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LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

LA MUSIQUE POUR TOUJOURS

Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films

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HOMMAGE À ALAIN BASHUNG

Sincèrement, je n'envisageais pas de consacrer aussi rapidement un article à Alain Bashung. J'avoue que, personnellement, il ne fait pas partie des artistes français auxquels je voue une admiration toute particulière. Néanmoins, sa carrière et ses nombreux succès méritent notre respect et il faut reconnaître qu'après Gainsbourg et avec Dutronc, il était l'un des rares chanteurs de cette génération à pouvoir attirer un public jeune. Alors, si vous le voulez bien, accompagnez-moi dans cet itinéraire d'un être tout à fait exceptionnel qui s'est battu pour acquérir la place qu'il occupera toujours au firmament de la Chanson Française. Alain naît à Paris le 1er décembre 1947. Sa mère est d'origine bretonne et travaille dans une usine de caoutchouc de Boulogne-Billancourt. Son père est de nationalité algérienne mais il ne le connaîtra jamais, sa mère se séparant de lui très vite pour épouser un boulanger de nuit. A l'âge d'un an à peine, il est confié aux parents de son beau-père qui habitent Wingersheim, en pleine campagne, une commune du canton de HOCHFELDEN située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Strasbourg. C'est à 5 ans qu'il fait connaissance avec la musique puisqu'il reçoit un harmonica comme cadeau d'anniversaire. Il pratique également le chant avec beaucoup de passion et intègre tout naturellement la chorale de Wingersheim. Très sportif aussi, il fait preuve d'excellentes dispositions dans l'exercice du basket-ball et du cyclisme. Mais c'est le domaine musical qui recueille définitivement ses faveurs. À 12 ans, Alain revient à Paris avec une seule idée dans la tête : il veut faire carrière dans la musique. Dans la Chanson Française, ce sont Brel et Brassens qui l'impressionnent le plus. Il est fasciné également par le Rock, à travers Buddy Holly, Gene Vincent et, bien évidemment, Elvis Presley.
En 1962, il fonde un groupe, les « Dunces » avec des copains mais l'aventure tourne court car il n'est pas satisfait du style musical qui ne correspond pas à ses envies. Il termine péniblement ses études en 1965 où il décroche toutefois un diplôme en comptabilité. La page scolaire tournée, il peut maintenant se consacrer à ce qu'il désire le plus au monde : se faire un « nom » dans la chanson. C'est en 1966 qu'il sort son premier « 4 pistes » emmené par le titre « Pourquoi rêvez-vous des Etats-Unis ? » chez Philips. Il le signe avec son véritable nom « Baschung » duquel il supprimera la lettre « c » à partir de 1968. Jusqu'en 1973, il aligne plusieurs 45 tours qui ne lui permettront pas de percer véritablement. Provisoirement, il change d'apparence et adopte même un profil « hippie » en 1971 où il apparaît barbu et cheveux longs sur la pochette de « Du feu dans les veines ». Toujours en 1973, il obtient un rôle dans la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg, « La Révolution Française » dans laquelle il incarne Robespierre. Il fait la rencontre de Dick Rivers pour qui il écrit la musique de « Marilou ».  En 1975, il sort un disque « Je ne croirai plus jamais à l'amour » sous un autre nom « David Bergen » et, ensuite, les deux suivants, en 1976 et 1977, en tant que chanteur du groupe éphémère « Monkey Bizness ». C'est au cours de cette dernière année qu'il croise le chemin du parolier Boris Bergman avec qui il sort son premier album « Roman-photo ».
Celui-ci passe cependant inaperçu dans la déferlante « Punk » de l'époque malgré son aspect novateur et un registre « country-rock FM » beaucoup trop gentillet que pour pouvoir prétendre à un hypothétique succès commercial. De cet album se dégage un bon morceau qui, à lui seul, vaut le détour par ses qualités musicale et instrumentale : « C'est la faute à Dylan ». En 1979, c'est « Roulette russe » qui atterrit dans les bacs des disquaires.  


Cet album a droit à deux sorties à dix mois d'intervalle : d'abord en janvier et puis en octobre agrémenté de la locomotive « Gaby, oh Gaby » dont le single va s'écouler à plus d'un million d'exemplaires. A part ce titre qui va vraiment faire démarrer la carrière d'Alain, les autres qui composaient l'album lors de sa sortie initiale sont à oublier au plus vite, excepté « Bijou, bijou » dont la musique est un petit... « Bijou ». Après « Gaby, oh Gaby », Alain confirme en 1981 avec l'album « Pizza » et un deuxième gros succès : « Vertige de l'amour ».


Grâce à ces deux tubes et aux chansons à tendances rock et new-wave de ce troisième album, Alain commence à se produire dans des salles à capacité plus grande et voit son nom s'inscrire en néons sur la façade de l'Olympia. L'année suivante, Alain sort « Play blessures », fruit d'une collaboration avec Serge Gainsbourg de retour de la Jamaïque.

 

Résultat : un disque en parfaite inadéquation avec ses précédentes réalisations et qui sera loin de faire l'unanimité. Les mélodies sont hybrides voire cacophoniques, les textes pessimistes, pas très gai tout ça. Alain ne se sent pas bien dans sa peau et ça s'entend. Les paroles sur « J'croise aux Hébrides » sont évocatrices de son état psychique : « J'dédie cette angoisse à un chanteur disparu, mort de soif dans le désert de Gaby, respectez une minute de silence, faites comme si j'étais pas arrivé... ». Quelques mois plus tard, début 1983, « Figure imposée » paraît très rapidement comme pour rompre la glace de l'album précédent.

 

Alain a travaillé avec un nouveau parolier, Pascal Jacquemin dont le style d'écriture lui convient parfaitement. C'est presqu'un nouveau départ et Alain revit surtout de par la naissance de son premier enfant, Arthur. C'est un retour à la normalité qui aboutit à un album original, beaucoup plus accessible. Cependant, son succès sera mitigé,  la plage titulaire « What's in a bird » étant le titre qui passe le plus souvent à la radio. Après un « Live tour 85 », Alain Bashung publie  « Passé le Rio Grande » en janvier 1986 avec « S.O.S. Amor » et « Malédiction » qui remportent un joli succès et salue le retour de Boris Bergman.

 

Trois ans passent avant « Novice » en septembre 1989 avec l'arrivée du parolier Jean Fauque et... le départ de Boris Bergman.

 

Les titres « Pyromanes », « Tu m'as jeté », « Alcaline » et « Bombez ! » donnent une couleur très sombre à l'album sur lequel, notamment, Dave Ball de Soft Cell et Phil Manzanera de Roxy Music ont apporté leur concours. La compilation « Réservé aux indiens » en 1990 composée d'inédits, d'instrumentaux et de chansons extraites de bandes originales de films est l'occasion pour Alain Bashung de faire une petite pause afin de préparer son prochain album. En 1991, il continue à travailler avec Jean Fauque et sort « Osez Joséphine », certainement l'un de ses meilleurs albums de toute sa carrière discographique.


Le disque se vend à 350.000 exemplaires et contient également une autre grande chanson : « Madame rêve » qui devient un incontournable et qu'il ne manquera pas d'interpréter lors de ses concerts. Après avoir repris « Les Mots bleus » de Christophe sur une compilation de 1992 pour la recherche sur le SIDA, il réalise « Chatterton » en 1994 avec un nouveau tube : « Ma petite entreprise ».


Cet album précède une nouvelle tournée qui servira à un nouveau « live » en 1995 : « Confessions publiques ».

 

Il faut attendre 1998 pour « Fantaisie militaire » dont le single « La nuit je mens » est une petite merveille et, à mon avis, sa plus belle chanson.


Outre Jean Fauque, Rodolphe Burger (qui a également travaillé pour Jacques Higelin), Les Valentins (groupe composé d'Edith Fambuena et de Jean-Louis Piérot, séparés depuis 2003 et qui ont collaboré notamment avec Etienne Daho, Brigitte Fontaine et Miossec), le producteur et claviériste belge Jean-Marc Lederman (le groupe Front 242 figure parmi ses références) et le talentueux guitariste du groupe Portishead, Adrian Utley ont participé à la conception de cet album pour lequel Alain Bashung reçoit 3 Victoires de la Musique en 1999. Une nouvelle compilation baptisée « Climax » voit le jour en 2000 dans laquelle Alain a réenregistré plusieurs de ses chansons les plus célèbres.

 

Il signe même un duo avec Noir Désir sur « Volontaire », extrait de son album « Play blessures ». C'est en 2002 qu'il sort « L'Imprudence », son avant-dernier album acclamé par la critique, un disque qu'il faut avoir la patience d'écouter car il dégage, une fois de plus, une ambiance très sombre.


D'ailleurs, Alain Bashung avoue s'être inspiré des musiques de films d'horreur des studios de la Hammer (Dracula, etc...) et des musiques de westerns de Sergio Leone composées par Ennio Morricone. Coécrit, pour les paroles, avec le fidèle Jean Fauque, nous sommes face à un album « cérébral » où chaque mot a été cherché, pesé dans le but de prolonger sa propre réflexion sur les rapports humains et sa fascination sur le mystère qui est en chacun d'entre nous. Toutes ces recherches musicales et textuelles donnent naissance à un album mythique dans la discographie d'Alain Bashung dont toutes les chansons de « Tel » à « L'Imprudence », en passant par « Faites monter », « L'iréel » ou « Le dimanche à Tchernobyl » pour ne citer que celles-là, « accrochent » et interpellent l'auditeur sur tout ce qui peut, autour de nous, engendrer nos peurs quotidiennes. Après « L'Imprudence », Alain Bashung s'offre un cadeau personnel : l'enregistrement avec son épouse Chloé Mons du « Cantique des Cantiques » (d'une durée de plus de 25 minutes !) qui avait été composé pour leur mariage en 2001.

 

Rodolphe Burger était à l'origine de la partition musicale tandis que l'écrivain et dramaturge Olivier Cadiot avait entrepris une nouvelle traduction du Cantique des Cantiques de la Bible qui avait donc inspiré cette création. Ensuite, Alain fait des incursions sur des albums en hommage à Léo Ferré (« Avec le temps » en 2003), Nino Ferrer (« Le Sud » en 2004) et répond à l'invitation de Françoise Hardy de chanter avec elle « Que reste-t-il de nos amours » de Charles Trenet sur son album de duos « Parenthèses ». Entre-temps, un dernier album « live » contenant 2 CD paraît en 2004 : « La Tournée des grands espaces » qui fera également l'objet d'un double DVD.

 

En juin 2006, il donne plusieurs concerts à la Cité de la Musique à Paris et invite, à cette occasion, Christophe, Dominique A, Rodolphe Burger et l'artiste et guitariste américain Arto Lindsay à venir le rejoindre sur scène. Début 2007, il fait partie de la tournée « Les Aventuriers d'un autre monde » avec Jean-Louis Aubert, Cali, Daniel Darc (l'ancien chanteur du groupe Taxi Girl de 1978 à 1986), Richard Kolinka (le batteur de Téléphone) et Raphaël. Il poursuit avec deux soirées mémorables à la Salle Pleyel avant de participer au clip de « Panique Mécanique » de Dionysos dans lequel il a les traits de Jack l'éventreur. Il enchaîne en apparaissant aux côtés d'Arno dans le film « J'ai toujours rêvé d'être un gangster » de Samuel Benchetrit au cours d'une séquence dans laquelle ils se disputent la propriété d'un tube. Ouvrons une petite parenthèse sur le parcours cinématographique d'Alain Bashung : son histoire d'amour avec le cinéma débute en 1982 dans « Nestor Burma, détective de choc » avec Michel Serrault et Jane Birkin. Ayant campé une vingtaine de rôles, il figure notamment à l'affiche de « L'ombre du doute » d'Aline Isserman (1993), « La confusion des genres » de Ilan Duran Cohen (2000), « Félix et Lola » de Patrice Leconte (2001) et « La bande du drugstore » de François Armanet (2002). Il prête aussi sa voix au personnage de Maltazard dans « Arthur et les Minimoys », un film d'animation de Luc Besson. Evoquons maintenant l'année 2008 où nous retrouvons Alain sur l'album « Amours suprêmes » de Daniel Darc pour un duo en anglais sur « L.U.V. ». Son dernier album « Bleu pétrole » sort le 24 mars sur lequel on remarque les participations de Gaëtan Roussel (du groupe Louise Attaque), Arman Méliès (sur « Venus » et « Tant de nuits ») et Gérard Manset dont il fait une agréable reprise de son célèbre hit « Il voyage en solitaire ».


Mais le titre qui se démarque de cet ultime album est incontestablement « Résidents de la République » où les paroles parlent d'elles-mêmes quand il évoque le contexte politique actuel de la France (« où la rose a des reflets bleus »). C'est ce titre qui sera le plus diffusé en radio. Les autres ne manquent pas d'intérêt comme la plage d'ouverture, excellente, « Je t'ai manqué », les formidables « Sur un trapèze » et « Je tuerai la pianiste » ainsi que le clin d'œil à Leonard Cohen dont il est un fan de la première heure avec la reprise de « Suzanne ». L'album recèle un mélange subtil de couleurs country, pop et folk et est superbe du premier au dernier titre. Afin de promouvoir ses dernières compositions, le chanteur entame une nouvelle tournée dont une série de concerts à l'Olympia à partir du 10 juin. Il respectera ses engagements malgré un traitement chimiothérapique en raison de la découverte d'un cancer du poumon qui lui sera malheureusement fatal. Le 1er janvier 2009, il est décoré de la Légion d'honneur et est cité comme grand favori aux prochaines Victoires de la Musique. Celles-ci ont lieu le 28 février avec la présence de l'artiste, très affaibli, qui décroche 3 récompenses en tant qu'interprète masculin, meilleur album de chansons et meilleur spectacle de l'année; ce qui porte son total à 11 trophées faisant de lui l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie depuis 1986. En 1993 et 1999, il avait déjà été désigné comme le meilleur artiste masculin et « Fantaisie militaire » avait été élu « meilleur disque des 20 dernières années » en 2005 pour le 20ème anniversaire des Victoires. Quelques jours après ce couronnement, le 14 mars 2009, le soleil se lève avec une triste nouvelle : Alain Bashung s'est éteint à l'hôpital Saint-Joseph à Paris. Il repose au Cimetière du Père-Lachaise. Mais les grands artistes ne meurent jamais : Bashung sera encore présent par la voix pour un spectacle en hommage à Serge Gainsbourg brodé autour de son fameux album « L'homme à tête de chou » qui devrait être présenté à l'automne prochain. Show must go on...  

 

Le lien avec Claude François !

 


Cette rencontre qui peut paraître improbable aujourd'hui a pourtant eu lieu le 19 avril 1969 sur le plateau de l'émission « Chansons et Champions » de Guy Lux. Claude François chante les premières paroles de « Belles, Belles, Belles » et passe le relais à Alain Bashung qui se trouve assis, en charmante compagnie, à un niveau supérieur à celui où se tient le public... Les deux artistes ne se rejoindront pas, Alain terminant la chanson après que Cloclo eut fait reprendre le refrain par quelques personnalités présentes dont Mylène Demongeot et Bruno Coquatrix. A cette époque, Alain Bashung était catalogué dans une catégorie de chanteurs à « chansons romantiques » et le 45 tours qu'il fit paraître en 1969 avait pour titres « Simplement quelques jours » et « Fleur qui meurt », pas de quoi déchaîner les foules, ni atteindre le top du hit parade !

 

 On sait ce qu'il est advenu des deux artistes qui ont emprunté des voies musicales diamétralement opposées, Cloclo endossant définitivement l'étiquette de « chanteur populaire », Alain, quant à lui, se cantonnant, avec le succès que l'on sait, dans le rock progressif...

Publié le 26/04/2009 à 00h47 dans Chanson Française

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