois, une fin que je trouve trop répétitive. Précisons que le CD comprend une version remixée d’ « Over The Hill » ainsi que la face B de son 45 tours « King Of Slogans ».

Machiavel New lines

1980 arrive ainsi que « New Lines », le 5ème album de Machiavel qui tourne définitivement la page du « rock symphonique ». Adieu les longs morceaux anthologiques, les compositions du groupe ne dépassant plus les 5 minutes (le plus long de l’album original étant « Fade Away », la dernière plage avec une durée de 4 minutes 38). « Fly », qui ouvre l’album, est le deuxième plus gros succès du groupe après « Rope Dancer ». Encore aujourd’hui, il n’est nullement question que Machiavel fasse un concert sans interpréter ce morceau légendaire ! On n’ose le concevoir à moins que, dans un proche futur, il feigne l’ignorer pour l’exécuter en guise de rappel ? Ce serait peut-être là une idée « à creuser » afin que le doute s’installe parmi les fans jusqu’au rappel où, dès la fameuse intro, leur enthousiasme serait décuplée… Pour cet album, outre « Fly », je plébiscite les morceaux suivants : « Lying World », qui pourrait, au même titre que « Memories », la 5ème plage, très bien appartenir au catalogue de Police et « Champagne In Amsterdam », qui allie habilement rock et reggae. Le très rock « Turn Off » ouvre la face B suivi d’ « A Life » que n’auraient pas renié non plus Sting et sa bande. Enfin, je sauterais directement à l’ultime plage « Fade Away » (c’est toi, Marc, qui chante là, si bas, dans le noir ?) dont j’aime assez bien le contraste entre le tempo doux des trois premières minutes et le reste du morceau, carrément « floydien ». Le CD de 1993 inclut quelques pépites : une version « live » de « Turn Off » captée lors de leur concert à Forest National le 14 février 1981; « Sai », la version italienne de « Fly »; l’excellent « Let It Roll » issu d’une session avec Dany Lademacher, guitariste et producteur de l’album; les inédits « Song For Poland » et « Swindler » jamais édités jusqu’alors. En 1981, le quatuor fait la connaissance de deux managers qui, malheureusement, vont entraîner leur chute et provoquer leur séparation. Le contrat est très juteux, assorti d’un enregistrement à Los Angeles sous la houlette de Derek Lawrence, producteur, entre autres, de Deep Purple.

machiavel break out

Pour ce 6ème album « Break Out », nos quatre amis bénéficient de toutes les commodités et vont se mettre à rêver de se produire aux Etats-Unis. Malgré une qualité de son parfaite (j’ai écouté le vinyle original et je peux vous assurer que le son est vraiment d’une netteté incroyable) et quelques morceaux avec de très bons passages instrumentaux, l’ensemble de l’album se révèle décevant. Les compositions ne sont pas de la meilleure veine (est-ce dû à la participation pour tous les titres de l’énigmatique Luc O qui s’était occupé également du management du groupe ?) desquelles s’extirpent nettement « Nobody Knows » et le fantastique « Lay Down » (où Mario excelle encore en prouesses vocales), les deux meilleures chansons de l’album. Et le reste ? Dans une moindre mesure, retenons les deux premiers titres de la face A « Somebody Loves You Tonight » (avec une bonne intro, des couplets prometteurs mais pas de véritables refrains, excepté la sempiternelle répétition du titre) et « Tonight » qui tient valablement la route (excellents jeux de guitares de Roland De Greef et Thierry Plas). L’album s’avère être un échec commercial et afin d’essayer de « renflouer le tiroir-caisse », les managers impose à Machiavel de participer à une tournée en première partie d’Alice Cooper qui s’apparentera plutôt à une déroute financière, suite à une perte de matériel, à laquelle nos amis ne se remettront pas. De retour au bercail, la formation planche déjà sur un prochain album qui, finalement, ne paraîtra pas et les quatre membres se séparent, la mort dans l’âme.

Machiavel live Valentine's day 1982

Pourtant, Machiavel n’est pas encore tout à fait mort. Leur firme de disques EMI décide de sortir en 1983 un album « live » intitulé « Valentine’s Day » de leur concert du 14 février 1981 à Forest National.

Machiavel the cry of pleasure En 1987, Roland, Mario, Marc et Thierry se retrouvent pour un nouvel album « The Cry Of Pleasure » en compagnie du claviériste Paolo Ragatzu. Cet album est rehaussé de la présence, notamment, de Beverly Jo Scott, Dani Klein et Arno (à l’harmonica sur le morceau « Your Soul »). Malgré ce beau monde, les ventes ne décollent pas. Pourtant, à son écoute, le 33 tours (qui n’a jamais été réédité en CD comme le « live » du 14 février 1981) sonne très « années 80 » : « Bad Girl », « Wait », « Fight For Love », « Flesh & Blood » et « Your Soul » présentent, à peu de différences près, le même canevas rythmique et des gimmicks propres à cette décennie. Comparativement, je revendique plutôt, dans l’ordre de mes préférences : « Silences Lead », « Generation », « No Way To Heaven » et « No Regrets ». Dommage que ceux-ci, exceptés « No Way To Heaven » considéré comme le « hit » de l’album, n’aient  pas été exploités sur scène… Au terme de ces retrouvailles, les quatre membres décident d’en rester là et n’enregistreront plus d’album studio avant 1999.

Machiavel best of 1991

Entre-temps, EMI sort « The Best Of Machiavel » en 1991 et c’est Jean-Luc Fonck qui, en 1995, à l’occasion des Francofolies de Spa, fait sortir le groupe de son sommeil. En effet, le célèbre festival propose une « Fête à Sttellla » et notre chanteur humoristique invite donc les quatre compères à venir le rejoindre sur scène. Lorsqu’ils entament « Fly », l’enthousiasme des 10.000 personnes est tel qu’une nouvelle compilation « 20th Anniversary : The Very Best Of Machiavel » paraît dans la foulée, chez EMI, en 1996.

Machiavel-very.jpg

Le succès de cette compilation entraîne la reformation du groupe qui, d’emblée, va enchaîner les concerts et accueillir l’arrivée, en 1997, du claviériste Hervé Borbé qui intégrera le groupe sans aucune difficulté et restituera, avec une fidélité déconcertante, les partitions des quatre premiers albums alors dévolues à Albert Letecheur.

machiavel virtual sun

Après une longue parenthèse de 12 ans, Machiavel renouvelle sa discographie avec la sortie, en 1999, de « Virtual Sun », le 8ème album studio. Comme je vous le disais en début d’article, c’est un album que j’apprécie beaucoup pour la qualité de ses compositions, l’ambiance musicale qu’il dégage, le parfait dosage des instruments et la performance vocale de Mario Guccio qui, et j’espère que c’est un avis unanimement partagé, est au sommet de son art. De plus, Machiavel renoue avec des morceaux de longue durée : quatre des onze morceaux dépassent cinq minutes ! La plage titulaire « Until The End » est très bien choisie pour ouvrir l’album et met parfaitement en place le paysage musical dans lequel l’auditeur va voyager. Je me rappelle également que la même chanson débutait leur fameux concert, auquel j’assistais, le 2 avril 1999 à l’Hôtel de Ville de Charleroi. « Something » et « It’s a Dream Again » sont deux très bonnes chansons qui peuvent figurer dans les meilleures que la formation ait composées. « Down On My Knees » est superbe avec des changements de rythmes dantesques.

 Mario Guccio 3

Mario, j'aime quand tu fais tes grands yeux...

Marc Ysaye s’offre une récréation vocale avec le très joli « Dirty Hands » ainsi qu’avec le très acoustique « Mary’s Dream », une suite de « Mary » sur « Mechanical Moonbeams » de 1978. J’accorde également une mention spéciale à « The Rumour », très rock, taillé pour le « live » avec un super Mario et une brillante prestation de Marc à la batterie. « Running In The Desert Again » clôt admirablement bien un album pour lequel on s’empresse d’appuyer sur la touche “repeat” tellement il y a de très bons morceaux à découvrir et cela vaut aussi pour les autres titres non abordés. Il n’y a donc rien à négliger sur cet album qui, pour moi, vaut les premières créations. On dirait vraiment que la formation est revenue « aux racines ». En tout cas, quelle pêche après 12 ans de disette !

Machiavel live

Lors de ma rencontre avec Marc, je lui avais posé la question à quand un CD « live » de Machiavel et ça ne se fit pas attendre puisqu’un double album sortit encore en 1999, quelques mois plus tard, des suites d’un enregistrement public effectué à l’Ancienne Belgique, le 22 décembre 1996, à l’occasion de leur « 20th Anniversary Tour ».  C’est « Mechanical Moonbeams » qui s’octroie assez logiquement la plus grosse part de la « tracklist » avec 5 morceaux : « After The Crop », « Summon Up Your Strengh », « Mary », « Rope Dancer » et « Fifth Seasons »; 3 sont tirés de « New Lines », à savoir l’inévitable « Fly », « Turn Off » et « Fade Away »; 2 de « Jester » : « Wisdom » et « Jester »; 2 également de « Break Out » : le terrible « Lay Down » et « Nobody Knows » alors que « Machiavel 1976 » (« Cheerlesness ») et « The Cry Of Pleasure » (« No Way To Heaven ») ne sont représentés, chacun, que par un seul titre. Deux inédits « Solstice » (un morceau du talentueux Hervé Borbé) et « I’m In Love » complètent ce concert agrémenté de la présence de Monsieur Toots Thielemans sur « Rope Dancer » et de l’intarissable Jean-Luc de Sttellla sur une reprise désopilante de « Fly (Fly-o) ».

cdoriginalhits.jpg

Machiavel Anthology

Marc... Te souviens-tu de ce clip ?

Twilight

Paraissent ensuite deux compilations « Original Hits » (2000) et « Anthology » (2001), rendue beaucoup plus intéressante par la présence d’une nouvelle chanson « Heaven’s Rules » sortie en single et de morceaux inédits enregistrés durant « l’après Machiavel » par les membres dans leur formation respective : Mario Guccio et Roland De Greef pour Beige Neige (« Stranger » 1983); Marc Ysaye et Albert Letecheur pour Twilight (« Only Five » 1984), Thierry Plas pour The Responsibles (« Dear America » 1994) ainsi qu’un morceau du groupe Purple Rose (« Who Wants To Be Lonely ») auquel participèrent, en 1999, Marc Ysaye et Thierry Plas en compagnie de la célèbre chanteuse de Vaya Con Dios, Dani Klein. La formation multiplie les concerts pour le plus grand bonheur des fans qui n’ont « rien oublié ». Cela ne fait aucun doute, Machiavel est reparti pour de nouvelles et belles aventures sur la route du succès.

Machiavel welcome to Paradise 2003

Le groupe se remet au travail pour la sortie d’un nouvel album « Welcome To Paradise » en 2003. Ce dernier débute par un très bon « Time Is Like A River » avec de belles sonorités instrumentales. C’est « carré », bien joué, sans forcer, peut-être, mais c’est juste et précis, du bel ouvrage comme le morceau qui suit, « Wild As The Wind », un slow sulfureux, où les voix de Mario et de Marc se marient parfaitement… J’aime bien aussi « You’re The Woman », plus intense, avec des guitares « dominantes » avec, encore une fois, un très bon son… Le meilleur de l’album, pour ma part, se situe dans ces 3 premiers morceaux. Des neuf autres morceaux composant cet opus, retenons « Take All The Moments », une composition bien emmenée vocalement avec une prestation remarquable de Marc Ysaye à la batterie; « Killing Life » (l’un des deux morceaux les plus longs avec l’émouvant « So Long », en hommage au regretté Pierre Rapsat), certainement l’un des plus complexes à jouer (la partition à la batterie, il faut « se la taper », elle n’est pas si évidente que ça, et bravo à Hervé Borbé aux claviers) et, enfin, « Save My Soul » interprétée par Marc (qui se charge également de « The Real Show ») avec beaucoup de sobriété. Cependant, l’album se révèle, me semble-t-il, un peu moins inspiré que le précédent. Au terme de celui-ci, la formation part en tournée de mars à décembre 2003 avec, notamment, une double prestation aux Francofolies de Spa. En juin 2003, EMI paraît une nouvelle compilation « The Essential Of Machiavel ». Le 5 mai 2004, le groupe apprend avec une profonde tristesse la disparition d’Albert Letecheur à l’âge de 52 ans. Quel dommage qu’il n’ait pu avoir la possibilité de remonter sur scène, ne fut-ce qu’une seule fois, aux côtés de ses ex-compères…

Machiavel 2005

Début 2005, c’est la sortie de « 2005 », le dernier album studio en date, précédé du single « Chronic Love ». Une poignée de sceptiques diront qu’ils y trouveront des mélodies formatées; il n’empêche qu’elles seront d’une efficacité redoutable, surtout sur scène : en octobre 2007 paraît « Machiavel live in Brussels » et pas moins de 8 chansons sur les 13 qui constituent l’album seront reprises ! Mais revenons brièvement sur cet ultime enregistrement : outre « Chronic Love », « Watching The Time » et « The Might Is Right » sont vraiment plaisants, la nouvelle « cuisine » de Machiavel est appétissante ! Toutefois, recherchant encore plus d’originalité, j’accorderais prioritairement mes préférences à des morceaux « plus rocks » : « Ronny Runs » et « She’s a Snake », ce dernier titre où l’on entend que notre cher Mario n’a décidément rien perdu de sa verve vocale ! Enfin, trois morceaux dégagent des thèmes et des atmosphères musicales intéressantes : le réalisme et la sensibilisation sur la “politique de l’autruche” et l’impuissance face à la guerre dans un monde de désolation où l’on ose croire encore à la race humaine dans « Washing Their Hands », les besoins d’existence et d’appartenance dans « Your Shoulder », le paranormal dans « Roaming With Ghosts ».

Machiavel live in BrusselsLa fin de l’année 2007 sera donc machiavélique avec le « Live in Brussels » (à coloration « 2005 » avec 8 titres, dans l’ordre de leur interprétation : « Washing Their Hands », « The Might Is Right », « Chronic Love », « Watching The Time », « Ronny Runs », « She’s a Snake », « Hearing The Rain » et « River Of Shame », 4 titres de « Welcome To Paradise » : « Time Is Like A River », « Wild As The Wind », « You’re The Woman » et l’excellent “Killing Life”, le fulgurant « Down On My Knees », extrait de « Virtual Sun », les incontournables “Fly” et “Rope Dancer” ainsi qu’un medley, sur le deuxième CD, composé de “No Way To Heaven”, “Over The Hill”, “Lay Down” et “Turn Off”) et, en décembre, le DVD “Live At Coliseum” filmé à Charleroi le 16 juin 2007 à l’aide des moyens techniques de la RTBF orchestrés, de main de maître, par Jean-Philippe Luxen.

Machiavel Live at the coliseum

À noter le très bon documentaire « The third life », d’une durée de 53 minutes, réalisé par Christophe Dumoulin et David Haremza, riche en interviews, confidences, photos et documents vidéos d’archives, qui nous permet de découvrir les passions des membres du groupe, de nous immiscer durant les répétitions et de nous infiltrer dans les coulisses avant et après le concert. Des impressions sont également recueillies auprès des spectateurs, jeunes et moins jeunes. Pour la plupart, ce sont des inconditionnels mais il y en aussi pour qui c’est la « toute première fois ». Mais leur avis est unanime : c’était super et leur analyse, aussi courte soit-elle, n’est pas usurpée. Si vous n’êtes pas spécialement fan mais que vous avez envie de découvrir Machiavel, je vous invite à vous procurer ce DVD, et, ce qui n’est pas dédaignable de nos jours, vous passerez vraiment un très agréable moment.

machiavel acoustic

La dernière sortie discographique de Machiavel remonte à mai 2009 avec un album « live » enregistré durant leur tournée « unplugged » en 2008. Celui-ci comprend des versions joliment dépouillées et savamment réarrangées de 6 titres de « 2005 » : « Wondering », « Chronic Love », « Ronny Runs », « She’s a Snake », « Washing Their Hands » et « Hearing The Rain »; 2 de « Urban Games » : « Over The Hill » et « Still Alive »; 2 de « Break Out » : « I Need It » et « Lay Down »; et, enfin, de 2 de « Mechanical Moonbeams » : « Rope Dancer » et « Mary ». Quelques versions sont carrément surprenantes et offrent d’autres couleurs musicales que les originaux.

Voilà. À vous, fans de Machiavel, j’espère que cet article ne vous aura pas déçus. Quant aux autres, maintenant, vous connaissez mieux cette formation; il ne vous reste plus qu’à l’apprécier.  

En bref :

Marc Ysaye 2

Marc Ysaye est le créateur et directeur de Classic 21. Il est aussi l’animateur légendaire des Classiques du dimanche matin, une émission qui figure dans la grille des programmes depuis le 3 janvier 1988. Entré à la RTBF en 1982, il travaille dans l’ombre de Claude Delacroix pour ensuite gravir, petit à petit, les échelons de la hiérarchie et devenir directeur d’antenne sur Radio 21 en 2001. Le 31 mars 2004, Radio 21 éclate en 2 nouvelles chaînes : Pure FM et Classic 21 qui démarrent le 1er avril. Depuis que Marc a pris les rênes de la chaîne, les chiffres d’audience de Classic 21 sont en constante progression… Mais c’est aussi bien évidemment le fruit du travail de toute une équipe soudée derrière son directeur…

lesclassiquesdemarcysaye small

Pour tout savoir sur son extraordinaire parcours, je vous invite à découvrir « Les Classiques de Marc Ysaye, 21 ans de passion » paru aux Editions Racine en 2009, un chouette livre avec des anecdotes cocasses et savoureuses. Marc est également l’auteur de l’ouvrage « Making Of : la réalisation de 21 albums légendaires » paru aux Editions Le Cri en décembre 2009.

Making Off Marc Ysaye

Marc retrace en détail l’histoire et la conception de 21 albums rock incontournables. Mais, « Making Of », c’est aussi une émission qu’il a créée en collaboration avec Laurent Rieppi et qui est devenue, après 300 numéros, l’une des plus « podcastées » de la RTBF. Marc est l’arrière petit-fils du célèbre violoncelliste Eugène Ysaye (1858-1931).

Mario Guccio

Mario Guccio et Roland De Greef sont les courageux initiateurs du label « Moonzoo Music » dont sont issus les deux derniers albums « Live in Brussels » et « Acoustic » de Machiavel. Ce nouveau label se veut être aussi un découvreur de talents en Belgique et compte pas moins d’une quinzaine de groupes et d’artistes à son actif. Une primeur et une exclusivité en Belgique alors que la crise du CD bat son plein.  

Roland De Greef

Vous en saurez plus en allant sur le site www.moonzoomusic.be où vous serez informé des dernières nouveautés et, en plus, vous aurez également la faculté d’écouter des extraits de chaque album produit par Moonzoo.

Thierry Plas 2

Thierry Plas : quand l’actualité de Machiavel est en veilleuse, Thierry compose pour le cinéma et la publicité via son studio d’enregistrement Zoo-Music. C’est lui aussi qui a signé les jingles sur Classic 21. Ayant accompagné pas mal d’artistes, entre autres, Pierre Rapsat et Beverly Jo Scott, Thierry a joué de la guitare et s’est occupé de plusieurs arrangements sur l’album « The Promise » de Vaya Con Dios.

Hervé Borbé

Hervé Borbé : en dehors de Machiavel, il se révèle être un peintre bourré de talents ! Spécialiste de l’abstrait, il a conçu notamment la pochette de l’album « 2005 ». Claviériste exceptionnel, il est le frère du poète et chanteur pour enfants, André Borbé.

Par BERNIE - Publié dans : Made in Belgium - Communauté : Nos années vinyles oubliés
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