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LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films

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LUIS MARIANO : LE PRINCE DE L'OPÉRETTE

J'ai grandi avec l'Opérette. Mes parents en étaient férus et inévitablement, je fus conquis. Grâce à un ami qui appartenait à la troupe de figurants et qui nous refilaient les meilleures places, j'ai donc assisté à de nombreuses représentations au Palais des Beaux- Arts de Charleroi : « Le Pays du Sourire », « Vienne Chante et Danse », « Le Chant du Désert », « Rose de Noël », « Méditerranée », « Viva Napoli », « Rose-Marie », « L'Auberge du Cheval Blanc », « Valses de Vienne », « Rêve de Valse », « Princesse Czardas », « Violettes Impériales »... mais je ne vis qu'une seule avec Luis Mariano et ce fut « Le Prince de Madrid » en 1969, un peu plus d'un an avant sa disparition. Je m'en rappelle encore car... mystérieusement, pris d'une grande fatigue, je m'endormis et donc manquai le final. Je le regrette aujourd'hui car il devait sans nul doute être grandiose... Je me souviens qu'il y avait un problème de billetterie et je me retrouvai complètement esseulé, perdu au milieu de gens inconnus, quelques rangées devant celle où mes parents avaient pu trouver place... Le fait de ne pas être à leurs côtés m'avait sans doute perturbé et le profond ennui que je ressentis fut peut-être à l'origine de mon envie soudaine de m'apaiser ! Je fus littéralement surpris de me ressaisir quand la salle se ralluma et que les spectateurs s'extirpèrent de leur siège... Les yeux encore remplis de sommeil, je réalisai que j'avais loupé la fin du spectacle... Quelle déception et quelle faiblesse coupable !  Ce fut cependant la seule et l'unique, je fus tellement marqué par ce manque cruel de tenue que je me promis et jurai que l'on ne m'y reprendrait plus !  Luis Mariano, c'est aussi et surtout l'idole de ma mère... Elle eut la chance de le voir plusieurs fois sur scène (au « Théâtre des Variétés » qui fut ensuite démoli au profit de l'actuel Palais des Beaux-Arts) ainsi que sous chapiteau au moment où le ténor était en tournée avec le célèbre Cirque Pinder...  Elle eut également la patience de l'attendre dans le hall de l'entrée des artistes afin de recueillir son autographe... Depuis cet instant magique, cette photo dédicacée trône sur un meuble de rangement dans sa chambre à coucher... face à la porte que dès qu'on la franchit, on la remarque inévitablement ! Et la dédicace « Pour Mademoiselle Roberte, avec mes meilleurs sentiments, Luis Mariano » faite soigneusement à l'encre au bas de la photo est encore parfaitement lisible malgré le léger voile qui, avec le temps, s'est posée sur l'écriture... Je ne vous étonnerai pas en vous apprenant qu'elle avait tous ses disques... dont elle eut la saugrenue idée de se séparer faute de ne plus avoir de platine pour les écouter ! Quelle hérésie, ne trouvez-vous pas ? A sa place, même sans tourne- disque, je les aurais jalousement gardés, rien que pour mon plaisir... Mais ma mère n'a pas l'âme d'une collectionneuse... Depuis, je m'efforce d'en retrouver quelques-uns dans des brocantes ou dans des magasins spécialisés ! J'ai pu ainsi retrouver « Le Chanteur de Mexico » et « Méditerranée » avec Rudy Hirigoyen (qui alternait avec Luis Mariano quand ce dernier ne jouait pas), « Chanson Gitane » et « La Toison d'Or » avec André Dassary, « Le Pays du Sourire » avec Tony Poncet, « Gipsy » et « Volga » avec José Todaro, « Le Prince de Madrid » et « La Caravelle d'Or » avec Luis Mariano. Dernièrement, j'ai pu acquérir, lors d'une convention, un coffret de 5 CD retraçant les « 40 ans d'opérettes, 40 ans de succès » du couple mythique Marcel Merkès - Paulette Merval. C'est donc avec un réel grand plaisir que j'inaugure cette nouvelle catégorie par le plus célèbre d'entre tous : Luis Mariano.

Luis-Mariano Eusebio Gonzalez naît à Irun (ville frontière entre la France et l'Espagne) le 13 août 1914. Vous remarquez qu'il gardera ses premier et deuxième prénoms pour en faire son nom d'artiste. Fils de mécanicien, il émigre en France avec sa famille alors que la guerre civile fait rage en Espagne. Il falsifie l'année de sa naissance (1920) pour échapper à l'armée. Ayant un talent inné pour le dessin, il s'inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux. Mais il a une autre grande qualité : il adore chanter et par- dessus le marché, la nature l'a doté d'un timbre de voix exceptionnel. Après avoir réussi, très facilement, l'examen d'entrée au Conservatoire de Bordeaux, il est d'emblée pris sous l'aile protectrice de la cantatrice Jeannine Micheau. 

 
La soprano le présente à Miguel Fontecha, ténor et professeur de chant, avec qui le jeune Luis va progresser. Luis décroche le rôle d'Ernesto dans « Don Pasquale » de Donizetti au Palais de Chaillot en décembre 1943. Sa prestation lui permet de multiplier les passages à la radio. Fin de l'année 1945, Francis Lopez, déjà connu comme compositeur de chansons à succès (il a écrit, entre autres, pour Lucienne Delyle, Léo Marjane, Maurice Chevalier, André Dassary, Georges Guétary et Tino Rossi), entreprend l'écriture, en compagnie de Raymond Vincy pour le livret, d'une opérette intitulée « La Belle de Cadix ». Le destin l'amène à rencontrer fortuitement Luis Mariano en qui il voit la vedette de sa création toute désignée. La première est donnée le 24 décembre 1945 au Théâtre du Casino Montparnasse et recueille un formidable succès.


Initialement programmée pour une dizaine de représentations, « La Belle de Cadix », pourtant montée avec peu de moyens, tiendra l'affiche pendant 2 ans ! Outre la chanson principale reprenant le titre de l'ouvrage, « La Fiesta Bohémienne », « Maria Luisa » et « Le Clocher du Village » sont parmi les plus populaires. Fort de ce premier triomphe, le duo Lopez- Vinçy remet le couvert avec « Andalousie » dont la générale est donnée le 25 octobre 1947 à la Gaîté Lyrique. Quatre airs principaux du ténor se dégagent de cette opérette qui est jouée pendant une année entière : « Andalousie », bien sûr, mais aussi « Santa Maria », « La Fête à Séville » et « Ole Torero » dans lesquels Luis Mariano fait étalage de toute sa maestria vocale. Au niveau de la partition musicale, on peut dire également qu'elle est plus travaillée, plus scintillante que celle de « La Belle de Cadix ».


La mise en scène parfaite, la fraîcheur des costumes et de très beaux ballets contribuent à ce nouveau succès. Signalons encore l'importance du rôle de fantaisiste tenu par Maurice Baquet qui deviendra un complice indissociable de Luis Mariano puisqu'il l'accompagnera jusque dans sa dernière opérette, « La Caravelle d'Or ». Entre-temps, fin des années 40, Luis Mariano conquiert les Etats-Unis et l'Amérique du Sud où il déchaîne les foules.  Au cours des années 50, Luis Mariano confirme son statut de star de l'Opérette, tout d'abord en dominant la distribution du « Chanteur de Mexico » en 1951 et, ensuite, celle de « Chevalier du Ciel » en 1955.

« Le Chanteur de Mexico » est jouée pour la première fois au Théâtre du Châtelet le 15 décembre 1951 et recueille des éloges de toute la critique parisienne, que ce soit dans les colonnes du « Monde », du « Figaro » ou du « Matin ». Tous reconnaissent la qualité de la réalisation, la richesse des décors (20 tableaux différents !), la beauté des costumes et l'excellente partition de Francis Lopez qui signe pas moins de sept chansons qui sont devenues immortelles. En effet, en plus de l'éternel « Mexico », tous les amateurs d'opérette se souviennent de « Rossignol » (vidéo ci-après), « Acapulco », « Il est un coin de France », « Maïtechu », « Quand on voit Paris d'en haut » et « Quand on est deux amis » ! Evidemment, la forme de Luis Mariano n'échappe pas aux observateurs avisés du Figaro qui signalent que le ténor « chante à ravir, pousse la note jusqu'à faire pâmer les spectatrices » ! En tout et pour tout, 905 représentations seront données mais cependant, Luis Mariano cède le témoin à Rudy Hirigoyen pour la seconde année.

 
Temporairement, Luis Mariano délaisse Francis Lopez pour l'opérette suivante : « Chevalier du Ciel » dont la musique est écrite par Henri Bourtayre et Jacques- Henry Rys; le livret et les lyrics, quant à eux, sont signés Paul Colline.  Cette dernière ne réussit pas avoir le même engouement que la précédente; particulièrement pour la partition musicale qui n'a pas le même charme, la même douceur que les mélodies de Lopez. Seules deux chansons se placent au-dessus du lot : « Chevalier du Ciel » et « Seul ». Assez logiquement, Mariano retrouve Lopez pour « La canción del amor mío » fin 1957 mais cette création est boudée par le public. Est-ce pour son titre ? Soit, le ténor ne veut pas rester sur cet échec et 1958 est l'année où il se produit pour la première fois à l'Olympia. C'est également en 1958 qu'il tourne son dernier film : « Sérénade au Texas ». Eh oui, n'oublions pas que Luis Mariano a joué dans 21 films de 1946 à 1958; parmi les plus célèbres, citons « Andalousie » (1950), « Violettes Impériales » (1952)  et « La Belle de Cadix » (1953), tous les trois avec Carmen Sevilla pour qui les journalistes inventèrent une idylle avec Mariano; « Quatre jours à Paris » (1953), « Le Chanteur de Mexico » (1956) avec Bourvil et Annie Cordy, et, la cerise sur le gâteau, « Napoléon » (1954), la fresque de Sacha Guitry, lequel avait enrôlé le ténor pour tenir le rôle du chanteur Garat. Cette parenthèse faite sur Mariano au cinéma, revenons sur la suite de sa carrière.  




« Le Secret de Marco Polo » (vidéo ci- dessus) marque le retour à l'opérette de Luis Mariano après sa triomphale tournée avec le Cirque Pinder. Cette nouvelle création du couple Lopez-Vincy est jouée pour la première fois au Théâtre du Châtelet le 13 décembre 1959. Les auteurs veulent frapper un grand coup et rééditer le même succès qu'ils avaient eu 8 ans auparavant avec « Le Chanteur de Mexico ». Mais Mariano semble fatigué de son long périple avec la caravane du Cirque Pinder et l'opérette est retirée de l'affiche après 368 représentations, en octobre 1960, par décision de Maurice Lehmann, Directeur du Châtelet. Mais Lopez et Vincy ne baissent pas les bras. Avec le déferlement du « yé-yé », un nouveau projet est en préparation : les auteurs ont envie de « rajeunir » leur vedette fétiche.

               Annie Cordy, Luis Mariano, Francis Lopez et Raymond Vincy

Et c'est ainsi que Luis Mariano s'offre un véritable bain de jouvence avec « Visa pour l'Amour » en 1962. De plus, Lopez et Vincy ont eu la géniale idée d'aller rechercher Annie Cordy qui ne s'est pas fait prier pour accepter de jouer aux côtés de son grand ami. Les chansons les plus plébiscitées sont : « La Vie est là », « Visa pour l'Amour », « Ah ! Qu'il fait bon » et surtout « Twist contre Twist » pendant lequel les deux artistes s'en mettent à cœur joie pour rivaliser de talent sur la célèbre danse ! Voilà un duo de choc, explosif qui redonne un coup de fouet au genre musical. L'opérette est un grand succès puisqu'après l'avoir interprétée à Paris, la troupe entreprend une grande tournée en province jusqu'en 1964. Sur sa lancée, le ténor reprend même ses classiques « Le Chanteur de Mexico » et « La Belle de Cadix » en province également pendant que Lopez et Vincy planchent déjà sur un nouveau projet dont le titre est déjà trouvé :

« Le Prince de Madrid » qui est finalement créée au Théâtre du Châtelet le 14 mars 1967 et qui retrace une période de l'existence du peintre Francisco Goya. Ce sera le dernier livret de Raymond Vincy qui décèdera un an plus tard... L'ouvrage est chatoyant, c'est du grand spectacle avec un Luis Mariano en forme étincelante. Sa voix est plus belle que jamais et excellemment mise en évidence par la remarquable partition de Francis Lopez qui signe de grandes chansons telles : « España », « Le Prince de Madrid » (vidéo ci-après), « La Féria de Séville », « Toi mon seul amour » et la sublime « Torero ». Aux côtés de Luis Mariano, outre Jeanine Ervil et Maria Murano, relevons la présence de Lucien Lupi qui rehausse la distribution de cette opérette et fait un malheur avec sa chanson « Le jour où j'aimerai ». Plus de 500 représentations couronneront le succès de cette opérette qui est également jouée courant 1969 en Belgique.


 
Après l'éreintante tournée du « Prince de Madrid », Luis Mariano, terriblement éprouvé, décide de prendre 3 mois de repos avant de commencer déjà les répétitions d'un nouveau spectacle : « La Caravelle d'Or ».

Le 20 décembre 1969, les spectateurs ont donc la joie de retrouver Luis Mariano aux commandes de cette opérette qui contient encore de très belles mélodies telles « Soleil », « La Caravelle d'Or », « Lisbonne » et peut-être la plus jolie d'entre toutes : « Bandeirantes ». Cependant, à la joie se mêle l'inquiétude : Mariano est amaigri, marqué par une étrange fatigue dont personne ne connaît l'origine. Le ténor tient à rassurer ses partenaires, ce n'est qu'une mauvaise passe et tout redeviendra comme avant... Mais au fil des représentations, Mariano se sent de plus en plus faible et devra même recourir à la médecine afin de tenir le coup. Devant la progression de la maladie, il devra se faire souvent remplacer et même jeter l'éponge en jouant pour la toute dernière fois le 10 mai 1970. Contraint de se faire hospitaliser, l'idole est au plus mal et tombe dans le coma. Luis Mariano s'éteint le 14 juillet 1970 à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière dans le 13ème arrondissement de Paris. Finalement, c'est une hépatite mal soignée qui aura eu raison du chanteur.  Sans femme et sans enfant, ses biens seront légués à son fidèle chauffeur et complice François Lacan, dit «  Patchi », qu'il avait engagé vers 1950 ainsi qu'à son filleul Mariano Lacan. Ils vivent toujours aujourd'hui dans la maison de Luis à Arcangues dont il avait lui-même dessiné les plans. De nos jours, Luis Mariano demeure une valeur sûre et ses plus grands succès ont même été repris par le ténor, chanteur d'opéras, Roberto Alagna. A jamais, il restera le « Prince de l'Opérette ». 


                                                                 
Pour terminer, voici deux vidéos qui prouvent que Luis Mariano était un chanteur complet. La première est tirée de l'émission "Palmarès de la Chanson" de Guy Lux où le ténor reprend une magnifique chanson d'Alain Barrière : "Plus je t'entends".


La deuxième est le très célèbre air "E Lucevan Le Stelle" de l'Opéra "Tosca" très brillamment interprété, et c'est un inédit, en français.


Le lien avec Claude François !


Le 13 juillet 1966 a lieu à Paris, en plein air, « Le Palmarès de la Chanson » de Guy Lux; une émission retransmise en direct et préparée en prévision des festivités de la Fête Nationale française. Claude François a même l'honneur de terminer le spectacle en interprétant son tube de l'époque : « Je tiens un tigre par la queue ». Mais avant cette fin mémorable, toutes les vedettes présentes sont invitées à venir chanter, l'une après l'autre, un court extrait de « Fleur de Paris » et... c'est ainsi qu'au cours de la même chanson, on a l'occasion de voir Luis Mariano et Claude François ! Anecdotique, évidemment, mais un lien a unit les deux artistes, un bref instant, au cours de cette émission... sûr qu'ils se sont sans doute croisés dans les coulisses !

Publié le 01/08/2008 à 21h27 dans Les grands noms de l'Opérette

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