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Biographies d'artistes et liens avec Claude François - Récits sur Claude François - Critiques personnelles de CD (collection propre) traitant les genres suivants : Musique Classique, Pop, Rock, Jazz, Soul, Funk, Disco, Rythm'n'blues, Blues, Chansons Françaises et Musiques de Films
David Bowie vient rejoindre Joe Cocker qui se sentait bien seul au sein des « Grands du Rock » de LA MUSIQUE POUR TOUJOURS. Avant de vous présenter, en
trois parties (1967-1979, 1980-1989, 1990-2004), la discographie intégrale des albums « studio » de celui qui restera toujours Ziggy Stardust dans le cœur de millions
d’admirateurs, quelles sont les dernières nouvelles de son état de santé qui a beaucoup préoccupé ses fans depuis le mois de mars 2008 au cours duquel des rumeurs sur le net ont colporté que la
star souffrirait d’un inquiétant cancer au foie ? David, quant à lui, est resté très discret et soudain, en février 2009, un bref communiqué faisait état qu’il se sentait mieux. Cette
information rassurante provenait de Berlin où David travaillait sur de nouvelles chansons. En espérant que celle-ci se concrétisera bientôt et que David réapparaîtra en grande
forme, parcourons, si vous le voulez bien, sa carrière exemplaire avec le premier chapitre de l’intégralité de ses 25 enregistrements « studio »… Il n’y a que LA MUSIQUE
POUR TOUJOURS pour vous proposer ça ! Né le 8 janvier 1947 à Brixton, au sud de Londres, David Bowie, de son véritable nom David Robert Jones s’intéresse très jeune au
Jazz et montre de brillantes dispositions à jouer du saxophone. Il fait ses débuts de musicien en 1964 au sein de quelques groupes avec lesquels il édite plusieurs singles dont le style
de musique se rapproche du rhythm’n’blues et du rock’n’roll. C’est aussi cette année-là qu’il emprunte son nom de scène à James Bowie, un soldat américain qui a joué un
rôle prépondérant dans la Révolution du Texas en succombant en héros lors de la fameuse bataille de Fort Alamo. Cette heureuse trouvaille lui permet également d’éviter de le
confondre avec Davy Jones, le chanteur des Monkees. David commence sa carrière solo en juin 1967 par la publication d’un premier album éponyme, dont il écrit toutes les
chansons, chez Deram Records, une filiale de Decca. Le titre « Rubber Band », qui en a été extrait et sorti en 45 tours en décembre 1966 afin
d’annoncer l’album, se révèle être un flop monumental ! Néanmoins, deux chansons retiennent l’attention par leur intimité marquée par une guitare acoustique : « Love You
Till Tuesday » et « Come and Buy My Toys ».
« Rubber Band »
« Love You Till Tuesday »
Deux ans plus tard, David édite « Space Oddity » chez Philips, produit par Tony Visconti, et là, on prend une grande claque dans la figure ! Le titre phare, qui est en plage titulaire et qui donne le nom à l’album, largement inspiré par le film « 2001, l’Odyssée de l’Espace » de Stanley Kubrick et qui s’apparente à un dialogue entre la tour de contrôle et son personnage principal, Major Tom, bien décidé à rester sur la Lune, est un pur chef-d’œuvre sur le plan de l’écriture musicale. D’autres identifient cette chanson comme une description progressive, similaire à un compte à rebours, des effets que l’on peut ressentir par l’usage de l’héroïne, du stade de la piqûre à celui de l’euphorie… D’influence Dylanesque, « Unwashed And Somewhat Slightly Dazed » et « Cygnet Committee » sont remarquables. N’omettons pas non plus la superbe ballade “Letter To Hermione” (une ode délicate dédiée à sa maîtresse) ainsi que le très orchestral et très lyrique « A Wild-Eyed Boy From Freecloud » qui raconte l’histoire d’un jeune homme au Moyen-Âge dont la vie finit en prison et meurt pendu.
« Space Oddity »
« Cygnet Committee »
En novembre 1970, « The Man Who Sold The
World », paru chez Mercury, est le fruit d’une nouvelle collaboration avec Tony Visconti. D’abord, la photo sur la pochette étonne plus d’un : on voit David
Bowie, vêtu d’habits de femme, étendu sur un divan-lit ! Le son de cet album est plus incisif : David Bowie propose un rock plus « métal » qui
fait référence aux premières réalisations de Black Sabbath et Led Zeppelin. L’album est étrange à plus d’un titre car on baigne dans un climat musical violent et même terrifiant. La
plage d’ouverture « Width Of A Circle » dégage, par son texte, des sentiments d’angoisse et de folie schizophrène imbibés de pulsions homosexuelles et sadomasochistes…
Le petit coquin ! Mais d’un autre côté, ça fait froid dans le dos ! À retenir : le tortueux « All The Madmen » où il évoque avec beaucoup de réalisme et
de sensibilité les traitements psychiatriques de son beau-frère en milieu hospitalier; l’émouvant et très doux « After All » où il insiste sur la pureté de l’enfance
tout en condamnant la cruauté du monde des adultes; « The Man Who Sold The World » avec son riff de guitare si particulier qui en fera sa marque de
reconnaissance (c’est le « hit » de l’album) et, enfin, « The Supermen » qui clôt admirablement bien l’album par ses richesses instrumentale (une
sonorité symphonique avec un rythme précis et régulier qui fait songer à un défilé militaire) et vocale (des chœurs bien affirmés).
« The Man Who Sold The World »
“After All”
L’année suivante, en décembre 1971, David sort
« Hunky Dory », un album plus mélancolique, produit par Ken Scott, ancien ingénieur du son des Beatles. Cet album renferme deux « perles » :
le titre d’ouverture « Changes » où son refrain « Ch-ch-ch-changes » s’inspire nettement du bégaiement de Roger Daltrey des « Who »
dans « My Generation » et le très populaire et parodique « Life On Mars ? » qui traduit la rancœur, la jalousie aussi, éprouvée par
David vis-à-vis de Paul Anka pour l’adaptation de… « Comme d’habitude » de Claude François ! Outre ces deux chansons, trois hommages sont
rendus par l’intermédiaire de « Andy Warhol », au peintre célèbre dont David dresse un portrait vitriolé; « Song For Bob Dylan », à
l’adresse du chanteur folk révolutionnaire que Bowie a toujours admiré en tant que « prophète » pour ses messages empreints de liberté et « Queen
Bitch » pour Lou Reed dont il relancera la carrière en Angleterre après son départ du « Velvet Underground ». C’est aussi à ce moment-là que Bowie
s’offre un tout nouveau look en se teignant les cheveux en rouge et en arborant des tenues vestimentaires « tape-à-l’œil ». Sur le plan sexuel, on ne sait pas trop où le
situer, c’est très ambigu et il a l’air d’aimer ça… Soit, les médias sont impressionnés et il fait la une des magazines alors qu’il ne peut encore être considéré comme un artiste ayant déjà vendu
beaucoup de disques…
« Changes »
« Life On Mars »
Tout change en 1972 avec « The Rise & Fall Of Ziggy
Stardust and The Spiders From Mars » qui est considéré, aux yeux des spécialistes, comme sa plus grande création musicale jusqu’à ce jour. Cet authentique
« album-concept » va élever David Bowie au statut de superstar. L’album récolte un immense succès de par cette fresque musicale brodée autour du personnage de Ziggy
Stardust, un extraterrestre provenant d’une planète inconnue qui débarque sur la Terre, 5 ans avant l’Apocalypse, pour y vivre une vie de Rock Star. « Five
Years » qui ouvre l’album est donc un ultimatum avant l’inéluctable. Les autres titres sont novateurs sur le plan de leur conception musicale, il n’y a vraiment rien à jeter !
Si vous ne deviez posséder qu’un album de David Bowie dans votre discothèque, je vous le recommande vivement ! « Soul Love » est superbe (écoutez la guitare
virulente de Mick Ronson); « Moonage Daydream » met le Rock’n’roll en exergue afin qu’il sauve la planète du désastre (Mick Ronson déploie dans ce
morceau une grande virtuosité tandis que David nous sidère par l’éclat de sa voix et ses aigus impressionnants); « Starman » est également une grande chanson et
est devenu un classique dans le répertoire de Bowie, se propulsant immédiatement à la première place des Charts anglais; « Lady Stardust » est un petit
bijou de par sa mélodie (le piano est très gracieux et la prestation vocale de Bowie est, une fois de plus, sublime); « Hang On To Yourself » nous propose un
riff bien incisif afin d’intensifier l’excitation sexuelle que provoquent les concerts de Ziggy dont le déclin va être aussi surprenant que rapide; il raconte sa déchéance dans
« Ziggy Stardust », c’est une autobiographie d’un peu plus de trois minutes qui décrit le côté sombre d’une gloire éphémère; le sulfureux et très rock
« Suffragette City » résume d’affreux tourments qui vont le conduire très naturellement, si l’on peut dire, à une fin certaine, quasi dessinée à l’avance, traduite par
« Rock’n’roll Suicide » qui termine ce fabuleux album (je le répète, a-che-tez le !!!).
« Starman »
« Suffragette City »
Produit par Ken Scott, « Aladdin Sane », sorti
en avril 1973, est une nouvelle aventure de Ziggy Stardust, cette fois-ci, aux Etats-Unis. Sur la pochette, Bowie est outrageusement maquillé, la chevelure rousse
« pétante » et le visage traversé par un éclair bicolore. La star paraît de plus en plus androgyne et sème le doute dans l’esprit des gens. Certains crient au génie et sont
littéralement fascinés, d’autres sont scandalisés par cette exubérance… Le premier morceau de l’album, « Watch That Man », est excellent, c’est du « lourd » et
la musique, cinglante et puissante, se marie harmonieusement avec la voix claire de David dont la conduite est bien assurée. C’est une chanson qui dénonce le trafic de la drogue, les
dealers et les victimes qu’elle engendre. Bowie sait de quoi il parle, il a essayé et il ne retire rien de ses expériences… « Alladin Sane », qui donne le titre à
l’album, est lui aussi un classique, relevons le solo de piano du très habile Mike Garson ainsi que le jeu subtil de Mick Ronson à la guitare dont les prouesses sont désormais
coutumières. « Alladin Sane » est, en fait, un jeu de mots pour présenter un nouveau personnage, « A lad insane », un gars déjanté. Encore
une fois, Bowie est impérial sur le plan de la maîtrise vocale, il est vraiment au sommet de son art. « Drive-in Saturday » est morbide : Bowie
raconte comment un cataclysme nucléaire alterne les fonctions reproductrices des humains qui se transforment en mutants… Un couple se rend à une séance de cinéma en
« drive-in » afin d’assister à un film pornographique pour se remémorer de la façon dont on faisait l’amour dans les années 70… Bigre ! « Panic in
Detroit » est un très bon rock, fantastiquement emmené par les riffs rageurs de Mick Ronson. Bowie y décrit un climat d’insécurité dont n’échappent que
quelques survivants. La chanson a été écrite suite au témoignage d’Iggy Pop sur les émeutes qui ont éclaté à Detroit dans les années 60. « Cracked
Actor » est un morceau musicalement déjanté, adroitement arrangé, qui retrace les péripéties d’un acteur sur le déclin contant fleurette à une jeune admiratrice qui lui propose, à
travers une petite poudre blanche, de connaître quelques extases jusque là inexplorées. Mais l’acteur ne souhaite pas s’exposer à de tels risques. Afin de traduire l’ambiance de la chanson,
Ken Scott fit passer le son de l’harmonica avec une amplitude démesurée… Vous imaginez le résultat ! « Time » est audacieux : on retrouve quelques notes
de la 9ème Symphonie de Beethoven dans le jeu de guitare de Mick Ronson et constitue un des titres les plus étonnants de l’album. « Let’s Spend The
Night Together » est une agréable reprise d’un hit des Rolling Stones, David y va de son petit grain de sel en y ajoutant des synthés psychédéliques. Un des
titres phares de l’album est incontestablement le somptueux « The Jean Genie », un hommage à Iggy Pop, qui se classe n° 2 au Top anglais. Que dire de plus sur
ce morceau sinon qu’il est parfait aussi bien au niveau de l’interprétation que de la construction musicale. Enfin, cet album, que Bowie préfère au précédent (si vous ne deviez posséder
qu’un deuxième album de Bowie, c’est celui-là… On peut continuer longtemps ainsi !), se termine par une délicieuse ballade : « Lady For Another Grinning
Soul » qui est, par contre, un sérieux avertissement à l’encontre de mâles à la naïveté déconcertante : ne vous fiez pas à une femme séduisante, elle peut vous ensorceler et
vous conduire à la perte ! Brrr…
« Alladin Sane »
« The Jean Genie »
Venons-en maintenant à cet étonnant album de reprises « Pin
Ups » enregistré au Château d’Hérouville et publié en octobre 1973. Parmi les douze titres proposés, on relèvera principalement la reprise de « See Emily
Play », un classique de Pink Floyd (1967), composé par Syd Barrett, dont c’était le second single; « I Can’t Explain » et
« Anyway, Anyhow, Anywhere » des Who; « Shapes of Things » des Yardbirds, « Where Have All The Good Times
Gone » des Kinks, et, sur la réédition de l’album en CD en 1990, deux chansons additionnelles en « bonus tracks » : « Growin’
Up » de Bruce Springsteen (1973) et « Amsterdam » de Jacques Brel avec un texte adapté en anglais par Mort
Shuman.
« See Emily Play »
« Amsterdam »
Le 24 avril 1974 paraît « Diamond Dogs », un
nouvel « album-concept » basé sur le roman « 1984 » de George Orwell que David revisite à sa manière pour livrer sa propre vision apocalyptique
d’un monde décadent où évolue un nouveau personnage, « Halloween Jack », qui tente de survivre dans une société sordide et bestiale. C’est l’artiste belge Guy Peellaert
qui a peint la pochette représentant Bowie, mi-homme, mi-chien, avec, derrière lui, deux créatures hideuses, de la même race, sorties tout droit d’un film d’horreur. Outre la seconde
plage, « Diamond Dogs » qui donne le titre à l’album, ce dernier s’articule essentiellement sur une suite de 3 morceaux, « Sweet Thing »,
« Candidate » et « Sweet Thing (reprise) », d’une durée de 9 minutes, qui décrit les peines sentimentales du personnage. Mais le titre qui
« fustige » vraiment, c’est « Rebel Rebel » qui atteint la 5ème place dans les Charts anglais. N’omettons pas le slow langoureux
« Rock’n’roll With Me »; « We Are The Dead », un titre de la comédie musicale “1984” créée à partir du roman d’Orwell qui ne vit
jamais le jour; « 1984 » aux sonorités « soul » qui rappelle par moments le « Shaft » d’Isaac Hayes et les deux
chansons de fin d’album qui s’enchaînent, « Big Brother » et « Chant Of The Ever Circling Skeletal Family » qui recèlent de surprenantes
trouvailles vocales (Bowie fait encore des prouesses) et orchestrales.
« Rebel Rebel »
« 1984 »
Pour l’album suivant, « Young Americans » de
mars 1975, Bowie change radicalement de style : il délaisse le rock pour une couleur résolument soul. Tony Visconti est à nouveau sollicité pour la production
de l’album pour lequel Bowie s’entoure des excellents Carlos Alomar à la guitare (qui va l’accompagner ensuite sur plusieurs albums, jusqu’au dernier
« Reality ») et David Sanborn au saxophone (il a travaillé avec de nombreux artistes tels, entre autres, James Brown, Bryan Ferry, James
Taylor, Bruce Springsteen et Elton John). La plage titulaire qui donne le titre à l’album fait ressortir très nettement le nouveau style musical : « Young
Americans » balance bien, c’est très groove et Bowie s’en accommode parfaitement sur le plan de l’interprétation. « Win », le morceau qui
suit, est une séduisante ballade, admirablement « enrobée » par le sirupeux saxo de David Sanborn. « Fascination », un pur soul
« philadelphien », est également très plaisant à écouter avec des chœurs bien présents et un Carlos Alomar inspiré. Le clou de l’album, c’est
« Fame » qui devient aussitôt un gros « tube », n° 1 au Billboard Pop Singles. Enfin, avec « Who Can I Be Now » et
« It’s Gonna Be Me », Bowie cloue le bec à ses détracteurs pour son changement de cap musical : il réalise une performance vocale époustouflante (eh oui, ça
devient une habitude au fil des albums !), déployant une technique irréprochable, appuyée par un vibrato précis et tonique, dans les notes les plus aigues…
Sidérant !
« Fame »
« Win »
« Station To Station » est le prochain LP de
Bowie, début 1976. Six titres seulement garnissent le disque mais la plage titulaire, du même titre que l’album, fait plus de dix minutes. Musicalement, Bowie ne sait pas très bien
où il se situe, ni quelle direction prendre. Après la couleur soul présente sur son précédent opus, il explore ici les rythmes funky en y ajoutant des sons provenant de
synthétiseurs ou d’instruments électroniques du même genre que ceux utilisés notamment par les groupes allemands « Neu ! » et « Kraftwerk », précurseurs
dans l’utilisation de ces machines. Pour cet enregistrement, Bowie choisit de s’adjoindre les services du pianiste Roy Bittan, très connu pour sa participation au sein du
« E-Street Band », le fidèle groupe qui accompagne Bruce Springsteen. Les guitaristes Carlos Alomar et Earl Slick, le bassiste George Murray et
le batteur Dennis Davis complètent la formation, tandis que Warren Peace apporte son soutien vocal à Bowie. Le titre suivant, « Golden Years », va
être un grand succès : sorti en single, la chanson se classe dans le Top 10 du Billboard ainsi qu’aux Pays-Bas et en Suède. « Word On
A Wing » est une prière, une réflexion personnelle du chanteur sur son existence et sur les comptes qu’il doit rendre à Dieu… Une véritable confession ! Mais le morceau qui
laisse pantois, c’est sa formidable et poignante reprise de « Wild Is The Wind », un original de Johnny Mathis en 1957. Bowie nous fait, une fois de plus,
une démonstration éblouissante de ses capacités vocales.
« Station To Station »
« Wild Is The Wind »
En janvier 1977, Tony Visconti et David Bowie produisent
« Low », le premier des trois albums à venir avec la collaboration de Brian Eno. Le 33 tours se caractérise par une face A s’ouvrant sur un instrumental,
« Speed Of Life », à l’ambiance musicale glaciale créée par des effets de percussion et de synthés assez saisissants. « Breaking Glass » et
« What In The World » (ce dernier avec Iggy Pop en “backing vocals”) accentuent l’impression de frayeur déjà très palpable dès la plage d’ouverture.
Bowie a peur, est mal dans sa peau, il a peur de « l’autre » et craint pour les valeurs de l’amour. « Sound And Vision » est le titre qui sera exploité
en single malgré l’opposition de la marque de disques (RCA Records) craignant un suicide commercial. Le titre se classe 3ème dans les Charts anglais
alors qu’il est quelque peu boudé aux Etats-Unis, atteignant une peu glorieuse 69ème place dans le Billboard. La face B, comportant quatre morceaux, est donc entièrement
instrumentale, ce qui a valu bien des critiques de la part des responsables du Merchandising. Mais Eno et Bowie forment un tandem redoutable, complémentaire et bien talentueux, ils
parviennent à composer des mélodies novatrices sur le plan de leur conception musicale. « Warszawa » est splendide et évoque Varsovie aperçue subrepticement d’une
banquette d’un train, « Art Decade » se réfère aux ruines de Berlin que Bowie côtoie, « Weeping Wall » est un modèle d’architecture
musicale car Bowie joue de tous les instruments avec une déconcertante dextérité, faisant un judicieux amalgame de sons faits de synthés, xylophone et même vibraphone (!), enfin, le
dernier « Subteerraneans » (avec de sublimes saxophones) décrit l’isolation de la population de Berlin Est après la construction du mur… Finalement, le disque est très
bien accueilli et sera un modèle pour les futures tendances, punk et new wave.
« Sound And Vision »
« Breaking Glass »
« Heroes », d’octobre 1977, est le second
album de cette trilogie « berlinoise » (appelée ainsi en référence à « Low », « Heroes » et
« Lodger » pour avoir été partiellement ou intégralement écrit à Berlin, lieu de résidence de Bowie à cette époque). On retrouve la même équipe aux commandes
avec, à sa tête, Brian Eno qui va apporter sa touche créatrice sur 4 titres : « Heroes », « Moss Garden »,
« Neuköln » et « The Secret Life Of Arabia ». Comme dans « Low », le disque est fracturé en deux parties : une
face de chansons et l’autre d’instrumentaux. « The Beauty And The Beast » est une entrée en matière percutante, avec une montée en puissance des instruments,
particulièrement les percussions et les synthétiseurs. Après le très rock « Joe The Lion » aux riffs très appuyés, « Heroes »
s’impose comme « le » titre de l’album et l’une des plus belles chansons jamais enregistrées par Bowie. Celle-ci conte l’émouvante et captivante histoire de deux amants
qui se rencontrent près du Mur de Berlin. « Sons Of The Silent Age », une complainte aux rythmes arabisants sur la jeune génération inculte et
« Blackout », aux sonorités plus dures, avec un texte décrivant la vie nocturne des bas quartiers de Berlin, sont les deux derniers morceaux de cette face A. La face
instrumentale est très intéressante à plus d’un titre : aux sons électroniques les plus divers qui habitent « V2 Schneider », faisant allusion aux missiles utilisés
par Hitler durant la Seconde Guerre Mondiale, se succèdent l’étrange « Sense Of Doubt » avec un mariage prodigieux de piano et d’orgue qui renforce le caractère
angoissant de l’ambiance musicale, le très pur et japonisant « Moss Garden » pour lequel Bowie joue du Koto, un instrument typiquement japonais à 6
cordes et le troublant « Neuköln » avec un saxo aux couleurs orientales (la chanson traite d’un quartier de Berlin habité par des immigrés turcs). « The
Secret Life Of Arabia » est une chanson qui clôt habilement l’album, Bowie pose sa voix incomparable sur des rythmes pop empreints de musique nord africaine. Le disque sera
une nouvelle fois positivement salué à sa sortie, pour son esprit musical avant-gardiste, par les spécialistes et la future scène punk.
« Heroes »
« Moss Garden »
Avant de clore ce premier chapitre consacré à cette riche discographie,
penchons-nous sur « Lodger », de mai 1979, qui termine l’association Bowie-Eno avant qu’ils ne se retrouvent sur « Outside » en
1994. Pour cet album, Bowie abandonne le système de la face uniquement instrumentale du disque pour proposer dix nouvelles chansons. Le résultat semble moins fouillé, moins élaboré que les
deux précédents disques mais avec plusieurs écoutes, cet album mérite une autre analyse, plus objective. « Fantastic Voyage », la plage titulaire, comme son titre
l’indique, invite à l’évasion et l’auditeur rencontrera quelques surprises et découvertes. Bowie et Eno veulent offrir des sonorités inédites, explorer ce que l’on appelle plus
précisément la « world music » avec des styles de musique mariés à d’autres sonorités : le reggae avec une atmosphère orientale
(« Yassassin »), le rock avec du folklore africain (« African Night Flight »). Les singles extraits de l’album
(« Boys Keep Swinging » et « D.J. ») sont bien accueillis Outre-manche : le premier atteint une très jolie 7ème place tandis
que le second se classe 29ème. L’album, quant à lui, est n° 4 en Angleterre et n° 20 aux Etats-Unis. Pourtant, je trouve que deux autres titres auraient dû être mieux exploités et
mieux considérés : l’excellent « Move On » (le son de ce morceau est vraiment incroyable avec les chœurs enregistrés à l’envers !) et l’angoissant
« Repetition » dans lequel Bowie raconte avec un détachement glacial le calvaire d’une femme battue par son mari. Voilà, je vous donne rendez-vous dans un
prochain article pour la « disco » des années 80 !
« Boys Keep Swinging »
« Move On »
« Repetition »
À SUIVRE…
Publié le 13/10/2009 à 21h09 dans Les Grands du Rock