Du haut de ses 13 ans, Pierre n’a qu’un seul désir : faire de la musique. Mais à son âge, il n’a pas trop le choix : il doit aller à l’école. Il aime trop ses parents que pour les décevoir. Pourtant, ce mot de 7 lettres qui rime comme magique ne le quitte pas, il y pense tout le temps et grâce à l’argent qu’il a économisé, il se décide à orienter son destin en achetant une guitare. En donnant cet argent pour acquérir sa guitare, Pierre se forge un serment : elle lui servira pour gagner sa vie, pour concrétiser son rêve et pour en donner à ceux qui écouteront sa musique. Pierre est fou des Beatles et des Rolling Stones, il est attentif au son de ces groupes et il a une folle envie de faire comme eux… Mais il faut qu’il aille au bout de ses études et patiemment, il attend le temps de la délivrance en écrivant des mélodies. Fin novembre 1964, Pierre intègre, au pied levé, la formation « Les Tricheurs » pour tenir la guitare rythmique. Ce sera sa première et… dernière apparition au sein de ce groupe prié par le patron, excédé par leur musique, de déguerpir le plancher de la salle où il se produisait ! Le 28 mai 1966, Pierre fête ses 18 ans et son seul et unique objectif n’a pas changé; la musique le hante, le berce, le saoule continuellement. Il écrit et compose sans cesse, fréquente les milieux branchés où baigne le rock progressif en espérant faire des rencontres déterminantes qui lui permettront de faire reconnaître son travail. L’une d’entre elles sera capitale, le jour où il rencontrera, à la terrasse d’un café à Verviers (bien que natif d’Ixelles, Pierre vit désormais à Verviers où ses parents se sont définitivement fixés après plusieurs déménagements et il s’est très attaché à cette ville ainsi qu’à sa région), le compositeur et producteur Eric Van Hulse mieux connu à l’époque sous le nom d’emprunt d’Eric Vion (inspiré de l’accouplement des noms de François Villon et Boris Vian). Pierre fait partie, avec Francis Geron (patron du désormais légendaire Spirit of 66, café-concert situé Place du Martyr 16 à Verviers où le rock est roi avec une moyenne de 200 concerts par an !) d’une formation appelée « Les Ducs » qui s’amuse à animer bals et thés dansants dans la région de Verviers.
Pierre (à l'extrême gauche) au sein des "Ducs"
Eric écrit des textes et est conquis par la personnalité de Pierre qui lui soumet une de ses musiques. Tout de suite, le courant va magnifiquement bien passer entre les deux hommes qui se découvrent des talents communs. Eric se laisse convaincre par une des compositions de Pierre et enregistre « Une poignée de neige ». C’est une ballade sans prétention et la chanson ne captera pas les esprits. En 1969, le récent duo concrétise son association en signant les deux morceaux, « The bird and the hunter » et « Tomorrow, the moon », issus du premier 45 tours d’un groupe belge verviétois, Tenderfoot Kids. Sur la pochette, en découvrant les crédits, on s’aperçoit que Pierre se fait appeler Peter Raepsaet (Raepsaet est son véritable nom, issu de l’origine flamande de son père et Peter, provenant de l’imaginaire d’un journaliste, sera rejeté plus tard au profit de son véritable prénom). D’autres singles pour cette formation seront signés des deux compères qui composent également en parallèle pour un autre artiste : Paul Simul avec, notamment, le très remarquable 45 tours composé des titres « Light the light » et « Sadist ». S’il n’a pas encore connu le véritable succès, « Pierrot », comme ses amis intimes le surnomment, est au comble du bonheur : il FAIT de la musique et il est persuadé qu’un jour, sa ténacité sera récompensée. En 1970, il propulse Tenderfoot Kids dans le top 5 des meilleures ventes en Belgique avec « Time is up ». Le morceau est séduisant aussi bien d’un point de vue orchestral qu’auditif; qualitativement, la ligne mélodique rivalise avec ce qui se fait de mieux dans le même style musical de l’autre côté de la Manche. Mais Pierrot ne désire pas musarder en chemin, il veut franchir une nouvelle étape et sortir de l’ombre.
De haut en bas : Pierre Rapsat, Yvan Hubert, Christian Boissart, Francis Dozin et André Marquet
"Deborah, Jane and Laurelie"
La même année, il fait officiellement partie du projet d’Eric Van Hulse qui produit une nouvelle formation appelée « Laurelie » où il apparaît en premier plan sur la pochette de l’album avec Christian Boissart (guitare et chant), Yvon Hubert (piano, orgue et chant), Francis Dozin (flûte et chant) et André Marquet (batterie). Outre son travail d’écriture (il se charge de la composition musicale de la quasi-totalité des titres, à l’exception de deux morceaux), sa participation vocale et son jeu impeccable de guitare basse sont d’une importance capitale dans la qualité générale de cet album éponyme. La sortie de l’album (sous le label Triangle, une sous marque de Barclay) n’échappe pas à l’attention de Piero Kenroll, grand spécialiste de l’histoire du rock en Belgique (il est régulièrement invité aux « Classiques » de Marc Ysaye sur l’excellente chaîne de radio belge Classic 21) et, à l’époque, journaliste au magazine Télé Moustique. Le chroniqueur fait la connaissance de Pierre par l’intermédiaire de Francis Dozin, le chanteur de Laurelie. Piero Kenroll côtoie également à cette époque un certain Friswa qui se fait d’ailleurs appeler Big Friswa eu égard à son physique impressionnant. Les membres du groupe Laurelie se séparent après cet unique album qui, pourtant, méritait un prolongement. Pierre ne va pas tarder à faire partie d’un autre groupe.
Christian Servranckx, Pierre, Tim Brean et "Big Friswa"
Avec Friswa, à la guitare et au chant, qui provient de la formation Les Partisans, Tim Brean, aux claviers et au chant, Christian « Chris Tick » Servranckx, à la batterie et au chant, issus tous deux du « Tim Brean Group », il prend la place du bassiste Rémi Bass parti vers d’autres horizons musicaux pour participer à la brève mais ô combien exaltante aventure de Jenghiz Khan, nom sorti de l’imagination de Piero Kenroll en s’inspirant de la stature terrifiante de Friswa ! Kenroll et Vion s’associent pour produire l’album « Well Cut » qui, d’emblée, fait un ravage en Belgique. De plus, on s’y intéresse hors de nos frontières : l’album séduit en France et en Angleterre où il reçoit un fervent accueil et d’élogieuses critiques ! Si la sauce « Laurelie » avait bien pris avec ce mélange de pop psychédélique et de rock progressif (où les morceaux, sur le plan instrumental, étaient dominés majoritairement par la flûte élégante de Francis Dozin) « Well Cut » de Jenghiz Khan frappe par sa maturité, la puissance de ses compositions ainsi que par sa multiplicité stylistique : acid-rock, blues-rock et même hard rock ! Musicalement, on en prend plein les oreilles ! Ce disque qui, malheureusement, n’aura également aucune suite est devenu un album culte, une référence 5 étoiles dans le rock belge au même titre que le premier enregistrement de Machiavel !
"Campus A" et "Campus B"
C’est Kenroll qui se charge d’écrire les paroles des morceaux dont les musiques sont composées par Friswa (renseigné « Frisma », à cause d’une faute d’orthographe, sur la pochette illustrée par Jamic, le caricaturiste « maison » du magazine belge Télé Moustique) pour « Pain » (sublime plage d’ouverture), les fantastiques « Campus A » et « Campus B » ainsi que pour l’immanquable « Hard working man » et par le claviériste Tim Brean pour le somptueux « The moderate », l’acoustique et très beau « Mad Lover » ainsi que pour la gigantesque fresque musicale qui clôt l’album, « Trip to paradise ». Enfin, Kenroll signe les paroles et musique de « The Lighter », morceau doté d’une impressionnante palette musicale (le son fabuleux des instruments, d’une incroyable modernité) ornée de judicieux chœurs.
"The Lighter"
Et Pierre dans tout cela ? Eh bien, il aurait dû être à l’origine d’un des titres qui, faute de temps, n’a pu être achevé avant l’enregistrement de l’album. N’empêche, sa présence au sein du groupe éclate par son indéniable talent et par son incomparable énergie. En concert, l’alchimie se produit et le public est conquis dès leur apparition : d’août 1970 à août 1971, Jenghiz Khan fait des ravages sur scène dont les prestations sont saluées par une foule en transe comme lors de leur passage au 10ème Festival annuel de la Guitare d’or à Ciney le 11 juillet 1971. Hélas, mille fois hélas, le groupe se disloque suite au départ de Friswa pour le Wallace Collection (déjà sur le retour, alors que « Daydream » n’est plus qu’un merveilleux souvenir et qu’il ne reste plus qu’un membre de la formation initiale, le batteur Freddy Mieuland). C’est d’autant plus dommage que Pierre avait beaucoup travaillé à la composition du nouveau titre qui devait sortir en single : « It’s my way ». La vie est un éternel recommencement… Pierre doit se remettre en question et décide d’intensifier son travail vocal et… son anglais. S’il veut se faire un nom, il n’a plus comme seule alternative que d’envisager une carrière solo. Pierre s’arme de patience et sait que son heure viendra. Fidèle parmi les fidèles, Eric Van Hulse est toujours à ses côtés, prêt à décrocher la moindre opportunité de contrat. Pierre croit en Eric et c’est réciproque. Alors que le duo bosse sur des textes (qu’Eric signera sous le pseudonyme de Lowery) et des musiques qui devraient bientôt voir le jour, Eric parvient à obtenir un rendez-vous avec les Editions Warner. Songeant déjà à une infiltration sur le marché étranger, le disque intitulé « New York » sort d’abord en anglais avant la version française.
"Music man", "New York" (Fondation et Civilisation)
Ce premier album est une réussite sur la qualité de son enregistrement. La prise de son est remarquable, la tonalité des instruments est parfaitement réglée et la voix de Pierre est extrêmement bien mise en valeur. Réalisé en mars 1973, Pierre a bénéficié du confort des studios Frémontel, là même où Johnny Hallyday s’est fixé pour graver plusieurs chansons. C’est dire si Pierrot n’a pas lésiné sur les moyens. De plus, il peut compter sur d’excellents preneurs de son : Claude Sahakian a collaboré notamment avec Michel Jonasz tandis que Michel Roy a été également sollicité à de maintes reprises pour sa précision. Le mixage a été effectué au studio Europasonor par Jean-Pierre Orfino (le mari de Jeanne-Marie Sens dont je reparlerai plus tard) qui fit partie des Pirates auprès de Dany Logan, le tout magnifiquement supervisé par un des maîtres en la matière, Roger Roche, ingénieur du son pour plusieurs albums de Claude François. Au rayon des musiciens, citons Patrice Tison aux guitares, basse et claviers (Jean-Jacques Goldman, Bernard Lavilliers,…); Albert Marcoeur à la batterie, aux percussions et instruments à vent (multi-instrumentiste, appelé le « Zappa » français, il eut plusieurs albums à son actif et travailla avec Dick Annegarn); le batteur belge Jean-Pierre Onraedt apporte aussi son concours (collabora avec Marc Moulin pour le projet « Placebo ») et les chœurs exclusivement féminins sont assurés par Madeline Bell (avec Freddie Mercury et Montserrat Caballé sur l’album « Barcelona » ainsi qu’avec Johnny Hallyday sur « Rock’n’Slow » et « Flagrant Délit »), Kay Garner (Johnny Hallyday, mais aussi Lou Reed et Serge Gainsbourg) et Joan Wilson (qui fera un hit « Dance » en 1996 avec « Celebrate (The Love) » dans le cadre du projet éphémère Zhi-Vago). Bref, comme on peut le constater, Pierrot est entouré d’une équipe talentueuse et même si ce premier essai n’accroche pas véritablement le grand public, il faut reconnaître qu’il regorge de morceaux très intéressants comme « Music Man », « Bon Appétit » (« Sammy The Bee » en anglais) et, bien sûr, « New York » divisé en deux plages nommées « Fondation » et « Civilisation ». La démarche créatrice de ce premier album solo est intéressante à plus d’un titre, Pierre nous invite à découvrir son paysage musical, pas forcément optimiste, loin de là. La plage d’ouverture « Introduction (voyage) » est comparable à un début de semaine banal comme les autres où des voyageurs, sans vie et sans âme, s’engouffrent dans un métro où « des mômes se cament, des psychodrames se trament… ». Ensuite, à la vitesse de la lumière, on subit une « transportation » dans un monde futuriste où le dernier vestige d’une nature saine est… une dernière jonquille (clin d’œil à Hugues Aufray qui chantait « Des jonquilles aux derniers lilas » ?). « Music Man » est une mini révolte en soi, Pierre déplore ces « marchands de musique » « qui t’écoutent sans entendre ». La dernière strophe est vraiment révélatrice de sa rébellion :
Ce n’est pas une chanson mais le trac
D’être un jour consommé dans les produits en vrac…
Le travail… Le talent… des clous !
Ça, coco, le public s’en fout !
La promotion, un point c’est tout !
« La clé » propose des interrogations successives sur notre existence… Sommes-nous seuls au monde et « rien que le fruit du hasard » ?... « Le Géant » évoque la puissance d’un être surhumain, immortel qui sommeille en chacun de nous… Dans « Bon Appétit », ce sont les années de galère pendant lesquelles Pierre a mangé son pain noir. Le texte est très bien fait et sa continuité traduit parfaitement le titre de la chanson; en voici quelques bons passages choisis : « J’en ai soupé de toujours déguster », « souvent j’ai gobé des histoires à dormir debout », « On se nourrit d’illusions », « j’ai digéré des affronts », « Il faut apprendre à bouffer à tous les râteliers »… Jolis jeux de mots ! « Trois roses froides » tissent le portrait peu flatteur de trois filles finalement peu recommandables… Pierrot les a-t-il connues ? La tromperie ne serait-elle que presqu’exclusivement féminine ? « Sans histoire » conte l’histoire d’un homme qui traîne son ennui dans un bar enfumé lorsqu’il aperçoit une fille qu’il désirerait connaître au point de lui dire « tu » alors que c’est la première fois qu’il la voit… Enfin, la fresque « New York » est un bien piètre tableau de la ville dont la noirceur des tours cache un ciel qu’on voudrait qu’il soit bleu; on n’aimerait pas y vivre, ni s’y promener dans cette « ville-araignée », « un corps malade qui tousse et geint, par tes rues étouffé ». Bien triste constat d’une ville où ne règnent que « des flics, des gangs et des poubelles »… Si la guitare est le « maître » instrument (superbe dans « Music Man »), on saluera la présence de cuivres dans « Bon Appétit », « Trois roses froides » (à la fin, où les sonorités saccadées laisseraient croire à un langage codé comparable au morse) et, bien évidemment, oserait-on dire, dans « New York » où la diversité instrumentale est de mise (cordes, piano, percussions, effets sonores...).
"L'ombre et la lumière", "Chanson à ma femme",
"Adieu, les clowns !", "Le brochet"
1975… La chanson française accueille de nouveaux talents et surtout de nouveaux textes. Johnny Hallyday et Claude François, les deux champions des 60’s, doivent désormais compter avec Souchon, Jonasz, Sheller et Berger (lequel n’est pas un jeune blanc bec puisqu’il figurait déjà sur la photo mythique de Salut les copains !). De son côté, Pierre veut également pointer le bout de son nez et il est impatient de sortir son deuxième album « Musicolor », toujours sous le label Atlantic (distribué par WEA filipacchi music). Étant dans la même maison de disques que Véronique Sanson et Jeanne-Marie Sens, Pierre ne veut pas faire figure de « petit nouveau » ou de « bon dernier ». Désireux de s’entourer des meilleurs, il recrute Michel Bernholc pour la direction d’orchestre. Qui plus est, Michel est l’un des chefs les plus demandés et il s’occupe d’ailleurs des arrangements pour Véronique Sanson et Michel Berger (également pour Sardou, Goldman, Jonasz, etc…, il dirigera aussi les enregistrements de Starmania). D’autre part, Michel apportera une contribution importante à l’accompagnement musical puisqu’il jouera les partitions de piano aux côtés d’Albert Marcoeur (batterie, percussions, pipeau et clarinette), Patrice Tison aux guitares (tous deux déjà présents sur « New York »), Pascal Arroyo à la basse et François Bréant aux claviers. En accompagnement vocal, on trouve le duo « Darras et Desumeur » issus du groupe rock éphémère « Présence » qui comptait en ses rangs un certain Daniel Balavoine. Roger Roche et Georges Blumenfeld mixent le tout avec l’assistance de Jean-Pierre Pouret. Si l’on ne présente plus le premier, Blumenfeld sera l’ingénieur du son de « La déclaration d’amour » pour France Gall en 1974 et Pouret compose la musique d’ « En plein cœur » pour Jeanne-Marie Sens en 1973 avant de s’orienter plus tard dans la musique de films… pornos. A la supervision générale, on retrouve Jean-Pierre Orfino qui avait déjà réalisé un excellent travail sur « New York ». Quant aux paroles et musiques de « Musicolor », elles sont toujours signées Eric Van Hulse et Raepseat, Pierre souhaitant garder son identité originale pour les crédits des chansons. Si le 45 tours « Faut pas grand’ chose pour être heureux » avec, en face B, « Chanson à ma femme » est censé être la « locomotive » de l’album, on aurait pu rêver choix plus judicieux. Il est incontestable que cette dernière, mélodiquement parlant, surclasse la face A que Jonasz ou Sheller n’aurait pas renié. On peut même carrément dire que c’est « la » meilleure chanson de l’album. « Chanson à ma femme » est on ne peut plus explicite sur la « transformation » que Pierrot a subi lorsqu’il a rencontré la femme qui allait devenir son épouse. Il avait envie de lui dire tous ces « mots-fleurs » qui lui tenaient tant à cœur. Bref, c’est une ode à la femme de sa vie. « L’ombre et la lumière » est musicalement très plaisante; la ligne mélodique est souple, les instruments sont bien à leur place et les chœurs judicieusement posés en prolongement de « L’ombre et la lumière » comme pour encore mieux souligner le contraste des mots : c’est un délicieux vent de fraîcheur qui nous caresse les tympans… « Musicolor » (qui décrit un pays idyllique où tout le monde se sent heureux, « où l’on chante sous la pluie ») est savoureusement country, « Un jour, les couleurs » (c’est la révolte des couleurs avec l’arrivée d’une nouvelle espèce « les caméléons » dans un monde en ruine !) et « Adieu les clowns » (Van Hulse jongle avec les mots : « Charlie Brown part à Hong Kong, Mireille Mathieu épouse King Kong ») sont les chansons « rock » de l’album. Passons brièvement aux quatre chansons restantes de « Musicolor » : « Djumbo, l’Averick » ou la tendre histoire d’un cheval libre et fou devenu bête de cirque jusqu’un soir où il s’évade pour ensuite finir sous « la flamme bleue d’un fusil »; « Le Brochet » qui conte un pêcheur mort d’ennui après la prise d’ « un vieux brochet »; le déjanté « Rapsatus vulgaris » qui présente « un oiseau rare de la famille des bêtes de scène » sur une musique survoltée (Pierrot a-t-il composé ce morceau un soir de « défonce » ?) et « Buster Keaton », un hommage à « l’homme qui n’a jamais ri ». Au bout de plusieurs écoutes, l’album se révèle particulièrement audacieux et franchement bon mais, néanmoins, se situant en deçà de son prédécesseur attirant dès sa première audition. Quelques très bons passages musicaux sont à mentionner : les riffs ravageurs de guitares dans l’intro d’ « Un jour, les couleurs », l’excellente orchestration sur « L’ombre et la lumière » avec un très joli touché de guitare sèche, les magnifique terminaisons musicales de « Djumbo l’Averick » (de 2’20" à 3’52") et d’ « Adieu, les clowns » (de 3’12" à 3’34" avec une superbe trompette solo dont le son s’extrait peu à peu d’un ensemble instrumental pour finir toute seule en apothéose, de 3’34" à 3’55"); enfin, épinglons la jolie fresque musicale qui entoure le septain dans « Le Brochet » avec une très belle et longue intro (1’36") où le son d’une guitare n’a jamais été aussi beau et, enfin, l’ultime plage « Buster Keaton », la plus longue du disque (4’32"), qui renferme un style musical bien caractéristique dont nous retrouverons des variantes dans d’autres compositions de Pierre. En ce qui concerne les versions anglaises de ces deux premiers albums, j’accorderai une préférence à celle de « New York » où la langue semble mieux adhérer aux musiques que dans le second où on privilégiera plutôt la version française.
6 avril 1976, la tension est à son comble dans les coulisses de l’immense complexe du Congresgebouw à La Haye (Pays-Bas) où se déroule le Grand Prix Eurovision de la Chanson. Pierrot se demande bien ce qui lui a pris d’accepter l’offre de la RTB de représenter la Belgique… N’empêche, quoi qu’on en dise, l’Eurovision, c’est une fameuse vitrine devant des centaines de millions de téléspectateurs. Et il a foi en sa chanson « Judy et Cie », une petite perle qu’il défendra du mieux qu’il le pourra. Il la chantera simplement et naturellement, sans tralala, sans songer un seul instant qu’il gagnera la compétition. Non, son objectif de prime abord, c’est de se démarquer de cette « mixture » musicale à laquelle chaque pays semble adhérer afin de remporter le précieux trophée… Pierre est prêt, la guitare à la main, il scrute les derniers instants de l’interprétation de « Chansons pour ceux qui s’aiment » de Jürgen Marcus qui défend les couleurs du Luxembourg. Dans sa tête résonnent les premières notes de « Judy et Cie », il sait qu’il ne doit pas être trop haut, ni trop bas et qu’il devra être parfaitement en phase avec l’orchestre dirigé par Michel Bernholc. La présence de ce dernier rassure Pierre puisqu’il s’est occupé des arrangements de « Musicolor ». Tout va donc bien se passer, il est en confiance… La prestation peu convaincante du représentant luxembourgeois se termine (c’est une piètre chanson à boire !) et Pierre se prépare à entrer en scène. Il sait que la mélodie de sa chanson n’a absolument rien à voir avec le style musical propre au Concours comme celle du morceau interprété en lever de rideau par le futur vainqueur de la compétition, le groupe britannique Brotherhood of Man avec le titre racoleur « Save your kisses for me ». Malgré le trac qui lui fait presque rater sa première mesure, Pierre parvient peu à peu à se décrisper pour finalement livrer une interprétation toute en finesse et sobriété. Au bout du compte, c’était une excellente idée, cette chanson hors format dont le texte brillant d’Eric Van Hulse convenait très bien à l’écriture musicale de Pierre. Un petit bijou… qui, au terme des votes, ne se classera qu’à une huitième place imméritée juste après le couple italien Al Bano et Romina Power. Pour Pierre, ce résultat n’a aucune importance, il a marqué ce Concours de son empreinte en y imposant une chanson qui ne laissera pas quelques jurys indifférents comme ceux des pays repris ci-dessous :
Finlande : le maximum, soit 12 points !
Italie, Portugal et Monaco : chacun 8 points
Royaume-Uni : 7 points
Suisse et Norvège : chacun 6 points
France : 5 points
Pays-Bas : 4 points
Autriche : 3 points
Israël : 1 point
Allemagne, Luxembourg, Irlande, Grèce, Espagne et Yougoslavie ne lui accordant aucune unité…
Toutefois, « Judy et Cie » sera unanimement appréciée par les spécialistes et bénéficiera de multiples pressages étrangers ainsi que son insertion, par sa maison de disques WEA, dans une compilation (de ses deux premiers albums « New York » et « Musicolor » !) intitulée du titre de la chanson et agrémentée de trois titres inédits : « Harold et Maude », « Rien qu’une vie » et « Doc Holyday ». Pierre n’approuve vraiment pas la sortie de cette compilation et il n’hésite pas à le faire savoir aux responsables de WEA. Une inévitable rupture s’ensuit mais grâce aux qualités de ses deux premiers albums et à l’aura de l’Eurovision, il est en pourparlers avec une autre célèbre firme de disques qui est déjà prête à l’enrôler… Ce sera RCA…
À SUIVRE…
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La fin de l’année 2007 sera donc machiavélique avec le « Live in
Brussels » (à coloration « 


























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